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QUELQUES VILLES OU J'AI PASSÉ

En voyageant Von voit bien des sottises.

Amboise. Château de nos anciens rois sur la Loire. Cette maison royale est une prison comme étaient les vieux châteaux de nos souverains. On voit dans celui d'Amboise une chapelle gothique creusée dans le roc, à côté un sépulcre et un bon Jésus de pierre qui passait anciennement pour un bijou de la couronne. Nos rois aimaient d'être enfouis. On voit dans ce château un chemin couvert où Sa Majesté emboîtée dans une méchante charette traînée par deux boeufs, descendait entre quatre murailles pour se montrer en cérémonie à trois cents manans dont les cabanes étaient accolées autour du roc où le fils aine de l'Eglise était enterré. A l'entrée de la chapelle, on voit un bois de cerf de 12 pieds de longueur. Cet étendart d'Actéon

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enrichit le trésor de la sainte chapelle d'Amboise.

Arras. Capitale de l'Artois, avec une citadelle appelée la belle inutile, ouvrage de M. de Vauban. Cette ville est célèbre par ses manufactures de pain d'épice. A la cathédrale, on voit les figures des apôtres, où Judas Iscariote, accroché à un arbre,, tient son coin avec les autres. Le peuple a beaucoup de dévotion à saint Judas, il est honoré de ncuvaines plus souvent que les autres. On montre dans cette ville aux fidèles croyants une chandelle qui brûle toujours et ne s'éteint pas. Les Artésien s adorent la sainte chandelle, ils l'invoquent dans leurs infirmités et la remercient dans les biens qui leur arrivent; une fille qui doit se marier, enchantée de coucher avec un homme , dit bonnement : « Avec la grâce de Dieu et de la sainte chandelle, mardi c'est la fête à mon Quinquain, je serai mariée. »

L'origine de ce plat luminaire est du grand comique. Gazet, auteur de l'histoire ecclésiastique des Pays-Bas , assure que deux

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joueurs de violon qui faisaient danser les filles en jouant l'air du Stabat mater dolorosa, que les bonnes gens du pays d'Artois prenaient pour une belle contredanse, vinrent à se brouiller. La sainte Vierge estimait les deux ménétriers, elle entreprit de les raccommoder. Une maladie épidémique affligeait alors la province. Marie alla trouver dans un cabaret les deux joueurs de violon occupés à se battre, elle les sépara et leur dit : « Vous êtes deux coquins, vous méritez d'être pendus sur le grand marché d'Arras , vos querelles me scandalisent, faites la paix, embrassez-vous comme deux gueux, le ciel vous a choisis pour sauver les jours de vos frères. Voici une chandelle, vous irez la porter à Arras, vous ferez ranger des baquets d'eau à la porte de la cathédrale, vous ferez tomber dans cette eau quelques goûtes de ce cierge, ceux qui en boiront seront guéris. » Les joueurs de violon s'embrassèrent et furent les sauveurs de leur pays. En mémoire de cet événement, on fit bâtir une chapelle au milieu de la place dont la structure représente une chandelle.

On conserve dans la cathédrale une cassette remplie de manne, que les uns disent être le reste de celle qui sustentait les Juifs dans le désert, les autres des flocons de coton ou de laine qui tombèrent du paradis un jour de soleil qu'il avait tant plu. En attendant qu'on soit décidé sur la nature de cette manne, on l'expose toujours à la vénération des peuples.

Cette ville vient d'être illustrée d'un calvaire et d'un miracle que les défunts pères de la Société de Jésus firent exécuter par la vertu d'une pierre sise dans l'église de l'abbaye de Saint-Wats. Lorsque les enfants sont tardifs à marcher, on leur met le derrière sur cette pierre, et faisant allusion au nom de saint Wats, on dit : a Va trois fois, va en l'honneur de Monsieur saint Wats. » Les paysans et le menu peuple ont tant de dévotion pour cette pierre qu'ils vont la baiser respectueusement après que les enfants ont pissé dessus.

Angers. Ville mal bâtie, peuplée de riches putains et de pauvres écoliers. Cette ville

a une Académie qui se serait distinguée. Si l'ignorant Fréron n'eût été dans son sein.

Ath. Ville du Hainaut,où l'on fait au mois de septembre une procession sainte et ridicule, on y porte deux figures gigantesques : l'une représente Samson et l'autre Goliath. On traîne une charrette ornée de verdure oîi parait sainte Marie Madeleine tant mieux. Le diable rôde autour d'elle pour en faire encore une Madeleine tant pis. La sainte le fait fuir en lui montrant un grand rosaire et et une boîte à mouches. Lorsque le garçon qui représente le diable a bien fait son rôle, il trouve les meilleurs partis de la ville, tant les filles sont charmés de l'épouser, parce qu'il a faille diable, à ce qu'elles disent, comme un ange à, la procession.

Bapaume. Petite ville de l'Artois. On voit au milieu de la place une statue pédestre de notre bon roi Louis XV. Cette figure de pierre blanche ou de craie ressemble au souverain comme les tours de Notre-Dame. La statue

a coûté dix-huit livres dix sols six deniers. Cette dépense fait infiniment d'honneur à la majesté du pays.

Bar-sur-Seine. Petite ville de Bourgogne, située au bas d'une montagne. Le soleil se couche dans cette bicoque à trois heures après-midi, dans les plus grands jours de l'été. Bar est rempli de pauvres marchands couteliers qui ont d'excellents couteaux qui coupent bien par le manche. Cette ville contient un chapitre composé de trois chanoines et de leurs ménagères. Le chœur des chanoines a huitpicds carrés. Leur maître autel est entouré des statues des apôtres au sépulcre. Ces figures sont anciennes, on voit à l'endroit où se noue l'aiguillette les restes de draperies considérables qu'un chanoine soupçonné d'être sage fit mutiler. Ces fragments de virilité donnent l'idée que les phénomènes étaient énormes. Ce chapitre s'est illustré, depuis quelques années, par le célèbre, très célèbre abbé Couete, ex-jésuite qui abjura entreles mains d'une jolie femme les restrictions mentales à la grande édification de toute la ville.

Dans un bosquet, à un quart de lieue de Bar, on va honorer une Vierge appelée Notre- Dame-du-Chêne. C'est un petit morceau de bois trouvé par des enfants en jouant à la fossette. Le chêne qui renfermait la bonne Vierge est enclavé dans la chapelle. L'origine est une trouvaille , voici ce qu'on peut dire sur cette aventure arrivée dans plusieurs paj-s.

Des bergers, dans le loisir que laisse la garde d'un troupeau, ont fait une vierge, ont fendu l'écorce d'un arbre encore jeune, peutêtre même ont-ils profité, comme le prétend un physicien, d'une ouverture faite par le hasard sur un hêtre de leur forêt, ils ont introduit cette vierge entre l'écorce et l'arbre, les couches ligneuses que chaque année a produite depuis en ont dérobé la vue au public; l'arbre a cru, renfermant dans son sein le phénomène. Le hasard ou la chute de l'arbre le fait découvrir, le peuple crie au miracle, l'image donne de î'argent aux prêtres, qui vivent comme nos magistrats des sottises d autrui.

Béthune. Ville de France en Artois. On appelle cette ville et les environs le pays de la Vierge ou la Béthanie, à cause du volume du génie des Béthunois.

Bruxelles. Capitale du Brabant. Les Français la prirent le ii février 1746. Ils Tirèrent assez inutilement du canon à ce siège; il ne fallait que des amorces de fusil. Cette ville a une place assez étroite; les maisons sont surchargées d'ornements flamands, et parées comme des autels ultramontains. On voit sur cette place l'ancien palais d'une a;-chiduchesse , où les Bruxellois , crainte de manquer de- pain , ont mis en lettres d'or une oraison à la Vierge pour avoir du pain.

Cette place est éternellement décorée de quinze fiacres à peu près comme nos remises à Paris. Les conducteurs de ces voitures, n'ont point l'air misérable des phaétons de notre capitale. On voit sur le siège du carrosse un grand flandrin bien chaussé, la tête ornée d'un grand feutre. Cette figure, avec les deux bêtes, forme de face ou de profil

trois animaux tout à fait semblables, aux harnais près.

Les églises sont assez belles. Sainte-Gudule est ornée de tableaux précieux relatifs au miracle apocrif de cinq hosties ou gauffres qu'un Juif lacéra à coups de couteau. Les ignorants croient cette fable, les gens de bon sens en raillent. L'autel où ces cinq gauffres sont placées, est d'argent, entouré de cinquante lampes et de quatre-vingt-dix têtes d'enfants injectées. Le peuple croit que ce sont celles des enfants qu'Hérode lit égorger. Sainte-Gudule est surchargée de quantité de chapelles dédiées à la Vierge ; on en compte exactement autant qu'il y a d'épithètes dans les plates litanies de Lorette.

Le morceau le plus saillant de Bruxelles est sans contredit le Manetiépissc. C'est un enfant de bronze qui jette de l'eau par sa pissotière. Sa garde-robe est composée de huit habits, sa femme de chambre est une fille dévote du tiers-ordre des Carmes. Les jours de gala on l'habille superbement. Les filles vont admirer son instrument qui passe

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au travers d'une riche brayctte. Certaine année, pour honorer la Fête-Dieu, le Manetiépisse, après que la procession fut passée, pissa du vin en mémoire des noces de Cana où Jésus changea l'eau en vin.

Chalo\s-sur-Mar\e. Ville de Champagne, avec une mauvaise Académie, huée, siflée et bernée longtemps par M. de Crébillon le père. Châlons a treize juridictions, treize paroisses, treize ponts, treize couvents, treize bordels, treize personnes d'esprit, treize mille moutons, sans compter les brebis et les agneaux.

Cléry. Laide ville, d'un grand passage sur la route d'Orléans à Tours, elle est renommée à cause de douze chanoines qui n'ont rien à faire et de la chanson qui dit :

Orléans, Beaujcnsi, Notre-Dame de Cléry, Vendôme Vendôme.

On voit dans l'église une statue de marbre de Louis XI, qui se vouait à toutes les

Notre-Dame, parce qu'il avait peur du bon Dieu.

Chateaubriand. Ville champêtre en Bre.

tagne. On rencontre plus de cochons que d'hommes dans cette ville; pour la commodité des premiers , les commodités tombent dans les rues, et chaque maison n'a qu'un privé /lozn- tout potage. Dans l'été, le soleil attirant l'humidité de la terre, élève la merde et la dissout en liquide quelques heures après sur la tête des habitants. Cette ville est renommée pour l'angélique et la pommade d'été.

IssouDUN. Ville du Berry. Ses habitants sont tous gentilshommes depuis le passage du grand Condé. Ce prince fit donner un bal aux femmes de la ville. Au milieu du bal, les officiers éteignirent les bougies et chacun s'unit à sa chacune. Cette nuit fut la création des gentilshommes d'Issoudun.

Mirebeau. Petite ville du Poitou, renommée pour ses ânes et un petit chapitre. Près

de là est une bourgade nommée Puis-Taillé. Les seigneurs de ce village ont un privilège qui leur vient d'en haut, à ce qu'ils disent : il consiste en la puissance de chasser les serpents gros et menus. Pour faire l'opération, le seigneur crie : « Messieurs les serpents, le haut et miraculeux seigneur de Puis-Taillé vous ordonne de vous retirer. » Les serpents, qui ont peur d'encourir les censures, se retirent. On croit à Poitiers et à Mirebeau ce coq-à-l'âne.

Orléans. L'on commence à l'embellir. Le nouveau pont est aujourd'hui la promenade des dames, il est orné de deux piédestaux qui attendent leurs statues ; l'une est destinée pour la pucelle, et l'autre pour son Homère. Cette ville a beaucoup de dévotion à sainte Jeanne. La farce de la pucelle d'Orléans fut jouée exprès pour réveiller Charles endormi dans les bras de la belle Sorel. Le merveilleux entrait aisément dans le cerveau de nos pères. Cette fille, qui conserva un an son pucelage, fut brûlée par les Anglais et canonisée par les Français. Les mensonges

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imprimés de ce temps-là disent qu'il sortit une colombe blanche de ses cendres. Si l'on croit l'historiographe de Louis XV, le R. P. Gribourdon manqua de traverser les succès de la pucelle. Son honneur, la pièce de résistance de cette guerre, ne tenait point davantage que celui des filles modernes, qui ne tient à rien. On fait tous les ans à Orléans la procession de la pucelle, elle est représentée par un polisson habillé en papier rouge qui porte devant le clergé un étendard de papier marbré.

MoNS. Les habitants de cette ville naissent sots et le sont à perpétuité. Chaque année, on représente le combat du chevalier Chinchin, contre un dragon de carton, en mé moire d'un seigneur qui tua un dragon qui recelait depuis trois jours dans son ventre une princesse de Mons. Le chevalier dompta le monstre et l'on trouva dans le gros boyau, vers celui nommé rectum, madame la princesse, vermeille comme deux roses et flairant comme baume. Tandis que le chevalier combat, les filles de Mons chantent.

Voici le Dragon qui vient, Maman sauvons-nous.

Il a mordu ma grand-mère, Il vous mordra ma mère, Et moi itou, Et moi itou.

Maubeuge a un chapitre de chanoinesses.

Ces filles étaient anciennement des nonnes. Leur habillement est à peu près celui des Vestales ou des fleurs dans les Indes galantes, leurs gorges sont aussi légèrement gazées que celles de nos filles du monde. L'éventail leur donne une contenance dans le chœur où elles vont cinq à six prier Disu par députation.

Les chanoines de Saint-Quentin ont le droit galant, le jour de sainte Aldegonde, de donner la paix aux chanoinesses. Le Chapitre charge de cette commission le plus sémillant des chanoines ; elle est très agréable vis-à-vis des jeunes dames; mais pour les vieilles médailles, quelle sensation ! Le monde est mêlé de bien et de mal, le dernier est sans doute imprimé sur le visage des vieilles chanoinesses.

Na.mur. Le palais de l'évêque de cette ville est plus beau que ceux de Pierre, de Jacques et de Mathieu, qui n'avaient pas le génie d'habiter des palais. On donne dans cette ville des combats fort singuliers. Les soldats ne sont ni à pied, ni à cheval, ni en voiture, ils sont montés sur des échasses. Ces guerriers portent le nom des hélans et mélans.

Nivelle. Ville du Brabant, a un chapitre de chanoinesses ; les filles de distinction y sont reçues à cause que le parchemin s'est conservé dans leur famille et que, depuis Jean-Gilles-Paul de Robin Quinquain, jusqu'à elles, aucun n'a été utile à l'humanité. L'abbesse prend possession de son abbaye en frappant sur le gibet, elle reçoit la baguette des mains du bourreau.

Niort. Ville du Poitou , où l'on voit des halles malpropres et malsaines, que le soleil n'éclaire jamais. Les marchands ont privé les halles de la clarté pour tromper plus aisément. Cette friponnerie, d'usage dans

plusieurs boutiques, est poussée à Niort à son dernier période.

Poitiers est un grand village mal pavé. Dans la cathédrale, on voit l'image de Notre- Dame du bon lait. C'est la Vierge couchée dans un méchant lit, tenant son sein en main. Cette figure est entourée de tétons d'argent. Les femmes, les filles nouvellement accouchées vont allumer des cierges à cette Vierge pour avoir du lait. Dans une autre chapelle, est peint à fresque la figure de Dieu le Père avec un grand tablier de cuisine, où il reçoit les saintes âmes des procureurs du présidial de Poitiers.

Dans l'église de Saint-Pierre-le-Puellier, on révère un manuscrit qui contient l'évangile du faux Nicodème ou les actes de Pilate; on le place sur l'autel, on le porte en procession et le peuple adore ces rêveries.

Dans celle de Saint-Hilaire, on va baiser respectueusement la pierre sépulcrale d'un prêtre des Idoles, appelée la pierre qui pue. La tradition dit qu'elle pue à cause que le diable a pété dessus. Il faut être poitevin pour

croire que le diable soit puant. Cette pierre est renfermée dans une vieille mue à poulet, que la servante d'un chanoine légua en mourant au chapitre.

Le jour de saint Spicien, on va en procession dans une prairie révérer le trou où tomba la tête de ce martyre. Ce trou s'est formé, à ce qu'on dit, par la pesanteur du crâne du saint. Il est tellement respecté, que les filles vont mettre leur tête dans le trou et se couronnent après de fleurs de pieds-courts et de pissenlits.

Saint-Quentin, ville de Picardie, fortifiée et gardée par des invalides qui brochent des bas à toutes les portes. Le Chapitre célèbre tous les ans la découverte du corps \ de Saint-Quentin. On chante la messe la nuit. Les amoureux et les amoureuses ont de la dévotion à cette messe nocturne ; c'est souvent cette nuit-là que les filles de Saint- Quentin prennent leur premier bouillon.

CivEAUx. Village près de Poitiers sur la route de Limoges, est rempli de douze à

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quinze mille tombeaux. On en trouve quelquefois huit à dix les uns sur les autres, avec leur couvercle qui les sépare et les distingue. M. le Nain, intendant du Poitou, fit ouvrir deux cents de ces tombeaux; on trouva des ossements, des squelettes, des bouteilles et dans quelques uns des médailles. — Les Poitevins disent que ces tombeaux sont venus du ciel après la bataille que les Francs gagnèrent contre Attila. Le P. Routh, jésuite, a fait une dissertation sur ces tombeaux, qui ne prouve rien et n'apprend rien aux curieux.

Etampes. Ville de France dans la Beauce, est remplie d'auberges, de bouchons et de pauvres gentilshommes inconnus au reste du globe. La troisième fête de Pâques, on y fait une procession et une méchante foire en l'honneur de saint Can , saint Cantien et sainte Cantate , dont l'origine et l'histoire sont fort embrouillées. La Beauce accourt à cette procession qui commence par les écorcheurs et les savetiers, suivis de six va-nupieds qui portent la châsse dés martyrs.

Ces fiacres sont couronnés de persil, de thym et de chien-dent ; ils sont accompagnés du clergé et du magistrat. Une multitude de filles habillées en saint Jean et de jeunes garçons vêtus en religieuses ornent prodigieusement cette procession.

Dans l'église des cordeliers, on voit sur une vitre un chapitre de moines composé de quinze ou vingt diables habillés en cordeliers. Saint François est peint dans un nuage tenant une croix qu'il présente aux capitulants, à ce spectacle l'assemblée se confond et les diables retournent aux enfers. Dans le jardin du même couvent, promenade ordinaire des lingères et des servantes d'Étampes, on voit le portrait d'un chien canard qui péchait, dit-on, des écrevisses. Ce chien a grossi merveilleusement les annales de la ville, et sa mémoire fut honorée d'un poème latin. L'aventure du chien est une fable imaginée par un frère quêteur pour attirer dans le couvent les étrangers curieux de petites misères et de mettre leur bourse à contribution. Il faut que tout le monde vive, procureurs, tailleurs, cordeliers, larrons et autres.

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Gand. Ville de la Flandre autrichienne, célèbre par le miracle d'un crucifix de bois qui ouvrit la bouche le mardi gras pour consoler une béguine consternée de ne pas goûter les plaisirs du carnaval. Le béguinage de cette ville est renommé par une fondation plaisante de l'Empereur Charles V, qui fonda une chaufferette d'argent pour la none qui aurait les cuisses les plus brûlées; cette visite se fait par deux médecins accom" pagnes du magistrat. La cérémonie est au printemps, elle tient lieu des jeux floraux à U la Flandre.

Hui. Ville du pays de Liège, sur le sommet d'une montagne; à l'entrée de la ville on voit une chapelle de la Vierge nommée Notre- Dame-de-la-Sarthe. L'autel de la Reine des cieux est continuellement infecté de la corruption de la terre par les enfants morts-nés qu'on y apporte de tous côtés ; les cadavres y sont quelquefois quinze jours. Le sacristain, le faiseur de miracle, pour entretenir la pratique a soin de dire aux gens forts de foi, que les enfants ont saigné du nez, donné des

signes de vie, et que lui, sacristain, les a baptisés. Ce témoignage intéressé a du poids dans un pays où les songes ont du poids.

Tours. L'église de Saint-Martin est un ouvrage gothique qui n'est point encore achevé; des figures indécentes et grotesques soutiennent la corniche de l'Église. Vers le chœur, on voit un chat-huant poursuivi par d'autres oiseaux : le hibou , dit-on , représente saint Martin, les oiseaux, les hérétiques, les indévots et les philosophes.

On adore dans cette église, Notre-Dame des trois piliers. Cette vierge singulière a toujours voulu être sur ces trois piliers, on a tenté inutilement de la placer ailleurs. Marie a toujours préféré l'équilibre des trois piliers. Pour lui servir de pendant ou donner son contraste, on voit plus loin Notre-Dame de la muraille. C'est une méchante peinture à fresque à laquelle le peuple attribue d'autres vertus qu'à la Notre-Dame des trois piliers

Saint-Hubert. Ville du pays sauvage des Ardennes, avec une abbaye où les stupides et les ignorants vont se faille tailler le front, lorsqu'ils ont vu un chien en colère, ou qu'ils s'imaginent être attaqués de la rage. Les cérémonies ridicules qu'on fait observer aux personnes enragées, prouvent l'antiquité et la durée de la sottise. On fait une incision au front du malade, dans laquelle on insère un morceau de l'étole de saint Hubert qui croît comme le rameau de la Sibylle; c'est précisément la même fable. L'opération et les mérites du saint réussissent si le malade couche dans des draps blancs; une aubergiste qui s'aviserait de donner des draps sales ferait rater le miracle. Saint Hubert aime les draps blancs. Le malade doit manger des aliments froids, de la chair de porc d'un an; si le cochon est plus âgé, le miracle est encore raté : il ne faut pas se peigner, se gratter, se mirer. Ce régime doit s'observer quarante jours. Il est comique qu'un saint qui n'est point plaisant, fasse dépendre SCS faveurs de pareilles plaisanteries.

Les chiens enragés sont admis également aux faveurs du patron des Ardennes, avec cette différence qu'ils peuvent manger du porc de tout âge et se gratter tant qu'ils veulent. Saint Hubert avait sans doute plus de considération pour les chiens que pour les hommes. Bref, les paysans y conduisent leurs mâtins ; on leur applique un fer chaud sur le poil, on les nourrit avec du pain béni. O superstition des peuples, que vous êtes grande, o! moines ignorants, que vous êtes sots !

RocHEFORT. Cette ville, belle et régulière, est le séjour de la fièvre et de l'hydropisie. Le visir Richelieu, qui voulait du mal à Corneille, voulant se venger du seigneur de Rochefort, fît bâtir ce port sur sa terre. Le ressentiment d'une chrétienne Eminence fut la cause de la mort de quatre cent mille sujets que l'air de Rochefort fit périr. Si cette ville avait été bâtie à trois quarts de lieue vers la plus grande largeur de la Charente, l'air était plus sain et l'on épargnait deux jours de chemin aux vaisseaux.

Les capucins, petits partout, ont un air de majesté à Rochefort. L'église |cle leur capucinière est plus belle que plusieurs de nos cathédrales. C'est-là que je vis pour la première fois saint François doré sur tranche; il occupe un des côtés de l'autel et son coin est orné de trophées d'armes. Les voyageurs le prennent d'abord pour une méchante copie du dieu Mars, ou tout au moins pour le le glorieux saint George; mais en épluchant la figure de près on est étonné que ce n'est que François d'Assise qui montrait son derrière aux ordinaires.

La Rochelle. Ville maritime avec un port marchand ; la place d'armes est décorée de plusieurs allées de charmille que les connaisseurs en charmille trouvent admirables sur une place de guerre.

Troyes, capitale de la Champagne est une grande ville considérablement peuplée. Les Troyens portent sur leur physionomie un air commun aux enfants de Zabulon et de Manassés. Dans la cathédrale on voit un mor-

ceau de sculpture qui représente la mort de la Sainte Vierge. Les Apôtres sont autour de son lit. Saint Pierre, vêtu d'un surplis et d'une étole, lui administre le très vénérable saint sacrement de l'Extrème-Onction.

La rue Dubois, où l'on chie voluptueusement, a été illustrée par un auteur qui aimait profondément la merde. Le père Lefebvre. général des Mathurins, oncle de l'auteur, pleurait de joie en lisant les productions puantes de son neveu. Voilà des recherches sur la merde, disait-il, qui feront infiniment d'honneur à notre famille et qui couronneront mon parent. Le P. Lefebvre songeait sans doute à ce proverbe Italien : Lode di stesso corona merda.

Tournai. Ville très ancienne. Les Romains y établirent un Sénat. Après la destruction de leur superbe empire. Tournai devint le berceau de la monarchie française. On fait tous les ans une processsion en mémoire du bois de la vraie croix. Le Saint-Sacrement marche à cette fête escorté de six croche teurs habillés en Momus avec des marottes

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en main. On voit clans cette ville un couvent de religieuses qui portent le voile et n'ont pas de mouchoir. Leurs constitutions les obligent à être décoletées. Ce point de règle leur attire des regards.

Rheims. Je n'ai fait que passer dans cette ville, j'en dirai peu de chose. On voit dans l'église des cordeliers Tépitaphe d'une couturière qui légua au couvent une petite campagne appelée Calibistri, en reconnaissance les moines ont fait graver ces vers sur son tombeau.

Ci-git Louison la couturière, Qui par dévotion singulière Laissa aux cordeliers d'ici Son joli petit Calibistri.

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