LA CIGALE PREND 80N VOL
RE
monde civilisé, Parce qu'il aura
intéressant, pour une péronnelle à peine sortie de son couvent, de répondre à nos œillades d'étudiant, me faudrait-il lui sacrifier mon avenir ? Tu me parlais tout à l’heure des vers que j'aurais écrits pour elle et qu’elle n’a jamais lus. Si tu aimes à reprendre en sous main l’inspiration poétique dont elle peut être l’objet ou la cause, je lui ferai part, avant de rompre définitivement, de ton généreux don-quichottisme en sa faveur, et à ton tour, jusqu’à quarante ans, si tu le veux,
res, c’est dans la vie pratique que je veux
disant : je me fâche. Mais la réplique de son interlocuteur lui laissa dans l’âme
une impression réellement fâcheuse. Il s’irrita d'entendre encore résonner à son oreille ces mots : ‘vie pratique”; ‘faire mon chemin”, qui plus que jamais semblaient être la formule des égoïsmes à la mode, ainsi que des injustices accréditées. Il ressentit comme un besoin de pleurer sur le cruel mécompte de cette pauvre enfant qui, sans autre méfait :
que d’avoir cru candidement à son premier amour, apprendrait quelque soir, en lisant les journaux peut-être, la déchéance de son rêve et verrait passer ce hideux nuage sur la vision de son avenir aussi.
Non, ce n’est pas qu’il eût l’âme d’un poète ni le caractère d’un Don Quichotte, ce Guignard, mais dans le chemin de cette sorte d’arrivisme, — car il y en a plusieurs, — il geignait déjà sous le fardeau de sa conscience d’honnête homme.
Il comprit qu’il n’irait pas loin.
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LE VEAU D'OR EST TOUJOURS DEBOUT La cigale devient fourmi
“Faites de l'argent, honnêtement si c'est possible, mais faites de l'argent”, disait laconiquement l'américain.
C’est encore le culte du veau d’or autrefois proposé à la vénération de la foule ; c'est la sacrilège omnipotence reconnue aujourd’hui au faux dieu Dollar ! Avan-
et jouissances matériels, prestige social, immunité morale en certains mi- Ï et certaine mesure, tout cela est compris dans cet aphorisme, devise du matérialisme moderne : faire de l'argent.
Le ‘self made man” de la race anglaise n'est pas tant celui qui s’est appliqué et a réussi à mettre en valeur les dons naturels de so cœur ou les talents de son intelligence, mais celui quiasu faire del’argent. La plutocratie est de plus en plus la
72 L’'ARRIVISTS
L \ caste quicommande et qui règne. À moins re mes rs que cette vie n° pas la vie, que tout n est que mensonge et vanité, il est difficile de secouer l’appétence des biens, des honneurs, de la considération exceptionnelle qui font d’ordinaire l’escorte de l’argent.
rompant aussi pour jamais avec la poésie de sa jeunesse, allait avant tout, temporairement du moins
reçu une secousse fatale. La rupture fut dissimulée, retardée parce qu’il entrait dans les calculs de l’homme pratique qu’il en fût ainsi. Pendant quelque temps encore, la clientèle de l'étude légale Guignard
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et Larive devait rester à l’abri de leurs
ivergences d'opinions et de sentiments, Des causes sérieuses dont le premier tenait la solution et l’autre les honoraires devaient être le mystérieux ciment qui les tiendrait unis. En quoi l’arriviste déployà peut-être plus de force de carac-
fallu pour imposer silence à son cœur ; car chez de telles natures l’amour est moins tyranique que l’orgueil,
Le mariage de l'avocat Félix Larive, jeune homme d’avenir en train de faire brillamment son chemin, fut tout un événement social. Depuis le compterendu des fiançailles jusqu'à la liste des riches cadeaux dévosés autour de la corbeille de noces, jusqu’au détail de la superbe toilette qui rehaussait l'éclat de l’épousée, rien ne fut omis dans les journaux, qui put donner du retentisse.
ment à l’hyménée.
Pendant la ination lointaine de l’heureux couple, Guignard eut tout le loisir de mettre la dernière main à un
t allez-vous moi donc”, dit un “faisait les tribunaux”
parle ? Je Qu'était-ce donc, cette cause-là ? Quelques notes, s’il vous plaît, Pour ma chronique judiciaire ?
—Tiens ! bien aimable ; merci ! mon cher ! En effet, il n’y a pas à dire, c’ un grand succès. Je n’ai pas pu m'en