XXXIV INTRODUCTION
lier, comme tant d'autres, à la République : d*autant mieux que la République ouverte et tolérante de ce temps-là n'était pas assez sûre du lendemain pour se montrer jalouse du passé, et, plus soucieuse du mérite de ses fonctionnaires que de leur provenance, ne demandait à son personnel le sacrifice d'aucun regret, ni même d'aucune espérance. Mais, moins il semblait engagé avec le précédent gouvernement, et plus Albert se persuada que son devoir était de lui rester fidèle. Ici, l'on retrouve ce même instinct de générosité qui, dès l'enfance, dans les rixes de collégiens, le poussait irrésistiblement à prendre parti pour le faible contre le fort, dût cette témérité le faire, comme il arriva plus d'une fois, rouer de coups. Tandis que tant de gens, soit inertie, soit calcul, s'abandonnent au courant et vont où va la foule, il aimait à fendre et à remonter le fiot. IL avait la passion des causes vaincues ^ Le moment où il vit l'Empire non seulement renversé, mais trahi, persé-
1. « C*est toujours un noble spectacle que celui d'une minorité réduite aux abois, condamnée d'avance, et qui, néanmoins lutte pied à pied, tirant ses dernières cartouches pour la justice et pour le droit. Il y a là pour les âmes un peu bien situées des satisfactions qui échappent au vulgaire et qui sont déjà, par ellesmêmes, une revanche. La foule peut se donner d'autres jouissances et les partager avec ses serviteurs, elle