INTRODUCTION. XLV
pèlerinage de Ghislehurst, il suivait le cercueil traîné sur un affût de canon et envoloppé d'un drapeau tricolore, qui renfermait les restes de son Prince bien-aimé; là, devant' cette tombe où tant et de si belles espérances gisaient englouties, Albert sentit la première atteinte du mal moral dont il devait désormais souffrir : une incurable tristesse dont la cause était qu'il avait perdu ce qui faisait pour lui le principal intérêt de la vie.
Pendant quelque temps encore, il continua de défendre dans YOrdi^e la doctrine impérialiste : mais il eût été difficile de retrouver dans ses articles d'alors ce souffle brûlant d'enthousiasme qu'on sentait passer dans ceux qu'il écrivait autrefois. Son visage, sa voix, ses propos avaient pris je ne sais quoi d'amer et de désenchanté. De fait, la vie s'était montrée pour lui peu clémente. Une première fois déjà, il avait été atteint, en pleine- force, par la chute de l'Empire. La brillante carrière qui s'ouvrait devant lui s'était fermée brusquement. Depuis lors, il avait travaillé, avec quel dévouement, quelle ardeur et quelle persévérance I au triomphe de la cause impériale : quand le moment de recueillir le fruit de son labeur semblait proche, le Prince avait disparu. Ce cruel événement frappait Albert
non seulement dans une des plus profpndes affec-