‹ L'Armistice et la CommuneChapitre 16 sur 52 · IT · texte numérisé non relu

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la route, dans la direction de Puteaux. Le 74' de ligne fut chargé d'attaquer une sorte de barricade construite en avant sur la grande route, pendant que le 1 13' tournerait par la gauche le rond-point de Courbevoie, en s'abritant derrière les maisons et les jardins. Enfin, la brigade de cavalerie Galliffet surveillait déjà la plaine et la route de liezons. A peine ces dispositions étaient-elles prises, que le canon du général GallilTet retentissait sur la gauche; en même temps, une demi-batterie placée sur la route de Saint-Germain, à la hauteur du pont du chemin de fer, tirait sur la barricade du rondpoint et la caserne située en arrière. Le 74' de marche, précédé d'une ligne de tirailleurs, est alors lancé au pas de course sur la barricade. Les fédérés, qui sont cachés dans les maisons avoisinantes, tirent sur les assaillants par les portes et les fenêtres, à une très-petite portée. Ce feu, trèsnourri, jette tout d'abord un certain trouble dans les rangs de nos jeunes soldats, et occasionne même un commencement de retraite. Les hommes cherchent à gagner les maisons qu'ils ont derrière eux, et répondent avec plus de précipitation que de sang-froid au feu bien dirigé de leurs adversaires. Le capitaine d'artillerie qui commande la demi-batterie de la route de Saint-Germain reste presque seul avec ses trois pièces. L'arrivée du commandant en chef et du général Bruat calme

bientôt cette légère panique, et le combat se rétablit et recommence. Les avant-trains des pièces sont ramenés, et le 74" se rallie à la voix de ses officiers. Un bataillon de marins prend les devants et reçoit l'ordre de pousser jusqu'à la caserne. A ce moment, une nouvelle fusillade se fait entendre sur la gauche; c'est le 113" de ligne qui, au bruit du canon, avait pressé sa marche; bientôt nos troupes enlevaient et occupaient les barricades.

Le mouvement en avant devint alors général : le 113" de ligne et le bataillon de marins se jettent sur la caserne de Courbevoie qui est à peine défendue, et où nous faisons prisonniers un certain nombre de fédérés à qui cette rapide attaque n'a pas laissé le temps de fuir. Plusieurs de ces malheureux étaient, d'ailleurs, dans un état d'ivresse qui leur avait enlevé toute conscience des événements qui se passaient autour d'eux. Sur la droite, l'infanterie de marine, appuyant le mouvement, s'était également portée en avant et avait occupé les premières maisons de Puteaux. On entendit bientôt éclater une vive fusillade sur ce point, entre les deux rives de la Seine; mais les fédérés ne tinrent pas longtemps, et se sauvèrent en désordre : l'avenue de Neuilly se couvrit aussitôt d'une nuée de fuyards , dont une batterie établie au rondpoint de Courbevoie, et qui ouvrit sur eux le feu

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de ses pièces, précipita encore la déroute. En moins d'un instant l'avenue, que leur masse considérable remplissait, devint entièrement déserte : les fédérés, à la vue des obus qui tombaient au milieu de leurs rangs pressés, se sauvèrent dans les maisons et dans les rues latérales à gauche et à droite de la route, mais non sans laisser par terre bon nombre des leurs, morts ou blessés. Du rond-point nous pouvions voir, à l'aide de nos lunettes, l'enceinte de Paris, qui n'était pas encore armée; nous distinguions aussi les curieux accourus en masse autour de l'arc de l'Etoile et qui tâchaient d'apercevoir, tant bien que mal, quelque coin de la bataille. Les plus braves s'étaient même avancés dans l'avenue de la Grande-Armée jusqu'à la porte Maillot, où ils purent assister à la rentrée dans Paris des premiers soldats débandés de l'émeute.

Les marins et l'infanterie de marine, profitant du désordre jeté dans les rangs des fédérés , les poursuivirent, et s'engageant jusque sur le pont de Neuilly, ils le franchirent au pas de course, malgré le feu plongeant de l'ennemi occupant les maisons situées en arrière. Dans leur impétuosité, ils enlevèrent la barricade qui défendait le passage, et parvinrent à s'emparer des maisons les plus rapprochées, d'où ils délogèrent les soldats du Comité central.

Les instructions du commandant en chef lui interdisaient absolument de s'engager plus avant. Une ligne de fortifications de l'importance de celles de Paris se défend presque toute seule, et il n'est pas possible de l'enlever de vive force si les pont-levis qui y donnent accès sont levés. Il est évident que dans l'état de trouble et de démoralisation où se trouvaient à ce moment les fédérés , ils n'auraient peut-être point songé à prendre cette dernière et élémentaire précaution , et nos troupes, si on les avait laissées faire, se seraient probablement engagées à la suite des gardes nationaux jusque dans l'enceinte même de la place; mais cette opération, outre qu'elle était encore bien chanceuse comme résultat, avait l'inconvénient d'être trop hâtive et certainement inopportune. Ceux qui ont reproché à l'armée d'attaque de n'être pas entrée dans Paris au moment de cette première déroute des fédérés n'ont pas suffisamment calculé l'importance et les dangers d'une telle tentative, qui ne pouvait être faite qu'avec la certitude absolue d'y réussir, et à laquelle par conséquent on ne pouvait déjà songer avec une armée encore si peu nombreuse et toujours en voie de formation. Le succès de cette journée de début eut d'ailleurs une grande influence sur les opérations ultérieures. Il remonta le moral de l'armée^ affaiblit l'influence du Comité central, et donna une juste idée de la

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valeur de ses troupes. L'armée s'était comportée avec beaucoup de vigueur; on pouvait désormais compter sur sa solidité ; il était certain qu'elle ne devait plus faiblir.

Le résultat de ce combat fut plus considérable par son influence même sur la suite de nos affaires que par les pertes qu'il causa aux fédérés, dont une trentaine seulement restèrent entre nos mains ; nous avions également recueilli beaucoup d'armes abandonnées. Le but de l'attaque, qui était de refouler les insurgés dans Paris, ayant été atteint, l'armée reçut l'ordre de regagner ses campements. Elle elfectua ce mouvement vers trois heures de l'après-midi , le combat étant alors complètement terminé. Ce retour ne fut pas inquiété par les troupes du Comité, et moins de deux heures après, chaque colonne s'était réinstallée dans ses bivouacs. Quanta nos pertes, elles étaient légères : nous avions eu huit hommes tués, et nous ramenions une trentaine de blessés.

3 avril.

Ce ne fut pas sans un certain étonnement que nous apprîmes, le lendemain au matin, que les fédérés s'apprêtaient déjà à prendre la revanche de leur échec de la veille, et paraissaient vouloir renouveler du même côté la tentative qui leur avait si peu réussi le 2 avril. Nos reconnaissances

signalaient dès le point du jour la mise en marche de nombreuses colonnes d'insurgés, et bientôt les dépêches télégraphiques du Alont-Valérien vinrent corroborer et préciser davantage ces premiers renseignements. L'armée parisienne s'avançait, en effet, avec des forces considérables : sous les ordres de Flourens, improvisé général en chef et devenu le commandant le plus populaire et le mieux obéi, une troupe nombreuse s'engage sur la route de Saint-Germain. Un peu plus tard, une autre colonne, que commande le général Duval, se porte également sur Versailles, opérant son mouvement par une route différente; mais l'armée de Flourens entre en ligne tout d'abord.

Le commandant du Mont-Valérien n'évaluait pas à moins de trente mille hommes le chiffre des forces qui marchaient sous les ordres de Flourens : elles traînaient avec elles trois pièces d'artillerie et s'avançaient avec une attitude assez résolue, en une colonne serrée, sur la route qui passe à petite portée des feux du fort. Elle ne semblait pas se préoccuper le moins du monde des canons qui du haut de la forteresse pouvaient si facilement jeter le désordre dans ses rangs, tout comme si elle eût été certaine de sa complicité ou tout au moins de sa neutralité. La Commune avait en effet répandu le bruit que le fort était occupé par des artilleurs qui s'étaient ralliés

à elle, et, sur la foi de cette seule rumeur, l'armée de Flourens accentuait son mouvement sur Rueil avec une imperturbable assurance. Mais au moment où, parvenue au rond-point des Bergères, la colonne se dispose à prendre sur la droite, le fort ouvre sur elle un feu bien dirigé qui met aussitôt en fuite la moitié des assaillants. Les autres, plus aguerris sans doute, persistent à se défendre: des tirailleurs s'avancent jusqu'au pied des glacis du fort, et bientôt les trois canons qu'avaient avec eux les fédérés tentent de battre ses murailles en brèche. L'issue de cette lutte disproportionnée ne fut pas longtemps douteuse : en quelques coups, deux des pièces sont démontées, un caisson saute, et les insurgés sont obligés d'enlever au plus vite la troisième. Ils se mettent alors à l'abri dans les replis du terrain où le fort ne peut plus les atteindre, puis passant par petits groupes, sur lesquels un feii d'artillerie à grande portée devient inefficace, ils arrivent jusqu'à Rueil, assez sensiblement diminués, mais toujours résolus à poursuivre leur attaque.

Les troupes du général de Galliffet avaient leurs grand'gardes à la Malmaison; devant cette irruption inopinée des fédérés , elles se replient le long de la Seine du côté de la machine de Marly, et l'avant -garde parisienne les suit jusqu'à Bougival. L'ennemi se trouvait donc arrivé

à six kilomètres seulement de Versailles ; il était urgent de ne pas le laisser s'avancer plus loin. A neuf heures et demie, le commandant en chef se mit à la tête des troupes qui devaient marcher à sa rencontre. La brigade Daudel suivit la route de la Celle-Saint-Cloud; une brigade de la division Grenier, encore campée aux avenues de Trianon, reçut l'ordre de prendre la même direction. La brigade Garnier partit du bois des Hubies pour gagner la crête, au-dessus de Garches, au lieu dit la Maison-du-Curé. La division de cavalerie Du Preuil se joignit à la colonne principale par la route de la Celle-Saint-Cloud, et la brigade de cavalerie Galliffet prit position sur le bord de la Seine. Ayant dépassé Beauregard, le IM*" de ligne tourna à gauche par la route qui conduit directement à Bougival. Le 113^ passant à droite, avec deux batteries, vint s'établir sur le coteau de la Jonchère. Le 114' se trouva aussitôt en présence de l'avant-garde des fédérés , et il s'engagea contre elle avec une grande vigueur, pendant que l'artillerie placée sur le coteau ouvrait sur Rueil un feu plongeant dont l'efficacité nous était d'autant mieux connue que nous avions eu longtemps à le subir de la part des Prussiens. Il était environ onze heures du matin.

La division Grenier intervint alors pour appuyer le mouvement; elle dut passer au milieu du

bois, près de l'étang de Saint-Cucufa , pour déboucher par la porte de Longboyau , puis gagner la ferme de Pouilleuse, et enfin déborder la gauche des fédérés, en menaçant leur ligne de retraite. La division Garnier, formant l'extrême droite, se porta en avant, par la Briqueterie, vers le rond-point des Bergères. Enfin la division de cavalerie Du Preuil, sortant à son tour de la porte de Longboyau, vint se déployer dans la plaine, afin de relier les troupes du général Grenier au 113'' et de tourner Rueil. Ce mouvement ne fut exécuté qu'avec une assez grande lenteur, causée par la nécessité de faire suivre aux troupes, et surtout à l'artillerie et à la cavalerie, d'étroites allées sableuses, où la marche s'opérait avec difficulté. Aussi le déploiement de l'armée, au sortir de Longboyau, ne fut-il complètement effectué que vers deux heures de l'après-midi. Mais dès que les fédérés s'aperçurent qu'ils allaient être inévitablement enveloppés et coupés de leur ligne de retraite, ils abandonnèrent toute idée de résistance : ce fut parmi eux un sauve qui peut général. Ils quittèrent Rueil au plus vite, traversèrent Nanterre à la débandade, puis, n'osant plus passer à portée du Mont-l alérien, dont ils venaient d'éprouver les intentions véritables, ils traversèrent la plaine en s'abritant derrière le remblai du chemin de fer, et rentrèrent enfin dans Paris par

le pont d'Asnières. Les troupes pressèrent leur marche, mais le mouiement de retraite de l'émeute était si précipité, qu'elles ne purent arriver à temps pour couper la queue de la colonne. Seule, la division de cavalerie du général Du Preuil parvint à inquiéter vivement les fuyards, qu'elle chargea dans la plaine entre JVanterre et Rueil, et dont un certain nombre furent sabrés ou faits prisonniers. C'est pendant cette charge que fut rencontré Gustave Flourens, qui, abandonné par les siens, avait cherché un refuge dans une maison où il tentait de dissimuler son identité en changeant de vêtements. Il voulut résister, et il fut tué d'un coup de sabre sur la tête \ Ainsi finit cette personnalité vaniteuse qui aurait pu mieux employer une intelligence incontestable. Les troupes, arrivées au rond-point des Bergères, y reprirent les deux pièces de canon abandonnées parles fédérés, puis, après un moment de repos

* C'est le capitaine de gendarmerie Desmarest qui frappa Flourens au moment où celui-ci, aidé de son aide de can)p Cypriani, se mettait en défense le revolver à la main.

L'insurrection avait fait de Flourens l'un des adjoints au maire du vingtième arrondissement (26 mars).

Le 28 mars, il avait été élu membre de la Commune.

Le 29 mars , il était nommé général à titre provisoire de la 20' légion de la garde nationale.

Le 30 mars, il devenait membre de la commission militaire.

M. Flourens n'avait que trente-trois ans.

pendant lequel on leur permit de faire le café, elles durent, suivant les instructions données au général en chef, se replier sur Versailles.

Cette seconde bataille livrée par l'émeute était pour elle un échec plus considérable encore que celui de la veille, en raison du plus grand nombre de troupes qu'elle avait engagées. Les insurgés avaient dû fuir au milieu d'une véritable panique; nous avions eu à peine cinq ou six hommes tués ou blessés, pendant qu'ils subissaient des pertes très-sensibles par le feu du fort. De nombreuses voitures d'ambulance étaient venues, après le combat, pour relever les morts et les blessés; la cavalerie avait fait grand mal à la queue de la colonne, enfin nous avions pris deux canons et beaucoup de fusils, ramassés de toutes parts. Les renforts qui, au dernier moment, arrivaient de Versailles, n'eurent pas lieu d'être employés et purent regagner aussitôt leurs campements.

En se rendant au Mont-Valérien pour envoyer au chef du pouvoir exécutif une dépêche télégraphique qui lui faisait connaître l'heureuse issue de la journée, le général en chef put apercevoir un vif combat d'artillerie qui continuait sur les hauteurs de Châtillon. C'était le feu de la lutte alors commencée avec la deuxième colonne des insurgés, qui, placée sous les ordres du soi-disant général Duval , était entrée en ligne plus tard que

celle de Flourens. Cette colonne avait suivi deux routes : la première traverse les Moulineaux et conduit à Meudon, la seconde, passant par la redoute de Châtillon, rejoint celle de Versailles à Petit-Bicêtre.

La droite, arrivée à Meudon, y trouva les avant-postes du régiment de la garde républicaine. L'attaque eut lieu aussitôt : elle fut des plus vives. Les gendarmes firent une résistance énergique qui donna le temps à la brigade La Mariouse, placée en arrière, d'accourir à leur aide et de rendre le combat plus égal. Avant la fin de la journée, les fédérés se repliaient devant la bonne contenance de nos troupes et étaient définitivement chassés de Meudon et de Bellevue.

La gauche des fédérés avait rencontré à Petit- Bicêtre les avant-postes du général du Barail et avait pu cependant arriver jusqu'au hameau de Villacoublay. Les troupes du général Derroja, soutenues par la division Pelle, se portèrent alors en avant, et le combat ne tarda pas à s'engager là atfssi avec une extrême vivacité. Mais les insurgés furent promptement mis en déroute et rejetés avec pertes sur la redoute de Châtillon.

L'attaque des soldats du Comité central avait donc été repoussée victorieusement sur tous les points. Le succès de l'armée n'était pas douteux, mais les deux tentatives de l'émeute , si rappro-

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chées et si importantes par le nombre des troupes qu'elle avait mises en ligne, démontraient son audace et devaient faire craindre de nouvelles attaques, qu'il était urgent de prévenir. L'Assemblée ne pouvait délibérer sous le coup d'alertes perpétuelles, et il était indispensable d'obliger les insurgés à se renfermer absolument dans Paris, en rendant toute sortie de leur part désormais impossible. Il était nécessaire, pour atteindre ce but, de s'emparer du plateau de Châtillon et d'occuper fortement la presqu'île de Gennevilliers. Il fut convenu le soir même , entre le commandant de l'armée et le chef du pouvoir exécutif, que ces deux opérations seraient immédiatement entreprises, et que l'on commencerait le lendemain au matin par l'attaque du plateau de Châtillon. Les instructions furent données dans la soirée, en vue de cette opération, aux chefs des corps de troupes qui devaient l'effectuer.

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