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VERITE DE CE LIVRE. III

déric Humbert, comme le crime de Claude Barsac, il faut bien le répéter, a pour dupe ou complice, en dilemne, la magistrature. — Certes, des moyens adoptés par cet avocat ou cette rouée de génie pour acquérir la fortune, quel est le plus invraisemblable et le plus audacieux ?

« Une exception, en tout cas ! » dira-t-on. — Croyez-vous ? L'admiration même, — non le mépris, ou l'indignation, — que suscite cette prodigieuse volerie est un indice de la morale ambiante. A Paris, dans le monde de la politique, des journaux, des théâtres, des affaires, dé l'élégance, de la mode, un millier pour le moins d'hommes et de femmes sont des humbertistes, — des arrivistes. L'origine est toujours un peu trouble des brusques grosses fortunes ; chacun sait bien, au fond, que l'adresse est de voler selon sa puissance, son rang, sa situation, selon ses ailes, car rien n'est si bien organisé et protégé que le vol, dans la société napoléonnienne, à condition, bien entendu, d'observer les règfes prescrites par les législateurs et la jurisprudence de ce maquis du code, oii le miséreux est tout de suite abattu. Les millions acquis, n'importe comment, si on a évité les démêlés trop vifs, on est un homme fort, — et, s'il reste une petite tache, le pire forban peut toujours la cacher, s'il y tient, avec une rosette.

Une finaude, M™^ Humbert, a su tirer parti des imperfections sociales, et, — sans accuser personne, car les individus sont très loin du but de ces lignes, et je répète seulement ce qu'a imprimé la presse du monde entier, — toute l'organisation politique et judiciaire est coupable de cette piraterie gigantesque. Parmi tant de députés, futurs ministres, ministres, anciens ministres, de conseillers municipaux ou généraux, avocats sans causes, de médecins sans malades, de gens de lettres ratés, parmi des milliers d'arrivistes quelconques, rampants, insinuants, tous à l'affût de la veine, et qui montent au pouvoir avec la frénésie, non de leurs convictions, mais de leurs appétits, il ne peut être étonnant qu'au milieu d'une foule de wilsonniens, panamistes, trafiquants, prévaricateurs, il y ait eu un ministre de la justice escroc, — tout simplement. Du moins, car j'ai pour ma part une infinie considération pour un homme qui a su se maintenir si haut dans le respect d'autrui jusqu'à sa sortie, un garde des sceaux est accusé posthume par l'opinion publique, en cette qualité, ce semble. — Ah! Claude Barsac, voleur et assassin, arri-

viste exceptionnel dont l'énergie egotiste, devenue nationale, serait à souhaiter à Celui que tout un peuple dégoûté attend, est un grand homme, est Quelqu'un parmi le pullulement des rapaces mesquins lâches, fourbes, médiocres des petits arrivistes.

De tout temps, il a été bien avisé de ne pas négliger les moyens de parvenir ; mais il y a, certes, quelque chose de plus pressé dans ce mot, arriviste, qui définit bien le combattant impitoyable de la bataille entre nous, depuis que l'Argent est seul roi, maître de tout. Nul écrivain ne pourra descendre assez au fond des abîmes de la rosserie et de l'obscénité humaines. Prêcher la bonté, la fraternité, comme je l'ai fait encore dans un livre récent, le Semeur d'amour, où des esprits superficiels n'ont voulu voir qu'une épopée hindoue erotique, est effort vain. La férocité règne sur toute la terre, à l'exemple de Dieu qui tue, un matin de printemps, par un souffle de ses cratères, à Saint-Pierre de la Martinique, trente mille habitants, et ne laisse sain et sauf qu'un assassin, condamné à mort, mais ironiquement épargné dans sa prison souterraine par le fléau céleste. A Paris, le même jour. M"® Humbert s'en allait tranquillement, avec ses millions, sous l'œil bienveillant de Dieu et du préfet de police, comme Claude Barsac, sans se soucier, pas plus qu'un Romain Daurignac, des cadavres laissés çà et là, ascende les marches du triomphe. Et, là-bas, dans l'île en flamme, de sinistres maraudeurs pillent les morts déterrés sous la lave à peine refroidie — chaque être, sur tout le globe, cherche sa subsistance — comme des requins, venus jusque dans le port de la cité en cendres, happent les corps des malheureux qui se sont précipités dans l'eau pour éviter le feu. — C'est la vie, chère madame, la lutte pour l'existence, dont ce livre, plus qu'un autre, j'espère, donne le frisson.

Et sans récriminer, puisque le monde est tel, — comme Henri Heine, qui, de ses grandes douleurs faisait de petites chansons, — voici joyeusement quelques couplets que j'ai, tel un ouvrier pour se distraire en travaillant entonne un refrain, composés, au courant de cette longue œuvre qui, des faits récents le prouvent, a ses racines puissantes et solides dans la réalité, une énorme frondaison luxuriante dans l'air d'aujourd'hui, — de ce labeur préféré, que j'offre, revu définitivement, paré avec soin, à mon temps — et à l'avenir.

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