‹ L'arrivisteChapitre 10 sur 47 · MARQUIS ETTE · texte numérisé non relu

MARQUIS ETTE

lilas, c'est l'avril. Des doigts les cueillirent, de douces mains qui peut-être ne sont plus. Jacques de Mirande qui avait connu Liane, il y avait six mois, au printemps, l'adorait encore à Paris, en automne, un automne prestigieux, à la saison des chrysanthèmes.

Une femme a trente-cinq ans, ou six, ou sept. Elle est dans la gloire de l'été. Mais après-demain, ce demain tissé d'années, ce sera l'automne. Ah ! les paysages d'octobre, et même de novembre. Ils n'ont pas la monotonie fraîche, — rose tendre, feuilles neuves, pommiers en falbalas, cerisiers en fleurs, — la séduction simple de l'avril ; ils unissent souvent à la splendeur chaude de l'été, à la grâce de mai gardée aussi parfois une beauté nouvelle : l'automne est la mélancolique et prenante apothéose de la nature. Ainsi, pour la femme.

Elle a, quand elle approche de l'octobre de sa vie, tout le charme compliqué, nuancé, raffiné du cœur et des sens. Sa bouche rouge, un tantet fardée, donne ce qu'elle n'avait pas auparavant, ce qu'elle ignorait même, verse le vin nouveau de l'automne; sa bouche est — mûrie par les baisers disparus, comme le raisin par les soleils en allés, — la vendange rassasiée de lumière. Puis, on dirait que la femme d'automne pressent, devine que l'ivresse dont elle grise est la dernière, ou la pénultième; elle est, ainsi que le fruit superbe tout saturé du rayonnement de l'été, la pomme édenique pour la tentation et pour le péché.

Les pudeurs de la vierge liliale, les grâces du printemps aux fleurs doucement caressées par le soleil et qui le trompent avec le vent, les coquetteries du flirt, les mignardises capiteuses, les perversités énervantes, la femme d'automne a tout cela, les folles caresses, très folles, partout, que son amour vrai, même dans les dépravations, garde, de-ci, de-là, ingénues. Automnes, apothéose de l'année, couchers de soleil, apothéose des beaux jours. Le ciel a cessé d'être immuablement bleu, à peine diversifié par de légers nuages vite nés, bientôt évanouis. Le crépuscule est proche : mais l'astre radieux tombe en incendiant l'horizon 011 resplendissent les pourpres, les béryls, les violets, les mauves, les gemmes, les ors. Dans ce ciel merveilleux, ils se souviennent, tous ceux qui ont aimé en avril, en messidor, aussi en septembre, en octobre, ils se souviennent; — dans le ciel éblouissant de

flammes, de braises polychromes et précieuses, c'est la féerie du coucher du soleil. Et le feu d'artifice des clartés pourpre et or, des chaudes nuances moribondes n'est pas plus intense et prestigieux que la féerie intime des couchers d'amour, beaux amoureux, chères amoureuses, — ô femmes longtemps jolies, aux yeux et aux corps privilégiés, immortelles du baiser, élues entre toutes les autres, qui semblent devoir être jolies jusqu'à la fin.

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