XXXII INTRODUCTION
d'immondes invectiyeB. On dut aller, dans la nuit du surlendemain, prendre et jeter à l'eau le cadavre de Thomme et du cheval, qui empestaient.
Plusieurs fois par jour, la locomotive blindée
quittant le tunnel de la gare Saint-Lazare où elle
6*abritait, s'avanqait jusqu'au bord de la Sçine,
lâchait une bordée de son gros canon sur Àsuières
ou Gourbevoie, puis faisait machine en arrière. Cela
dura jusqu'à ce qu'un boulet du Mont-Yalérien,
ayant coupé la voie derrière elle, l'eût obligée à
rester en détresse : les Volontaires bénirent ce coup
heureux qui leur épargnait l'importunité quotidienne
de ces bruyantes et redoutables visites. A plusieurs
reprises les fédérés tentèrent de passer la Seine
dans des barques el de surprendre, à la faveur de la
nuit, les grand'gardes versaillaises échelonnées le
long du fleuve. On les laissait approcher; quand
ils n'étaient plus qu'à quelques mètres de la berge,
on tirait... Les coups de feu rayaient brusquement
de longues traînées rougeâtres la surface polie du
fleuve; on entrevoyait, à cette lueur sinistre, des
corps qui chancelaienti d'autres, renversés, qui ae
cramponnaient au bordage des barques; quelques
cris étouffés d'agonie, Thorrible clapotement sourd
que l'eau fait autour des noyés qui se débattent : et
puis, plus rien que la nuit, et le bruissement mono-
INTRODUCTION. XXXIfl
tone du courant dans les roseaux... Albert n'aimait pas à conter ces tristes épisodes de la guerre civile, et Ton sentait, à Tentendre, que si le malheur des temps ravB.lt obligé de prendre part à cette exécrable lutte, son cœur de Français en gardait un souvenir plein d'horreur. Ce n'était pas ainsi, avec cet air morne, qu'il parlait de l'autre guerre, et de la belle tuerie qu'il y avait faite I
Le 23 octobre 1872, Albert donna satisfaction au vœu de son cœur, en épousant la veuve du vaillant colonel de Beaune, mortellement blessé à la tête du 9* régiment de cuirassiers, lors de la charge fameuse de Reichshoffen.
A cette époque, il n'avait encore avec l'Empire que d'assez faibles attaches : le poste de secrétaire général, en 1867, dans le Lot; les fonctions de secrétaire particulier remplies l'année suivante au ministère de l'instruction publique ; enfin, quelques articles publiés avant le 4 Septembre dans le Peuple français.
Fils du ministre réformateur et libéral qui avait été, pendant les sept années de son administration, le serviteur passionné de la France plus encore que du régime impérial, il pouvait sans forfaire se rai-