‹ L'arriviste [microforme]Chapitre 24 sur 42 · PR POST · texte numérisé non relu

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occuper, comme je l'aurais voulu. Mais

ment en notre fav:ur, Vous dires bien, n'est-ce pas, que ce point-}} n'avait jamais encore été 1: à la décision de la Cour d'appel. Voici. ”

Le soir même, le journal faisait c onnaître à ses milliers de lecteur que :-—"‘La Cour “d'a » à l’unaninité à rendu un j ‘ment des plus importants dans le pro- “'cès L. vs. R.: donnant gain de cause , eur tous les points à la partie représen.

‘“ tée par (ici le portrait de Féliz Larive ‘€ syuvre quelques pouces carrés d’ Le: typographique), le jeune et brillant

“ d'exposition du jeune maître qui fait “ déjà l'honneur du barreau et a plus ‘“ d’une fois été consulté par de vieux ‘jurisconsultes. On jugera d’ailleurs de

mm

‘ l’importance de cette décision par l’ex- “ posé suivant des faits de la cause, que “ nous tenons de l'avocat lui-même.”

Sur la foi du journal, ceux qui ne connaissent pas les petits secrets de sa vanité discrète, les non-habitués du palais, seront après cela bien justifiables, n'est-ce pas, de féliciter M. l'avocat Larive, jeune homme d’un si brillant avenir. Même chez ceux qu’une dénégation ou une rectification aurait pu momentanément désabuser là-dessus, ne restera-t-il pas quelque prédisposition à estimer la valeur d’un homme qui prête déjà à de telles méprises ? Car s’il est vrai qu’il reste toujours quelque chose du mensonge, ce doit être surtout le mensonge du papier imprimé.

D'ailleurs, notre arriviste qui a de.

l'assiette ne bougera pas assez pour déplacer totalement, soyez-en sûr, l’auréole dont le journaliste a si i

tera suffisamement pour lui servir quand même de réclame.

—“Tu sais, Eugène dit-il, en entrant Comme un coup de vent dans le bureau de son savant confrère, c'était bien le cas de le dire, —“je n'ai jamais raconté à

cet-idiot là ce qu'il est allé publier, hier =

soir,

j'ai lu son affiche- e qui n’a pas le

ton portrait en toge, et l'indiscret, san que tu le voies faire, l’a mis dans sa poche pour le mettre ensuite, à ton grand

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78 L’ARRIVISTE ——— déplaisir, dans son journal. Ah !.ces journalistes !

—Une chose dont je m'aperçois fort bien depuis quelque temps et qui m’est fort le, c'est que tu te fais assez méchamment pince-sans-rire À tout propos avec moi. Ce portrait-là, tu le sais ou devrais le savoir, était rendu au bureau du journal le jour de la convention des conservateurs, dans le comté de Bellechasse, où l’on m'avait sollicité de faire opposition au candidat du parti libéral.

On a décidé ensuite de ne pas contester l'élection et le portrait est resté là.

Voilà tout !

—Que me dis-tu là ? Je devrais savoir que tu étais naguère résolu à courir la prétentaine électorale dans l'intérêt du parti conservateur, à Bellechasse encore, dans le pays de mes pères, où, pour te.

rappeler ce que tu disais spirituellement ici même, il n’y a pas longtemps, à propos des roses et des seigles, tous les libéraux sont plus rouges que des roses et les conservateurs aussi pâles que des seigles.

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d'étudiants, on t'a toujours vu poser au i irréductible, le libéral emballé,

“démocratie”, tous les premiers grelots enfin qui s’accrochent au col du bidet

Ce que j'aurais dû savoir et ne savais Pas, c’est que tu eusses déjà renié tout encore par utilitarisme, je suppose, pour ta vie pratique ! Que tu aies jugé propos, l’un de ces jours, avec |’ 4

| un peu l’ardeur de cette politique juvénile, c'était bien excusable, même à désirer : mais à te voir évoluer comme cela du jour au lendemain, on a le droit de se demander pourquoi. Moi aussi, je suis libéral ; seulement, on ne m'a pas encore vu et l'on ne me verre jamais, je l'espère, chercher à faire du bruit avec ces mots sonores de plus en us vides de sens, ni à battre monnaie

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sur cette ferraille de seconde main ; tout cela, pourquoi ? Pour vendre plus cher son chien que l’on veut remplacer par un chat.”

Larive est trop heureux de voir ainsi renvoyé à la marge l'incident de la cause célèbre et du portrait. Il n’a pas voulu l'interrompre. Il n’aimerait pas noa plus que son associé le poussât davantage sur la question de cette candidature à Bellechasse, pour apprendre ensuite et bientôt peut-être par d’autres, —des électeurs du comté probablement, —comment les démarches faites et non les sollicitations subies par l’arriviste n'avaient pu être traitées avec sérieux.

Habilement il s’éclaffe de rire.

—“ Tu neme fâcheras pas aujourd’hui, Eugène. Je veux rire.. Laisse-moi tout d’abord te féliciter d’avoir si bien su profiter des leçons de notre professeur de rhétorique. S'il t’entendait, il trouverait que tu t'es fait réellement un style très personnel, dont je ne veux plus rien t’emprunter, ce qui lui plairait davan-

ne —

tage. Moi, cependant, je trouve que tu ne réponds pas à toutes tes promesses de

me ls dire et pour m'embêter, en me rappelant sans cesse ce que j'ai dû faire, ce que j'ai pu dire, dans une jeunesse qui Vous inspira À tous tan d'inquiétudes ?

Mentor, au moins, vieillissait comme nous

iples dociles se serait tenu obligé d’aller lui en demander la permission; en d’autres termes, qu'il se fut soucié plus que moi de la sagesse ou des radotages du bonhomme,

—Qui sait ? s’il eut eu quelque inten-

tion de lui faire composer ses discours ?.

Mais, enfin, puisque tu voulais le combattre, que lui reproches-tu, au parti libéral ?

—Del’entendre appeler le juste ! comme tous les poseurs à la sagesse, de ta façon.”

Un client se présente et met fin à ce colloque qui allait se gâter.

Ces petites altercations -ntre les deux amis d’études n’avaient plus à se répé souvent pour compromettre leur association professionnelle. L'orientation est maintenant donnée à ces deux vies si différentes.

Eugène Guignard, fidèle à ses goûts, ne voulant jamais démentir son caractère ni les principes qu’il avait adoptés dans sa formation morale et intellectuelle, se laissera plutôt effacer, restant désintéressé de tout prestige personnel quand il lui faudra l’acquérir au détriment d’autrui

L'autre s'affirmera partout, prêt à gravir tout échelon de l’échelle sociale sur lequel il trouvera l’occasion de mettre

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