‹ L'arriviste [microforme]Chapitre 34 sur 42 · CET E · texte numérisé non relu

CET E

BP —

ee " Crise ministérielle à Ottawa Les trois U . LU 2 f: 18 lé . D nent!” annoncent les journaux !

Suivent à pleines colonnes de longs commentaires hostiles ou palliateurs, des rumeurs, des suppositions, des possi-

Chaque journaliste, comme l'enfant qui ifie un château de cartes, forma un cabinet aussi facile À renverser et dont il ne s’occupera pas davantage une fois que la const ‘uction officielle sera debout.

t-on jamais quelles secrètes espé-

rances ont pu hanter des cerveaux de Patriotes dont l’indignation antiministérielle aurait même publiquement éclaté!

Disons à sa justification que le député

—— sur la droiture de ses intentions. Monsieur le député de Bellechasse retiendra toute sa valeur dans un juste milieu et sa sagesse bien au-dessus des emportements patriotiques. Il ne redoute qu’un juge dont il se fait une aide ! la presse !

‘Quel horrible despotisme que celui “ des folliculaires ! celui des Barons et “des Rois fut-il jamais à comparer ?

“Ont-ils jamais eu cette horrible puis- ‘sance de dénigrement et de calomnie ‘continuelle? La presse vous rend fous ‘et féroces d’abord, pour vous rendre ‘ensuite esclaves et misérables. ”’ Monsieur Lanive s’est d’abord asuré une bonne presse, qu’il saurait subventioaner au besoin, et qui fera connaître au public comment ce jeune homme sage, à l'esprit bien pondérs, a su ne pas s’emballer avec les patriotards et attendre le développement des événements avant de prendre un parti. Il faut se méfier, n’est-ce pas, de la démagogie, des mauvaises passions populaires s’attaquant aux gens qui distribuent des portefeuilles de ministres.

COMMENT S’ASSOMBRIT L'ATMOSPHÈKE 171

Ne vaut-il pas mieux savoir attendre ?

Car assez souvent lorsque tout est perdu irrémédiablement pour Ia nation, les lâcheurs restent en haut crédit. Aussi, Quand un arriviste a trouvé sa bonne presse, il peut attendre les événements, 8y dérober ou les provoquer suivant les besoins qui tendent à ses fins personnelles, et lire avec apaisement et satisfaction tous les soirs que lui seul a raison dans ’ i a des gens

Y en & tant d’autres qui sont prêts à tout approuver.

Voilà pourquoi, tout étant à point, à l'invite du premier ministre, sans hésiter, le député de Bellechasse consent à devenir l'honorable Félix Larive, ministre de la marine !

L'accession du député Félix Larive au ministère tory d'Ottawa fut diversement jugée par la population du Canada. Chez les Canadiens français, ce fut un s’andale qui devait tarer à la fois le personnage, sa famille et son parti, si nous voulons parler des adversaires politiques qui lui feront la lutte demain devant l'électorat.

parti sans-quand-même, 1l y avait plutôt tendance à le représenter comme une victime, l’objet d’un mal nécessaire ; le héros qui se dévoue pour conjurer un plus grand malheur, comme on inocule un virus pour prévenir une infection.

Et voilà son parti formé. Il aura autour de lui, pour lui, dévoués à son ser-

vice, tous les suiveurs d’arrivi , A8pi-

mm

rants aux places, même des gens en places qui n’ont pu se défaire ou n’ont pas voulu se départir des moyens et de la mentalité si longt:mps exploités pour y arriver.

quand-même, en certaines circonstances.

Le ministre Larive sera donc en butte au blâme acerbe des uns, mais en même temps il sera l’objet des acclamations des autres, et Pour peu qu'il s’abuse sur la signification de ces dernières, il viendra effrontément devant le peuple présenter comme une question d’état son triste cas d’arrivisme. C’est au beau comté de Bellechasse qu’il incombera de prononcer, au nom du peuple, sur la plausibilité de politique, sur la responsabilité du nouveau ministre devant l'électorat. Sans doute les gens avertis, les esprits éclairés sauront s’y reconnaître et dégager de la question nationale ce qui tient évidemment à un intérêt trop personnel. Mais combien d’autres, formant parti: du

174 : L’ARRIVISTE N —————————— corps électoral, malheureusement, n’; verront rien que ce que les faiseurs d’élec tions voudront leur représenter.

Ces faiseurs d'élections, adorateurs du veau d’or ou sicaires à la médisance empoisonnée, quelle part indue et scan.

n'auront-ils pas eue dans nos destinées politiques ?

La date de l'élection nécessité par la promotion du député Larive au conseil des mmistres, fut intentionnellement retardée le plus possible. Il y avait un si grand travail à faire dans le comté de

»Pour empêcher le parti de se

sous la vourrasque qui passait alors de la ville à la campagne, des journaux aux conciliabules tenus le dimanche à la porte des églises. Affronter dans ces conditions le sentiment populaire justement indigné n’était pas ua petit labeur. Il fallait pour ainsi dire y aller de longue main, ouvrir des tranchées autour du comté, à quoi devaient s’employer quelques journalistes acquis et les Cabales des partisans-quand-même.

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Or il y a deux sortes de partisansq e : Ceux qui s’attachent toute leur vie à la théorie, au parti, à la couleur politique, et ceux qui en tiennent pour la personne des hommes publics eux-

En d’autres termes, il y a les esclaves de la glèbe et les valets de chambre.

Partant, les premiers nous feront du même homme un héros national ou un chenapan, sejon qu’il favorisera leur préférence personnelle dans les mérites des partis. On les verra donc successivement porter un chef aux nues ou le vouer aux gémonies,s’il s’avise de ne pas toujours penser et agir comme eux. Ceux-là sont bien les gens du parti. Le candidat qu’on leur présente est toujours l’homme supéieur s’il porte leur drapeau. Ne leur

à parlez plus de sa valeur s’il le déserte.

Esclaves de la glèbe !

L'autre partisan-quand-même n’a qu’un principe : suivre la fortune et les principes de ses chefs, quelle qu’en soit l’évolution. Il n’a qu’une conviction ; C’est

176 L’ARRIVISTE ; EE —————— — que ses chefs, comme Sa Majesté britannique, ne sauraient avoir tort.

Et n’allons pas dire que ces traits sont fantaisistes ! Hélas ! il y a tant de gens qui connaissent bien le partisan-quandmême. En premier lieu, il faut compter les arrivistes eux-mêmes qui savent tirer profit de cette espèce de servage. Quelles que soient, du jour au lendemain, les opinions d’un homme politique, il est à peu près certain d’être approuvé par tous ces suiveurs qui l’epprouvaient hier, lors même que, durant la journée, il trouverait à propos, disons avantageux pour lui seul, d'évoluer du tout au tout et de brûler, publiquement ce qu’il adorait hier.

Toujours veinard, le ministre Larive grâce aux charmes de sa personne, au prestige de sa fortune, à l'influence ministérielle, trouvera à raccoler des aides dans ces deux groupes de partisans-quandmême. Quant aux. journaux hostiles et par trop virulents, il les laissera dire sans demander qu’on les réfute, car il sait que si les écrits restent, ce sont surtout les

billets promissoires, les contrats et les hypothèques, non pas les articles de journaux sur les mérites et démérites des hommes publics.

Pendant qu’à la ville l'organe libéral qui l’avait fait élire une première fois cherchera à démolir son œuvre, le journal à sa dévotion se contentera de pacifier les esprits, de représenter la gravité des événements, des jours sombres qu'il fallait vivre, et demander aux “libres et intelligents électeurs” de ne pas se laisser prendre aux ruses de l'opposition, de réserver leur jugement jusqu’à meilleur informé et surtout ne pas condamner le nouveau ministre sans l'avoir entendu.

Là-bas, dans presque toutes les paroisses du comté de Bellechasse, des émissaires secrets, ostensiblement affairés de maints négoces, iront semer, en passant, la bonne parole riche de promesses qui fera lever le scrutin, ou jetteront le doute et l’apaieement sur l'opinion trop houleuse de l'électorat. :

Ils useront pour cela de mille moyen

C'est ainsi, par exemple, que dans 1 paroisses riveraines du comté, où se tro:

vent un bon nombre de caboteurs, « navigateurs, de gens qui vivent du gran fleuve, on ne manquera pas de mettre € évidence et en valeur l'influence, 1 atouts, la reconnaissance possible, o probable ou acquise du nouveau minist:

de la marine, ainsi que les chances d’en ploi enviable au service de la marine d l’état.

Dans d’autres parties du comté, 1 cabale se fera plus insidieuse ; elle ira d porte en porte, à la sourdine et se diss mulant, apprendre aux privilégiés, au

‘gens assez importants pour qu’on leu donne des renseignements secrets, que £ monsieur le ministre risqué son aveni bravé l'opinion, plus que cela, s’est sacrifi aux outrages des siens qui ne comprennen pas la véritable situation, c’est par dévoue ment à sa race et sa religion. . Car il 1 sait bien, lui; si ce n’est pas la langue, c sera la liberté religieuse qu’il faudr:

me

défendre. Dans la tempête, n’a-t-on jamais vu jeter par-dessus bord des choses

ieuses pour en sauver d’autres plus essentielles, pour sauver son existence même ! N’est-il pas nécessaire alors que cet homme de caractère, indépendant des partis politiques, soit là à la gouverne de l’état, pour veiller au grain ?

Ailleurs, la cabale se fera plus terre-àterre. On amorcera l'électorat par localité, au moyen d’un bureau de poste ici, d’un quai là en eau profonde, d’un tracé de chemin de fer dans des terres incultes.

Enfin, tous ces préliminaires une fois assurés, les brefs pour l'élection du nouveau ministre furent émis.

Eugène Guignard avait retenu de sa première lutte électorale, avec quelques dettes, une précieuse expérience des hommes et des choses de la politique autour d’un scrutin. Sans récriminer, il avait

accepté sa défaite et fièrement résisté aux sollicitations de tous ceux qui avaient voulu lui faire instituer ensuite un procès d'élection. Il s'était tout simplement en

réapparaît dans l'actualité ; les journa l’affichent partout. Pour faire pièce tous les moyens électoraux du -ministè et de son nouveau ministre, pour souter et dignement représenter le sentime:

part des électeurs du comté, de la par des chefs du parti, lui offrir, lui impose la corvée de Émnsrt à la fois pau du comté, le drapeau du parti et française. Gén t, il l’acceptera cette rude corvée, le cœur encore rus.s”i de son mécompte de l’an dernier, queiqu’i lui répugne, à lui l'homme d'étude e de la vie paisible, de se faire encore le brium vulgi. C’est la voix du patrio-

tisme dont l’appel lui semble cette fois plus impérieuse que jamais, qui va l’emporter et faire taire toutes ses répugnan-

ces.

Comment résister aux entraînements qu’il trouve de tous côtés : dans cette clientèle d’un jour qui encombre son

‘bureau, non pas avec des grimoires

d’hommes de lois, mais des lettres d’hommes politiques ; dans ces regards inquiets, intéressés ou admirateurs qu'il rencontre par les rues de la ville ; dans ces éloges D étale tous les soirs sous ses yeux Et pourquoi y résisterait-il ? ; Aussi, la candidature d’Eugène Guignard, passant au héros national, fut-elle t annoncée en même temps qu’une grande assemblée des électeurs à laquelle le piteux ministre fut invité à prendre part. Nous ne serons pas surpris d’appreadre que monsieur le ministre jugera plus habile de s’y dérober, comme il se dérobera du reste à toute rencontre,

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PS eme toute comparaison trop rapprochée ave son adversaire. D'ailleurs, nous savor quels sont ses moyens ; il n’attend pa le succès de la discussion publique qu fait crier les gens mais non pas toujour voter l'électeur.

Oui, toutes les assemblées publique seront des triomphes pour l’homme d Cœur qui allait, dans ces comices, repré senter les droits de sa race sérieusement menacés, et consoler ses Compatriotes des

neroné partout la gloire du héros national. Onrépétera ce qu’il a dit : on dira ce qu'il a fait, en regard des agissements du capitulard, qui n’a pu se faire entendre

à tel endroit, qui s’est fait huer à tel autre.

Mais deux espèces d'hommes publics peuvent compter avec plus ou moins de certitude sur le suffrage populaire : les hommes à réputation toute faite, dont

l'opinion publique s’est emparée pour

ainsi dire sans discussion, consacrée ensuite par le succès répété ; les autres, simples mécaniciens de la machine électorale dont ils règlent et dirigent à leur gré le fonctionnement, la force et le rendement.

Or toute la science politique de Félix Larive, nous l’avons dit et le répétons ici, était concentrée autour du scrutin. Dans cette lutte, pendant que les journaux canadiens français, pour la plupart, feront contre lui une campagne des plus virulentes, pendant que les tribuns de l’opposition ameuteront contre lui les électeurs publiquement assemblés, l’empêcheront de parler à la foule, il laissera écrire et laissera dire, en veillant surtout à la

machine électorale qu’il est si facile de raccorder à la centrale dynamique du gouvernement.

Encore une fois, la théorie du gouvernement soi-disant populaire, elle peut être belle sur son papier, mais à quelles détestables menées ne prête-t-elle pas dans son application ? Le choix du mandataire au parlement de l’état, par exemple, ne devient-il pas trop souvent cette vilaine chose qui ressemble à une foire, où, d’après “le tarif des convictions”, peuvent s’acheter l’action, l’abstention, la foi aux principes, l'amour du pays, quand ce n’est pas, hélas ! plus crûment le reniement des siens ?

Guignard avait pourtant assez étudié notre système et nos mœurs politiques pour conserver des craintes dans l’enthousiasme de ses triomphes, dans les ovations dont il était l’objet au milieu des électeurs. Pardonnons-lui cependant d’avoir semblé parfois les laisser étouffer, ces craintes et ces doutes personnels, par les applau-

dissements, les encouragements, les assurances dont il est si difficile, en pareille occurrence, de se défendre : car il ne sera pas lent à se remettre, à tout comprendre, à tout reconnaître quand, au milieu de ses partisans effarés, il apprendra sa deuxième défaite. Il admettra alors que ses SOUPÇONs l'avaient bien servi, et sans toutefois céder à la misanthropie, il s’en ira dans sa solitude discrètement offrir à Dieu “l'angoisse de ses chagrins au cœur et l’amertume de sa vie.”

Monsieur le ministre Félix Larive l’emporta dans cette nouvelle élection par une centaine de voix de majorité.

Après tout, c’est un fier homme qne ce Larive !

“Il faut siffler”, dit Louis Veuillo ‘c’est le rcmède. Le sifflet est le courar “ d’air purqui déchire ces nuages dont | “trissotimisme obscurcit perpétuel ‘ment l'intelligence et souvent jusqu’ “la conscience du public. Frappez su ‘ l'outre bien gonflée, elle résiste ; ] ‘‘ marteau ne produit pas même un vai “bruit ; percez-la d’une épingle, et fut ‘elle grosse à cacher les montagnes, c ‘un rien de temps ce sera fait. On di ‘à présent que le ridicule en France n ‘tue pas. Cela dépend de la manièr ‘de s’en servir, et des choses que l'or ‘veut tuer. Cette arme légère ne s ‘‘ laisse pas manier à toute main et à tou L propos. L’épingle s'émousse contre le granit ; mais pour l’outre elle la dégon.

ne

“Le mot qu’il faut dire à Trissotia ‘vainqueur, Vadius, qui s’y conoaît, l’a ‘ prononcé.

‘“ Allez, cuistre | ”

Le ministre Larive n’est-il pas, après tout, que cette outre? Les coups les plus rudes qu’on a voulu et dû lui porter ontils eu d’autre effet que de l’agiter, le déformer un peu sans rien lui faire perdre définitivement de sa rotondité, de son ampleur, de sa capacité? A quoi bon les coups de force? Allez donc, maintenant, les épingles !

La nouvelle élection de monsieur le miaistre, l'approbation implicite de ses ac: 8

’arrivisme par la grande voix du peuple, devaient avoir une importance insoupçonnée par ceux-là mêmes qui les avaient rendues possibles. C’est que l’arme du scrutin avait été faussée dans la main de l'électeur ou plutôt retournée contre lui, a0n pas à son insu mais sans qu’il voulût seulement le reconnaître. Et voilà qui rend en effet si difficile aux vrais chefs politiques, dans notre système gouverne-

mental, la tâche patriotique de sauver droits en péril d’un peuple aussi loin crier au secours |! .

Ce qu'affirmait le résultat de ce élection, ce n’était pas tant la nécess ni l’opportunité de supprimer l’usage de

e française au parlement cent du Canada, que la conviction, dans l’esp:

de nos adversaires, de pouvoir faire ratifi toute sorte de mesure hostile et injus par le vote d’une race ignorante et inf rieure |

Or, combien d’électeurs du cumté « Bellechasse, combien de ministériels dai la ville, de doctrinaires du pouvoir dar la presse, qui clamaient le triomphe d ministre Larive, se rendaient compte d cette trahison nationale !

Peu importe encore aux francophobe que ce mouvement politique paraiss prématuré même au milieu d'eux; c qui les rassure et les encourage, c’est qu l'ignorance ou la servilité des victime rendent cette spoliation possible !

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À ce point de vue, la victoire électorale du ministre Larive à Bellechasse fut une grande victoire. Elle fut claironnée par les cent bouches de la presse dans toutes les provinces anglaises du Canada, même au dehors, et l’outre gonflée n’attendait plus que le travail des épingles.

Eugène Guignard n’était pas un persifleur. Esprit pondéré, il aspirait plutôt au calme de l’étude et ne s'était produit en public que parce qu’il y avait été entraîné, comme malgré lui, par la force des circonstances, surtout par les sollicitations de ses amis Il était un de ces hommes qui résistent malaisément à l’evtraînement aux av-ntures de la vie publique, tout en regrettant dans leur for intérieur la faiblesse personnelle qui les sacrifie à la volonté d'autrui. Aussi, trouvait-il dans sa deuxième défaite un moment de relâche siicèrement désiré, qui lui permit de se ressaisir dans ses goûts et ses occupations préférés. C'onscient d’avoir fait tout son devoir durant cette crise menaçante pour l'avenir de

190 L’'ARRIVISTE resta mnt sm

Sa race, il ne se reproche rien, sans envie personne

… Cependant, au cours de cette nouvell lutte, il a accusé une gi grande valeu réelle qu’il ne lui sera guère possible main tenant de se soustraire à l'attention d public, et de ne pas rester en quelqu sorte la protestation personnifiée contr la gabegie ministérielle.

Pendant que le ministre canadien fran çais de la province de Québec s’en ir:

prendre sa place tant convoitée au cabi net de l’état, sans jamais songer à y don:

ner de coups de pied à aucun de ses collè.

gues par dessous la table du conseil, les vrais représentants de la race chercheront encore à circonvenir son adversaire Gui- &nard, pour lui faire mettre en valeur, mieux encore que dans une tourmente électorale, les exceptionnelles aptitudes qu'offraient à la défense de nos droits, son éloquence, son savoir et son style.

Car l’on avait réellement plus d’une fois admiré ses discours enflammés du plus pur patriotisme, sa science historique et

légale, bien que son généreux effort n’eût su détruire tous ces travaux de circnvallation, tranchées et barricades, que l’autre avait pu, à l’aide des moyens connus, établir autour du scrutin, ce que l’on représente sous le mot bin américain “l’organisation.”

Le cabinet reformé allait-il sérieusement donner suite à son projet, soumettre aux Chambres une mesure ministérielle qui ne cessait pas tout de même defaire scandale? Il était encore permis d’eo douter : La presse G’Angleterre fournissait à l’opposition canadienne, à ce propos, des motifs d'encouragement. L'opinion pressentie des politiques impériaux

n’y paraissait pas unanime, et cela avait

t le bon effet de donner à réfléchir à nos archontes du sénat, qui trouveraient une des rares occasions de prouver leur utilité.

en présence des emballements trop popu-laires. Et le bloc francophobe fut-il maître du ministère et de la Chambre des communes, aurait encore à qui parler,

192 L’ARRIVISTS mm au Canada comme dans la mère-patri en attendant le scrutin général,

Mais quant à l’outre, qui allait prend:

la place de l'élément français au gouve:

nement, quant à la vessie que des malin montreraient de loin comme une lantern éclairant ia vraie #ituation canadienn française, ne fallait-il pas, sans plus d

» Songer à la dégonfier ?

Ce labeur appartenait à la presse,

L'organe du parti libéral à Québe s'était bien évertué, durant la deuxièm Campagne électorale du ministre Larive à détruire ce qu’il avait si laborieusemen:

édifié en son honneur, dans l'esprit du peuple, durant la première. Mais il y avait assez mal réussi. On songea donc

à lui venir en aide, non pas en congédiant celui qu’on avait forcé de se compromettre aux petits services de l’arriviste, comme la chose aurait bien pu se faire, mais en le priant pour le moment de rester dans l’antichambre.

Ah ! la domesticité du journaliste au lever de nos grands hommes d'état,

MINISTRE ET , OURNALIATE 193

elle est ingrate, injuste et humiliante

Eugène Guignard sera donc le directeur politique de l'organe du parti libéral.

C’est lui, qui durant la prochaine session, criera casse-cou à tous les représentants du peuple canadiea français qui marcheront à l’astrologue sans regarder où poser le pied.

C'est lui qui se fera le vengeur des incompris, comme des écorduits jugeant

Œà propos de rallier momentanément sa 2 cause, sinon son parti.

C’est lui qui subira le premier feu des

Dsctinelles et de tous Le tirailleurs à gages apostés autour de la forteresse À ninistériell

C'est lui encore, et toujours lui qui battra la marche à tous les autres arrivistes, empressés de profiter de la conjoncture

æ pour se porter sur ses brisées et le soutenir, quittes à passer par-dessus pour s’en 4 aller l'oublier dans le monde des honà neurs.

Autour de lui enfin vont tourbillonne momentanément et l’assourdir tous les frelons du parti.

Or, il y a deux espèces bien connues de frelons qui volettent et s’agitent, vaine:

ment intéressés, autour de la ruche à miel du journal :—les dangereux et les oiseux :

les dangereux, fournisseurs de renseignements et pourvoyeurs de libelles, collaborateurs volontaires autant qu’importuns, dont la piqûre venimeuse, sur le caractère des hommes publics, distille la diffamation et cause des apostèmes qui ne se résorbent trop souvent qu'aux frais et dépens de la caisse du journal ; les oiseux, qui se tiennent à l'affût de tous les secrets du bureau de rédaction, amis politiques ou amis du propriétaire de l’imprimerie, à ce titre s’arrogeant le droit de juger, gratuitement ou pour un sou, la valeur des articles, d’en attribuer le mérite à celui-ci ou celui-là, s’ils ne sont pas signés, quand on ne va pas jusqu’à manœuvrer de manière à passer, aux

yeux de certaines gens, pour en être soimême l’auteur.

Que de rédacteurs de journaux, hélas !

asservis à cette glèbe, ont connu de ces misères !

Au reste, il n’aura que deux écueils à éviter ; ne pas nuire à la fortune politique des chefs du parti et ne pas compromettre l'intérêt pécuniaire de l’imprimeur de son imprimerie. Car la grande erreur, peutêtre, de ceux qui veulent fonder ici des journaux, c’est d’établir en même temps toute une imprimerie. Cette entreprise industrielle, ce capital engagé et qui doit fructifier expliquent les trois quarts des évolutions et des drôleries d’inconstance qui se produisent dans notre presse politique.

Eugène Guignard est un homme à principes ; nous dirions même que ces idées sont plutôt fixes, ce qui n’est pas un mal pour les principes eux-mêmes, mais pourra devenir un inconvénient pour son bien tout personnel. Dans

cette campagne de presse dont on lt impose la direction, il aura moins à l’espri les succès du parti que la sauvegarde pur et simple de nos droits, de nos privilèges des principes !

Et faut-il le dire, ce sera peut-être ain:

qu’au jugement de certaines gens il para!

tra inférieur à sa tâche.

Vous ne défendez pas assez vos hommes lui dira-t-on. Vous les laissez abîme par les journaux adverses. Défende donc vos chefs. Vos articles sont trè bien, sans doute; logiques, documenté irréfutables, mais ils manquent de pétard qui attirent l’attention, font de la réclam au journal et dérident les gens.

Du pétard ! du pétard! monsieur Gui gnard, si vous voulez que le tirage de 1 feuille augmente, que le patronage abond et monsieur l’imprimeur s’enrichisse, o!

devienne sénateur.

Mais lui s’obstine à dénoncer unique ment l’élément nocif du projet de loi ot de la mesure ministérielle. Il sait que

‘ Les fous et les méchants sont moins à “craindre lorsqu'ils tuent des hommes ‘que lorsqu'ils font des lois. Quelques ‘ scélérats ne peuvent pas détruire ] ’espè- “ce humaine, et le sang finit par sub- ‘“ merger l’échafaud. Les lois subsistent ‘et détruisent les hommes.”

Elles détruisent aussi les. nations, et notre publiciste prend au grand sérieux le sort de la race française et catholique du Canada, confié à la responsabilité d’un Larive qui n’est qu’un arriviste et un bavard : ‘“Terribilis est in civitate sua homo linguosus” ! Il s’effraie de cette conjoncture et s’efforce de mobiliser toutes les énergies de ses compatriotes, au lieu de provoquer leurs anplaudissements par d’heureuses ripostes de polémiste.

Un jour pourtant il usa du pétard. Un article qu’il écrivit sous le titre : “Les Mmarsouins”, fit grande sensation. Il y dénonçait ceux-là qui s’ébattent dans les eaux troubles de la politique, remontent les grands courants, plongent ou émergent

à la surtace, au gré de leur voracité, et une fois gorgés, n’accusent pas plus de conscience, envers le menu fretin dont ils se sont repus, que le pourceau mer. - :

Un projet politico-industriel, ce qu’en Amérique on appelle un “scheme”, avait donné sujet à'cette verte critique. Et dans ce scheme se trouvait, entre autres, intéressé sinon déjà compromis, le ministre Larive.

L'article de l’avocat Guignard s’attaquait tout de suite à la base du projet qu’il sapait désastreusement, pour -bien faire voir au publie, dans l’écroulement, la fausse qualité de certaines pièces ou le scandaleux intérêt de certains artisans.

Faut-il croire que si cet article eut un aussi grand retentissement, c’est parce que les choses en étaient à point ? Cependant, il est bien certain que la valeur du polémiste s'était dès avant cela affirmée sans que l’on parut suffisamment la reconnaître. Mais cette fois, involon-

tairement, —il ne leût pas recherché, — il toucha la note juste dans le ton du sentiment populaire, ce que l'on comprit bien au succès inouï des mots piquants, des caricatures, de tous les siflets de la petite presse qui lui firent écho.

Le ministre Larive, qui eurait peut-être trouvé le moyen de faire bonne contenance sous le réquisitoire du journaliste, eut la faiblesse et commit l'erreur de se laisser impatienter par tous ces lardons, ces piqûres à l’épiderme, ces coups d’épin-

= croyant

réels considérables, sans compter, ce qui va de soi, les peines d'esprit.

que d’hommes d'état, que de juste assaillis à l’administration du pays, on aimé remettre leur sort entre les mains d leurs pairs et confier leur innocence au:

coquilles d’huîtres !

Monsieur le ministre ne pouvait pa manquer de rechercher encore ce prestige puisque aussi bien il se trouvait pris, :

tort ou à raison, dans les traquenards d la publicité et cherchait la manière la plu chevaleresque de s’en dégager. Mais nou l’avons dit, le grand dommage pour lu sa renommée, sa popularité, se trouvai non pas tant dans les coups de boutoi de Guignard que dans les coups de siffle

et la dépréciation par le ridicule.

Ses protestations et ses trémoussement ne faisaient qu'y prêter davantage.

Pendant quinse jours, les procès, parti civile et partie criminelle, occupèrent le tribunaux, la presse, tout notre mond politique. Et quand l’oracle du jur prononça, on apprit, avec satisfactio d’une part et de l’autre avec stupéfæ tion: que monsiour le ministre avai tor

MINISTRE BTJOURNALISTE 201

A — = puisque en matière civile la caisse du journal n’eut à payer aucuns dommagesintérêts ; mais qu'il avait aussi raison, puisque en matière crimivelle et pour la sauvegarde de la société, l’auteur de l’article fut condamné à quelques heures d’emprisonnement. *

En quoi l’on voit bien que si la justice est toujours aveugle, cela ne l’a pas empéchée de suivre la marche du progrès depuis Aristide et avant lui Salomon !

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