DERNIERS JOURS DU SIEGE
Les trois attaques que l'ennemi dirigeait sur Paris se poursuivaient avec une régularité et une gravité progressives. Celle qui semblait la plus ardente et la plus active avait pour objectifs les forts du Sud, et particulièrement le fort d'Issy, qui, plus isolé que les autres, était depuis le 5 janvier soumis à un feu des plus violents. Le fort est flanqué à droite par le Mont- Valérien; mais la seule batterie qu'il pût atteindre était celle de Breteuil, sur laquelle il tirait au jugé, souvent avec succès. De ce côté, l'action était parfois interrompue par la vue du pavillon parlementaire qui s'arborait au pont de Sèvres, où avait lieu l'échange des correspondances entre les deux armées. Autour du Mont - Valérien , l'observatoire du fort signalait avec une vigilance qui ne se démentait pas , les travaux incessants exécutés par l'ennemi pour rétablir sa ligne de défense de Montretout, l'augmenter au besoin et la cojnpléter. De temps à autre, les batteries de la Joncbère ouvraient le feu sur les postes établis à Rueil, et il fut particulièrement violent dans les journées des 24 et 25 janvier.
Mais CCS canonnades répétées ne produisaient, en général, que peu d'effet sur des avant-postes bien embusqués. Enfin , pendant la nuit, et même aussi pendant le jour, quelques coups de fusil étaient échangés avec les reconnaissances ennemies sur les rives de la Seine, notamment du côté de Gennevilliers. De toutes parts, les observatoires annonçaient de nombreux incendies à Saint-Cloud. Les Prussiens avaient commencé le 2*2 janvier, pendant que la suspension d'armes accordée après la journée du 19 durait encore, la destruction aussi barbare qu'inutile de ce malheureux village. La villa Mathieu fut atteinte la première ; le feu qui la consuma nous fut signalé à midi et demi. Depuis ce jour, les incendies se renouvelèrent incessamment, et une fumée noire et épaisse s'étendit sur les maisons en ruine de Saint-Cloud comme un vaste et funèbre rideau. Le village de Garches fut détruit avec la même régularité , et sans plus de motifs. L'armistice ne suspendit pas ces actes condamnables de destruction sans objet, et l'incendie continua, même après sa conclusion, sans qu'on pût en discerner la cause.
Les batteries du 6' secteur établies à la butte Mortemart , au bois de Boulogne et dans les bastions voisins de la Seine, notamment au baslion 65, soutenaient un feu nourri contre les batteries de Ercteuil et contre celles que l'ennemi
avait installées plus récemment sur les plateaux de Meudon. Leur tir très -juste et très - efficace flanquait solidement le point d'attaque. Les avantpostes de Boulogne, gardés par les mobiles de l'Aube elles troupes du général Dumoulin, étaient exposés à un feu incessant qui passait par-dessus leur tête; mais elles n'en souffraient pas autant qu'on aurait pu le craindre, en raison de la situation dominante de l'ennemi sur les coteaux de la rive opposée. En cas d'attaque, leur front était couvert par la Seine, et un réduit leur était assuré dans un ouvrage avancé qui avait été construit en avant de la porte du Point-du-Jouro Derrière ce premier retranchement se trouvait l'enceinte , et un peu plus en arrière , une seconde ligne de défense que formait le viaduc d'Auteuil fermé par une forte maçonnerie , et appuyé d'un côté à la Seine et de l'autre au rempart : on aurait pu sur ce point supporter, au grand détriment de l'ennemi, un assaut au corps de place.
Sur l'autre rive, la division du général Corréard, appuyée à droite par la Seine, à gauche par la Bièvre, gardait les ouvrages extérieurs du fort d'Issy. La destruction de ce fort s'avançait chaque jour : sous la pluie de projectiles qu'il recevait presque sans cesse, il devait évidemment succomber dans un temps plus ou moins prochain. Pour prévenir sa chute, de nouveaux travaux
furent entrepris en avant du fort; ils s'appuyaient solidement de trois côtés, d'abord sur une profonde tranchée du chemin de fer de Versailles , puis sur des excavations de carrière, et enfin sur les batteries du parc et du château d'Issy. Continuées chaque nuit, malgré le feu de l'ennemi, ces nouvelles lignes devaient en peu de jours être en état de résister de la manière la plus efficace à toute attaque de vive force.
L'avant -poste de la maison des Jésuites, aux Moulineaux, tenait encore, mais il était de plus en plus menacé. De nouvelles batteries tracées près de la gare de Clamart et dans le parc du lycée de Vanves, furent armées dans la nuit du 2.3 au 24 janvier. En réalité, toutes nos tranchées, objet d'un feu très-vif d'artillerie et de balles de rempart, résistaient fort bien, et nos pertes étaient de peu de gravité; elles ne s'élevaient pas, en moyenne , à plus d'une dizaine d'hommes par jour. D'ailleurs, l'ennemi, que nos réserves abritées en arrière d'Issy et de Vanves eussent suffi à repousser s'il avait tenté une attaque sur ce point, s'était jusqu'alors borné à s'approcher de temps en temps de nos lignes pendant la nuit, et à se retirer devant nos coups de fusil. Cette lutte, sans cesse renouvelée, n'offrait donc aucun incident d'un caractère particulièrement important.
Fort d'Issij. — Le fort d'Issy ne pouvait plus soutenir le feu de l'ennemi dès qu'il cessait d'être appuyé par les batteries extérieures. Le tir des Prussiens avait d'ailleurs des intermittences; trèsvif le 22 et le 23, de huit heures du matin à trois heures du soir, il fut modéré la nuit suivante, reprit le matin du 24, mais ne fut très-violent que de trois à cinq heures. Le 25, il n'ouvrit qu'à midi, et le 26 à dix heures du matin. Les batteries extérieures tirant peu , le fort souffrait beaucoup le 25 , à trois heures du soir. Les communications télégraphiques, interrompues les 22 et 23 janvier, furent rétablies sous le feu même des Prussiens. Deux cents travailleurs envoyés chaque nuit de la division Corréard réparaient les dégâts produits dans les embrasures et les épaulements, mais sans pouvoir remédier aux dommages causés à la maçonnerie. Les pertes étaient minimes : leur moyenne s'élevait à quatre ou cinq tués ou blessés par jour; cependant, le 26 janvier, nous eûmes, pour la journée, trois tués et huit blessés. Toutefois, la garnison supportait sans faiblesse cette rude attaque : le 22 janvier seulement, date de l'échauffourée de l'Hôtel de ville, le commandant du fort signala vingt-trois déserteurs appartenant aux mobiles de la Seine, qui avaient quitté leur poste, à ce moment où l'honneur leur fiiisait plus que jamais un devoir d'y rester, pour aller se
joindre aux tristes émeutiers dont la tentative échoua, comme nous l'avons vu plus haut, dans la honte et le ridicule. La situation du Tort au 26 janvier, avant-veille de l'armistice, se trouvai exposée dans la dépêche suivante, adressée par son commandant au général en chef, à 8 heures 30 minutes du soir : « Les magasins de munitions » de la courtine 2-3 ont souffert, mais leurs voûtes » ne sont pas atteintes; la brèche des casemates 5' 16 et 17 a augmenté, mais sans compromettre 55 la sûreté de la place. Les murs de masque des 55 casemates 2, 7, 9, 22 sont crevés. Sur la face 55 gauche du bastion 4, l'ennemi semble vouloir 55 pratiquer une brèche, mais la maçonnerie n'est 55 entamée que sur une épaisseur de 60 à 70 cen- 55 timètres. 5) En définitive, à cette date du 26 janvier, le fort, à moins d'un accident aussi improbable qu'imprévu , pouvait encore offrir une durable et solide résistance.
11 faut remarquer que la batterie qui inquiétait le plus le commandant du fort d'Issy n'était pas armée de la nouvelle et puissante artillerie dont les Prussiens se servaient pour le bombardement ; elle se composait simplement d'une batterie de mortiers établie au Moulin-de-Pierre. « La bat- 55 terie du Moulin -de -Pierre, dit une première 55 dépêche, a repris son feu de mortiers, qui est 55 pour nous le plus dangereux. » (25 janvier.) —
ce Une bombe a atteint quatre artilleurs , ajoute 1) une deuxième dépêche, deux sont tués, deux 55 blessés. " (26 janvier, 2 heures 45 minutes du soir.) — Ce résultat, qui fut également observé au fort de Alontrouge, semblait démontrer que la puissance des nouveaux engins de l'artillerie n'avait pas sur les anciens une supériorité aussi grande que celle qu'on voulait bien leur supposer, surtout si l'ouvrage attaqué par eux était solidement construit et avait une garnison capable de faire une vigoureuse résistance.
Les tranchées d'Issy à Vanves, appuyées sur les murs crénelés de la gare de Clamart et sur une redoute en forme de lunette, recevaient beaucoup de balles de rempart : les batteries qui les armaient entretenaient un feu continu dont elles souffraient peu , mais qui força cependant de temps en temps l'ennemi à abandonner l'attaque du fort pour contre-battre leur tir qui lui faisait éprouver des pertes sensibles ; la batterie de mortiers de la gare de Clamart tirait surtout avec un véritable succès sur la batterie du Moulin-de- Pierre, qui fut obligée, notamment le 22 janvier, de se taire complètement.
Fort de Vanves. — Le fort de Vanves, trèsmenacé à cause de sa faible dimension et de la proximité de la hauteur de Châtillon, qui l'écra-
sait de feux plongeants , lirait sur les batteries opposées ; celles de l'enceinte du 8' secteur lui donnaient une très-suffisante protection : « Votre » tir, écrivait le commandant du fort, est vrai- 5) ment merveilleux et nous permet de respirer. » (22 janvier, 2 heures 32 minutes du soir.)
Le fort tirait sur les batteries de la Plâtrière , de la Renommée, de la Galette et de Clamart. Dans les journées des 22 et 26 janvier, vers trois heures du soir, le feu de l'ennemi atteignit sa plus grande violence; il se ralentit beaucoup et fut même suspendu , avec de longs intervalles , dans la journée du 23, la nuit du 23 au 24, et le 24 et le 25, à cause de l'explosion d'un magasin à poudre qui avait eu lieu dans la batterie de gauche de Châtillon, le 23 janvier, à neuf heures du matin. Ce coup heureux provenait d'une batterie du 7" secteur, servie par la mobile du Pasde-Calais. Le 21 janvier, la même batterie avait fait sauter le magasin à poudre du Moulin-de- Pierre. En somme, les pertes du fort de Vanves étaient également peu importantes : on y comptait une moyenne de trois ou quatre tués ou blessés par jour, et les communications télégraphiques n'y avaient jamais été atteintes ou interrompues. Les casernes, très-souvent frappées, menaçaient ruine; mais les autres défenses étaient intactes, et, à la date du 26 janvier , le fort pouvait faire
ARAIEE DE PARIS. 33
encore une bonne résistance, bien que les trancbées prussiennes ne fussent pas à plus de mille mètres de ses murs. L'ennemi l'inquiétait toutelois constamment : « Quelques bombes ont inquiété » nos travailleurs cette nuit » , écrivait le commandant le 26 janvier; mais si la lutte eût persisté, le fort , encore peu compromis , n'eût pas été réduit de sitôt à la nécessité d'ouvrir ses portes.
Les tranchées entre VanvesetMontrouge, bien qu'exposées au feu continu qui passait au-dessus d'elles , souffraient peu des quelques éclaboussures qu'elles en recevaient par hasard. Elles avaient surtout à subir l'effet des balles de rempart, dont l'ennemi usait plus volontiers contre elles à cause de leur position rapprochée.
Forl de Montroiige. — Le fort de llontrouge, attaqué vigoureusement, répondait de même : le feu dirigé contre lui atteignit sa plus grande violence dans l'après-midi du 22 (1 tué et 4 blessés) €t dans les journées des 23 et 24 janvier. Le tir se ralentit le 25 et fut très-modéré le 26. La batterie qui incommodait le plus le fort était celle de l'Hay, qui le prenait d'écharpe; il demanda contre elle l'appui du fort de Bicêtre. Le 23 janvier, il se produisit un grave accident : « La batw terie à côté du fort, écrit le commandant, ayant r> cessé son feu, les quatre pièces qui tiraient sur
3i L'ARMISTICE.
55 elle tirent sur nous. Motie bastion 4 a beaucoup 55 souffert dans ses embrasures et ses épaulemcnts. 55 II y a une brèche praticable au mur de gorge de ce 55 bastion ; le fossé est comblé par les déblais, nous 55 travaillons à le déblayer. 55 L'amiral Polbuau, qui avait pu apprécier la vigoureuse défense du fort, télégraphiait à son tour : « Je ne doute pas r> que Montrouge, avec son énergie habituelle, ne 55 se répare pendant la nuit. Le chef du génie du 55 fort fait disperser les matériaux provenant de la 55 brèche et creuser le fossé au pied de l'escarpe. 55 L'ennemi , qui n'avait pu se rendre compte de ce résultat, bien qu'il y eût pour lui quekpie importance à le connaître, laissa la réparation s'opérer : le 24 janvier, à 6 heures 15 minutes du soir, le chef du génie annonçait u que la 55 brèche au mur de gorge était rendue impra- 55 ticable 55 , et le lendemain au matin , le commandant du fort télégraphiait à son tour : « IVos 55 réparations sont terminées, nous sommes prêts. 55 Danslajournéedu25, le général en chef lui ayant fait proposer un renfort de cent cinquante artilleurs de la garde nationale, le commandant du fort les refusait dans les termes suivants : « Je suis 55 l'interprète du sentiment de mes hommes en 55 demandant qu'on nous laisse l'honneur de dé- 55 fendre Montrouge. Ces artilleurs nous seraient 35 plus utiles aux batteries voisines : nous serions
« reconnaissants au général de ne pas nous les » envoyer. »
Les pertes éprouvées par la garnison de ce fort avaient été assez nombreuses , en raison de la vivacité de sa défense; toutefois, elles ne dépassaient pas une moyenne de sept à huit tués ou blessés par jour. En résumé, le fort avait, le 26 janvier, une caserne incendiée, l'autre démolie, ses escarpes atteintes; mais le seul endroit qui eût cédé avait été réparé. Sa résistance offrait donc des chances de durée encore plus certaines que pour les forts d'Issy et de Vanves.
Quant aux avant-postes de la maison Millaud, confiés à la surveillance du général de Chamberet, ils étaient très-menacés à cause de leur position avancée. Les épaulements, trop faibles pour résister aux pièces de gros calibre, avaient été désarmés; mais l'ennemi était trop bien tenu en échec par le tir du fort de Montrouge et des Hautes- Bruyères sur ses batteries de l'Hay, de Sceaux et de Fontenay-aux-Roses, pour qu'il pût tenter sur ce point une attaque de vive force : il est probable, d'ailleurs, qu'il n'aurait pu s'y maintenir, d'autant plus que nos réserves placées en arrière, dans la i allée de la Bièvre et à Gentilly, avaient l'ordre de venir appuyer la résistance de la première ligne.
Il ne serait pas juste de quitter le front d'attaque sans dire la part que l'enceinte a prise à la
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lutte. Les bastions armés étaient, au 7' secteur (contre-amiral de Montagnac), le 08' et le 73'. Leurs batteries tirèrent surtout dans les journées des 2*2 et 23 janvier : elles firent sauter deux magasins à poudre de l'ennemi, le 21 au Aloulin-de- Pierre, et le 22 à la batterie à gauche de Cbatiilon. Le 24, le temps brumeux rendit le tir plus lent et plus incertain. Les pertes causées au rempart même, par les ripostes de l'ennemi, furent, en moyenne, de cinq à six hommes tués ou blessés, en dehors des victimes faites dans la population civile. Les batteries prussiennes, qui pendant le jour tiraient sur les défenses de la place, dirigeaient plus particulièrement leur feu, pendant la nuit, dans l'intérieur de la ville même. Il fut peu violent dans la nuit du 22 au 23 janvier; à deux heures, le 23, il cessa complètement. Mais dans la nuit du 23 au 24, il causa de sérieux dommages dans le quatorzième arrondissement. Le 24, il se ralentit sur Grenelle et Vaugirard, et fut alors dirigé sur le 8" secteur, où il alluma, au début de la nuit suivante, un grand incendie dans une fabrique de papier; on eut même beaucoup de peine à se rendre maître de ce sinistre, incessamment alimenté par les projectiles de plus en plus nombreux de l'ennemi, et il dura jusqu'au matin, à huit heures. Le 26, le tir fut porté sur la Bièvre , sans abandonner cependant les bastions et le quar-
tier de Montrouge, et il causa aussi sur ce point de grands dégâts matériels.
En résumé, dans les cinq derniers jours de la défense, sur la rive gauche, la position s'était peu modifiée, et l'attaque de l'ennemi était demeurée stationnaire. Le seul progrès qu'on y pût relever consistait dans l'ouverture d'une batterie à la station de Meudon , et dans quelques atteintes nouvelles à l'enceinte au moyen du bombardement. Mais nos ouvrages défensifs subsistaient toujours; nos avant-postes n'avaient pas même été reculés depuis le 13 octobre, après vingt et un jours d'un feu aussi violent préparé par trois mois de travaux assidus. On devait donc, de ce côté, continuer une surveillance des plus actives; mais il n'y avait aucunement à se préoccuper d'un danger immédiat. D'ailleurs, en résumant en un seul chiffre la moyenne des pertes journalières que nous subissions sur nos lignes du Sud, il était facile de constater, en même temps que la prudente vigueur de notre défense, le peu d'efficacité relative de l'attaque ennemie. En effet, nous avions perdu, par jour, en tués ou blessés :
Pour la garde des tranchées. . . 10 hommes.
Pour le fort d'Issy 7 à 8 —
— de Vanues 4 à 5 —
— de Montrouge ... 7 à 8 — Pour les batteries de l'enceinte. 5 à 6 —
Total. , . . 33 à 37 hommes.
On devait conclure de ces chiffres, rapprochés des faibles résuUats obtenus jusqu'alors par nos adversaires, et qui contribuaient à entretenir si heureusement le moral et la solidité des troupes, que le terme de la résistance, si d'autres nécessités impérieuses ne nous obligeaient pas de céder, pouvait être rejeté à une époque encore bien difficile à déterminer.
Du fort de Montrouge au fort de Nogent, il y avait une lacune dans l'attaque, et sauf à Bicêtrc et aux Hautes - Bruyères qui parfois prenaient part au combat qui avait lieu à leur droite, et à la redoute de la Faisanderie qui servait à flanquer Nogent, on n'avait signalé aucun échange de coups de canon.
Fort de Bicêtre, — Le fort de Bicêtre, dont la belle position et la solide garnison assuraient la vigoureuse résistance, avait en outre un observatoire excellent. Ce fort cherchait, par tous les moyens, à entrer en ligne en tirant, soit sur l'Hay, soit sur les batteries de Bagneux. Il avait reçu quelques obus au début du bombardement; mais depuis le 20 janvier, aucun n'était parvenu jusqu'à lui. Le 23, il soutint Montrouge en tirant sur l'Hay etBagiicux; le même jour, son observatoire annonçait qu'à quatre heures la cloche de l'église de Bagneux s'était fait entendre, et qu'ans-
sitôt les batteries de Fontenay, Bagiieux et Châtilloii avaient tiré une dernière volée, puis cessé leur feu. La construction d'une nouvelle batterie ennemie nous était en même temps signalée à Sceaux. La journée du 24 fut employée à disposer des pièces d'une portée et d'un calibre suffisants pour lui résister; ces travaux furent terminés le 25. Les 24, 25 et 26, les observations furent contrariées par un épais brouillard, qui nous empêcha également de régler notre tir avec la précision habituelle. Néanmoins, le 25, l'artillerie du fort put riposter aux batteries de l'Hay; il se tut le 26, Montrouge n'étant pas, ce jour-là, pressé par l'ennemi.
Fort d'Ivrij. — Le fort d'Ivry se trouvait dans les mêmes conditions que celui de Bicétre, et était réduit à la même inaction. Les avant-postes de Vitry et de Créteil étaient si éloignés , que l'ennemi se trouvait à la portée extrême de son artillerie. Son action était donc limitée à l'observation lente et minutieuse des divers incidents qui pouvaient se produire devant lui. Il surveillait particulièrement les travaux exécutés par les Prussiens sur la hauteur de Montmesly, et qui semblaient menacer le fort de Charenton. Le 2.3, le fort signalait la construction d'une batterie ennemie sur le chemin de fer de Lyon, à trois mille trois cents
mètres environ de ses murs, auprès des fermes de l'Hôpital et de la Tour; le 24, la brume avait nui à la suite de l'observation; le 25, une éclaircie avait permis de mieux voir l'ouvrage nouveau, qui était en voie d'achèvement et comptait sept ou huit embrasures ; enfin, le 26, le brouillard nous avait une fois encore dérobé les travaux entrepris , que l'armistice rendit d'ailleurs inutiles.
Les Hautes- Bruyères et Saquet. — L'ennemi fit à la redoute des Hautes-Bruyères l'honneur d'une attaque en règle , tout comme s'il se fût agi d'un véritable fort, et elle eut à soutenir le feu des batteries de l'Hay, de Chevilly etdeBagneux. Le tir ,^ qui fut très-vif le 22 , se ralentit le 23 et fut presque nul le 24. Le 25, à une heure, il reprit avec beaucoup de violence, puis cessa tout à fait dans la soirée du même jour et dans la journée du 26. Mais l'ouvrage souffrit très-peu ; ses défenses demeurèrent absolument intactes , et sa garnison fut faiblement atteinte.
Les avant-postes de Villejuif, conquis sur l'ennemi dans la journée du 23 septembre, puis successivement augmentés par de nombreux et importants traïaux, n'eurent pas d'attaque à subir. Quelques coups de canon furent tirés sur la redoute de Saquet, au début du bombardement; mais depuis, le 'silence le plus complet se fit autour de cette
position. Un peu en avant de l'ouvrage, il y eut, dans la nuit du 21 au 22, un échange de coups de fusil avec une reconnaissance prussienne, et le lendemain l'observatoire établi dans le clocher de Villejuif signala une colonne ennemie qui se dirigeait de l alenton sur Versailles ; de nombreux convois furent également observés dans la nuit du 23 au 24. Ce furent là les seuls incidents à noter pendant les derniers jours du siège du côté de ces avant-postes, que gardaient depuis le 23 septembre les troupes de la division Maud'huy. Les avant-postes de Vitry étaient occupés par la division de l'amiral Pothuau, flanquée à sa gauche par quatre canonnières amarrées près du Port-à-l'Anglais. Le froid avait enfermé ces canonnières dans la glace, qu'il fallait chaque jour casser autour d'elles afin de rendre à leurs mouvements, en cas d'attaque, la liberté nécessaire. Le même travail fut exécuté sur la Seine , à l'extrémité des tranchées. D'ailleurs, il y a peu de faits importants à signaler de ce côté ; nous les résumerons en quelques mots : dans la nuit du 21 au 22, échange de coups de feu entre des reconnaissances; — le 23, enlèvement de trois soldats prussiens qui se sont aventurés jusque dans nos lignes; — le 24, désertion partielle dans les rangs du 74' bataillon de la garde nationale ' ; —
' Voir aux Appendices.
le 25, difficultés pour la remise de la viande aux troupes, à cause de relards survenus dans sa distribution aux cantonnements; — le 26, arrivée de wagons blindés destinés à contrarier la construction de la batterie ennemie sur la voie de Lyon, et dont quatre embrasures sont dirigées sur Vitry.
Fort de Charenton. — Sur la rive droite de la Seine, le fort de Charenton n'avait pris encore aucune part à la lutte; cependant il commençait à se trouver menacé par les travaux qui s'exécutaient devant lui. Dominé par la hauteur de Montniesly, il était exposé à souffrir gravement d'un feu qui pouvait être dirigé de ce point. L'activité déployée par l'ennemi dans la construction des batteries des fermes de l'Hôpital et de la Tour mettait en danger le fort, qui ne pouvait que bien difficilement gêner les travaux qui le menaçaient, masqués qu'ils étaient de toute vue directe par le village de Alaisons-Alfort. D'ailleurs, toutes ces démonstrations n'aboutirent point, et à la date du 26 janvier le feu n'avait pas encore été ouvert par les Prussiens. Néanmoins ce fait démontre suffisamment que le fort de Charenton est construit dans de fâcheuses conditions de défense, que sa situation ne répond plus aux exigences et aux progrès de l'artillerie moderne, et
que la partie de la fortification de Paris où il se trouve devra être remaniée. Le village, en arrière du fort, était occupé depuis le 29 décembre par la division d'Hugues, qui était venue se refaire à la suite de son rude service aux tranchées du plateau d'Avron. Un bataillon des mobiles de la Vendée avait particulièrement souffert, et comptait dans les hôpitaux une grande partie de son effectif.
Créteil servait d'avant-postes au fort de Charenton : une série de tranchées défensives et quelques batteries permettaient de s'y maintenir. Le colonel Lemains avait le commandement de cette position, où l'on était demeuré très-calme depuis le commencement du siège. Cependant le colonel s'alarmait alors des travaux qui s'exécutaient devant lui et qui, ayant pour objectif le fort de Charenton, devaient débuter par couvrir de leurs obus les tranchées et les maisons de Créteil même. Il demandait donc avec instance que son artillerie fût renforcée, et le 26 janvier notamment, il réclama plus vivement encore des pièces de 7 pour les placer à la batterie Lechat, qui, armée de deux pièces de 24 court et de 7 pièces de 12, voyait le carrefour Pompadour et Mesly à deux mille cinq cents mètres, et Montmesly à quatre mille mètres. Des pièces de 7 auraient, par leur plus grande portée, permis d'inquiéter l'ennemi.
Mais là encore, ces prévisions de danger prochain ne se réalisèrent pas.
Fort de Vincetmes. — La position dominante de Vincennes avait permis d'y établir un observatoire qui signalait les nombreux mouvements de convois ou de troupes opérés par l'ennemi sur les coteaux faisant face au fort. Comme ils étaient hors de toute portée d'artillerie, ils avaient lieu souvent pendant le jour. Ainsi, le 23 janvier-, vers onze heures dm matin, de grands convois étaient signalés se dirigeant d'Ormesson sur Chennevières et sur Sucy en Brie, pendant que d'autres faisaient route sur lilleneuve-le-Roi et sur Villeneuve-Saint-Georges, par Ablon. A une heure, le même jour, on apercevait un régiment de cuirassiers blancs, puis une brigade d'infanterie qui vint s'établir en avant du château de Lagrange, entre Boissy-Saint-Léger et Limeil. Le 24 et le 25, le temps brumeux gêne les observations. Le 26, de nombreux convois et passages de troupes sont encore annoncés sur les hauteurs d'Ormesson ; mais la cause et le but de ces divers mouvements demeurent inconnus.
Au début du siège, alors que le 13' corps avait été envoyé précipitamment. à Vincennes pour en occuper le camp retranché, nous avons fait remarquer que cette position, assise sur -des hau-
leurs et protégée par la Marne, était des plus fortes : la suite des opérations l'a suffisamment prouvé. La redoute de Gravelle , qui , avec celle de la Faisanderie , couvre le fort de Vincennes et l'enceinte , a été jusqu'à la fin laissée par l'ennemi en dehors de toute attaque. La redoute de la Faisanderie n'est entrée en lutte que dans les derniers jours, et d'une manière peu inquiétante.
ATTAQUE SUR LES FORTS DE l'eST.
Cette attaque, qui avait si vivement débuté sur le plateau d'Avron les 27 et 28 décembre, pour se terminer le 29 par l'évacuation volontaire du plateau, était venue se heurter contre les forts de Rosny, de Noisy et de Nogent et les divers tra- . vaux exécutés devant ces trois ouvrages. Elle n'avait pu faire de progrès, et le compte rendu des derniers jours de lutte de ces trois forls indique qu'elle pouvait être considérée comme abandonnée en ce qui concerne Rosny et Noisy. Mais à ce moment les Prussiens semblaient vouloir s'attacher au fort de Nogent, qui, placé à la droite de cette ligne, pouvait être plus facilement l'objet d'un feu concentrique. Pour atteindre sur ce point un résultat sérieux, il était nécessaire que l'ennemi renforçât ses batteries et comprît dans son attaque la position de la Faisanderie, qui flanque la droite de Nogent. Tous ses travaux et
ses efforts semblaient surtout dirigés contre cet objectif. Le 22 janvier, la construction d'une nouvelle batterie était signalée entre \ illiers et Brie : deux cents hommes venus de Cœuilly travaillaient à un épaulement derrière le chemin de fer de Mulhouse, pendant qu'à la sortie de Champigny se préparait l'établissement d'une autre batteiie. Le 23 janvier, à midi, les batteries de Villiers se mirent à tirer à toute volée sur Vincennes, et parvinrent à jeter une dizaine d'obus dans l'arsenal du fort Neuf, où personne ne fut atteint. A quatre heures du soir, la redoute de la Faisanderie ouvrit son feu contre cette batterie et put en débarrasser le fort. Comme elle était située à gauche en arrière de Villiers, près du chemin de fer, des ordres furent donnés pour qu'une batterie de quatre pièces de 24, destinée à la contre-battre plus efficacement, fût établie dans le parc du maréchal Vaillant. Le 24, à onze heures, le tir atteignit de nouveau le fort IVeuf de Vincennes, et l'ennemi démasqua encore une batterie à deux heures trente minutes de l'après-midi, derrière le four à chaux de Champigny. Cette batterie tira pendant toute la nuit suivante sur la Faisanderie. Le 25, à quatre heures du soir surtout, le feu de la Faisanderie et des ouvrages extérieurs du fort de Nogent était très-vivement activé contre les batteries de Villiers, contre Cœuilly et la bifurcation
(les routes de Provins et de Chennevières ; il se ralentit à l'arrivée de la nuit ' . Le 26, le feu fut ouvert par la batterie du four à chaux; lent de huit à dix heures, il devint très-vif à onze heures, pour cesser complètement à deux heures, parce que l'ennemi fut obligé de réparer sa batterie.
En avant de la Faisanderie étaient les positions de Saint-Maur et de Poulangis^. Depuis le 11 janvier, plusieurs batteries ennemies y envoyaient infructueusement leurs obus. Les commandants de la boucle de la Marne et de la redoute de Saint- Maur avaient pris de très-intelligentes dispositions pour garantir leurs hommes , et il n'y eut de ce côté qu'un accident un peu sérieux à constater. Dans la nuit du 24 au 25, deux mobiles de l'Hérault (45'' régiment) et sept artilleurs furent grièvement atteints, dans un abri de la redoute de Saint-Maur, par un obus de 24 qui, défonçant la voûte, vint éclater au milieu d'eux. Ce coup malheureux impressionna vivement les troupes; mais, en somme, la position n'était pas très - dangereuse, puisque jusqu'alors, et après quatorze jours de bombardement, aucun soldat n'avait été blessé. D'ailleurs, dans la nuit du 25
' Nous n'eûmes que deux blessés dans cette journée.
^ Cette dernière position se composait du grand parc et du château portant le nom de Poulangis, et appartenant à la veuve du grammairien Chapsal.
au 26, le feu se ralentit, puis cessa tout à fait. La position de Saint-Maur était commandée par M. de Alontvaillant, colonel du 45" régiment des mobiles de l'Hérault, et celle de Poulangis par le capitaine de frégate d'André. La ligne des avantpostes, qui s'étendait depuis la Seine jusqu'à la Marne, comprenait Créteil, Saint-Maur, Joinvillele-Pont, et traversait la boucle de la rivière : elle était placée sous les ordres du général Ribourt , commandant supérieur de Vincennes. Les redoutes de Gravelle et de la Faisanderie dépendaient aussi de son commandement.
Fort de Nogent. — Le fort de Nogent avait été attaqué dès le 27 décerabre; faiblement bombardé tant que le plateau d'Avron avait servi de principal objectif à l'ennemi, il était, depuis le 29 du même mois , soumis à un feu très-vif partant des batteries de Noisy-le-Grand , de Villiers et de Brie. Là aussi, le tir des Prussiens était intermittent : lent dans la journée et dans la nuit du 22, il augmenta de violence le 23. Le même jour, l'ennemi démasqua deux nouvelles batteries à trois mille cinq- cents mètres au-dessus de Briesur-Marne; son feu était particulièrement très-vif sur le front sud du fort, où il n'y eut cependant qu'un blessé. La nuit fut plus calme, mais la canonnade redoubla le 24 et fut très-irrégulière.
Elle causa peu d'avaries au fort, mais tua un homme et en blessa six autres. Le tir se ralentit dans la nuit pour reprendre le 25 au matin ; il s'arrêta dans la journée. Le 26, il fut plus lent, et pendant ces deux derniers jours personne ne fut atteint. Ces irrégularités prouvaient que l'attaque était plutôt une simple démonstration qu'un bombardement sérieux. En effet, après un mois de tir presque journalier, les batteries prussiennes étaient encore à trois mille cinq cents mètres du fort : pas une de ses défenses n'était compromise ni même gravement atteinte.
Le commandant était plus inquiété par les appréhensions que lui faisait éprouver l'épuisement des citernes du fort : il allait être réduit à manquer d'eau, la compagnie qui la fournissait se refusant à faire le service tant que durerait le feu. Si l'ennemi parvenait à se rapprocher, cette situation pouvait être des plus critiques ; elle se bornait alors à la seule crainte de ce danger, que les événements se chargèrent d'ailleurs de conjurer.
Fort de Rosmj. — Le fort de Rosny, si vivement bombardé dans la journée du 29 décembre, n'avait pas cessé, depuis ce jour, de soutenir la lutte avec beaucoup d'énergie. La batterie du château de Montreau, situé tout auprès de ses murs, lui venait efficacement en aide. Mais de ce
côté, les craintes qu'avait pu faire naître la violence de l'allaque des premiers jours se trouvaient bien diminuées. Les Prussiens n'avaient pas occupé le plateau d'Avron, et le fort n'avait dès lors à supporter le feu que des seules batteries du Raincy, qui étaient toujours restées stationnaires. Le danger était même si peu menaçant, que dans la journée du 23 janvier on put, sans inconvénient, désarmer la batterie de Montreau et répartir ses pièces sur d'autres positions moins sûres. Le 23 et le 24, le fort reçut dans le jour quelques obus, qui ne produisirent aucun effet; pendant la journée du 25, il en tomba quarantecinq et vingt-deux durant la nuit, mais personne ne fut atteint; enfin le 26, il en arriva trentedeux, qui ne firent non plus ni dégâts ni victimes. A cette dernière date, l'approvisionnement en munitions était encore dans ce fort de 173 coups par pièce de marine de O^lô : c'est le calibre qui manquait le plus à Paris. Sur ce point, l'attaque n'ai ait donc fait aucun progrès.
Fort de Noisy. — L'ennemi n'avait pas remporté plus d'avantages du côté de Xoisy. L'amiral Saisset avait établi son quartier général dans ce fort; la lutte continuait lentement et sans résultat; les batteries du Raincy tiraient sans précipitation et avec beaucoup de régularité sur Rosny, la
Coissière, JVoisy et Bondy. L'armement du fort de JVoisy était très-remarquable; il ne comprenait pas moins de seize pièces de marine de 0'"16. Le 25, après une lutte assez vive, il n'avait eu ni dégâts ni blessés ; le 26 , il reçut seulement onze obus dans le jour, mais sans être obligé d'arrêter les travaux de réparation qui s'exécutaient, et qui consistaient surtout à renforcer les poudrières et les abris. Le fort fut aussi puissamment aidé par des batteries extérieures d'un solide profil, construites entre Noisy et Nogent, et qui pouvaient soutenir avec succès le feu de l'ennemi. La supériorité de la défense s'était tellement établie de ce côté, que le service de l'artillerie put enlever deux pièces de 24 à ces batteries pour les reporter sur des points plus menacés. Deux autres batteries, situées au-dessus des carrières, tiraient sur Bondy et Groslay à trois mille cinq cents et quatre mille cinq cents mètres avec trois pièces de 24 court. Enfin, trois pièces de 7 allaient être amenées à la redoute de Noisy : leur portée supérieure devait donner le moyen d'aller cbercher l'ennemi au loin jusque dans la plaine.
Les batteries extérieures avaient procuré aux forts du sud, beaucoup plus compromis, un appui considérable, et même empêché leur destruction et peut-être aussi leur chute; à l'est, elles avaient servi à assurer la supériorité de notre artillerie
sur celle de l'ennemi. En présence des faibles résultats obtenus contre les forts de Rosny, de Noisy et de Nogent pendant les derniers jours du siège, on pouvait regarder l'attaque comme terminée sur ces divers points, où elle ne continuait réellement plus que pour la forme. Le nombre des hommes atteints s'élevait en moyenne, pour les trois forts, à cinq ou six par jour. Un seul accident était ta signaler : dans la journée du 25, un obus avait détruit l'abri du chef de tranchée à la • redoute de Noisy.
Fort de Romaînville. — Le fort de Romainville^ défendu par une vigoureuse garnison de marins, n'a eu à subir aucune attaque. Placé entre le bombardement, un moment si vif, du côté de l'est, et celui du nord, dont nous allons parler^ ce fort ne put que demeurer spectateur immobile de la lutte, engagée trop loin de lui pour qu'il y pût prendre part. Son observatoire, admirablement organisé avec des repères excellents, voyait et signalait à tout instant les mouvements de l'ennemi.
Butte Montmartre. — Les observatoires établis sur les buttes ont rendu de grands services ; l'un était placé aO sommet de la tour dite de Solferino, l'autre au Moulin de la Galette. Ils avaient
ARAIEE DE PARIS. 53
une vue très-lointaine. Le 22 janvier, à cinq heures trois quarts , ils signalaient trois incendies au village de Deuil , indiquant qu'ils apercevaient des hommes armés de torches qui entretenaient et activaient le feu, destiné sans doute à démasquer une batterie nouvelle.
Quant aux travaux d'artillerie entrepris pour armer les hauteurs de Montmartre, ils sont demeurés sans utilité contre les Prussiens, dont les batteries étaient à une trop grande distance. La Commune, qui les a armées de nouveau, ne sut pas, heureusement pour nous, en tirer contre nos troupes tout le profit et l'efficacité que leur situation dominante rendait possibles.
Attaque du Nord. — Le commandement de Saint-Denis avait été, dès le début du siège, l'objet d'une organisation tout à fait distincte. Au commencement de novembre, on l'avait confié à l'amiral de la Roncière, qui, avec un corps d'armée spécial, défendait le fort d'Aubervilliers et ceux de Saint-Denis, connus sous les noms de forts de l'Est, de la Double -Couronne et de la Briche. Il avait, en outre, une importante ligne d'avant-postes à la Courneuve et à la Croix de Flandre, positions qui ne cessaient de menacer et d'inquiéter le Bourget.
Saint-Denis est un des points les plus avancés
de la drfenso fortifiée de Paris; il en est aussi le moins appuyé. En eflet, depuis le fort de la Briclie jusqu'au Alont-Valérien, on ne trouve que la redoute incomplète de Gennevilliers, qui ne pouvait offrir un flanquement efficace. Il y avait donc là un saillant favorable pour l'attaque; les Prussiens en profitèrent, et bien que cette attaque ait été commencée la dernière, elle a été poussée dès le début avec une extrême vivacité. Les batteries qui tiraient sur Saint-Denis étaient nombreuses et puissantes; elles avaient, en outre, l'avantage d'une position dominante sur les buttes d'Orgemont et Pinson. De ce premier point jusqu'au Bourget, leur ligne formait une grande demi-circonférence dont la ville de Saint-Denis était le centre. Enfin l'ennemi trouvait dans cette disposition le moyen d'atteindre directement, par le bombardement, une population nombreuse, et ce résultat, qu'il a toujours chercbé à obtenir, ne pouvait manquer d'être mis, autant que possible, à profit par lui. Sous tous ces rapports, la position de Saint-Denis était donc tout indiquée pour une attaque.
Mais en admettant que l'ennemi eût emporté sur ce point un avantage sérieux, en supposant même que quelque grave échec eût fait tomber entre ses mains l'un des forts ou même toute la position de Saint-Denis, sa situation serait alors
devenue mauvaise. En effet, il restait dans ce cas à l'assiégé pour se défendre l'enceinte qui domine la plaine; en outre, plus en arrière, les hauteurs de Montmartre et des buttes Chaumont permettaient d'établir divers étages de batteries, et les positions de Clichy et de Saint-Ouen prenaient d'écharpe la ligne des tranchées : en un mot, l'assiégeant, après avoir pris Saint-Denis, se serait trouvé avoir devant lui la partie la plus forte et la plus solide des fortifications, et celle qui, par ses autres défenses naturelles, était la plus susceptible d'une longue résistance. Mais si on pouvait, à ce point de vue, raisonner froidement et sans trop d'appréhension sur le résultat d'un échec possible , il n'en est pas moins vrai que tous les efforts devaient être faits pour l'éviter. La chute des forts de Saint-Denis aurait produit sur la garnison de Paris et sur son impressionnable population un effet moral d'autant plus désastreux qu'elle eût permis de diriger un bombardement efficace et meurtrier sur les quartiers si populeux de la Chapelle, de la Villette et de Pantin. L'honneur de la défense non moins que la sécurité de la ville étaient donc intéressés au plus haut point à la bonne résistance des diverses positions de Saint-Denis.
Le commandant en chef avait alors ses principales préoccupations portées sur ce point. Les
56 L'ARAIISTICE.
observatoires de Montmarlre lui avaient fait connaître la situation des batteries diri<(ées contre Saint-Denis; elles étaient au nombre de quatorze, dont voici le détail :
Trois sur la butte d'Orgemont : P batterie casematée de la carrière à plâtre; 2" batterie à embrasures à quatre cents mètres sud-est du moulin; 3" nouvelle batterie à trois cents mètres nord-est du moulin.
Deux entre Deuil et Montmorency ; l'une de six pièces sur le Grand-Engbicn ; l'autre plus près de Stains, à deux cents mètres au nord de la fontaine du Pin.
Quatre sur la butte Pinson, dont la posi'lion plonge si efficacement sur Saint-Denis : la première près du moulin, la deuxième au sud de Sarcelles entre le Moulin-de-Bois et la Briqueterie, la troisième et la quatrième sur les pentes au nord-ouest et à l'ouest de Garges ; elles existaient depuis le début du siège, et avaient eu jusqu'alors un but purement défensif.
Six batteries au Bourget et à la gauche de l'attaque prussienne : 1° une batterie h deux cents mètres de la Remise-Rosière, entre Bonneuil et Pont-Iblon; 2" et 3" deux batteries aux anciens épaulements de Pont-Iblon ; 4" une batterie derrière le cimetière du Bourget; 5° une batterie sur le Maubourget; 6° une batterie à mille mètres au
ar:\iée de paris. 57
nord de l'église de Blanc-AIesnil. L'armement de ces batteries était d'environ quatre-vingts pièces -d'un fort calibre et d'une grande portée, tirant continuellement sur Saint-Denis. Des batteries de campagne secondaient en outre ces pièces et pouvaient s'approclier des forts en s'abritant dans des tranchées pour couvrir d'obus leurs parapets, qui furent en effet tous plus ou moins entamés.
A la droite de nos positions se trouvaient les avant-postes de Drancy, occupés par les troupes du général d'Exea, dont le quartier général était aux Lilas. Le point de Drancy, pris le 21 décembre pour favoriser la sortie et l'attaque sur le Bourget, était depuis lors resté en notre possession. L'ennemi ne nous y inquiéta sérieusement qu'à la date du 24 janvier. Les batteries du Bourget surtout, prenant de flanc cette position, la rendaient des plus incommodes. Notre artillerie de campagne tenta de riposter; mais le général dut se plaindre aussitôt deM'infériorité de calibre de ses pièces, et réclamer des canons de 12. Le lendemain, l'ennemi activa encore son feu : quatorze pièces de 12 tiraient sur le petit Drancy, pendant qu'on travaillait à établir de nouvelles batteries capables de leur répondre. Le 26, après une nuit et une matinée beaucoup plus calmes, le feu reprit avec violence. D'autres batteries furent encore préparées pour le contre-battre efficace-
ment; mais en attendant leur achèvement, le fort d'Aiibervillicrs dut canonner l'ennemi, ce qu'il fil avec succès. En résumé, le 26, la position de nos avant-postes de Drancy, bien qu'inquiétée, n'était pas compromise.
Fort d'Auhervilliers. — Le fort d'Aubervillicrs n'avait pas eu à subir une attaque très-vive; il était d'ailleurs, par sa situation et sa forme, dans de solides conditions de défense. C'est le plus grand de tous les forts qui entourent Paris; il n'est pas dominé, présente à l'assaillant un front très-large, et échappe par ses grandes dimensions aux effets redoutables de la concentration des feux de l'artillerie. Nos lignes de la Courneuve, établies en avant du fort, étaient également l'objet d'un feu incessant; mais leur armement avait dû être en partie replacé plus en arrière, où il était plus utile, et réparti entre les forts de Saint-Denis.
Jusqu'au 23 janvier, l'attaque sur Aubervilliers était demeurée indécise et sans grande vigueur : le fort n'avait guère reçu plus de soixante-dix obus en trois jours, l'ennemi tirant seulement sur la Croix-de-Flandre, Drancy et Bobigny. Dans la journée du 24, de midi à cinq heures, le fort fut l'objet d'un feu plus actif, auquel il riposta trèsheureusement ; il continua lentement dans la nuit du 24 au 25, et douze obus vinrent tomber jusque
dans l'enceinte du fort. Le lendemain 25, le feu augmenta de vivacité, et le fort reçut cent obus dans la journée et dix-sept pendant la nuit suivante. Le 26, le combat redoubla encore d'intensité , mais sans dommages pour le fort ni pour sa garnison. En définitive, la perte journalière occasionnée par ce bombardement à Aubervilliers et à la Courneuvc fut tout au plus de quatre ou cinq hommes tués ou blessés par jour.
Fort de l'Est. — Le fort de l'Est, solidement bâti et bien commandé, ne souffrit que très-peu du bombardement, qui fut cependant dirigé sur lui avec une très-grande profusion de projectiles. Le 23, il reçut 470 obus entrés dans l'intérieur de ses murs; 244 le lendemain, 360 le surlendemain 25, et 353 le 26. Pendant la nuit, le feu était moins vif : 23 obus tombèrent dans la nuit du 23 au 24, et 174 le lendemain; pendant la troisième nuit, 158, et 136 pendant la quatrième. En somme, pendant quatre fois vingt -quatre heures, près de 2,000 obus atteignirent le fort pour blesser en tout vingt-sept hommes et en tuer un, démonter une pièce et défoncer quelques abris. Les batteries du Bourget inquiétaient surtout le fort, dont elles prenaient d'écharpe un des pavillons qui eut beaucoup à souffrir.
Le 26, la situation du fort d'Aubervilliers était
la suivante, d'après la noie résumée de son commandant :
Le tir de l'ennemi continue à être violent par intervalles : pendant le jour, il le dirij^e sur les remparts; pendant la nuit, sur la porte du fort. « Les escarpes sont à peu près intactes ; la défense 5> n'est pas compromise à ce point de vue, mais 55 les parapets et les terre-pleins sont labourés, et 5) les services de l'artillerie et du génie rendus très- « difficiles à cause des aspérités. » Le fort peut donc toujours soutenir une longue résistance.
La Double-Couronne. — C'est sur les deux forts de la Double-Couronne et de la Briche que se portait l'effort principal de l'attaque ennemie : c'est donc sur ce point qu'étaient aussi dirigées les plus vives préoccupations de la défense. Le fort de la Double-Couronne recevait de tous côtés une pluie constante d'obus : le 22 janvier, il n'en tomba pas moins de trois par minute dans son enceinte, et les Prussiens parvinrent à s'avancer jusqu'aux avant-postes de Stains, que nous avions d'abord occupés, et qui étaient seulement à mille mètres du fort. Ce même jour, un incendie éclata dans l'un des bâtiments du génie, et un officier et quinze hommes furent blessés. Le 23, le fort reçut quatre mille projectiles, et cependant il n'y eut que six hommes blessés, dont deux officiers.
Dans la même journée, la construction d'une batterie prussienne fut signalée à Ville taneuse. Pendant la nuit du 23 au 24, le feu se ralentit, mais pour reprendre le lendemain 24 avec une plus grande violence : il y eut, ce jour-là, trois tués et cinq blessés. Dans la nuit suivante, le feu diminua sensiblement ; mais on entendit rouler dans les rues du Bourget de nombreuses voitures d'artillerie : en effet, les Prussiens armaient sur ce point une nouvelle batterie, qui fut démasquée le 25. Le total des pertes fut pour ce jour de deux blessés seulement; mais le matériel eut à souffrir de graves avaries : cinq affûts et une pièce furent successiiement atteints. La journée du 26 fut la plus terrible du bombardement : dès le matin le fort fut attaqué, et vers le milieu du jour le feu avait redoublé d'intensité avec une violence des plus vives. Plusieurs abris furent défoncés et des soldats tués ou blessés. La garnison fut très-fortement impressionnée par le résultat de cette dure journée, que le commandant du fort appréciait dans un rapport inquiétant où il demandait du secours. En tenant compte de l'exagération trèscompréhensible dans l'exposé et les termes d'un rapport écrit au milieu même du feu de l'ennemi , il fallait reconnaître que la situation de la Double- Couronne menaçait de devenir des plus graves : le fort avait perdu jusqu'à dix hommes, tués ou
blessés, dans une seule journée, chiffre considérable pour une aussi petile «jarnison, el le personnel des officiers d'artillerie y était réduit à deux titulaires. Toutefois, les défenses proprement dites du fort , notamment ses escarpes , avaient unp solidité rassurante.
Fort de la Briche. — La position était encore plus grave à la Briche. Le 22 janvier, une reconnaissance prussienne s'était avancée jusqu'à trois cents mètres du fort; le 23, l'ennemi établit des batteries dans nos anciennes tranchées de Villetaneuse et d'Epinay : les quatre batteries de Deuil et de Montmorency, d'un côté, deux à la butte Pinson, de l'autre, croisaient leur feu contre le fort. Ce même jour, nous eûmes trois morts et dix blessés. L'amiral de la Roncière prescrivit au commandant de la Briclie de ne pas souffrir que l'ennemi s'approchât aussi près de ses murs, lui enjoignant, si le cas se renouvelait, de faire usage de ses mitrailleuses. Le 24, la position s'aggrava encore, et l'attaque se dessina de plus en plus active et pressante. Dans la journée, le fort reçut des pièces de 7 qu'il avait réclamées, et qui lui permettaient de tirer sur Deuil et sur la butte Pinson. Le 25, le feu fut moins vif et moins meurtrier dans la matinée, mais il reprit dans l'aprèsmidi avec une grande intensité. L'ennemi cher-
chait à battre en brèche les escarpes souvent atteintes par ses projectiles, et qui tenaient bon, bien qu'on ne pût songer à les réparer. Le commandant signala à ce moment l'infériorité de son artillerie : il n'avait que quatre pièces à opposer aux deux batteries d'Enghien et de Montmorency, renforcées par deux batteries mobiles. Du côté de la butte Pinson, il ne pouvait riposter que par six pièces aux deux batteries — deux fixes et deux volantes — que l'ennemi y avait établies. Les travaux d'approche des Prussiens n'étaient encore qu'à huit cents mètres; mais le pont-levis était démoli, et, dans la dernière journée, quatre hommes avaient été blessés dans une casemate que les obus avaient défoncée. Le 26 janvier, les dépêches étaient un peu moins mauvaises ; cependant la violence du feu n'avait pas diminué, les escarpes avaient encore souffert, mais on avait perdu moins de monde. Enfin, pour abriter suffisamment les artilleurs , il fallut renvoyer du fort deux compagnies du 138" qui faisaient partie de sa garnison. Comme on le voit, la situation était sur ce point assez grave.
Saint-Denis. — D'ailleurs, la terrible impression produite sur la population de Saint-Denis par le bombardement n'était pas faite pour augmenter le courage des troupes, qui avaient surtout
64 L'ARAIISTICK.
à en souffrir. Les habitants de cette ville avaient été absolument surpris dans leur quiétude par ce feu épouvantable auquel ils ne s'attendaient pas : la terreur était générale, et chacun s'enfuyait à Paris; l'amiral de la Roncière, d'ailleurs, dans l'intérêt de la défense, engageait lui-même les craintifs à s'éloigner du danger. La ville se désemplit si bien, qu'on ne pouvait plus trouver personne pour enlever les morts et les blessés. Le tir sur la cathédrale ' commença le 23, à une heure de l'après-midi ; il fut très-violent le 25. Quelquefois il s'allongeait et parvenait à atteindre l'enceinte même de Paris : le 24, à deux heures du soir, les obus venaient s'abattre sur les bastions 29 et 32, sur la porte d'Aubervilliers et sur l'usine à gaz. Le 25, il y eut suspension momentanée du feu, qui recommença le 26; mais le tir avait été rectifié, et tous ses coups étaient dirigés sur l'usine à gaz, où il causa des dommages considérables.
L'amiral de la Roncière, dont le quartier général était établi à Saint-Denis même, se multiplia pendant le danger, raffermissant les courages
' Lire sur le bombardement de la cathédrale de Saint-Denis et sur les dévastations accomplies dans la basilique et sur les tombeaux des rois par les Prussiens pendant leur occupation , deux curieuses lettres de l'abbé Testory, aumônier des éclaireurs Poulizac, publiées dans les journaux en février et septembre 1871.
chancelants et réduisant à leur juste valeur les exagérations trop facilement accueillies par la population civile. Il éloigna les poltrons, qui étaient d'un mauvais exemple pour les troupes, et jusqu'au dernier jour il résista fermement au milieu des plus grandes appréhensions et des plus sérieux périls '. Le 24 janvier, il reçut un renfort de trois cents artilleurs, qu'il répartit entre les trois forts ^. Le 25, d'inquiétantes dépêches, provenant de la Briche et de la Double-Couronne , firent craindre au commandant en chef qu'une attaque prochaine n'eût lieu sur Saint -Denis; aussi, par précaution, le général de Maussion , dont les troupes étaient cantonnées à Clichy-la- Garenne, reçut l'ordre de mettre aussitôt la division Susbielle à la disposition de l'amiral de la Roncière. Celui-ci crut devoir refuser le renfort qui lui était offert, tout en se réservant de l'utiliser si le besoin s'en faisait sentir, et annonçant, dans la dépêche qui expliquait ce refus, qu'il n'en était encore qu'à un violent combat d'artillerie. Le lendemain 26, il résumait ainsi la situation : ce Le tir sur la Briche et la Double-Couronne
' Voir l'ouvrage de l'amiral : la Marine au siège de Paris, un volume in-S", avec cartes stratégiques. Paris, Henri Pion, t'diteur, 1872.
- Cent à la Double-Couronne, cent à la Briche, cent à Aubcrvilliers.
V augmente Je violence ; la Briche souffre beau- 55 coup dans son matériel : trois cents travailleurs » y réparent la nuit les dégâts du jour. La Double-
V Couronne est moins abîmée, mais l'insuffisance » des abris rend le séjour plus dangereux... La » glace des fossés est souvent projetée en mitraille « sur toute la fortification... Un service très-pé-
V nible est de casser la glace dans les fossés; il est « nécessaire sur les rigoles de la Briche et du » Crould; sans cela, on pourrait les enlever. Les » marins seuls peuvent faire ce service : les ou- » vriers civils refusent de travailler si près du "feu... Sur toutes les défenses de Saint-Denis, » chacun fait noblement son devoir. «
Ainsi, sur ce point, qui formait la troisième attaque des Prussiens, la situation, bien que grave, n'était pas de nature à donner des inquiétudes immédiates'. Cependant l'ennemi activait vivement ses travaux d'approche, et la lutte devait, dans un temps peu éloigné peut-être, prendre une
• Les pertes journalières, pour la défense du \ord, ont été en moyenne les suivantes :
Drancy
Aubervilliers. . .
Fort de l'Est. . .
Double -Couronne La Briche. . . .
Total. .
30 hommes tués ou blessés.
physionomie plus critique et plus décisive, lorsque les événements vinrent l'interrompre, puis l'arrêter tout à fait.
Le 26 janvier, à sept heures du soir, AI. Jules Favre, qui, en sa double qualité de vice-président du gouvernement de la défense nationale et de ministre des affaires étrangères , avait commencé des négociations avec l'ennemi, donna par écrit au commandant en chef l'ordre suivant de faire cesser le feu :
« Je reviens de Versailles ; je suis tombé d'ac- 55 cord avec M. de Bismarck sur les principales 55 conditions de l'armistice, et il a été convenu, 55 d'honneur, entre nous deux, que le feu cesserait 55 des deux côtés sur toute la ligne à partir de 55 minuit. Envoyez donc de suite l'ordre aux forts 55 et aux secteurs , afin qu'il parvienne à temps à 55 tous les chefs de poste. 5)
En présence de cet ordre formel , le commandant en chef ne pouvait qu'obéir, et il transmit aussitôt, sur tous les points en lutte avec l'ennemi, la notification suivante : « Suspension d'armes : à 55 minuit, cessez le feu. Exécutez rigoureusement 55 cet ordre; accusez réception. 5? A minuit précis, en effet, le feu était subitement interrompu partout : la défense de Paris venait de finir. Alais l'armée n'avait point encore terminé sa tâche : elle allait se trouver aux prises avec les graves
difficultés intérieures qui devaient naître peu après, comme les résultais inévitables du douloureux armistice que venait de conclure le gouvernement.