LXVI INTRODUCTION
rire sur ses lèvres, quand un cri de souffrance y montait?
Pendant les longs mois d'une maladie qui use d'ordinaire le courage en même temps que les forces, il eut cette dignité stoïque de conserver le secret de ses amertumes, de ses anxiétés, de ses colères, peut-être, contre cette fatalité de mort quil sentait peser injustement sur lui. Quand on faisait des projets d'avenir en sa présence, et qu'on essayait de l'y associer, il répondait simplement : « Nous verrons. » Que de désespérance dans ce seul mot ! Ce n'est point qu'il n'ait eu, lui aussi, des retours de confiance. Sans doute, on l'a vu quelquefois moins absorbé, presque joyeux, dupe, comme tant d'autres, de ces sursis brefs et trompeurs qu'accorde la maladie quand elle ramasse ses forces pour quelque nouvel assaut. Mais il était doué d'une clairvoyance qui bien rarement se laissait mettre en défaut et cette redoutable perspicacité, que l'étude des traités spéciaux avait encore aiguisée, lui montrait bientôt une simple rémittence, au lieu d'un arrêt de son mal. La gaieté fugitive des jours d'espoir s'évanouissait alors, un voile de mélancolie couvrait de nouveau son visage, sans que la cruauté de cette déception altérât l'égalité d'humeur dont il s'était fait une loi. Jusque dans les crises terribles, dont cha-
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cune semblait devoir être la dernière, il resta invariablement maître de lui, sans qu^ii soit possible de savoir s'il faut faire honneur de cette constance à une fierté virile qui lui interdisait les lamentations, ou à une tendre pitié pour ceux qu'il voyait autour de lui souffrir de sa propre souffrance.
Il dut renoncer successivement à tout ce qui jusqu'alors faisait partie à ses yeux du charme de la vie : les exercices violents, d'abord, la natation, l'escrime, la chasse, les longues marches, les ascensions, les voyages, grâce auxquels il donnait satisfaction à cet impérieux besoin d'activité qui était en lui. Puis ce fut le théâtre, puis le monde, puis le travail même... Ces sacrifices, le dernier surtout, lui coûtèrent; car ils étaient l'humiliante constatation de sa déchéance physique, outre qu'ils le laissaient en proie à toute la morne tristesse des longues heures oisives, que remplissait seule la désespérante pensée de l'affreux et prochain dénouement. De nobles, de fidèles amitiés du moins lui restèrent, et ce réconfort ne lui manqua jamais, non plus que les soins touchants dont il ne cessa pas un seul jour d'être l'objet à son foyer. Que tous, hommes ou femmes d'un grand esprit et d'un grand