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MOUVEMENTS POPULAIRES DU MOIS DE MARS

Dans cette soirée, l'émeute devait essayer ses forces d'une manière à la fois plus efficace et plus sérieuse; elle vint s'attaquer à un poste. A dix heures quinze minutes du soir, quatre bataillons de la garde nationale investirent le poste des gardiens de la paix aux Gobelins, et l'obligèrent à déposer les armes. On leur prit leurs chassepots, puis la foule pénétrant à la suite de la garde nationale dans le poste et dans l'établissement qu'il protégeait, il y eut pillage général des armes qui s'y trouvaient en dépôt.

A la première nouvelle de cet audacieux coup de main , le préfet de police avait envoyé au secours de ses agents menacés une compagnie de la garde républicaine prise à la caserne Alouffetard, puis deux escadrons, l'un de la Cité, l'autre des Céleslins, et enfin une nouvelle compagnie de la Cité, bientôt suivie de quatre autres. Ces renforts, qui formaient un effectif respectable, n'arrivèrent pas à temps : la compagnie sortie de la caserne Moulfetard, arrêtée dans la rue de ce nom par la

foule qui l'entourait et la pressait de toutes parts, eut même beaucoup de peine à se dégager sans conflit.

Dans la même soirée, au 3* secteur (la Villette), une bande d'émeutiers s'empare de vingt-neuf obusiers à âme lisse ; les portes du magasin du bastion 25 sont défoncées, et plusieurs barils remplis de munitions sont enlevés sur des voitures.

4 mars.

Dans la matinée, la caserne de la rue Mouffetard est évacuée par la garde républicaine, qui reçoit l'ordre de se replier sur celle de la rue de Tournon. Les gardiens de la paix du sixième arrondissement se concentrent dans le même poste, ceux du cinquième et du treizième viennent à la préfecture. Le quartier général du 9" secteur, trop éloigné du centre, quitte le bouleiard d'Italie et s'installe à la rue d'Ulm, voisine du Luxembourg.

Dans la journée , la préfecture de police annonce que des menaces sont faites publiquement à l'efl'et de se porter sur la prison de Sainte-Pélagie et de l'enlever. C'est dans la soirée de ce même jour que le général d'Aurelle de Paladines, nommé général en chef de la garde nationale, arrive à Paris pour y prendre définitivement possession de son commandement, dont le général Vinoy se

trouve ainsi déchargé. L'intérim nécessité par l'obligation imposée au général d'Aurelle de prendre part , comme député , aux discussions relatives au traité de paix, n'avait pas duré moins de seize jours, du 16 février au 4 mars.

5 mars.

La prison de Sainte-Pélagie n'a pas été forcée, comme on l'avait craint la veille ; mais obligé de céder aux cris et aux menaces de la foule, le directeur de la prison avait dû, pour éviter de plus grands malheurs , faire relâcher un individu détenu sous l'inculpation d'avoir pris part à l'émeute du 22 janvier ' . Aussitôt le commandant en chef fit augmenter la force militaire de garde à la prison, qui fut portée à cent hommes, et il enjoignit à l'officier commandant le poste de résister par tous les moyens, même les plus extrêmes, dans le cas où une nouvelle attaque se produirait. La promptitude de cette mesure et la ferme attitude de la troupe maintinrent dès lors la foule en respect et empêchèrent toute autre tentative sur ce point.

6 et 7 mars.

Ces deux journées ne furent signalées que par

' C'était le trop fameux Serizier, alors capitaine au lOl*^ bataillon, et dont la Commune devait faire ua colonel.

dos essais de révolte de la mobile de la Seine, que nous avons ci-dessus mentionnés. L'insurrection, qui toutefois ne s'endormait pas, préparait ses menées en secret, et d'ailleurs elle avait à sa disposition les armes et les munitions nécessaires pour tenter l'aventure , qui ne réussit que dix jours plus tard.

Le 7, les Prussiens évacuèrent les forts du Sud; les troupes de la brigade Daudel (113" et 114") furent chargées de les y remplacer.

8 mars.

Au 9' secteur, les gardes nationaux du treizième arrondissement installent un commandement insurrectionnel pour leur quartier. Le commandant élu est un ouvrier du nom de Duval, improvisé général de par la grâce de l'émeute , et qui devait l'un des premiers donner son sang pour elle'. Il choisit pour son chef d'état-major le nommé Pathé, capitaine de la V compagnie de

' Voici quels furent les services subséquents rendus par ce Dnval au gouvernemrnt de la Commune :

21 mars, commandant délégué à l' ex-préfecture de police; 25 mars, confirmé général; 28 mars, élu à la Commune; 30 mars, membre de la commission militaire; 2 avril, délégué au commandement militaire de l'ex-préfecture de police.

On verra plus loin dans quelle circonstance il fut tué.

marche du 134" bataillon. L'état-niajor du nouveau " général » prit pour quartier général un local situé au n"* 76 de l'avenue d'Italie '.

9 mars.

On craignit pendant toute la nuit une attaque en règle annoncée sur l'Hôtel de ville : elle n'eut pas lieu. Les mobiles de Paris renouvellent l'agitation qu'ils ont déjà causée au moment de leur licenciement, et le Comité central de la rue de la Corderie intervient, et évoque devant lui le règlement du différend survenu entre les mobiles et leurs officiers. Il apporte d'ailleurs dans l'instruction de l'affaire une modération inattendue, et ordonne la mise en liberté des officiers.

La municipalité, qui venait d'être soulagée de bien des contrariétés par le licenciement de la mobile, adressait au commandant en chef des plaintes réitérées au sujet des troupes irrégulières, francs - tireurs et garibaldiens, qui exigeaient impérieusement des billets de logement chez l'habitant, et qui n'avaient pas toujours une tenue et une conduite à l'abri de tout reproche. D'autre part, le renvoi dans leurs foyers des hommes libérables avait permis de rendre à leur destination les lycées Descartes et Rollin , où tous les préparatifs se faisaient en vue de la prochaine

' Ce local appartient à la ville de Paris.

réouverture des classes. On avait affecté au logement de la nouvelle armée de Paris les baraquements nombreux que le départ de la mobile avait rendus libres.

10 mars.

L'évacuation des forts de la rive gauche de la Seine par l'armde prussienne avait été réglée par une convention négociée par le général de Valdan et le général Von Podbielski le 4 mars, et celle de Versailles par une entente semblable conclue par les mêmes généraux le 6 du même mois.

Il résultait de la teneur de ces importants documents', que les chefs de l'armée allemande s'engageaient, à quitter les forts du sud de Paris le 7 et la ville de Versailles le 11 mars. Le commandant en chef devait considérer ces arrangements comme définitifs , et ne supposant pas que de nouveaux obstacles pussent arrêter leur exécution, il donna les ordres nécessaires pour que, le 11 mars, une colonne de nos troupes fût dirigée sur Versailles afin d'y remplacer les Prussiens. Mais dans la journée du 10, un avis parvenu au ministère de l'intérieur fit connaître que l'ennemi venait d'ajourner son départ de Versailles , et cela sans avoir cru convenable de fixer le terme de cet ajourtiement. Les troupes qui devaient

' Voir aux Appendices.

partir furent donc obligées de rester à Paris et d'attendre le bon plaisir du vainqueur. Cependant l'Assemblée devait ouvrir ses séances à Versailles le lundi 20 mars, et il était indispensable qu'à cette date la ville fût évacuée par les Allemands et occupée par nos troupes.

A Paris , le Comité central de la garde nationale, en présence de l'impuissance, trop facile à constater, de la répression, devient de jour en jour plus impudent et plus audacieux. Dans cette journée, il députe au commandant du 8'' secteur quelques-uns des officiers qui se sont ralliés à lui , pour demander que deux batteries d'artillerie soient mises à sa disposition par l'autorité militaire en faveur du quinzième arrondissement. Ces inqualifiables prétentions sont naturellement repoussées. On peut s'attendre, d'après ce refus, à «ne agression imminente sur ce point.

La veille, à Grenelle, Varlin ' avait prescrit,

' Chef révoqué du lOS"^ bataillon pendant le siège. II remplit sous la Commune les fonctions suivantes : 24 mars, délégué aux finances; 28 mars, élu à la Commune;

30 mars, membre de la commission des ûnances; 22 avril, membre de la commission des subsistances; 4 mai, directeur général de la manutention et des approvisionnements militaires ; 6 mai, adjoint à la commission de la guerre; 21 mai, délégué à l'intendance.

au nom du même Comité central , à trois bataillons ayant adhéré à l'émeute d'aller enlever les canons au parc du Luxembourg. Ce parc était gardé par l'ancien bataillon de Varlin, le 193% que commandait alors M. Marins Topin. Toutefois, on pouvait craindre l'influence que Varlin avait peut-être conservée sur quelques-uns de ses hommes , bien qu'il eût été révoqué sur la demande même du corps des officiers qui l'avaient d'abord élu. Mais le mouvement annoncé ne se produisit pas; il n'y eut, vers le soir, qu'une démonstration sans armes, faite à la Conciergerie par les 56% 57" et 182' bataillons, qui étaient venus réclamer l'élargissement d'un officier de la garde nationale. La garde républicaine fit une bonne et ferme contenance, et vers six heures du soir, les bataillons durent se disperser sans avoir obtenu ce qu'ils désiraient.

Dans cette même journée, des pourparlers ont lieu, sur l'initiative de AI. Clemenceau, maire du dix-huitième arrondissement (Montmartre), en vue de faire réintégrer dans un parc militaire les canons accumulés et gardés par l'émeute sur la butte Montmartre. Ce fonctionnaire est venu déclarer que des symptômes d'impatience et de lassitude se faisaient déjà remarquer parmi les gardes nationaux qui s'étaient chargés de la surveillance des canons ; le nombre des hommes de garde di-

minuait chaque jour, et il espérait que son influence — qu'il s'exagérait malheureusement — serait assez efficace pour obtenir d'eux la reddition immédiate des pièces. Le devoir du commandant en chef était de tenter toute mesure qui pouvait, sans effusion de sang, amener le résultat désiré. Il fit donc envoyer, sous la conduite d'artilleurs sans armes, afin de bien indiquer le caractère pacifique de l'entreprise, de nombreux attelages d'artillerie qui attendraient sur la place de la Trinité l'effet des bonnes promesses de M. Clemenceau , et remmèneraient aussitôt tout ce qu'ils pourraient prendre de canons, si la négociation avait réussi. Mais, comme on devait bien un peu s'y attendre, les gardes nationaux de Montmartre, qui dans toute cette triste affaire n'agissaient pas tout à fait pour eux-mêmes, ni surtout par euxmêmes, refusèrent de rendre les pièces qu'ils détenaient; Le Comité central intervint personnellement dans la question, et voulut même dicter des conditions! Tout effort de conciliation pacifique était donc irréalisable, et le soir les attelages , qui étaient demeurés pendant toute la journée sur la place, s'en retournèrent comme ils étaient venus.

II mars.

Le conseil de guerre, qui avait depuis quelques

jours commencé le jugement des prévenus pour participation à l'affaire du 31 octobre, condamne à mort par contumace les sieurs Flourens et Blanqui. Le même jour, le gouvernement décide la suppression de six journaux dont la polémique particulièrement violente était une incessante provocation à la révolte. Le commandant en chef de l'armée signe, en sa qualité de commandant de l'état de siège, cette mesure rigoureuse mais nécessaire ' .

Les Prussiens évacuent les forts du Sud; mais des dépêches expédiées de Versailles par le maire de la ville font connaître que le départ de l'ennemi continue à être différé. Cependant, à dix heures du soir, contrairement à cet avis, une dépêche du général de Bosc, commandant le IP corps prussien, annonce qu'il part le lendemain, et que les troupes françaises peuvent dès midi se présenter à Versailles. A la même heure, le com-

' Ces journaux étaient :

1» Le Vengeur, de Félix Pyat , qui a reparu le 30 mars.

2» Le Cri du j)euple , de Jules Vallès, qui parut à nouveau le 19 mars.

3° Le Mot d'ordre, de Henri Rochefort ; reparaît le 1" avril.

4" Le Père Duchêne, de Vermersch; reparaît le 21 mars.

5» La Caricature, du dessinateur Piloteli ; n'a depuis reparu qu'une fois, le 23 mars.

6" La Bouche de fer, de Paschal Groussel, n'a eu que deux numéros, et n'a pas reparu.

mandant en chef fait parvenir à tous les commandants de secteur les recommandations les plus minutieuses sur la surveillance prudente qu'ils doivent exercer le lendemain plus que tout autre jour. En effet, Paris peut être excité encore davantage par trois causes qui touchent directement certaine partie de la population à différents points de vue : la résolution que vient de prendre l'Assemblée de siéger à Versailles, la condamnation à mort de Blanqui et de Flourens, et enfin la suppression de six journaux qui s'étaient prononcés ouvertement contre le gouvernement régulier et pour le parti de l'émeute.

12 mars.

Les craintes conçues la veille n'étaient pas vaines : une grande effervescence agite la cité. Le Comité central fait placarder sur les murs de Paris une grande affiche rouge qui porte la signature de ses membres, et qui n'est qu'une longue excitation à la révolte et à la désertion, à l'adresse de l'armée régulière. Le préfet de police et les chefs des secteurs font arracher partout cette affiche ; mais très-souvent l'opération est dangereuse, à cause des obstacles qu'y vient mettre la foule. Le 9' secteur est surtout très-turbulent : l'amiral qui le commande donne avis au commandant en chef qu'il ne lui est plus possible d'avoir

la moindre confiance dans la garde nationale du quartier, dont la plus grande partie est manifestement hostile et dont le reste n'offre qu'une force insuffisante. Il ajoute que les magasins de munitions, mal gardés par elle, sont pillés toutes les nuits avec sa participation évidente.

Dans cette même jotirnée, le 119^ de ligne se rend à Versailles, que vient d'évacuer l'armée allemande.

13 mars.

La populace, voyant le succès et l'impunité toujours croissants des actes de pillage auxquels elle se livre journellement, se jette sur les baraquements en planches construits dans Paris pour le logement de la mobile. La municipalité est impuissante devant une telle agression, et c'est en préfecnce des agents de la police que s'accomplit la destruction des baraques inoccupées, dont les matériaux sont aussitôt enlevés par les démolisseurs.

Une prescription du ministre de la guerre décide que tous les régiments de marche créés pendant la guerre seront fusionnés avec les régiments de numéros correspondants qui rentrent de captivité. Tous les services de ce ministère seront reconstitués à Paris le 15 mars.

14 mars.

Un ordre du jour du ministre de la guerre adresse de publiques félicitations à la garde mobile licenciée, pour les bons services qu'elle a rendus pendant la crise terrible que vient de traverser le pays. Cet ordre du jour comprend dans le même éloge les gardes mobiles des armées de Paris et de la province.

On s'efforce d'évacuer sur les forts du Sud, pour les soustraire aux actes de pillage qui se produisent à tout moment, les munitions qui sont encore restées dans les magasins des remparts, au 9" secteur : neuf voitures chargées de caisses de cartouches sont dirigées sur le fort d'Ivry. A midi, quatre nouvelles voitures sont mises en marche; mais les gardes nationaux du 101" bataillon étant intervenus, parviennent à arrêter le convoi et à s'emparer de la dernière voiture.

Dans la journée, un incident assez grave menace de provoquer un conflit auquel l'ennemi pourrait, avec quelque raison, vouloir prendre part. Deux employés des chemins de fer prussiens, les nommés Weilsch et Haussmann, ayant le grade d'officiers , sont arrêtés par la garde nationale et conduits au Comité central. Ces deux individus étaient entrés à Paris pour une opéra-

tion financière qui réclamait leur présence personnelle. Le général en chef de la garde nationale, apprenant que le Comité les a séquestrés , croit devoir faire auprès de lui une tentative pour que les prisonniers soient remis entre ses mains. Le Comité refuse; il prétend que les Prussiens ont saisi et gardé au fort d'Aubervilliers un capitaine de garde nationale , le nommé Soumin , appartenant au 147^ bataillon , et déclare en outre qu'il ne rendra les deux Allemands qu'en échange de l'officier arrêté. Ce Soumin avait,, en eflfet, été appréhendé par l'ennemi à la suite d'une tentative d'assassinat commise par lui sur un factionnaire de garde au fort, où on l'avait alors enfermé.

15 mars.

La nuit passe sur cet incident, qui au matin menace de prendre, de très-graves proportions. Le Comité central persiste à garder les deux Prussiens, pendant que le commandant en chef de l'occupation allemande en France, M. de Fabrice, les réclame par dépêche adressée de Rouen à M. Jules Favre, ministre des afifaires étrangères. Il donne au ministre les raisons qui ont motivé l'arrestation du capitaine Soumin, et termine « en » réclamant de nouveau les officiers avec la plus vive instance. Je rends le gouvernement fran-

» çais responsable de leur retour sains et saufs. » Les pourparlers et les tentatives recommencent auprès du Comité, et les officiers sont même pour un moment délivrés et remis aux mains du commissaire de police ; mais bientôt des gardes nationaux insurgés du 147" bataillon, qui ne parlent que de venger leur capitaine, ressaisissent les Prussiens et les emmènent jusqu'à la rue Mathis , à la Villctte. Des mesures plus énergiques sont alors prises pour mettre un terme à cette situation qui n'a déjà que trop duré, et à quatre heures du matin deux bataillons, l'un de garde républicaine, l'autre de gendarmerie, sont désignés pour aller reprendre de vive force les deux officiers prussiens. Mais à ce même moment le commissaire de police de la Villette parvenait à se faire rendre les sieurs Weilsch et Haussmann, que le gouvernement fit reconduire aussitôt aux avantpostes. Le conflit, toujours imminent, avait été une fois encore évité.

Ce même jour, des mesures furent prises pour mettre à l'abri du piflage l'importante cartoucherie delà rue de Vanves, et une compagnie d'infanterie vint occuper ce poste , qui fut retiré à la garde nationale.

Dans la matinée, les douze mille chassepots que nous avions remis en trop aux Prussiens arrivent de Mayence par le chemin de fer. Ces armes sont

dirigées de Nogent-sur-Aîarne, où l'on fait arrêter le train, sur le fort de Vincennes, afin d'éviter le passage dans Paris.

16 mars.

Le HO'' de ligne, envoyé à Versailles pour y relever les Prussiens, n'avait pu occuper sur-lechamp les casernes de la ville, qu'il était avant tout urgent de nettoyer et d'assainir. On y attendait la division Bruat, destinée à servir de garde à l'Assemblée et qui devait remplacer le 119'. Ce régiment dut, en conséquence, aller camper à Satory; mais il y fut assailli, le 16 mars, par une véritable tourmente de neige qui lui causa de grandes souffrances : on le fit aussitôt rentrer en ville et loger chez l'habitant. Il avait ordre de revenir à Paris dès que la division Bruat serait arrivée. Mais l'émeute du 18 mars suspendit le départ de ce régiment, qui forma l'un des premiers éléments de la nouvelle armée constituée à Versailles.

Le même jour, à Paris, une collision semble sur le point de s'engager vers onze heures du soir, au 9' secteur, entre le 134" bataillon de la garde nationale qui veut piller les poudrières au nom du Comité central, et le 2P bataillon qui a l'ordre de les garder p )ur le gouvernement régulier et qui se déclare prêt à les défendre. En présence de

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cette ferme résistance, la troupe dissidente entre à l'amiable en composition et se retire.

17 mars.

Cependant l'état de trouble et d'agitation permanents , causé par la résistance du Comité central et la réunion d'un si grand nombre de pièces d'artillerie massées sur divers points de Paris en dehors de l'action du gouvernement, ne peut se prolonger bien longtemps encore. Tout le monde comprend que le moment d'en finir est proche : le Comité sent bien que la lutte est inévitable , qu'elle va éclater; aussi il se remue, il s'inquiète, il se prépare. Par ses ordres, des déplacements ont lieu dans les pièces parquées à la place des Vosges, qui semble ne pas être suffisamment protégée, et trois batteries en sont enlevées par la garde nationale et menées sur les hauteurs de Bellevillc, point stratégique des plus importants pour l'émeute. .

En effet, la situation ne pouvait durer plus longtemps : on avait temporisé dans l'espoir d'une conciliation pacifique, aujourd'hui reconnue impossible; d'ailleurs, les principaux membres du gouvernement n'étaient pas à Paris , et leur réunion était nécessaire pour les graves décisions qui devaient être prises. Mais les ministres venaient d'arriver, et avec eux le chef du pouvoir exécutif.

Un grand conseil eut lieu ; on y discuta la question d'une offensive indispensable et immédiate, qui devait avoir pour but deux points principaux : la reprise des canons, armes et munitions enlevés et gardés à vue par les bataillons dévoués au Comité central; la dissolution de ce comité et l'arrestation de ses membres. L'Assemblée allait se réunir dans peu de jours : pouvait-elle délibérer avec calme et sécurité, à quelques lieues seulement de Paris , alors que l'émeute y régnait à peu près en souveraine maîtresse? L'opération offensive avec l'objet qu'elle se proposait fut donc aussitôt adoptée et décidée en principe.

Des considérations d'une autre nature — purement militaires — obligeaient le général en chef à ne pas partager sur tous les points l'avis unanime du conseil. Il reconnaissait parfaitement avec lui la nécessité d'une offensive énergique; mais, par les raisons que nous allons dire, il aurait préféré qu'elle fût encore ajournée. Les manifestations de la place de la Bastille avaient démontré que le Comité central comptait des adhérents dans plus de la moitié des bataillons de la garde nationale ' ; on ne pouvait donc espérer le concours absolu de cette force reconnue en partie hostile , d'autant plus qu'à la suite de l'armistice un grand nombre des gardes nationaux

' Voir aux Appendices,

appartenant au parti de l'ordre avaient, pour diverses raisons, quitté momentanément Paris. En même temps, beaucoup d'hommes du même parti avaient profité de la conclusion de la paix pour déposer leurs armes et reprendre leurs affaires. Ainsi, les gardes nationaux sur le concours desquels le gouvernement aurait pu porter sa confiance étaient ou absents, ou décidés à rester chez eux et à ne point intervenir d'une manière active dans la grande lutte qui allait s'engager. On pouvait, en faisant un retour sur le passé, convenir que lors des insurrections survenues pendant le siège, c'était à la bonne attitude de la partie saine de la garde nationale qu'on avait dû de triompher des tentatives des nombreux partisans de l'émeute qu'elle comptait dans ses rangs. Aujourd'hui on devait les trouver seuls devant soi. On ne pouvait donc plus songer à les voir contenus dans le devoir par l'exemple et la force de résistance de leurs camarades , alors éloignés ou désintéressés du conflit.

Il était donc certain que tout l'effort de l'action décisive qu'on méditait devrait être demandé à l'armée; il ne fallait pas se dissimuler qu'elle était alors dans de bien mauvaises conditions pour le donner d'une manière efficace. A l'exception de la division Faron, qui commençait à avoir cette fermeté dont elle a depuis donné tant de preuves,

les troupes nouvelles de l'armée de Paris étaient, ainsi que nous l'avons déjà dit, à peine organisées : la plus grande partie des hommes ne figuraient dans le rang que depuis deux jours seulement, et les régiments n'avaient point par conséquent l'homogénéité et la cohésion nécessaires. On se préparait donc à engager un combat, d'où dépendaient tant de graves et considérables intérêts, avec une petite armée de vingt-cinq à trente mille hommes, en partie de médiocre qualité, contre trois cent mille gardes nationaux, les uns indifférents, la plupart hostiles, ces derniers bien armés et possédant des moyens de résistance inattendus. Le général en chef ne se dissimulait donc pas les difficultés de l'entreprise, et il considérait que toutes les bonnes chances n'étaient point pour nous. Il aurait voulu que le gouvernement patientât encore quelque temps, de manière à permettre à l'armée, toujours en voie de formation, de recevoir les renforts nécessaires que la mise en liberté de nos prisonniers d'Allemagne allait nous procurer. Nous aurions pu alors , à l'aide de ces vieilles troupes, d'une solidité éprouvée, nous présenter devant l'émeute avec la presque certitude de la vaincre au moment même où elle ne disposait pas encore de toutes ses forces. Qui sait si, à la suite de cette première et rapide victoire , qui aurait eu pour résultats obligés la reddition de l'artillerie et

des munitions enlevées et le désarmement de la garde nationale, qui sait si le règne odieux de la Commune n'eût pas été étouffé à l'heure même où son avènement pouvait paraître le plus certain?

Le conseil des ministres aiait apprécié différemment la situation; il ne partagea pas, en ce qui regardait l'ajournement de l'opération à entreprendre , les idées émises par le commandant en chef. Il crut que l'action offensive devait être terminée avant la réunion de l'Assemblée; et comme celle-ci devait ouvrir ses séances le lundi 20 mars suivant, il décida que la tentative qui avait pour but de reprendre les canons serait laite dans la nuit même du 17 au 18 mars.

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