‹ L'armée royale en 1789Chapitre 4 sur 136 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

boulevard de Sébastopol, noms glorieux, d'un augure, hélas, bien trompeur 1 La musique jouait allègrement des marches guerrières; la Marseillaise redevenue le chant national, — la Marseillaise que n'avaient encore déshonorée ni les clairons de TÀllemagne, ni ceux de la Commune, — » jaillissait de toutes les bouches, et le peuple, massé le long des trottoirs, frémissait en sentant passer sur sa tête l'hymne des grands jours d'autrefois, comme un vent de colère qui soufflait vers le Rhin. Au milieu de ces Arabes, de ces Kabyles, de ces nègres qui défilaient coiffés de la rouge chéchia, on remarquait un jeune soldat dont la peau blanche formait contraste avec les reflets de bronze que la lumière mettait aux fronts luisants de ses compagnons d'armes. C'était Albert Duruy, engagé volontaire aux tirailleurs pour la durée de la guerre : sachant ce corps destiné à recevoir et à donner les premiers coups, c'est parmi ces combattants d'avant-garde qu'il avait sollicité la faveur de prendre place, « afin, disait-il gaiement, de ne pas perdre les premières notes de l'ouverture ». Sac au dos et musette au côté, la large ceinture couleur de sang roulée autour de la taille, son fusil sur l'épaule, les narines frémissantes, comme s'il avait flairé déjà l'odeur de la poudre^ il marchait, plein de joie, à la bataille, du pas alerte d'un chas-

Page 1