‹ L'Arrétin moderne (volume 2)Chapitre 13 sur 17 · DU CULTE .RO.M.\IN · texte numérisé non relu

DU CULTE .RO.M.\IN

Des riens sacrés nous sommes les esclaves

Les petites cérémonies du culte romain, dit sagement le grand Erasme, nous font reculer en nous ramenant de Jésus-Christ à Moïse. La religion chrétienne, si belle dans sa morale puisée dans le sein de l'ordre et de la

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nature, n'avait pas besoin de petites choses pour se soutenir. Les docteurs et les rubricaires, enfants de cette religion, ont à cœur ces petites choses, les ont pillées chez les païens, et en font encore aujourd'hui le triomphe et l'échafaudage de leur culte. Le sang des chrétiens n'a rien coûté à Rome pour maintenir ces bagatelles. Les champs d'Ivry furent rougis pour une Messe basse. Le Poitou fut trempé de sang humain pour le purgatoire; les murs de La Rochelle détruits pour des Agnus Dei, des goupillons, et toute la France fut massacrée pour n'avoir pas cru que la confession auriculaire inconnue douze cents ans dans l'Eglise, devenait nécessaire au salut en douze cent un.

Un scélérat, le P. Tellier, un monstre, le P. Lachaise, ont profité des frayeurs d'un grand roi pour remplir les Cévennes et la France d'horreurs. Une chétive bulle, ouvrage de la stupidité et de la cabale, a rempli le royaume de malheureux : le St-Père, ce portrait de Dieu, ce vicaire de la charité, trouve plus chrétien de donner à tous les diables les Anglais, les Hollandais et la plus

grande partie de rAIlemagne, que de renoncer aux niaiseries du culte romain.

L'eau lustrale des païens a paru merveilleuse à l'Eglise pour laver les péchés véniels et chasser le diable, qui emporta sur le pinacle d'un lieu sacré celui qui était plus saint que l'eau bénite. « L'eau lustrale chez >) les païens était , dit leur histoire », une eau commune, « dans laquelle on éteignait )) un tison ardent tiré du foyer des sacri- » fices; cette eau était mise dans des vases » placés à la porte ou dans les vestibules » des temples ; ceux qui entraient se puri- » fiaient le cœur, et préparaient leurs âmes )) à être dignes des dieux. Dans certains )) temps il y avait des officiers préposés pour )) en asperger le peuple, les empereurs en » faisaient jeter quelques gouttes sur leurs )) viandes. » Et dans toutes les maisons curieuses de leur salut^ on trouvait des vases pleins d'eau lustrale ; ceux qui manquaient de cette provision passaient pour des impies, des athées ou des philosophes; car les philosophes ont toujours préféré la vertu et l'amour du prochain à l'eau lustrale.

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L'eau bénite est sortie de la même source que l'eau lustrale : celle que le créateur a bénie en bénissant la terre, est très honorée dans notre culte. Pour faire cette eau merveilleuse, un prêtre commence par apostropher l'eau commune, lui parle comme si elle entendait ses paroles : Je t'exorcise, dit-il, créature de l'eau. Il fait le même compliment à la créature du sel, tant il a peur que le diable ne se trouve dans les créatures. Après ces puérilités, il unit le sel avecl'eau, trempe son goupillon dans ce composé et va gravement tacher les robes et les habits qui se trouvent sous sa main. Les pères jésuites, auteurs du méchant dictionnaire de Trévoux, assurent dans cet énorme livre rempli de fatras, que l'eau bénite écarte le tonnerre : cependant le tonnerre tombe plus souvent sur les clochers que sur les écritoires des philosophes.

Des moines toujours prodigues de ce qui ne leur coûte rien, pour avoir bouche en Cour, ou se donner un ton chez nos rois des premières races , assez petits pour craindre ou aimer les moines, assurèrent nos Majes-

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tés chrétiennes qu'elles avaient le pouvoir de guérir les écrouelles. Des Papes, qui se mêlaient de disposer des couronnes, dispensaient les sujets du serment de fidélité, confirmèrent par des bulles ornées d\\gnus Dei, que leurs fils aînés très chrétiens et très pécheurs avaient de père en fils, depuis Clovis, le pouvoir de guérir les maux du col. Les docteurs de ces temps-là, aussi savants que les maîtres d'école de nos villages, avaient lu que Pirrhus guérissait les rateleux. Ces sages maîtres, croyant que ce roi était allié à la maison de David, trouvèrent dans les livres de Moïse un passage de la Gonorrhée qu'ils approprièrent aux écrouelles ; voilà le pouvoir de guérir cette maladie, déclaré par le souverain-pontife, confirmé par l'Ecriture, et toujours démenti par l'expérience. Si les rois de ces premiers âges avaient voulu faire insérer dans le symbole le pouvoir de guérir les écrouelles, la chose était faite en donnant un peu de patrimoine au St-Siège; les Papes ont beaucoup aimé le patrimoine. Cet article incrusté dans le symbole eît fait un article de foi;

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dans ce temps-là on insérait tout, on croyait tout. L'Eglise, comme une bonne mère, pour sauver plus facilement ses enfants, a toujours très multiplié les articles de foi. De nos jours la bulle Unigenitus est devenue un objet de crédibilité. M. de Beaumont, le P. Patouillet ne voulaient -ils point, en 1755, augmenter le Credo du refus des sacrements ?

La sainte ampoule, nom comique de la bouteille qui contient l'huile avec laquelle on sacre nos rois, fut apportée dans les siècles merveilleux par une colombe céleste. Cette huile est de la même pâte que le suif de la chandelle d'Arras, qui brûle toujours et ne s'éteint point. Les bénédictins, possesseurs de cette fiole, la font suivre dans les cérémonies du sacre par six barons, nommés les barons de la sainte ampoule. Les barons de la sainte bouteille garantissent par des serments inutiles, prononcés sur l'Evangile, qu'ils la rapporteront aux moines dès que la cérémonie inutile du sacre sera achevée : il est plaisant de jurer le nom de Dieu en vain pour conserver une buu-

teille. La majesté de nos rois, où Dieu a marqué le caractère sacré de sa divinité, n'a pas besoin de la graisse de la sainte ampoule pour être respectable à nos yeux; nos coeurs valent mieux que la bouteille des bénédictins et les oraisons de l'archevêque de Reims.

L'Eglise distribue certaines galanteries appelées excommunication : ces drogues dangereuses avaient beaucoup de vertu sur l'esprit ignorant de nos pères. Anciennement un curé qui n'avait point été invité à un repas chez son seigneur, s'imaginait qu'on insultait son caractère, et s'appuyant du .passage de l'Ecriture, honora medicum, il disait: Les médecins ont des rabats, ils sont habillés de noir, le Seigneur devait m'honorer, j'ai un rabat, ma soutane est noire, il ne m'a point invité à ma part de son dur gigot, ergo il a manqué à l'Ecriture, il ne m'a point honoré^ c'est un hérétique. En conséquence de cette logique, le bon pasteur prenait de l'humeur, il éteignait les cierges aux vêpres et excommuniait son seigneur, au nom du Père, du Fils et du St-Esprit.

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Rome, toujours industrieuse et commerçante, ne s'est point contentée de nous vendre les indulgences, elle nous a encore vendu ses excommunications, les monitoires s'achètent par quiconque en veut pour découvrir les choses volées ou égarées ; un particulier a-t-il perdu une montre à répétition, a-t-on volé un cheval à quelqu'un, on donne le voleur à tous les diables. Le St- Père s'imagine sans doute que l'âme d'un chrétien ne vaut point le corps d'un cheval dans l'autre monde, puisqu'il donne au diable le chrétien pour recouvrer le cheval.

La doctrine de l'excommunication est détestable, cespeines extérieures, privent les excommuniés des prières salutaires de l'Eglise, c'est faire injure à Dieu et à la raison ; . une mère tendre a le malheur d'avoir un de ses enfants excommunié, elle prie et fait prier pour son fils, le Pape oserait-il dire que les prières de cette mère seraient inutiles, quelle absurdité! Le jeudi saint, jour où l'Eglise ouvre ses trésors de miséricorde, le Pape excommunie les rois, le Parlement de Paris, madame Favart, mademoiselle Gogo,

et généralement quiconque mettra des impôts sur les peuples sans une permission de Sa Sainteté. Cette cérémonie impertinente se fait avec pompe par reconnaissance des bienfaits que les souverains et surtout les souverains de la France ont fait aux souverains de Rome; nous admirons avec un saint respect ces politesses ultra-montaines. Les jésuites nous les prêchent avec un attachement et un zèle admirables pour les Papes. Notre nation, où il y a tant d'esprit, sera-t-ells encore assez stupide d'envoyer des sommes immenses en Italie, pour avoir des excommunications, des permissions pour coucher avec nos commères et des Agnus Dei. Troqueronsnous toujours de bon argent contre du papier? Le papier de M. Law nous a fait crier. Si la postérité ne peut jamais croire aux prodiges de la rue Quinquempoix, nos neveux s'étonneront bien davantage, quand ils sauront que nous avons fait passer tant de sommes immenses à Rome.

Nous avons un Concordat, dit-on, avec cette cour qui nous oblige à donner notre argent ; un Concordat fait au détriment d'une

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nation ne doit point subsister. Le Pape, imitateur de la pauvreté de Pierre, de Jacques et de Mathieu, n'a pas besoin de tant d'argent, pour être éclairé des lumières du saint Esprit: le feu de son purgatoire, que nous n'avons point encore eu le génie d'éteindre, lui rapporte assez, sans encore lui donner notre argent pour des brimborions. L'argent a gâté les mœurs de Rome, le royaume du Pape ne doit point être de ce monde, parce que le royaume de Jésus-Christ n'estpointde ce monde. En envoyant notre argentan delà des monts, il ne revient plus : nous entretenons le roi de ce monde, et les péchés mortels, l'orgueil, l'avarice, la paresse, la gourmandise et peut-être la luxure de ce monde. Nous avons renoncé aux péchés mortels, nous ne devons point entretenir et nourrir les péchés mortels, il vaut mieux nourrir des femmes agréables.

L'Eglise a des assemblées bruyantes appelées Conciles; ces cohues où les Papes priment toujours, ne sont point estimées des Papes qui se croient supérieurs aux Conciles. Le dernier a eu la destinée des autres, il a

fait du bruit dans le monde sans produire aucun fruit, l'enfantement de la montagne et l'image du Concile de Trente.

L'ouverture de cette assemblée où présidait le Saint-Esprit, fut faite par un discours fort admiré, où l'orateur prouva que lui et ses auditeurs n'avaient point de sens commun. Ce plat orateur était l'évéque de Bistonto (i), Fra-Paolo dit qu'il commença son discours en prouvant que les Conciles étaient nécessaires pour trois raisons : la première , à cause que plusieurs Conciles avaient déposé les rois, la seconde, que dans l'Enéide Jupiter assembla le Concile des Dieux (cette idée de Jupiter venait sans doute du Saint-Esprit) ; et la troisième parce que, dans la création de l'homme et dans l'aventure de Babel, Dieu s'y était pris en forme de Concile. Il assura ensuite que tous les prélats devaient se rendre à Trente,

(i) Cet Hvêque passait dans son temps pour le Chrisostome des Italiens : ce prélat avait une grande idée de la vie de la Ste Vierge, il l'apellait Diane et Lucine ; il assure que l'ange Gabriel la salua à genoux, quand il fut lui vinnoncer le mvstère de l'incarnation.

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comme dans le Cheval de Troyes, que la porte du Paradis et celle du Concile étaient la même, que Veau vive en découlait, et que les pères devaient en arroser leurs cœurs, comme des terres sèches; faute de quoi le Saint-Esprit leur ouvrirait la bouche comme à Balaam et à Ca'iphe.

Il est probable que le Saint-Esprit ouvrit la bouche à Monseigneur de Bistonto pour le faire parler comme la monture de Balaam : son discours annonce ce miracle ou tout au moins le jargon d'un âne et donne une trèsmauvaise idée du Concile. Philippe II, roi d'Espagne, vint à Trente écouter l'éloquence des pères. En conséquence de l'honneur que Sa Majesté leur faisait, les pères ordonnèrent un bal où les dames de Trente et des environs accoururent. Le bal fut donné dans la salle même du Concile. Le cardinal de Mantoue en fit l'ouverture avec une jolie femme, et les pères y dansèrent avec la gravité de leur état: le lendemain, ils firent un Canon pour excommunier ceux qui danseraient à Paris sur des planches auprès de la rue Dauphine.

Le joug de la religion doit être doux, les fers de l'Evangile, dit le législateur des chrétiens, sont légers. Nos lecteurs les ont bien appesantis, à croire ce qu'ils ont écrit avec tremblement. La religion est semblable à la tête de Méduse, elle métamorphose les hommes en pierre: ce qui devait être la joie, la consolation des hommes est devenu par l'imagination des théologiens un état pénible. Les contorsions de la Trappe, le désert des Chartreux, la bêtise de l'habillement des Capucins, la tristesse, l'abattement, les sécheresses des dévots nannoncent point la douceur de la joie de l'Evangile. Ce désordre ne peut venir que de la méfiance des hommes ou de la politique de l'Eglise; car la divinité ne veut point que nous soyons craintifs ni inquiets. Dieu n'est point la chaîne des consciences, il est la vie et le mouvement de Tàme.

Le mariage, cette planche précieuse pour les filles après le naufrage est un sacrement connu avant la naissance de Jésus, puisque Jean-Baptiste accusait Hérode d'adultère; ce sacrement donc, ancien et nouveau, semblait

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moins honnête autrefois à l'Église que l'homicide, « car les ecclésiastiques permettaient » le duel entre cousins germains , tandis » qu'ils anathématisaient et cassaient les » mariages entre parents, même au septième » degré; on donnait la communion à deux » hommes qui allaient se battre, etdeuxépoux » ne pouvaient approcher des sacrements x qu'après s'être abstenus de travailler au » bien de la société. Les évêques affran- )) chissaient un champion qui s'était battu » trois fois pour eux avec succès , ils ta- » chaient de notes d'infamie ceux qui se » mariaient en troisièmes noces.» Toutes ces belles choses étaient , à ce qu'ils disaient, des révélations du Saint-Esprit.

L'Eglise a cru prodigieusement aux miracles et les fidèles les plus ignorants ont été les plus fréquents en prodiges. Depuis que nous avons de l'esprit, nous n'en voyons plus : sont-ils par hasard envolés avec nos revenants, nos possédés et nos sorciers ? L'Eglise, toujours infaillible, reçoit depuis longtemps deux miracles de l'Evangile qui ne sont, dans le fond, que deux paraboles

des prodiges qu'il est impossible d'entendre à la lettre ; l'un parce qu'il répugne à la bonté d'un être infiniment bon, et l'autre à l'esprit de Jésus. Le premier est \z miracle des démons qu'il chassa au pays des Gadareniens en leur ordonnant d'entrer dans une troupe de pourceaux. Comment les cochons se trouvaient-ils par troupeaux dans un pays où le cochon était défendu ? Pourquoi précipiter ces cochons dans la mer ? Un miracle qui fait tort au prochain, peut-il être l'ouvrage d'un Dieu bienfaisant? Les possédés étaient des pêcheurs , les pourceaux des Gadareniens, d'autres pêcheurs, et la mer, la mère nourricière des pécheurs (i ); car il n'est point possible que Jésus ait fait tort à son prochain.

Le second miracle est lorsqu'il chassa les vendeurs du Temple qui fournissaient des choses utiles aux Sacrifices, maintenus dans ce lieu par les pères, soutenus par l'Etat. Jésus, en faisant ce miracle, ne changea point

(i) Voilà l'Allégorie, et comment il faut entendre ce passage.

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de figure; il ne prit ni la puissance de son Père ni l'éclat de sa divinité. Sa main n'était armée que d'un fouet: le zèle qu'il marqua dans ce moment pour le Temple était presque inutile, puisqu'il venait le détruire , et qu'il ne voulait point y laisser pierre sur pierre. Les Juifs, en l'accusant devant Pilate, pouvaient lui reprocher d'avoir offensé le lieu saint en chassant sans autorité les vendeurs publics autorisés par l'Etat, et d'avoir précipité dans la mer un troupeau de cochons. Il ne paraît point qu'on lui ait fait ces accusations qu'on pouvait faire naturellement.

Les livres de l'Eglise et les tonsurés ont écrit longtemps contre l'empereur Julien, le plus grand homme de 1 Antiquité. Ce philosophe, qui ne disait pas de bréviaire, a été calomnié par les diseurs de bréviaire, à cause que la religion leur défendait la calomnie. Saint Grégoire de Xazianze assure que cet empereur a rempli Antioche de sang, Théodoret qu"il a jeté le sien en l'air en s'écriant: « Tu as vaincu, Galiléen.» Grégoire et Théodoret avaient la fureur de mal parler de leur prochain: ignoraient-ils que

la bataille où Julien périt était contre les Persans qui croient au mouton noir et point du tout à Tagneau sans tache, et que Julien était incapable de se battre pour des images et des marmouzets. Théodoret dit qu'il sacrifia une femme à la lune pour avoir le plaisir cruel de déchirer de ses mains royales les entrailles de cette malheureuse et consulter ses dieux. Julien était ennemi de la cruauté et de la calomnie, il pardonna à dix chrétiens conjurés contre lui. Son âme, grande et éclairée, était incapable de s'abreuver de sang innocent.

Théodoret ajoute qu'il voulut relever les murs de Jérusalem, qu'il en sortit des globes de feu qui consumèrent l'ouvrage et les ouvriers. Saint Théodoret écrivait des mensonges et calomniait un souverain que sa religion ordonnait de respecter. Tâchons d'aller au ciel comme les saints, mais ne calomnions pas les Rois; respectons ceux que la Providence a placés sur nous, songeons toujours que la calomnie est défendue par la loi et par la philosophie qui était avant la loi.

Anciennement on ne mettait sur les autels ni croix ni pile. Les chandeliers et les gradins ne sont inventés que depuis deux cents ans. Les nappes, les serviettes, les essuiemains ne sont guère plus anciens. Les tabernacles étaient aussi inconnus. On laissait sans aucun soin dans des paniers le pain de l'Eucharistie. Plus tard on fit des pigeons d'argent où l'on renfermait ces restes ; plus souvent on les donnait à des enfants qu'on appelait en allant ou en venant de leurs écoles. Ensuite on fit des ciboires du pain d'autel, et l'Eucharistie, perfectionnée par la rubrique, prit un air décent et de présence réelle, qu on avait négligé par ignorance.

Selon les rubriques, il faut qu'il y ait nécessairement des reliques sur les autels; pourquoi sacrifier à l'Eternel sur des os de morts. Ces os peuvent-ils réchauffer le mérite du sacrifice ? quelle gloire peut-on faire à Dieu en mettant à côté de lui la poussière de ses serviteurs ? Ce sont leurs vertus qui les ont rendus agréables au ciel, leurs os ne sont point des vertus et n'ont point de vertu.

Il faut que le c.œur de nos catholiques soit

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bien froid ou bien stupide, ditPilpai, « puis- » qu'il leur faut tant de cérémonies pour » entretenir la dévotion qu'ils doivent natu- » Tellement à l'Être suprême. Les hommes » peuvent-ils oublier qu'ils tiennent tout » d'une cause bienfaisante, oublieraient-ils » aussi qu'ils respirent, pourquoi n'a-t-on » point imaginé des cérémonies pour leur » rappeler qu'ils ont du mouvement et delà » respiration ? L'Eglise répond à ces quesfc tions : Que ces cérémonies et ces prières » sont pour mériter de nouvelles faveurs » comme si la bonté suprême pouvait cesser » ou diminuer ses faveurs ; l'Eglise, qui sait » tout, a pensé que Dieu interrompait ses I) libéralités parce que l'Eglise était suscep- )) tible de colère et de sentiment. »

Pour rendre la France heureuse et tranquille, il faut ramasser nos livres de morale, nos casuistes réservés, nos controversistes, nos bans théologiques, nos rubriques, les mitres de nos évêques, les habits des capucins et mettre le feu à toutes ces belles choses, en chantant une hymne à la raison.

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