‹ L'arriviste [microforme]Chapitre 26 sur 42 · DÉNÉGATION · texte numérisé non relu

DÉNÉGATION

“ Monsieur l'avocat Félix Larive, de ‘“ cette ville, nous informe que bon nom-

“politiques très en Vue, sont allés le “féliciter, en voulant lui attribuer les “articles sensationnels qu’un de nos.

“€ confrères publie depuis quelques jours . grande question politique que.

“l’on sait.

“Il nous prie de déclarer qu’il n’est pas “ l’auteur de ces superbes articles, bien : qu’il les approuve et en écrirait depuis ; :

“ Jui, il Signeral son nom, nous dit-il.

“ Cependant, il croît reconnaître, par son “style, l’auteur qui serait étranger à € : ,?

cette ville.

C’est tout ce que la personnalité du style, tant recommandée par son professeur de rhétorique, avait jusqu’à pré.

sent procuré d'avantage à Guignard. Larive s’en est encore emparé, pour écarter les applaudissements de leur destination

a et en retenir ce qu’il pourrait. Car elle n'est pas là sans ruse, sa petite dénégation de quelques lignes, cet entrefilet de rien du tout, que tout le monde lira sans y trouver malice. Et quand on apprendra que tant de gens intelligents sont allés, comme ça spontanément, telle l'aiguille aimantée tendant vers le pôle magnétique, d’un commun mouvement le tenir pour l’auteur de cette prose à prime, on'se dira quelque part :—Il faut tout de même que ce soit un rude lapin que ce Larive ! |

Rendons-lui cette justice, il ne dissimulait pas son assentiment, son admiration pour ces articles qui furent peu après reproduits en brochure anonyme. Tenant À en conserver au moins le souvenir, il prit soin d’en adresser lui-même au conservateur d’une bibliothèque de la ville, un exemplaire annoté de sa main :

“don de l’auteur”. |

Tout le monde comprendra qu’il voulait dire : l’auteur Guignard.

chasse, où trois générations de sa famille

politique Presque tumultueuse sur la place publique de S. Raphael, où l’on discutait le choix d’un Candidat pour une élection prochaine, Un brave industriel

prétention et de son droit, disait-il au professionnel de la ville qui battait éga-

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lement la campagne en proie à un semblable malaise, La discussion se faisait plutôt personnelle, et l’on sentait bien, aux raisonnements de ces deux antagonistes, que si “mourir pour la patrie est le sort le plus digne d'envie,” il en est aussi qui préféreraient vivre pour elle. Ce qu’ils veulent lui sacrifier, ce n’est pas tant le sang de leur cœur que l’irrépressible agilité de leur langue. Entendonsnous.—Nôus voulons dire leur verbosité patriotique et intéressée dans les comices

les oreilles de ceux-là, du moins d’un bon nombre d’entre eux, qui s’exercent au service du pays.

En attendant, l’un de ces prétendants revendique son droit à la candidature parce qu’il est “l'enfant du comté’; parce que son tour, qu’on lui a promis, il n’y a pas longtemps, est venu ; l’autre, parce qu’il peut être plus utile qu’un illettré; parce que sa profession, ses connaissances, ses relations urbaines lui donnent plus d’emprise sur les personnages en

LA CAND:DATURE 99

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autorité, les dispensateurs des aides gou-

. Vernementales qui font si souvent l’avenir des comtés.

De part et d'autre les avis se divisent

un chacun, au lieu de suivre l'intérêt

ités ; préfére 1ces déjà basées

Pour plusieurs sur les espérances de favo-

ritisme et de promotion. Lorsque tout à

Coup, un cri s'élève d’un groupe de jeunes gens :—

—“Mais parlez-done, vous, monsieur ’

Il n’en fallait pas davantage pour faire diversion à l’étalage des mérites des deux Premiers poseurs à la candidature.

—“QOui, oui. parlez, monsieur Gui- &nard ! Vous êtes l'enfant du comté aussi, vous ! Puis c’est Un avocat de la

qui sont venus là Pour s’amuscr de l’imprévu, n’a pas le temps de se recueillir

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