LE VERTIGE
‘applaudissements ironiques du côté de
l'opposition française, claquements de mains et de couvercles de pupitres, gros mots de mépris, un tolle enfin que “M.
Speaker” ne put tout de suite réprimer par ses rappels à l’ordre. Il menaça bien la foule provocac:°*e de l'expulsion par le glaive flamboyant de monsieur le Sergent d’armes,—imbelle sine ictu telum,— mais la foule irrévérencieuse se moqua de lui. Il comprit qu’il lui serait aussi difficile de réprimer l’indignation populaire que de proscrire la langue française.
Etait-ce dégoût seulement au rôle ignoble que jouait le ministre français, ou plutôt l’expression d’un sentiment d’hostilité aussi général contre la mesure? Il eut été difficile d’en décider. Mais l’on peut supposer que, dans cette capitale, dans cette Chambre surtout, confiants d’ailleurs en l'effectif de la phalange ministérielle, bien des francophobes euxmêmes s’oublièrent à huer le triste personnage.
H | HE 1 ja Ih le fe.
hf le fe [Hi (fe He :
F4 HE D: É +} ei | à 1h 1e:
mi £ À € e À HE.) * 1 E
La mesure du gouvernement ne l’emporta que par cinq votes de majorité, ce qui veut dire que le vote des ministres en moins, l'expression d'opinion de la Chambre eût été négative. Ce n’était pas un succès pour le cabinet.
Si l’on ajoute encore les dires et les rumeurs défavorables colportés par le télég-aphe et les journaux comme échos de la Chambre haute et du parlement impérial, on comprendra pourquoi les ministres se hâteront de mettre à la raison les fauteurs de discorde, et de leur faire entendre que l’on avait tenté pour eux l'impossible, en soumettant cette mesure .
dont on avait grande chance de garder trop longtemps l’odieux.
Au conseil exécutif, la délibération ne fut pas longue et l’on résolut de ne pas présenter la mesuie au sénat.
Au premier rang de ceux qui eurent à se réjouir de cette détermination, nous retrouverons le ministre Félix Larive. Il n’y a pas à se récrier là-contre. Sans doute, il ne jubile pas de la même manière
sra8h |
D = fi
FE
eux
ure .
der
LE VERTIGE 215 ————— mm
et pour les mêmes raisons que tous ces oppositionnistes de la Chambre et de la presse, qui lui ont fait le diable, qui vont crier victoire ; mais pour des motifs bien à lui, qu’il confiera l’un de ces jours au journaliste sérieux dans un entretien particulier habilement préparé. Le publie, ainsi mieux informé, pourra se rendre <ompte enfin que le véritable homme d'état, le vrai protecteur de sa race est
parfois celui qui a la force d'âme de subir
la réprobation momentanée, de faire face à l’orage, de rsester imperturbable sous les huées, quand il sait, lui, dans les secrets du conseil, discerner le bien du mal, le plausible de l'impossible, et attendre des événements eux-mêmes la solution intelligemment prévue. Ne fallait-il pas éviter avant tout la guerre civile ; au lieu d’opposer trouble au trouble, attendre patiemment de la justice immanente et de.la force des choses, ce que l’on pouvait perdre même avec le sang versé ?
Monsieur le ministre aurait eu peut-être grand mal à s'expliquer aussi bien dans
une assemblée de ses électeurs de Bellechasse, qui, depuis des mois, lui demandaient à grands cris de remettre son mandat escamoté; mais à l'oreille placide sinon tout à fait édifiée du journaliste de Toronto, il pouvait, certes, dans le plus pur anglais, dire ce qu’il avait toujours pensé, naguère surtout, du sort de la langue française au Canada.
Si jusqu’à présent, dans toute sa vie, Félix Larive n’a jamaisregardé qu’en haut, plus haut que lui dans l’échelle sociale, et jamais pu connaître ainsi le malaise du vertige, voici maintenant qu’il lui faudra
en bas, cette foule audacieuse qui s’agite à ses pieds, veut lui imposer des comptes à rendre de sa conduite, et le poursuit de ses invectives.
see