XVIII INTRODUCTION
sur le dos : il saute sur ce bourrelet de chair, qui amortit un peu la violence du choc. Quand il essaye de se relever, sa jambe gauche lui refuse tout service : la rotule est déboîtée. Une horrible douleur qu'il éprouve dans le dos, lui fait craindre quelque lésion de la colonne vertébrale. Il se traîne néanmoins jusqu'au bois voisin. A ce moment la bataille était irrémédiablement perdue. Les nôtres se repliaient en désordre sur la ville dont le nom seul, prononcé devant nous, devrait faire monter la rougeur à nos fronts et les larmes à nos yeux. Des clameurs lointaines annonçaient déjà l'approche de l'ennemi. Ils arrivaient, en effet, Bavarois, Saxons, Wurtembergeois, Prussiens, ils arrivaient en foule innombrable de tous les points de l'horizon, resserrant le cercle de fer qui nous étreignait depuis le matin, ivres de joie et, comme des traqueurs poussant devant eux le gibier, ils jetaient de grands hourras de victoire. Albert les vit entrer dans le bois où il s'était caché ; à bout de forces, sans armes, il restait étendu au pied d'un arbre. Un soldat ennemi se disposait déjà à le tuer, parce qu'il ne voulait pas faire signe qu'il se rendait : heureusement, un officier survint, dont l'intervention le sauva. C'est ainsi qu'il fut pris.