ET
ETobEs LRTESX 5%
NÉ
fonds social] de bon rapport, sans que
son âpreté s’en. trouve satisfaite. Ah!
-__ parlez-]
ui donc maintenant d’art, d’éloquence, de poésie, de sentiments ! La voix qui chante le plus délicieusement à son cœur, la langue qui intéresse son esprit, c’est celle de la haute. finance ; ces mots de rentes sur l’état, bons de chemins de fer, débentures de municipalités, actions et obligations de toutes sortes, dont le portefeuille s'accroît de jour en jour sous son nom ; dont le chiffre apparaît ça et là dans les prospectus et les papiers flotteurs sur les eaux troubles du marché monétaire ; dont la réclame sinon le chantage se fait autant d’appeaux pour la chasse à la petite e. L'argent ! l'argent partout
84 L'ARRIVISTE ns
désormais l’objet de ses rêves, de sa convoitise, De moins en moins, on le verra s’attarder à l'étude des dossiers et à la pacotille de la procédure : la publication qu’il consultera avec le plus d'intérêt à son bureau, ce sera la Gazette officielle, au chapitre des ventes en justice, des bonnes spéculations à faire sur l’immeuble. Il a déjà maints pignons sur rue ; il en suppute les rapports avec beaucoup plus de contentement que tous les mémoires de:frais où Guignard émarge pour moitié. Quand il apparaît dans les conciliabules de la finance, il sent, avec des soubresauts très-intimes d'orgueil, qu’on à conscience de sa valeur sur le marché :
ce qui l’engage à ne rien négliger des si petites choses qui puissent concourir à l’augmenter davantage.
—“Je remarque, dit-il un jour à Guignard, que tu négliges un peu trop les exécutions, et cela malheureusement dans mes Causes personnelles. On dirait qu’il y à parti pris chez toi de traîner en longueur dans tout ce qui me concerne. Il
di wap |
LÀ
4 imionwe à D 1
eu 1!
mr — ne suffit pas d'obtenir des jugements, de multiplier pour cela les débours ; il faut en venir à la solution pratique.
— C’est que, défenseur avant tout de la veuve et de l’orphelin, je ne vois ches toi ni veuve ni orphelins.
—Précisément, avec ton sentimentalisme éthéré, tu fais fi de mes intérêts, et ta conscience ne s'effarouche pas de me jobarder ainsi, Voilà qui est dans l’ordre, suivant toi, je suppose. Pour moi, ce qui est dû est dû et doit être payé.
—Avec le temps, sans doute ! Moi, c’est vrai, j'ai ce défaut-là que je tiens de ma jeunesse, que j'entretiens, hélas ! dans la vie pratique ; j'ai le défaut d'y mettre du temps, de ne pas presser les sements, Que n’y vois-tu toi-même ? ”’
À cette réplique, Guignard a failli
ire, 1
le montant du billet que le papa Larive n’a jamais vu non plus depuis que son fils a terminé ses études.
plus encore l’orgueil attaqué vont promptement la rupture éclatante.
D'autant mieux qu’il y a dans le cercle familial des Nervole un infuent praticien, chef de l’une des plus importantes études légales de la ville, qui n’aurait certes pas be ouvrir <a seu à à la recrue co de l’université, lequel trouve aujourd’hui son avantage à s’adjoindre le capitaliste, l’homme d’affaires.
Et ce sera tôt fait !
—"Mon cher Guignard, te voilà assez en vue au barreau ; je t’ai procuré l’avantage de t'initier à l'exercice de la profession, mais il me serait difficile autant que préjudiciable de retarder plus long-
ps avancement personnel. à a déjà longtemps qu’on me sollicite leurs, que j'hésite à te quitter. Enfin, puisque tu peux à cette heure te dé-
“Lens 69 TasTs?
LEE. RON Ph. Ou A 2 di A
re
brouiller tout seul, il vaut autant en finir, n'est-ce pas ? Je suis à peu près décidé d'ajouter mon nom à la société “‘Nervole, comme tu sais, les grands e chemins de fer, de banques et d'établisse”
— Pourquoi non ? Avec cela que je
. pas are dans la fable, ce fut à celui qui savait mieux crier que revinrent toutes les parts. Depuis l'immeuble où logeait l'étude, et qui lui appartenait maintenant, jusqu'aux pièces les plus infimes de
Guignard n’emporta guère que sa première expérience de la vie pratique !
me
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
EFFF
AU SERVICE DE SON PAYS La candidature
Qu'il est beau le zèle, qu’il est grand le dévouement qu’à telle période de la vie, - certains per ne peuvent plus refuser à leur pays !
Si grand aussi est l’honneur qui en résulte pour certaines âmes avides de notoriété et de distinctions, qu'on peut bien s’empresser d'offrir à la patrie, serait-ce même parfois sous le drapeau .
d’un simple parti politique, ses idées, sa parole, son geste, les ressources de son intelligence, quand on ne va pas jusqu’à lui sacrifier encore les scrupules de sa conscience avec le patrimoine de sa famille.
C’est la troisième passion qui parle au cœur de l’homme du monde : la passion des honneurs, l’âpre désir, après l’acquisi-
tion de la richesse, ou du nécessaire seule-
ent, de s'établir sur quelque Pavois, d’auréoler son nom du suffrage populaire, Car l’on dirait que l’un des premiers besoins qu’accuse l’homme dans son orgueil, c’est de savoir ce que l’on dira, ce que l’on pensera de lui.
Or, “pour gagner les hommes, disait Molière, il n’est pas de meilleure voie que
er des hommes, pour en être le choix, l’élu, quel labeur donc ! :
Se jeter de plein gré dans le creuset de l'électorat où se trempent les Caractères.
mais où se désagrègent aussi les réputations, quel risque !
Partant, lorsque le temps est venu de répondre à l'invite des honneurs, qu’il est beau le zèle, qu’il est grand le dévouement offert par un chacun au service de son pays !
De toutes ies professions libérales, celle des avocats est la plus généreuse et la plus patriotique en ce sens. On dira peut-être que, pour elle, le service du pays sous les étendards des partis politiques se termine souvent dans des Invalides si honorables et si enviables qu’on ne saurait trop oser, ni trop attendre pour y arriver.
Et pui? — Après tout, quand cela serait — On n’est pas avocat pour toujours rester en bas du banc. Si un basochien a le bon sens de savoir attendre son heure, de se tenir à bonne portée des mouvements favorables et de se mêler opportunément à la cohue qui s’agite, parfois une légère poussée d'ensemble, — que disons-nous là ?—moins que cela, une simple rebuffade à la porte d’un ministère, peut soulever son homme et le caser au-
de ses concitoyens pour le reste de ses jours.
“IT faut plus d’un jour pour faire le tour d’un homme”, —dit aussi le proverbe russe.
re
Eugène Guignard, évidemment, n’avait pas su ou pas voulu gagner son homme, suivant la méthode de Molière: ou
ien il n’avait pas encore eu le temps d’en faire le tour. Pendant qu’il s’en ira tenter assez péniblement de réparer l’effet de son dérangement prof ssionnei, de
nières, les idiots reporters, capables encore de publier son portrait.
Gui
clientèle de son ureau, La pénible expérience qu’il avait faite de l’association le retint dans la réserve, et il ne voulut
—————————— es
parlementaire devait aussi progresser dans son esprit, et l’entraîner peu à peu sur le champ clos de la politique.
Nous savons que ses études l'avaient bien préparé à la vie publique. Avec des notions suffisantes de littérature pour lui permettre d’agrémenter son discours et son style ; d'histoire uriverselle, pour le guider dans l’étude des causes qui font le progrès et la décadence des natiohs : d’histtre canadienne, pour le mettre bien u fait de nos droits et de nos besoins ; de philosophie enfin, pour l'empêcher de ne douter de rien, il était, certes, en moyens intellectuels de devenir un homme supérieur.
Ce qu’il lui manquait, peut-être, c'était cet autre appoint également nécessaire au succès de l’homme même supérieur :
l’assurance, la conscience de son propre mérite, l'énergie de sa mise en valeur, et disons donc le mot, l’audace que la fortune aime tant à favoriser, ne serait-ce qu'en marge du mérite et de la valeur.
Quand Danton s’écriait : ‘de l'audace, encore de l’audace et toujours de l’audace”’, il exposait, le monstre, la formule tragique de son horrible arrivisme, à Jui ; mais il issait aussi l’un des secrets
quelquefois perchés à des hauteurs qu’on Pourrait croire atteintes par de vigoureux Coups d'ailes. Mais c’est le vent qui a tout fait ! Au plus fort de la bienfaisante bourrasque, assez Souvent ces volatilles- À n’ont eu d’autres efforts à faire que de tendre les ailes, piailler du bec et... .digé-
94 L’'ARRIVISTE ee ne rer. Ne nous parlez pas de ces gens qui font toujours vent devant. Il leur faut alors louvoyer sans cesse pour arriver, ou bien, ça n'arrive pas. Si nous voulons arriver, si nous - >ulons monter, soyons donc pratiques, audacieux et peu dégoûtés, comme les goélands tantôt puant la charogne au ras des grèves, tantôt reluisant au soleil, comme de petits aigles sur des sommets !
C’est dans le journalisme que Guignard voulut faire ses premiers essais de vie publique et ses premières armes. Les articles qu’il risqua tout d’abord sous un nom de plume, eurent beaucoup de retentissement, comme l’on dit dans le mo 1de aux aguets du journalisme : ils firent
très-grande sensation.
D'autant plus que l’impersonnalité de l’auteur prétait encore à la curiosité.
On en parla davantage quand, un soir, un reporter, probablement l’‘“Idiot’ qui avait publié le portrait de Larive, fit lire à sa clientèle l’entrefilet suivant :