‹ L'Arrétin moderneChapitre 31 sur 37 · I ^4 ' ARRE TIN · texte numérisé non relu

I ^4 ' ARRE TIN

Notri:-Da.au:-des-Neiges. La \'ierge descendit du ciel le 2 août, apparut à Patrice, citoyen romain, et lui dit: je t'ordonne de sortir demain de grand matin, tu iras vers l'endroit où tu trouveras de la neige, là tu feras bâtir un temple à ma gloire: on dit que cett& aventure arriva sous le pape Tibère. Saint Jérôme, auteur de sa vie, n'en a point parlé; comment a-t-il échappé une histoire si miraculeuse > Le saint docteur aimait le merveilleux.

Saint Germain allait au sabat des sorciers très régulièrement pour savoir si les femmes qui assistaient à ces bacchanales étaient sorcières; il passait chez elles et le saint n'en doutait plus en les trouvant couchées avec leurs maris.

La CoM.-viÉAiORATiox DES MoRTS. Cette fêtc. consacrée au soulagement des défunts, doit son invention aux moines de Clugny. L'Eglise ancienne n'avait pas l'usage de prier pour les morts. Le purgatoire a été longtemps inconnu: dans son orisrine il était comme

nos moulins à l'eau et au vent. Le pape Grégoire, au quatrième livre de ses dialogues, le compose de ces deux éléments. Un autre pape, qui n'aimait ni la pluie ni le vent, le fit de feu; depuis ce temps on brûle au purgatoire. L'Église avait un trésor dans les mfirmités des fidèles,- dans le mariage des cousins, elle tirait de la dîme des vivants, et par l'invention lucrative du purgatoire elle imposa, comme Caron , un tribut aux morts.

Le séjour des trépassés n'est ni dans l'enfer, ni dans le ciel, il est probablement à la droite ou à la gauche du pays des limbes, et lorsque le monde finira, le purgatoire s'en ira en fumée. Les premiers chrétiens étaient de mauvais chrétiens; car ils n'avaient ni purgatoire, ni limbes, ni confession auriculaire, ni le culte des saints; et Paul et Pierre n'étaient pas souverains de la terre. Une église qui admet ce que les les premiers chrétiens n'admettaient pas, est peut-être la meilleure, ou tout au' moins très différente.

Sans disserter si longtemps sur le purga-

toire, demandons si Jésus-Christ a satisfait pour nos péchés et si les sacrements suffisent à notre sanctification. Si les docteurs nous disent que Jésus- Christ et ses sacrements nous suffisent, que feront-ils du purgatoire ? Car, en admettant ce lieu de souffrance, il nous faut deux satisfactions pour un péché, celle de Jésus-Christ qui est infinie et celle du purgatoire qui ne vaut pas tant.

Si les papes peuvent tirer les âmes du purgatoire par leurs indulgences, ils ont tort de laisser leurs indulgences dans leur trésor; si j'étais pape vingt-quatre heures, une heure après, il n'y aurait plus un chat dans le purgatoire. Je donnerais toutes les indulgences possibles, je n'épargnerais rien pour procurer à mes frères la vision de Dieu; sans disserter davantage sur cette matière où les bonnes raisons ne manquent point, je crois que la doctrine du purgatoire est contraire à l'Evangile.

Saint Jean-Baptiste était acridophage, c'est-à-dire qu'il vivait de sauterelles. Les eu-

ropéens sont étonnés de sa pénitence et nos prédicateurs l'exagèrent avec beaucoup d'em" phase. M. Ludof, dans son commentaire sur son histoire d'Eithiopie, dit que les sauterelles de ce pays-là sont d'une grandeur si extraordinaire qu'elles obscurcissent quelquefois l'air par leur nombre. Ces sauterelles sont la nourriture des gens du [pays, qui savent les accommoder avec du miel sauvage. Ce ragoût est bon et nourrissant. Les pères et les interprètes de l'écriture , qui jugeaient de ces animaux par ceux que nous fournit l'Europe, se figuraient que la pâture de saint Jean était mauvaise, d'autres que c'était une herbe qui portait un nom commun avec les sauterelles.

Le Carê.me. Son établissement est l'ouvrage d'un établissement mal entendu, ou peut-être de quelques papes infailliblement ignorants, tels que Grégoire II, et Zacharie son successeur, qui ont déclaré des viandes immondes. Ces souverains défendaient de manger en tout temps du lièvre, parce que le lièvre était une créature immonde. Au xix*" livre des canons recueillis parBuchard, il

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est écrit ; Sz tu manges oiseaux que le Jaucon a assommés, ou les oiseaux qui se sont étranglés Jaiis les filets, tu feras pénitence seize jours au pain et à l'eau. Quand on défend de niangcr du lièvre, qu'on donne des pénitences aux hommes pour de pareilles bêtises, on peut établir une jeûne aussi singulier que le carême.

Les apôtres et l'évangile n'ont jamais parlé de ces puérilités. Le royaume de Dieu, dit Saint Paul, ne gît point en viande, mais en justice, en paix, en foi dans le Saint-Esprit. Saint Paul regardait le carême et l'abstinence dans celui qui les pratiquait comme une faiblesse de foi et de peu d'instruction. Il dit : Mangez de tout re qu'il y a à la boucherie, }nangez fout ce que l'on vous donnera, sans vous inquiéter sur la conscience.

Dans les premières années de l'établissement du carême, l'Église n'était point sévère. Un ancien canon dit expressément : Si ini jeune clerc jeune le dimanche ou le samedi en Carême, qu'il soit déposé, si c'est un laïque quil soit excommunié. Saint Ignace, dans l'P^pitre aux Philippiens dit : Si quelqu'un

jeûne un dimanche ou un samedi, il est meurtrier du Christ. Saint Ambroise, au livre d'Elic et du jeune, dit : On jeûne tous les jours de Carême hors le samedi et le dimanche. Le premier carême de l'Eglise était de cinq jours avant Pâques. C'est le carême impromptu de Gresset. Dans la primitive Église on chômait un carême d'heures, c'est-à-dire 40 heures sans boire ni manger, c'est celui que pratiquent les Églises protestantes.

Maître Rabelais, qui faisait rire nos pères avec ses grosses platitudes, assure que le Carême fut institué pour «massacrer la chair, » mortifier les appétits sensuels et resserrer » les furies vénériennes de tous bons et » savants médecins, affirmant en tout le cours » de l'année n'être viandes mangées plus » excitantes, la personne à lubricité, qu'en » cettuy temps — fèves, pois, oignons, » huîtres, harangs, saleures, herbes — vous B serez bien ébahi, si le bon pape, insti- )) tuteur du saint carême, voyant que c'était » lors la saison où la chaleur naturelle sort » du centre des corps, auquel s'était con- » tenue durant les froidures de l'hiver ; et se

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» disperse par la circonférence des membres » comme la sève fait des arbres , aurait les a viandes ordonnées pour aider la multipli- » cation de l'humain lignage, ce qui me l'a )) fait penser, c'est qu'en papier baptistère » plus grand est le nombre des enfants en )) octobre et novembre nés, qu'en dix autres » mois de l'année, lesquels, selon la suppu- )) tation rétrograde, tous étaient faits, conçus, » engendrés en carême, ors qu'on attribue )) le copieux grossissement de femmes aux

» stationnaires en carême, sont toutes

» les maladies semées; c'est la vraie pépi- » nière de tous les maux, si le carême fait » pourrir les corps, il fait aussi enrager les » âmes. ))

Le poisson est plus appétissant que la chair. Cette nourriture, imaginée parles casuistes, les papes et les fondateurs d'ordre, pour remédier à la concupiscence des moines, aiguise leur santé et les rend plus vigoureux. L'auteur de l'esprit des lois, assure que dans les ports de mer, on y voit plus d'enfants qu'ailleurs, à cause que les parties huileuses du poisson sont plus propres à fournir la

matière qui sert à la génération. C'est une des causes de ce nombre infini de peuple qui est au Japon , où il y a beaucoup d'iles, de rivages et où la mer est très poissonneuse.

Saint Pierre s'est distingué parmi les apôtres par son attachement pour son maitre. Cet amour l'emportait souvent. L'épée ^dont il se servit dans le jardin des oliviers fut une erreur de zèle occasionné par une parole de Jésus, que lui et ses frères entendirent très mal. Le législateur avait dit : que celui qui a un sac petit ou grand qu'il le laisse-là; celui qui 7i'a point d'épée qu'il vende sa robe ou sa chemise pour en acheter une. Le Seigneur, qui cherchait à distraire ses apôtres des biens de la terre, leur dit d'acheter une épée. L'épée que Jésus entendait était un glaive spirituel, c'était l'éloquence du ciel et le bon exemple qui doivent être les armes des papes et des prêtres. L'Église infaillible a été quinze cents ans à comprendre ce passage. Le Saint- Esprit n'a donc pas toujours été avec elle.

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