LE CALENDRIER DE L'ARRETIN
La Circoncision, [jour consacré à la procession des sots, chômée par l'Eglise. La commémoration de cette cérémonie était inutile. Le législateur des chrétiens avait
aboli le prépuce, et les ménagements qu'on devait au peuple maudit, n'avaient plus lieu après sa mort, La synagogue était fermée avec honneur puisqu'il était question d'honneur; en ne chômant plus cette fête on épargnait les impertinentes antiennes qui décorent ce jour-là l'Office.
Saint- Almanach. Ce saint est né du cerveau plat d'un moine. Ce reclus voyant un jour un ancien guide-âne intitulé Sanclum Almanachum, s'imagina que c'était un grand saint. Des légendaires firent subir le martyre au bienheureux Almanach sous le préfet Appius. L'Eglise chôma longtemps cette fête, on reconnut l'ânerie, on biffa du livre rouge le saint apocriphe. L'ignorance est la mèrenourrice des sots.
Sainte Geneviève, patronne de Paris, fait la pluie et le beau temps dans la capitale : lorsque le temps est pluvieux on fait descendre sa chasse. Les marguilliers et les échevins vont lui faire une visite ; si le voyage ne donne point de beau temps aux pèlerins,
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ils rapportent au moins de la crote. Les philosophes anciens riaient de voir le peuple crier après le beau temps. Nos philosophes modernes disent que c'est une violence et une injure qu'on fait à Dieu, car si l'on croit Dieu immuable on a tort de lui demander du beau temps s'il est inconstant on fait bien de le prier.
Nos processions pour la pluie ou le beau temps sont des murmures contre la Providence. Ne faisons point de processions, confions-nous plutôt à ses soins, elle a des bontés pour les tailleurs, les procureurs et les fermiers généraux, abandonnera-t-elle les honnêtes gens? Elle a mis du sang dans nos veines pour désaltérer les cousins. Si elle eut tant d'entrailles pour les cousins , manquera-t-elle de nous donner de la pluie et du beau temps? Imitons sainte Geneviève, prenons le temps comme il vient.
L'Epiphanie ou la fête des Rois. Jour consacré à la mangeaille et à l'ivrognerie en mémoire de la vocation des Gentils et des Saturnales romaines , où les valets devenaient maîtres. Les ignorants croient que
les Mages étaient des Rois. Bede fut le premier qui leur donna ce titre, en rêvant qu'ils se nommaient Gaspar, Melchior et Balthasar, son rêve a grossi à Cologne , où leurs têtes sont honorées. On vend des billets frottés à ces reliques qui préservent du tonerre , de l'apoplexie , du mal caduc et des cors aux pieds. L'Etoile qui éclaira ces Mages n'est plus lumineuse pour nous , elle l'était davantage pour eux, dit un auteur anglais; ils avaient su distinguer qu'il était né un roi aux Juifs plutôt qu'aux Egyptiens. Cette étoile , qui ne fut remarquée de personne , paraissait-elle le jour? comment savait-on qu'elle avançait ou reculait? était-ce une comète, ou un météore? On répond à ces questions , que c'était un miracle fait en étoile. A quoi bon, dira un philosophe, de faire un miracle dans le fond de l'Orient pour avertir précisément trois personnes de ce qui était arrivé en Judée ? d'où vient cette préférence de gens qui en profitèrent si peu, à tant d'autres peuples dans le sein de qui il y avait des millions de personnes qui attendaient le règne de Dieu ? Dieu s'é-
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cartait donc de la maxime ordinaire de sa sagesse, en se révélant à des sages, pendant qu'il a la coutume de ne se faire connaître qu'aux simples et aux enfants.
Saint Antoine fut le premier qui fonda des auges pour les cochons , et des abreuvoirs pour les moines. Saint Athanase dit que saint Antoine assura que l'hérésie d'Arius serait la dernière de l'Église. Le Nostradamus de l'Egypte ne fut guère plus heureux dans ses almanachs que celui de Clairvaux. Antoine prêchait les ânes qui venaient pâturer dans ses prés. Sa tentation est un morceau admirable, il fallait que la tête du peintre fût bien pleine de diables pour avoir varié cette mauvaise espèce à l'infini. Les auteurs qui ont travaillé sur ce sujet ont excellé. Sedaine a fait une pièce jolie couronnée par une épigramme supérieure aux mérites de saint'Antoinc qui n'eut jamais l'industrie de faire le couplet de Toinette qui termine si naturellement la dernière antienne de la tentation.
Le dcmon, quoiqu'il passe pour fin,
Ne fut pas ce jour-là si malin :
S'il avait pris la forme de Toinctte, Son air charmant, sa taille et ses appas, C'en était fait, la Grâce était muette, Et saint Antoine eut volé dans ses bras.
Dans certaines provinces les paysans vendent à la porte de leglise des hures de cochon en l'honneur du saint. Cet argent entre dans l'ordinaire du curé et de sa servante , on ferait mieux de laisser le lard aux paysans. Saint Antoine ne mang-e point de lard.
Saint Charlêmagne , qui est un saint comme saint Clovis, saint Constantin, saint Henri IV et saint Frédéric , roi de Prusse, est fêté dans l'église : les messagers de l'université de Paris font chanter sa messe et son office aux Mathurins. Le même jour, dans l'église de Saint-André-des-Arts on chante une messe de Requiem pour le repos de l'âme de saint Charlêmagne. Il y a trois cents ans qu'on fait à Paris ces deux cérémonies comiques.
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Saint Remond de Pegnafort , fondateur des PP. de la Merci. La bonne Vierge lui apparut et lui dit ; rien ne serait plus agréable à mon fils qu'un ordre de moines fondé pour le rachat des captifs. La Vierge ne se souvenait plus^ des mathurins ni de la veille de Noël où elle avait chanté la messe de minuit avec le bonhomme Félix, frère mathurin non lettré. Remond fonda son ordre avec plus de finesse que le révérend P. Jean de la Mathe. Ce dernier voulut qu'on partageât les biens des moines avec les captifs, Remond , au contraire, permit à ses moines de prendre la dîme des quêtes de la rédemption.
La Purification , cérémonie aussi inutile que les relevailles. Un homme guéri d'une fluxion de poitrine, d'un rhume ou de la goutte, ne va point à l'église se purifier, il est étonnant que la plus utile des maladies ait besoin de cette cérémonie. Les femmes se purifiaient dans la loi de Moïse, à cause qu'un peuple crasseux et vilain comme les Juifs, avait besoin de cette précaution. En
France, où les dames se blanchissent tous les jours dans la cuvette ovale et sont sur le bon ton, cette cérémonie est hors d'œuvre. Les inventeurs de cette rubrique avaient peut-être de grosses margots qui sentaient la fleur de châtaignier. Les Poitevins appellent le jour de cette fête N^otre-Dame-la- Sèche. La Chandeleur est la fête de Cerès et de Proserpine . Les païens allumaient ce jourlà des chandelles dans leurs temples en mémoire des flambeaux qu'alluma la déesse pour chercher sa fille.
Thomas d'Aquin , docteur de l'EgUse , à qui un crucifix de bois a fait un compliment académique, était un petit physicien et raisonnait comme çà. 11 demandait si les anges avaient le matin une connaissance des choses plus claire que l'après-midi, s'ils passaient d'une extrémité à l'autre sans passer par le milieu. 11 assure que les hommes se faisaient dans l'état d'innocence par l'intrution des idées ou d'une manière spirituelle comme par l'endroit dont parle Agnès dans VÉcole des Femmes. Il prétend que les par-
ties de la génération ne sont venues aux hommes qu'après le péché, comme les marques perpétuelles de la désobéissance du premier. Ah ! saint Thomas, comment raisonnez-vous? il faut vous envoyer à l'école.
L'invention de la Sainte - Croix. Hélène , mère de Constantin , maîtresse de Constantius, fut une servante de cabaret. L'empereur s'en amouracha , lui fît des enfants et l'épousa après. Cette sainte trouva la vraie Croix, qui est réellement une invention. Jésus fut exécuté par les Romains et placé entre deux fripons. Sa croix était percée, celle des voleurs ne l'était pas; on pouvait donc, sans recourir aux miracles, distinguer celle de l'innocent de celle des coupables, les clous se trouvèrent avec la croix , puisque Constantin en fit un mors à son cheval.
Le bois de la vraie Croix a cru prodigieusement entre les mains des papes et des dévots. Tous les capucins et les jacobins en ont des morceaux. Les auteurs ecclésiastiques ont cru le bois de la Croix de quatre
sortes de bois, de palmier, de cèdre , de ciprès et d'olivier. L'histoire nous apprend qu'on a fait et dit beaucoup de sottises de cet instrument matériel de la Rédemption. Les Saints Pères ont assuré que le pied était de cèdre et le reste de chêne. Saint Anselme le croyait de l'arbre de la science du bien et du mal dont une branche fut portée en Judée malgré le suisse du Paradis terrestre, qui dormait sans doute ce jour-là. Le Père Romualde nous assure dans un g-ros in-folio que la croix est sortie du pépin de la pomme de l'arbre du fruit défendu. Adam conserva toute la vie ce pépin à l'endroit du gosier que le peuple appelle le morceau d'Adam. Le roi Adam mourut et fut enterré sur la montagne des décolés, le pépin germa et poussa un arbre dont on fît la croix où Jésus fut attaché.
Le moine Webert prétend la même chose dans un gros livre où il dit que la trompette du jugement sera d'argent. Conclusion :
Hélène fit mal de faire un mors au cheval de son fils d'un des clous qui attachèrent Jésus. Si quelqu'un s'avisait de faire une flûte tra-
versicre de l'os de la jambe de saint Ovide , M. de Beaumont crierait à l'impiété, et la justice ferait brûler ceux qui auraient joué de la flûte avec l'os de saint Ovide.
Saint Alexis. Sa vie est la fable la plus bête de la légende. Les moines faisaient anciennement des contes pour édifier nos pères; ils entassaient fagots sur fagots et charpentaient des histoires aussi grossières que leur génie. L'aventure d'Alexis est contraire aux lois de la religion, qui ordonnent aux maris de payer scrupuleusement la petite politesse à leurs femmes. Les moines font marier Alexis avec une belle fille qui devait avoir du tempérament dans un pays où il vient de bonne heure aux filles; il la quitte dès le premier jour des noces , sans s'inquiéter si la chair de la jeune femme se jettera sur son esprit; elle est quatorze ans à pleurer, et devient la fable de la ville et le sujet des propos indécents que son veuvage singulier occasionne ; le mari reste sept années sous l'escalier de la maison paternelle, voit passer, entend gémir une mère tendre,
une épouse légitime, et s'obstine à garder le silence. Ces sacrifices sont agréables à Dieu, nous dit-on. Jésus a-t-il jamais prêché la cruauté, a-t-il défendu d'écouter les sentiments de la nature ? Alexis expire, le barbare laisse en mourant un billet qui porte le poignard dans le sein d'une famille. O cruauté, êtes-vous l'ouvrage du Ciel? non, vous êtes l'ouvrage des moines et des prêtres.
Sainte Brigitte a reçu du ciel un boisseau d'oraisons. A la tête de ces prières on trouve imprimé qu'elles sont suffisantes pour avoir les grâces du ciel: que ceux et celles qui les réciteront, iront droit en paradis sans passer par les flammes du purgatoire ; si la lettre moulée est vraie, les oraisons de sainte Brigitte sont plus efficaces que le sang de Jésus.
■ Sainte Marie-Madéi.eine. Le panégyrique de cette pécheresse n'a jamais été bien fait. La crainte de dire la vérité empêche les orateursde s'appesantirsur les morceauxlesplus saillants de sa vie. Si quelqu'un s'écriait en
chaire: dans le temps, messieurs, que mon héroïne était tout évêque d'Avranches , et qu'elle vendait, comme les vierges de l'Opéra, des cordons verts aux honnêtes gens de Jérusalem, xMadeleine faisait très mal; mais lorsqu'elle était aux genoux de celui qu'elle aimait, Madeleine faisait très bien. Elle faisait comme vous le mal et le bien, et malgré l'instruction que vous allez tirer de sa vie, vous ferez toujours le bien et le mal. Depuis dix-huit cents ans que l'on vous prêche, vous avez toujours fait de même. Le mal et le bien sont des êtres que la nature a jetés sur le fond de la vie : les choses ne peuvent s'entretenir que par le bien et le mal. L'auteur d'un pareil discours irait à Bicêtre, à cause que I\L de Beaumont et l'abbé de Griselle n'aiment point la vérité.
La Chaire de saint Pierre à Rome est un mensonge, chanté, prêché et imprimé.
Saint Pierre n'est jamais venu à Rome; l'endroit où il fut enterré et où l'on a dressé un temple à sa gloire, est la salle d'audience de l'empereur Néron. Néron n'a point en-
terré dans son palais celui qu'il avait condamné à mort.
Saint Dominique, fondateur des mendiants jacobins, fut célèbre et cruel dans l'église. Sa mère rêva dans le temps de sa grossesse qu'elle accouchait d'un mâtin, les dévots ont assuré que ce rêve de chien annonçait un grand homme et que l'enfant serait une des plus belles lumières de l'église, à cause qu'il y avait beaucoup de relation entre un gros dogue et une lumière. L' événement a vérifié le songe. Saint Dominique a beaucoup aboyé, son éloquence fanatique a fait égorger quarante mille Albigeois.
La création du rosaire l'a comblé d'honneur, il fallait une grande étendue de génie pour saisir cette longue suite de Pater et d'Ave Maria, et les enfiler si spirituellement dans la ficelle. Cette belle invention l'a rendu immortel chez les dévots, dont le royaume n'est point de ce monde, car dans ce monde on raisonne, et les dévots ne raisonnent point.
Le fondateur du rosaire fut doué de plu-
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Sieurs visions diaboliques; il jouait avec le Diable comme avec son camarade. Ce mauvais sujet, si rebelle aux ordres de Dieu, était soumis et rampant aux pieds du bourreau des Albigeois. Lorsque Dominique l'appelait, il venait aussitôt; un jour il vint habillé en oiseau, voltiger sur l'épaule du saint. Dominique le prit, le pluma devant ses confrères, et quand il fut plumé il s'envola de ses mains, tant Satan était puissant en œuvres. Un soir le prêcheur ne trouvant point son chandelier, il appela Satan, lui ordonna de tenir la chandelle pendant qu'il ferait sa prière ; comme il restait longtemps à prier, la chandelle, qui était à l'extrémité, brûlait le chandelier; Satan, qui n'était point fait à la chaleur de nos chandelles, jurait contre le saint ; force fut à lui, dit l'histoire, de souffrir jusqu'à la dernière goutte de suif. La brûlure terrestre lui sembla plus insupportable que les feux de l'enfer.
Le Diable , continue la même légende, vint se confesser à saint Dominique. Il fît une déclaration si sincère de ses péchés, il parut si contrit que le directeur lui promit
l'absolution s'il voulait s'amander. Satan, qui était comme les chrétiens contrits, sans jamais penser à mieux faire, ne reçut pas l'absolution. C'était un grand coup que la conversion d'un sujet verreux comme Satan. Les dévots eussent tiré de là de grands sujets d'édification. Mais la grâce, pour des raisons, ne permit point la consommation de ce grand œuvre qui nous aurait assurer la vie éternelle à jamais. De pareils contes déshonorent la vérité et la raison.
Saint Dominique fut ravi au ciel et conduit devant le trône de Dieu. Ne voyant aucun jacobin dans ce séjour glorieux, il se mit à braire. Un ange, sensible à ses larmes, le consola et lui dit : (( Ne pleure plus, mon camarade, suis moi, je vais te montrer de belles choses. » Ils avancèrent près de la sainte Vierge, l'ange leva le jupon de Marie et lui montra une multitude de jacobins qui y étaient cachés. La sainte Vierge aimait tellement les jacobins qu'elle les aurait mis dans sa chemise.
Sainte Claire, fondatrice des hirondelles
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de carême. François d'Assise, son compatriote, disait d'elle et de ses nonnes : Le bon Dieu nous a envoyé des frères et le Diable des sœurs.
Saint Roc h, célèbre par un chien fameux aussi fripon que le maître était honnête homme. En Flandre, on place dans chaque rue un Saint-Roch, on quête en son honneur pour avoir de quoi boire à sa mémoire, et chaque rue se saoule au moins un jour dans son octave.
Un capucin s'avant qui courait la province de Champagne avec les sermons de la mort, de la pénitence et le panégyrique de saint Roch, fut chargé dans un village du sermon de la Fête-Dieu. L'orateur prit son discours de saint Roch, mit à la place du nom du saint celui du Saint Sacrement et commença ainsi :
« Le Saint Sacrement, mes frères, naquit à Montpellier de gens nobles et distingués, il fut chassé de la maison paternelle pour sa grande charité. Le Saint Sacrement exilé, n'eut pour toute consolation que son cha-
peau, son bâton et son chien. O ! chien heureux du Saint Sacrement ! vous fûtes le père nourricier de votre maître : la nature avait développé de bonne heure en vous des talents admirables pour voler du pain , vos saintes friponneries firent subsister longtemps le Saint Sacrement.
» L'orateur fait voyager son héros dans l'Italie et le fait mourir dévotement dans les bras de son chien, èri s'écriant : (c O ! chien digne de nos hommages ! vous fûtes choisi du ciel pour fermer les yeux à votre maître ; oui, le Saint Sacrement vous jeta ses derniers regards et vous eûtes seul ses derniers soupirs. » Il est mort, mes chers frères, CQ bienheureux Sacrement, le ciel est aujourd'hui son héritage. Ah ! si les chiens pouvaient entrer au ciel, quel chien plus digne d'y entrer que Cartouche, l'aimable mâtin du Saint Sacrement ! Ah puissiez- vous avoir les vertus du maître , les mérites du chien et la vie éternelle que je vous souhaite, etc. »
Saint Bernard était fripon comme le chien
de saint Roch. Ses larcins se trouvent sur toutes les chartes et les fondations de ses monastères. La plupart sont construites en ces termes : « Moi, Bernard, misérable pécheur et serviteur de Dieu , je donne au Seigneur de * * * trois mille journaux de terrain en Paradis pour lui et ses héritiers, à jouir à perpétuité , en considération de trois mille journaux labourables qu'il a donnés à notre monastère de. . . . signé, Bernard, et plus bas, l'Industrie. » Nos pères étaient plats de croire que le paradis s'achetait comme une terre à clocher, et Bernard un grand voleur de profiter de leur bêtise.
Ce moine, qui connaissait sa bête, prêcha la fin du monde. Les seigneurs gaulois qui avaient peur de la fin du monde , en faisant tous les jours des enfants à leurs maîtresses, portèrent leur argent aux moines, assez fripons pour le recevoir. Bernard, fâché devoir la France si peuplée, fit des almanachs qui firent égorger en Syrie les trois quarts de la nation. Ce nostradamus fut surnommé le divin pour avoir invectivé les papes et les rois, et fait des dissertations sur les œufs
durs et les omelettes. Il a composé des méditations dévotes où il dit: que suis-je? iin homme fait d'une matière liquide; dans le moment que j'ai commencé d'exister y j'ai été formé par la semence humaine. Ensuite cette écume venant à se congeler et à croître^ elle s'est changée en chair.» Je ne crois pas que les mères laissassent de pareilles méditations entre les mains de leurs filles.
Les Quarante martyrs. Le système de la puissance de l'Eglise sur le temporel des rois a fait périr dix millions d'hommes en quatre siècles, qui sont autant de martyrs que l'Eglise n'a point canonisés. Ces hommes, égorgés à l'avidité des papes, méritaient bien, selon la logique des papes, d'être placés dans le martyrologe.
La Transfiguration, fête de l'Eglise. Il est étonnant que les apôtres , témoins de l'entretien de Moïse et d'Elie avec Jésus, n'aient pas parlé de ce miracle. Ce colloque devait être de conséquence.
L'Annonciation de la Vierge. Un capucin bel esprit a fait, pour honorer cette fête, un livre intitulé: Salutation à tous les membres de la sainte Vierge. On trouve dans cet ouvrage, avec le bon sens des capucins, des oraisons pour les pieds, les genoux, les oreilles et les mains de Marie. La vénération que les dévots ont eue pour la sainte Vierge a été jusqu'au ridicule. Marie est digne de nos admirations, c'est une femme bienheureuse et la première de toutes les femmes; elle n'est point notre avocate ; nous n'avons qu'un avocat au ciel, qui est Jésus-Christ, il n'y a point de salut sans Marie, nous n'avons de salut qu'en Jésus-Christ. // n'y a point d'autre nom sous le ciel donné aux hommes que le sien par lequel il nous faille être sauvés, dit l'apôtré. La Vierge n'est point reine des cieux, elle est la servante du seigneur, comme elle le dit elle-même, il faut imiter son humilité.
Saint F'rançois- Xavier. Cet apôtre du Japon, que les jésuites avaient compté parmi les leurs, écrivait à son ami le P. Ignace:
« Je fais de grands miracles, et fort peu de conversions, à cause que je n'entends point la langue du pays. » Est-il possible que Xavier ait eu le don éminent des miracles, et que Dieu lui ait refusé le don des langues sans lequel celui des miracles ne servait à rien ?
Saint Elie, prophète. Cet homme, sans avoir aucun caractère dans l'Etat, fit massacrer quatre cents prophètes des faux dieux : la raison que donnent nos théologiens de la conduite d'Elie fait pitié, il était inspiré, Jacques Clément croyait aussi l'être. Les hommes qui ne connaissent point les inspirations divines doivent condamner les inspirés, même au dernier supplice, s'ils occasionnent des troubles dans l'Etat, à cause que tout ce qui offense la raison et l'humanité n'est point de Dieu.
Des enfants, dans les environs de Bethel, furent dévorés par des ours pour l'avoir traité de chauve, à cause qu'il n'avait point de cheveux. On ne voit point de crime dans ces enfants, dit un auteur respectable , pour
mériter une aussi grande partie du ciel : celui qui pardonne soixante-sept fois, pouvait-il se fâcher pour un propos d'enfants ? Les carmes , originaires des fondements du mont Carmel et du prophète Elie , ont disputé longtemps, avec les jésuites, sur leur prétendu fondateur. Le pape défendit aux uns et aux autres, sous peine d'excommunication , d'agiter davantage cette question. Les carmes firent un procès aux moines de Saint-Basile-de Troïna, en Sicile, parce qu'ils avaient fait peindre dans leur église Elie enveloppé d'un manteau rouge , la tête couverte d'un bonnet rouge avec des galons d'or. L'affaire fut d'abord portée devant l'archevêque de Messine, ensuite à la congrégation des Rits. Ce tribunal ordonna d'ôter le tableau et d'en mettre un autre en sa place, où Elie serait en camisole de peau et en bonnet de nuit. Ainsi fut terminé ce procès, le i6 mars 1686, après dix années de contestations.
Saint François. Les capucins l'appellent dans leurs litanies, le chevalier du crucifix,
le sauveur des affamés, le prédicateur des sauvages, la plante des pieds des capucms. Voilà une plante qui peut être mise dans la classe de l'Assa Fœtida. François prêchait les poissons et les dindons : sa vie et ses discours ne décèlent point un homme de génie. L'extraordinaire lui a donné une réputation. La ressource de la besace a fait l'admiration des gens qui ignoraient la force de la superstition et la bêtise des peuples.
Les constitutions de ce saint sont très plates. Que les frères, dit la règle, qui ne Savent pas lire ni raisonner ne se mettent point en peine d\ipprendre l'un et l'autre. Le seigneur a soin des animaux qui ne raisonnent pas et ne savent pas écrire. Si quelqu'un at~ taque cet article de notre constitution, qu'il encoure V indignation de Dieu, de saint ''Pierre et de saint 'Paul. Ce bienheureux donnait quelquefois la commission au diable de le fouetter; Satan faisait bien les choses : un jour il s'en acquitta si rudement que le saint alla se sauver entre deux rochers pour se cacher du diable.
Le pape Urbain VIII avait une dévotion
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tendre pour saint François; en considération de ses mérites, il accorda aux capucins de Normandie la permission de lire pendant sept ans la Bible en langue vulgaire ; mais, après ce temps, il leur ordonne de la jeter au feu de crainte qu'elle ne tombât entre des mains séculières.
Sainte Catherine. Sainte imaginaire que Ton chôme encore. La fable dit qu'elle confondit quatre cents philosophes. Qu'elle apparence qu'une jeune fille qui savait à peine son catéchisme ait renversé le système de Platon? L'oraison du jour de la fête dit que son corps fut porté par les anges sur la montagne de Sinaï ; il faut être bien dur de foi pour croire aux songes de l'imagination.
Saint Nicolas préside à la Navigation; il a succédé à Castor et PoUux. Son élection à l'évêché de Mire a l'air fabuleux.
L'immaculée Conception n'est point encore un objet de foi dans l'Eglise. Marie est sortie de la masse commune de la cor-
ruption comme nous; partant de là, elle n'était pas exempte de la loi générale. Les récollets se sont rendus défenseurs de l'immaculée conception. Ces pères ont pris la défense de ce qu'ils ne connaissaient pas. Leur protection, au reste, n'ajoute rien au privilège de Marie.
Sainte Catherine de Sienne, épouse de l'Agneau sans tache, avait promis d'oublier le monde et s'occupait des affaires du monde, se donnait des airs d'écrire aux souverains, et se mêlait des affaires d'état. M. de Fleuri, qui la condamne, dit avec les honnnêtes gens que ce n'était point les occupations d'une fille consacrée à la retraite. La sainte Vierge venait pétrir le pain de la communauté avec Catherine.
Saint Jean a la porte latine. L'église dit qu'il fut mis à Rome dans l'huile bouillante. Saint Jean n'est jamais venu à Rome, Scaliger le prouve dans une dissertation savante. Les peintres représentent cet apôtre, dans la Cène, appuyé sur l'estomac ou le sein de
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son maitre. L'ignorance du mot latin sinus, dit M. Chevreau , a donné lieu de mettre saint Jean dans cette posture indécente, comme s'il était surpris de sommeil. Les théologiens et les moines sont persuadés que saint Jean reposait sur l'estomac de Jésus, sans réfléchir si saint Jean pouvait avec quelque sorte de bienséance, s'être couché à table sur l'estomac du Sauveur du monde, et sans prendre garde que le sein fait une équivoque dans notre langue; qu'il n'est point français en cet endroit, parce qu'il n'exprime ni le mot grec, ni le mot latin qui marque la place toujours réservée au favori, au bien aimé. C'est pour cela que saint Jean, parlant de lui fort modestement, dit que /'?;n des disciples que Jésus aimait in SIiS'U au dessous de lui, le sinus des latins n'était point la place honorable, mais la place réservée pour ceu.v qui étaient les amis du cœur. Les juifs avaient reçu cette coutume des romains.
Sainte Barde, patronne de la confession. Si la confession était un p^chc mortel, pcr-
sonne ne s'aviserait de le commettre. La confession est un fardeau pesant qui embarrasse beaucoup de monde. Vers la quinzaine de Pâques on sent qu'on a je ne sais quoi qui n'est point agréable à faire. Ce joug dégoûtant et pénible imposé par les souverains de Rome n'est point le joug léger de l'Evangile. Les théologiens ont été charmés de tyranniser les consciences pour se dresser un trône sur la faiblesse de nos cœurs, Dieu n'a pas promis le pardon au pécheur à condition qu'il se déclarerait au prêtre, mais s'il changeait de conduite et s'il pleurait son iniquité. Saint Paul dit à ceux qu'il appelle à la Cène, que chacun de vous s'éprouve, il ne les envoie point aux prêtres pour les éprouver.
Un prêtre peut discerner, dit-on, plus aisément que nous, la nature ou la gravité de nos fautes, et le sabre du distinguo à la main, discerner le péché mortel du véniel. L'Ecriture n'a point distingué les péchés, ce n'est point aux hommes à donner des lois au ciel. Pontas et ses confrères étaient des étourdis et des perturbateurs de décider de leur mor-
talité ou de leur vcni.ililé. La confession auriculaire dépend, nous disent les docteurs, de l'intention de celui qui l'administre. Si le prêtre nous trompe, Dieu a donc mis notre salut entre les mains des hommes ? il n'est donc pas suffisant pour nous sauver? et son sang devient inutile si un moine s'avise de n'avoir pas d'intention. Où en sommes-nous? Peut-on, en connaissant l'Ecriture, croire aux imaginations humaines.
Cent millions d'arguments des écoles ne tiendront point contre la démonstration des premiers siècles de l'Eglise où la confession auriculaire était inconnue. Les pécheurs publics et scandaleux étaient, il est vrai, punis publiquement; mais personne n'allait dire aux prêtres ses crimes secrets. Avant Tan douze cent on ne voit point de confessionaux dans les églises. Si la religion n'a point fait une loi de confession pendant les premiers siècles et dans les temps voisins des apôtres, pourquoi a-t-on attendu dix siècles après l'établissement du culte chrétien, à faire une loi qui impose un joug si triste et si pesant ? La rémission des péchés
que Dieu seul peut remettre est-elle améliorée en passant par la main d'un prêtre ?
Saint Macaire, connu par la pénitence de six semaines qu'il donna à un moine pour avoir tué une puce. Si on laissait faire les dévots ils feraient des pénitents de toute la terre ; malgré leurs sermons le monde va toujours son train. Il y a dix-huit cents ans que l'église prie pour l'extirpation des hérésies. Et la Hollande, l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne sont toujours attachées à leur réformation. Nous prions pour l'union entre les princes chrétiens, et ces princes se font la guerre plus souvent que les circoncis et ceux qui adorent le mouton blanc et le mouton noir.
Saint Lazare. Il est fâcheux que ce saint ressuscité n'ait rien dit de son état dans l'autre monde ; ses connaissances eussent assuré le dogme de l'autre vie et confondu les matérialistes. Son silence a rendu infructueux le miracle de la résurrection.