L’'ÉLECTION
a candidature à son chiffre, nous pourrions répondre que c'était à une époque et sous un régime, où le choix des députés se faisait moins Pratiquement au scrutin que dans les officines ministérielles, les Conventions plus ou moins truquées et les journaux. Quand une élection ne semblait pas pouvoir subir avec succès ces trois épreuves de laboratoire, dirons-nous, il eut été bien inutile et bien imprudent d’y compromettre le prestige d’un cabinet sous le trompe-l’œil du vote populaire.
que l’on avait bien Compris. Le comté de Bellechasse se montrait de plus en plus hostile et réfractaire aux candidatures purement conservatrices. Le de "nier député aux Communes, nous le Savons, Y avait été élu sans conteste pour aller siéger du côté de l'opposition. Depuis lors, les choses loin de s'améliorer en faveur du ministère s'étaient singulièrement aggravées, aux yeux des uns et aux oreilles des autres, suivant qu’ils prissent leurs informations dans les colonnes des
choses de so programme et de ses ten.
dances politiques, ne laisseront que moins forte impressioo sur l'esprit populaire auquel il faudra bientôt soumettre un appel général.
La première de ces ‘assemblées contradictoires”, comme l’on dit dans l'étrange langage des faiseurs d'élections, eut lieu un dimanche, dans la belle paroisse de S. Michel, chère aux touristes.
Presse ministérielle, obéissant au mot d'ordre du désintéressement apparent, se contenta de contredi dans ses comptes-rendus les journaux libéraux, c’ ire ceux qui avaient été généreusement subventionnés pour chanter
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la &loire et la valeur du héros de la convention. Néanmoins, l’on devait tout s'intéresser à cette lutte
“re les deux associés, les deux amis de jadis, dont les moyens d’action sur l'esprit du Peuple, quoique si divers, rendaient de part et d'autre le succès bre aléatoire
Mais avant de nous occuper des comp- -rendus de c tte Campagne, comme Pour nous édifier sur leur re =
général, rappelons ce que Monsieur in, le pamphlétaire français, disait
mettre en regard les vergences d’appréciation sur les hommes, selon qu'on les observe par l’un ou l’autre bout de la lunette du partisan.
“Nous nous connaissons beaucoup, le ‘compte-rendu et moi ; je l'ai créé lya ‘ quelque Quarante ans, et puis, quand
‘il a eu suffisamment provigné, je l'ai “laissé là. Il a grandi, il s’est installé, ‘il a pris ses coudées dans le monde ‘politique ; il court maintenant la ville “et la province, en manière d’oracle.
‘Si l’orateur est le maître du jour, le ‘compte-rendu est le maître du lende- ‘main. Si l’orateur est ce qu’il veui ‘au-dedans de sa petite église parlemen- ‘taire, il n’est au-dehors que ce que le ‘‘ compte-rendu veut bien qu'il soit.
“ Le jugement des morts ne se fait pas ‘attendre pour l’orateur, A peine est-il ‘enfermé dans sa bière de papier, que ‘* deux journalistes s’approchent du corps.
“Ils se tiennent tous deux à ses côtés ‘comme son bon et son mauvais ange.
“Ils lui récitent leurs patenôtres en ‘“faux-bourdon, et ils l’aspergent, en ‘ guise d’eau bénite, l’un d’un panégy- ‘rique, l’autre d’une satire.”
Au lendemain de l'assemblée de S.
Michel, on lisait donc dans l'organe du parti :
ER 0e TS Sep. |
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“ Le premier coup de canon de la cam- ‘” pagne électorale du comté de
des deux ‘ dats. L'assemblée avait été convoquée “par le candidat recnnou du parti, “ M. Félix Larive, qui eut la gracieuseté “d'y inviter son adversaire. Celui-ci ‘“ doit amèrement regretter aujourd’hui ‘* l'audace ou la naïveté qui lui fit ‘{ ter cette invitation, au lieu de la consi- “ dérer comme simple courtoisie de son “noble et généreux concurrent. Les “ quatre cinquièmes au moins de l’assem- “’blée lui étaient hostiles. On l’a bien
“de M. Larive, rempli de chiffres et de ‘' renseignements sur la triste administra- “tion de nos finances fédérales, ce qui “ dénote chez lui l’homme d’affaires
‘‘ eapable de voir au bien de l’état comme
nn 5 ‘il a su voir à sa prospérité personnelle, — ‘ l’autre, le petit avocat sans causes, est
“venu nous parler de phase sérieuse de
“notre existence nationale, de langue, ‘de droits organiques menacés, patati ‘patata, de cent calembredaines de la ‘même force, tirées de son imagination “ fébrile ou de la lune. Maintenant qu’il ‘s’est montré, qu’il a fait savoir à tous “ces gens-là qu’il est avocat et aimerait “bien à raccoler quelques clients dans la ‘campagne, nous lui conseillons, en atten- ‘ dant les causes, de retirer avant le scru- ‘tin le dépôt de deux cents piastres qu’il “va perdre et pourrait certainement “placer à mrilleur emploi. Avant de ‘rentrer sous terre, qu’il n'oublie pas “ de faire connaître au public ceux qui ‘“ l'ont soudoyé pour empêcher le candi- “ dat libéral d’être élu par acclamation.
“ Des conservateurs que nous avons vus ‘sont eux-mêmes indignés de cette ma- ‘nœuvre et voteront pour M. Larive.
“Inutile d’ajouter que l’élection de M.
“ Larive est assurée, malgré les quelques
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a ——” ‘rires jaunes d’une clique que la piteuse “contenaace de leur homme à principes «ce 4 sans espoir = Par contre, dans le journal qui n’est pas vendu on lit :
“Pour un fiasco, il faut dire que l’assem- ‘“ blée convoquée par le candidat Larive à “8. Michel, hier, a été un monumental . + On n’y comptait à peine qu’une “ couple de cents électeurs, à part un “bon nombre de promeneurs qui se ré- ‘“ pandirent dans la place à l’arrivée du ‘ bateau, Venant, comme ils font tous les ‘ dimanches, jouir de quelques heures de ‘“ repos à la Campagne. Cette fois, grand “a été leur amusement d'assister en
rusé à ses dépens. Son adversaire, ‘* qui est un homme sérieux, a eu les hon-
116 L’ARRIVISTE —————— “neurs de la journée. Les vrais élec- ‘teurs du comté qui l'avaient spontané- ‘ment choisi, il y a quelque temps, l'ont ‘ religieusement écouté et vivement ap- ‘‘plaudi. Cela fait bien voir quelle super- “ cherie a été jouée dans la convention qui “l'a mis de côté pour laisser apparaître, ‘comme un “jack in the box”, ce candi- “dat Larive, qu’on n’élira pas.
“Il est heureux pour M. Guignard “ qu’il ait pris la parole le premier. L’as- ‘“ semblée n’en était pas encore à la gaiété ‘“ folle qui devait s'emparer d’elle en en- ‘tendant son adversaire, et il a pu loger “ dans l'esprit des électeurs de bonnes “vérités, des considérations très - justes ‘sur les événements actuels et faire com- ‘“ prendre à tous qu’il faut plus que ja- ‘mais choisir des hommes sérieux, de ‘principes et de grande intelligence com- ‘me lui, pour représ nter dignement les ‘ Caradiens-français au parlement cen- ‘€ tral du pays.
“C’est à la suite de ce vrai discours de ‘patriote et d’homme d'état, que le pitre