VI INTRODUCTION
seur partant pour la battue. A mesure qu'on approchait de la gare qui porte à son fronton les statues de Strasbourg et de Metz, la musique, gagnée par l'ivresse populaire, accélérait son rythme ; des turcos lançaient en Tair leur fusil, comme à la fantasia, en poussant des clameurs gutturales ; la foule applaudissait, criait, pleurait... Et c'est ainsi qu'ils s'en allèrent, ces vaillants Africains, vers les champs maudits de l'Est, avec le drapeau de leur régiment, la loque sacrée qu'on ne devait plus revoir et qui, ce jour-là, faisait plus fièrement que jamais étinceler son aigle d'or au soleil de juillet.
Quelques jours plus tard, Albert est à Strasbourg, puis à Haguenau. Le 1®' tirailleurs, qui fait partie de la division Abel Douay, reçoit l'ordre d'aller, le 3 août, occuper Wissembourg : le régiment bivouaque sur les hauteurs sud de la ville. Le lendemain matin, une reconnaissance de cavalerie chargée d'explorer les alentours rentre sans avoir rien remarqué de suspect. On se prépare à faire tranquillement la soupe : tout à coup, un obus parti des hauteurs de Schweigen éclate dans le camp, et rartillerié bavaroise démasquant les batteries que nous n'avons pas su découvrir, ouvre un feu violent