VÉRITÉ DE CE LIVRE. VII
Savant, cabotin, — ministre médiocre, ■ — explorateur, écrivain, soldat sinistre, fonctionnaire, orateur.
Même poète, la gloire d'un grand homme intelligent est une magique moire où faire tomber l'argent.
Si des naïfs ont l'air de
critiquer un malin, ris
et cambronne avec esprit
des traits dont rien ne se perde.
Frères, coureurs de la course à l'argent, il faut gagner le prix, la vie et la bourse, sans jusqu'au soir besogner,
— il faut, charmeur pouvant mordre, être fort et bien portant.
Un Animal De Premier Ordre, qui triomphe très longtemps.
Très longtemps, — c'est-à-dire jusqu'à l'ouverture de la boîte de Pandore, le coffre-fort symbolique où sont enfermés les millions et les illusions. Évidemment, on n'a pas communément ces hommes intègres et ingénus. M® Lanquest, qu'il convient de louer, car, d'accord avec la chambre des notaires, il rembourse ceux qu'il a pu contribuer à duper, M^ Dumort, M® Du Buit, M® Langlois, M^ Parmentier, les uns pour monter, sans le savoir, la garde et le coup, autour de l'appeau et du piège, les autres pour attirer, de bonne foi, la foule des gogos vers la caisse de la Société, la Rente viagère, vulgo, la Potnpe, qui, le dernier mois de son fonctionnement, à encore « pompé » deux cent cinquante mille francs, — et M. Scapin Jacquin (C i^), dont l'innocence est décidément au-dessus de tout soupçon, car le même amour fidèle et délicat pour une jeune fille pauvre et innocente aussi
— quil épousera, j'en suis sûr, dès que ce sera possible et que la police l'aura retrouvé — lui mit depuis vingt ans un bandeau sur les yeux. Tout ce monde-là est très honnête, bien dans la vie. Et je me borne, au plus, à soupçonner, à tort d'ailleurs sans doute, Romain Daurignac d'être avec moins de cérébralité, un disciple de Claude Barsac 'et de n"avoir pas hésité, à l'occasion, devant une mort subite, utile. Puis, la ruse civilisée vaut mieux que la violence d'un assassin obligé à une brutalité toujours déplaisante, et l'arriviste affiné, vingtième siècle de l'ère chrétienne, se résoud, seulement à la dernière extrémité, à la goujaterie de l'époque des cavernes, dont les vifs procédés pourtant, à lire les faits divers quotidiens, restent nécessaires.
La vilenie et l'intérêt se cachent dans la plupart des actes des hommes : dupeurs et dupés, mangeurs et mangés, forts et faibles, habiles et quelconques, intelligents et sots, il en est toujours ainsi, il en sera toujours ainsi, malgré les mots égalité, fraternité, inscrits, en France, au fronton des monuments publics. Cette affaire récente, si ce qu'en disent les journaux est exact, est une éruption de la pourriture de la haute société bourgeoise, d'un âge de mufles où l'Argent est le seul Dieu ; elle éclaire, comme un -phare merveilleux, ce livre de ses projections lumineuses intetzses ; elle montre, comme avec des rayons X, à travers les murs d'appartements ou d'hôtels somptueux, derrière les façades superbes, ce qu'il y a parfois de misères et de déchéances morales, si ce n'est pire, dans les fortunes les plus honorées. — M"® Humbert et C®, l'avocat Claude Barsac, que ses admirateurs, ses clients, ses amis entrevoient un jour au palais de l'Elysée, Négrava, chef de parlementeurs ; le procureur général Ferron, le juge Chesnard, Monceau, s'agitent dans la même atmosphère, la même modernité. — Voilà pourquoi ce roman, V Arriviste, est vrai, pourquoi ses personnages sont caractéristiques d'une époque tout de même délicieuse à vivre et passionnante à observer par un révolté souriant et un artiste.
FÉLICIEN Champs AUR.
Paris, 9 juin 1902.
LIANE DE SERGY
aHH^^
MARQUISETTE