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peuvent supporter. Une autre pensée, celle de mourir en chrétien, eut d'ailleurs bientôt raison de ces sombres suggestions de la souffrance. Il avait depuis longtemps exprimé le désir d'être assisté à ses derniers moments par le R. P. du Lac. Instruit de Timminence du dénouement, le Révérend Père n'hésita pas à quitter Cantorbery afin de venir payer au courageux défenseur des congrégations, la dette que son ordre avait contractée envers lui. Ce fut ce grand chrétien qui reçut la confession d'Albert et le réconcilia définitivement avec la foi de son enfance, qu'il avait bien pu perdre, mais sans cesser de la regretter. Il vécut cinq jours encore. Aux piqûres d'éther, dont on avait reconnu l'impuissance, succédèrent des injections de morphine. Elles calmaient presque instantanément les douleurs, lui assuraient le bîen<^ fait du sommeil, mais semblaient en même temps exercer une influence perturbatrice sur le fonctionnement de sa pensée. Un matin, de très bonne heure, on entendait au loin le grondement sourd du canon et le crépitement de la fusillade dans la direction du polygone de Vincennes, où avaient lieu des exercices à feu. S'étant réveillé, il parut prêter attentivement l'oreille à ce bruit connu et aimé, puis, par une de ces bizarres associations d'idées que produit le délire, il se mit à parler de sa campagne de
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1870, à caa^r avec d'imaginaires compagnons d'armes. Son.àme guerrière semblait s'épanouir à Técho lointain des combats de jadis; il essaya de se lever, bien que ses jambes horriblement gonflées lui refusassent depuis. une semaine tout service ; il avait les yeux brillants, le cou tendu en avant, les narines frémissantes : tel il devait être dans cette héroïque charge à la baïonnette de Reichshoffen, qu'il revivait, peut-être i en cet instant.
A d'autres moments, il retrouvait toute sa lucidité d'esprit. C'est ainsi que, le dimanche 7 août, il voulut revoir les épreuves du dernier de ses articles sur V Armée royale en 1789, que quelqu'un de
1. Cet article parut -trois jours après sa mort dans le n«f de la Revue des Detiœ Mondes du 15 août. On y a beaucoup remarqué un passage d'une navrante mélancolie, sur le « milicien » de Tancienne armée royale. «Triste et durmétier, sans honneur et sans récompense. . . C'est réternel sacrifié... Au régiment,, on ne Faime guère, on dirait d'un intrus : pourquoi? En campagne, il marche, il souffre, il se bat, sans grand enthousiasme peut-être, mais enfin il se bat, il est frappé, il meurt, et ce sont toujours les autres qui en ont toute la gloire : pourquoi? Parce que c*est ainsi, pauvre être; ne cherche pas le pourquoi des choses de la vie! Peut-être un jour, dans bien des années, quelque vaincu du sort, comme toi, sentira-t'il une pitié dans son cœur, et donnera-t-il un souvenir à ta mémoire. En attendant, prends ton lot, fais
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sa famille avait corrigées pour lui : Albert put signaler deux ou trois petites fautes qui avaient passé inaperçues. Son jeune frère Victor étant entré, un petit fusil Gras sur Tépaule, il sembla prendre plaisir à examiner Tarme et commanda l'exercice à cet enfant. Le même jour, il reçut la visite de quelques amis : il leur serra la main, leur dit adieu, avec un long regard qui donnait à ce simple mot une terrible éloquence. La mort était déjà si clairement écrite sur son visage, qu'aucun de ceux qui le virent ce jour-là,, ne put retenir en le quittant ses sanglots. Le vendredi 12 août 1887, à sept heures cinq mipules du matin, il poussa trois grands soupirs, renversa la tête en arrière sur le dossier de son fauteuil, et rendit Tâme, entre les bras de sa femme, dont les lèvres fermèrent ses yeux.
On vit alors combien il élait aimé. Des télégrammes, des lettres arrivèrent de toutes parts, apportant à son père d'innombrables témoignages de sympathie. L'Impératrice, la princesse Mathilde, le prince Napoléon et le prince Victor, firent, des premiers, connaître la part qu'ils prenaient à ce
ta route, et si tu mecombes â mi-ckemin, tombe en priant pour la France et tais-toi, »