VIII INTRODUCTION
camarades, 8*arrète, et, lentement, méthodiquement, avec la même tranquillité que s'il eût tiré à la cible, brûle ses dernières cartouches. Il put goûter alors ce qu'il a déclaré plus tard avoir été la suprême jouissance de sa vie : le bonheur, — étant seul, du côté des Français, à tirer en cet instant, — de voir un homme tomber à chaque coup. Quand il eut épuisé ses munitions, les têtes de colonnes bavaroises n'étaient plus qu'à une centaine de mètres. Quittant Tarbre derrière lequel il avait tiré et dont le tronc criblé de projectiles lui avait sans doute plusieurs fois sauvé la vie, Albert se mita courir du côté d'un remblai de chemin de fer, qui pouvait lui servir à se défiler du feu de Tennemi. Pour y parvenir, il fallait franchir un espace complètement découvert : une grêle de balles s'abattit aussitôt sur lui, sans l'atteindre. Il put ainsi rejoindre l'arrière-garde française, qui le recueillit, exténué, la paume de la main droite et l'épauIë meurtries, à force d'avoir tiré. Le soir même, il écrivait, au crayon, avec une gamelle pour pupitre, l'héroïque billet que voici :
(( Leinbach, le 4 au soir.
» Mon cher père, » Nous ayons eu une affaire très chaude. Je suis