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CHAPITRE DEUXIEME- COMBATS DE COURBEVOIE ET DE RUEIL

2 avril.

L'attaque des fédérés sur Versailles se prononça par la route de Neuilly : un certain nombre de bataillons sortis de Paris suivirent la grande avenue qui conduit directement au rond-point de Courbevoie. Le plan des fédérés était facile à saisir, et il ne fallait pas attendre qu'ils en eussent poussé bien loin l'exécution pour en arrêter les progrès. Leurs colonnes marchaient évidemment sur Versailles : on dut songer, dès le début, à faire obstacle à leur mouvement, afin de les obliger à rentrer aussitôt dans l'enceinte de Paris. A cet effet, la division Bruat et la brigade Daudel quittèrent leurs campements pour rejoindre la brigade de cavalerie Galliffet, qui se trouvait déjà, dans la plaine de Bezons; le commandant en (hef prit lui-même la direction générale de cette reconnaissance.

La dii'ision Bruat partit à six heures du malin, suivant la route qui passe par Ville-d'Avray cl Montretout pour descendre à la briqueterie de la Croix du Roi et au rond-point des Bergères, où

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était le rendez-ious général; la brigade Daudel y arriva par la Cclle-Saint-Cloud , Bougiv al et Rueil. Il était environ onze heures du matin quand la tête de colonne de la division Bruat atteignit le rond-point : le 74'' de ligne formait l'avant-garde. Au même moment, le 113' de ligne annonçait l'arrivée de la brigade Daudel.

Les troupes firent une halte de quelques minutes avant de prendre leurs dispositions de combat. A ce moment, nous reçûmes la nouvelle qu'un triste événement venait de se passer sur un point très-rapproché de nous. Le docteur Pasquier, médecin principal, qui remplissait les fonctions de médecin en chefde l'armée de Versailles, était parti le matin de cette ville pour organiser le service des secours médicaux en cas d'action probable, et il avait accompagné la brigade Daudel. Trompé par une fausse indication , et croyant que l'état-major du commandant en chef s'était porté plus en avant, dans la direction de Courbevoie, il chercha à le rejoindre en prenant seul, à cheval et sans armes, la grande route de Saint-Germain. Il était arrivé à moitié chemin, entre le rond-point des Bergères et celui de Courbevoie, lorsqu'il se trouva à portée d'un avantposte de fédérés, qui firent feu sur lui. Une balle vint frapper le docteur près de l'œil gauche , et il tomba de son cheval comme foudroyé. On vit

aussitôt un homme, portant l'uniforme des zouaves, et qui était probablement l'auteur du guet-apens, sortir des rangs des insurgés et s'emparer du cheval du malheureux médecin, dont le corps resta abandonné sur la route, au lieu même où il était tombé. La colonne que le docteur avait cherché à retrouver arriva à ce moment : il n'avait pu l'apercevoir, car le Mont-Valérien lui en dérobait la marche. Les premiers coups de feu avaient donc été tirés par les soldats du Comité central, et ils avaient, pour leur début, commis un meurtre qui, dans les circonstances où il avait eu lieu, c'est-àdire avant le commencement du combat, pouvait être considéré comme un véritable assassinat. Les fédérés ont prétendu depuis, dans leurs bulletins, qu'ils avaient pris le docteur Pasquier pour un colonel de gendarmerie. Mais ces bulletins ont toujours été, pendant la durée de la lutte, si ridiculement mensongers, qu'il est bien difficile d'ajouter foi à quelqu'une de leurs assertions. D'ailleurs, le vol du cheval du docteur, qui suivit immédiatement sa mort, permet aussi d'autres suppositions que les nombreux exemples de rapt et de pillage donnés par les scrupuleuses troupes de la Commune rendent tout à fait admissibles et vraisemblables. Le commandant en chef fit aussitôt disposer les troupes pour l'attaque : le régiment d'infanterie de marine reçut l'ordre de se déployer à droite de

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