‹ L'arrivisteChapitre 25 sur 47 · LA VOYANTE · texte numérisé non relu

LA VOYANTE

Jamais, Claude Barsac, depuis qu'il avait vu l'occasion lui apparaître et avait combiné ses actes, puis les avait perpétrés, ne s'était senti inquiet comme en quittant le cabinet du juge d'instruction. De plus, il était atteint dans son orgueil. Ainsi, d'après ce qu'il venait d'entendre de la bouche de M. Chesnard, il avait commis deux crimes inutiles, et il avait lancé son ami dans une effroyable aventure. Cette fortune conquise par lui avec tant de maîtrise, il ne pourrait jamais en disposer. Il passerait un, deux, vingt billets de mille, sans doute, chez des fournisseurs divers, qui les accepteraient, puisqu'ils n'auraient pas entre les mains la fameuse liste d'opposition. Mais ceux-ci ne garderaient pas les billets, ils les écouleraient dans le commerce, et les billets bleus, — comme le sang qui, après avoir vivifié le corps, retourne au cœur pour en repartir et se répandre à nouveau dans les artères, — reviendraient, enfin, à leur source, à la Banque : l'éveil serait donné. Si, pour dix ou vingt billets, il était difficile de retrouver celui qui les avait changés le premier, par conséquent le voleur et l'assassin, au vingt et unième, au cinquantième, on remonterait jusqu'à lui. Barsac. Il ne pouvait donc employer la fortune de Marquisette sans se compromettre, sans se livrer aux représailles de la justice. La Justice, l'idéal immanent ? Ça existait donc ?

Ainsi, avoir volé, tué, ce long et âpre calvaire de son crime ne servait à rien ? Tout le long de la route, Barsac avait cette transe à la pensée. Pourtant le million, ce million, étalé dcr-

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