LE VERTIGE
Le ministre canadien-français Félix Le rive, quoique ‘monté sur le faite’, n’asp rait pas encore à descendre. Cette abn, gation n’entrait pas naturellement dar la composition de son caractère, nou savons cela, et rien jusqu’à présent ne h avait sérieusement fait songer que pou sa propre sauvegarde, pour son bien tou personnel, il dût mettre fin déjà à s marche ascensior.2lle. Mais le jour o il allait céder au vertige n’était plus éloi gné maintenant.
La plus grande faute que commet au jourd’hui notre arriviste, au point de vu de son arrivisme, s'entend bien, c’est au milieu des honneurs, de l’orgueil di commandement, des vanités de la haut.
société, de ne pas vouloir s’apercevoi qu’il a perdu quelque chose de son ascen dant, qu’il n’en impose plus—ne dison
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mms
Pas au respect, —mais à la badauderie même de la foule par ses prestigieux succès.
Quand, dans le public, un homme qui en à courtisé la faveur pour s'élever aux postes éminents, ne commande plus au respect, il est prudent pour lui de con-
‘sulter l'atmosphère, s’il n’est pas d’ores
et déjà à l’abri des intempéries et des
dent et narquois qui lui perce les oreilles, qu’il ne peut arrêter, au lieu de l’assagir, l’affolera de plus en plus.
Tenir bon, ne pas avoir le trac sous les sifflets est chose aussi difficile sur la scène politique que sur toute autre scène. En effet, Larive fut pris du trac. La forme sous laquelle se manifesta chez lui cette étrange maladie fut l’anglomanie. I] perdit peu à peu 1a tête sous les bordées de
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sifflets. Plus on le :onspua, plus le cap tulard national affecta de vivre à l’ar glaise. Résidant maintenant en perms nence à la capitale avec sa famille, fré quentant chez l’élite des politiques, poli tiqueurs et politiciens, n’allait-il pas jus qu’à rougir franchement des “libres e intelligents électeurs” de Bellechasse qu poussaient l’ingéauité jusqu’à s’en alle le relancer de leurs intérêts et de leur.
doléances au milieu de ce Capharnaum Avec cela que cette langue française don:
on lui faisait si grand état, il oubliera sou: vent, trop souvent de la parler, quand à la Chambre, par exemple, il aura à
Elevé au milieu d’une ville, il avait dès son j âge étudié la langue anglaise, qu'il
de s’en faire une tare. Sans vouloir critiquer sa vie privée, ajoutons seulement
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Larive se trahissent de plus en plus d vant la nombreuse clientèle de fon tionnaires, de bureaucrates, de brasseu
: Ah! de grâce, ne lui parles pas de postulants ! gens qui ne sont jamai contents de leur sort et qui aspirent san cesse À autre chose !
. Que ne fait-on comme Jui !
C'est sur ces entrefaites que s’ouvri la session au cours de laquelle monsieu:
le ministre du district de Québec sers appelé, parmi tous nos autres intérêts
ux et nationaux, à défendre le droit constitutionnel de notre langue au parle.
ment du pays.
. était prêt. = 5 = Pendant que la presse rançaise Canada faisait rage et protestait contre les: intentions annoncées du gouvernement, avec l’aide juste et généreuse d’un
ae ou qu à ls Chambre communes, pour ou contre ’usage de la langue française au
sion, et les procéduriers taires surent agrafer, au cours de plusieurs séances ts et sous-amende-
ments les uns aux autres, tantôt pour
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faire dire à la néfaste résolution un peu moins qu’elle ne disait, tantôt pour lui faire porter le coup fatal tout aussi bien quoique d’une autre manière, ou pour l’anesthésier totalement, afin qu’elle ne dise plus rien du tout.
Un soir, monsieur le ministre Larive prit la parole.
Comme il désirait, certes, être compris par toute la Chämbre, il s’excusa trèsdélicatement, auprès de ses compatriotes, de parler en anglais. Il en avait bien jugé, car, à ses premiers mots, nos adversaires les plus irréductibles l’applaudirent vivement. Ils le comprenaient très-bien.
Avec beaucoup d’habileté, de précautions oratoires, sans compter l’érudition et les peines de son secrétaire, il refit l’historique de toutes les luttes parlementaires et autres, que nos pères ont su mener à bien en nous conservant l’usage de notre belle langue dans nos églises, à nos foyers, dans nos écoles, devant nos tribunaux.
Quelle prérogative, monsieur l’Orateur!
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ne Et quand il eut fini, un anglais d'Ontario, —il s’en trouvait alors—un de ces hommes à l'esprit droit, comme nous pourrions en signaler encore de notre temps, imbus des vrais principes de la saine politique anglaise et non pas du:
politico-mercantilisme, se leva pour lui répondre. Il voulut bien faire remarquer qu’il us présentement d’autre chose que de l’usage de la langue française au tribunal, à l’école, au foyer, à l’église où. elle n’était pas encore attaquée, et il eut la générosité de conclure qu’il ne trouvait aucune raison politique, ethnique, économique, ou autre de proscrire la langue française que les compatriotes de Larive avaient le droit constitutionnel de parler, et ne songeaient nullement à trahir, comme lui, au parlement du C — Le premier ministre termina et résuma la discussion. Il félicita le jeune ministre français, qui avait appris à parler aussi parfaitement la langue de la mère-patrie, et le compliments encore davantage sur
sa largeur d’esprit et son courage, qui lui
ôter la parole. Les yeux se courroucent dans les rangs de l’opposition; on trépigne dans les galeries, et là-haut, ‘dans la tribune des journalistes, il y a cent crayons courant sur le papier, y jetant à la hâte des mots qui voleront sur les lignes télégraphiques pour apprendre au pays tout entier, non-seulement aux électeurs actuels mais aux générations futures, comment, aprèsa voir récompensé Judas, vous auriez encore trouvé bon de le cajoler.
Monsieur le premier ministre fit bien voir ensuite qu’il n’était pas tout à fait maître de ses mouvements. Nous avons déjà laissé entendre que cette politique aussi intempestive que injuste lui avait été imposée par une faction ignorante, mal inspirée contre nous et qui ne désarme pas. Leur grand tort, à lui et ses collègues, avait été de se laisser entraîner, par ce groupe turbulent, en dehors d’une
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vraie politique nationale, dans des compromissions et des promesses électorales qu'il cherchait à racheter quelque peu avant de demander une dissolution des Chambres. Mais il avait ec apté sans l'énergie des chefs canadiens français de
politique. Il ne savait pas encore, mais
tenir en échec la pusillanimité dangereuse du chef du gouvernement. Celuici ne le savait que trop déjà pour sa tranquillité et il cherchait quelque moyen de se dérober dans une demi-mesure. Feu de paille,—lui disait bien l'honorable
Félix Larive, quand il le voyait trop alarmé des protestations. Cependant, cette opinion de son nouveau collègue ne le rassurait pas plus que ses menaces ne l’auraient pu effrayer. Le discours inepte qu’il lui avait entendu prononcer et que la presse n’avait pas encore fini de disséquer et de ridiculiser, loin d’affermir sa volonté, le laissait, en butte à une recrudescence de reproches. Bref, à la fin de son discours, s’il fit un dernier effort pour sauver le gouvernement des traîtrises du vote, on sentait qu’il était encore possible de lui faire ajourner, sinon abandonner totalement, la proscription de la langue française.
Au milieu d’un silence impressionnant, tout à tour les députés donnèrent leurs votes qui devaient faire époque dans notre histoire politique et nationale.
Non, ne disons pas que tous votèrent en silence. Car, lorsque monsieur le ministre Larive se leva pour livrer son nom au greffier et à la renommée, ce fut un trépignement dans les galeries, des
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