‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 12 sur 39 · ALL AN · texte numérisé non relu

ALL AN

Géographie I Statistique

Dans la belle et riche vallée du Khône, sous le ciel azuré du midi, entre Montélimar au nord, CluUeauneufdu-Kliône à l'ouest, Roussas et Hac au sud, Espeluche et Monljoyer à l'est, Allan conserve encore son vieux village, veuf d'un château féodal illustre, bâti sur une colline de marnas irisées, à 331 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les exigences de l'agriculture et l'établissement d'un chemin qui relie Montélimar à Grignan, ont appelé la population à la Bégude, hameau récent, véritable centre de la commune, puisqu'il possède déjà l'église, le presbytère, la mairie et les écoles. Il est à 52 kilomètres de Valence et à 7 kilomètres 900 mètres de Montélimar, son chef-lieu de canton et d'arrondissement.

Allan, A/andum et Âlonum, en latin, Aloitd, en vieux français, peut signifier : 1° haule rivière, de a/i, a/a, altos, élevé, et de len, letin,. lac, étang, losne, lùne ou la ine, rivière, à cause du plateau d'où sortent les eaux minérales de Bondonneau ou les Saintes-Fontaines ; 5° haute terre ou pays de montagne, de al, élevé, et de /and, terre ou région.

Le territoire de la commune comprend une plaine que les bois, les vignobles, et les champs cultivés ornent d'un brillant manteau, et des collines de grés verts à la base, de craie et de terrains tertiaires au sommet, entrecoupées de vallées ou de ravins.

Une description rédigée en 17-27 nous trace un portrait curieux de la commune. « Le terroir d'Allan, dit le do- » cument officiel, est composé de 3,000 sétérées (valant » 025 arpents ou cannes de 8 pans chacune, masure de » Provence) de terres incultes, fossés ou montagnes qui » ne rapportent que quelques bruyères, garrigues ou » buis ; de 1 ,000 sétérées de terres cultes et labourables, » de 30 journaux de prés (d'une sétérée et demie l'un), » et de 400 journaux de vignes (la journée d'un homme » équivaut à une quartelée, et l'homme de vigne, de 500 » souches, à 15G cannes ou arpents). On y sèmeannuel- > lement 450 sétiers de grains. Il y a dans le terroir du » lieu 4 petits hameaux et 23 granges que leurs proprié- » taires habitent, en cultivant les fonds, et 4 autres en » mègerie (métayage), pouvant rapporter franc dix » sétiers de grains chacune. Les récoltes consistent en » blé, seigle, avoine, épeautre, orge et millet noir (sar- » razin) et en vin et en foin.

« Le lieu d'Allan compte 125 maisons habitées ; il est » situé sur une éminence sablonneuse, sujette aux inon- » dations, et qui en rend les avenues fort pénibles et

• difficiles, causant beaucoup de frais à la communauté » pour les rendre praticables. Distant de la mer de 27 » lieues, du Khône, d'une lieue et demie, et enclavé dans » le Dauphiné, il n'a aucun commerce, aucun étang pour » la pèche, aucune manufacture. Ses deux moulins à » blé ne peuvent moudre qu'une partie de l'année, faute » d'eau ; ils appartiennent, avec le four banal, au sei-

* gneur, qui les afferme 350 livres, y compris quelques

fonds ; les droits de mouture et de cuisson se perçoivent à la cote 20e. L'évoque de Sl-Paul-Trois-Châteaux et le chapitre de Sainte-Croix de Montélimar en sont co-prieurs. La justice ordinaire du seigneur s'y exerce et les appels en rassortissent au sénéchal d'Arles. Il n'y a aucun passage de gens de guerre ; aucune rivière pour l'arrosage, ce qui rend le sol sablonneux de sa nature, fréquemment stérile. Une foire y est établie, on ne sait depuis quel temps, mais elle est de peu d'importance. Les habitants jouissent des feuilles faites dans les garrigues des montagnes pour la nourriture de leur bétail et du droit de le faire paître dans les mêmes garrigues. Le seigneur possède ses biens en franchise de taille, même ceux qu'il acquiert, sans que les habitants sachent s'il en a le droit. »

Le cadastre de 1609 accusait uni; estime totale de 2,696 florins, qui, à 61 livres, prix des ventes, représentaient un revenu de 164,456 livres. Le journal de pré était taxé 4 florins, les terres, de 4 à 8 sols la sétérée, selon les classes, les maisons, de 1 sol à l sol et demi la canne.

D'après les calculs des commissaires envoyés par l'intendant de Provence en 1727, on a une idée des productions agricoles de la commune à cette époque.

Partant de ce principe que la dîme s'y levait à la cote 30', soit :

12 sétiers de blé à 6 livres l'un, 72 livres

25 — de seigle à 4 — 5 sols, 106 — 5 sols

6 — d'orge à 3 — 10 — 21 — 10 — d'avoine à 3 — 10 — 35 —

9 — de millet noir à 3 27 —

50 l.arraux de vin à 3 — 12 — 180 —

Total. . . . 477 livres 5 sols

Plus, pour les profits et pertes évalués 14, 119 l. 6 s. 3 d.

ils portent le produit total des récoltes annuelles, en moyenne, à 17,896 livres 17 sols 6 deniers.

Ce point déterminé, ils évaluent le produit de la tasque seigneuriale, au 25*, à 692 livres, et le 6« des semences à distraire, à 2,883 livres 3 sols, soit en tout 13,725 livres 3 sols 3 deniers pour les céréales et le vin.

Ajoutant à cette somme le produit de 30 journaux de pré à 50 quintaux l'un, ils obtiennent 1,500 quintaux de foin qui, à 20 sols, font 1500 livres ; soit en totalité 15,225 livres 3 sols 3 deniers, dont il faut distraire la moitié pour frais de culture. Multipliant ce capital par 5 %, ils arrivent à 152,251 livres 10 sols, somme voisine du revenu cadastral déjà connu, et qui, augmentée des dettes communales, portait chacun des deux feux à 66,724 livres.

De telles déductions paraissent fort ingénieuses et prouvent surabondamment que la statistique n'est pas chose nouvelle.

Quant aux charges annuelles, en voici le résumé :

La communauté devait des capitaux en rentes inextinguibles s'élevant à 2,356 livres, soit eu intérêts 117 liv. 16 sols 9 d.

Dime 596 —

Tasque 692 —

Taille à 24 sols par florin (sur 2,696 florins) ...... .3,235 —

Cartier d'hiver 1,166 —

Charges ordinaires et extraordinaires 526 — 2 sols 6 d.

Abonnement de la suppression des bureaux de la douane. . 70 —

Ferme des censés dues au seigneur 500 —

Total. . . . 6,902 liv. 18 sols 15 d.

Si Ton multiplie ce résultat par 5, rapport du prix du blé en 1868 avec celui de 1727, on a 34,510 livres 16 sols 3 deniers.

Le bilan du passé une fois établi, j'arrive au temps présent.

II. Mermoz, directeur des contributions directes de la Drôme, évaluait ainsi, en 1839, la contenance, le revenu et l'impôt d'Allan :

Contenance imposable .... 2,785 hectares

Revenu des propriétés bâties . 4,354 francs

— — non bâties 58,041 —

Revenu moyen par hectare . . 20 — 84 cent.

Contingent de 1839 4,330 —

Contingent nouveau 4,517 —

Contribution moyenne par hect. 1 — 51 cent.

Contenance en landes 523 hectares

Les évaluations cadastrales distribuent de la sorte le territoire communal (1835) :

Bois communaux. . . . 551 hectares.

Bois particuliers .... 293

Terres labourables, jardins 919 —

Vignobles 300 —

Prairies 39 —

Pâturages 652 —

Routes, chemins, rivières 86 —

Terres incultes 26 —

Maisons, édifices publics 5 —

Total. . . . 2,871 hectares.

Voici le montant des tôles des contributions pour 1868 :

Part de l'Etat . . . 6,763 fr. 52 cent.

— du département 3,039 — ■ 99 —

— de la commune 1,636 — 02 — Non valeurs, etc . . 247 — 04 —

Total. . . 11,686 fr. 57 cent.

Un état du 23 novembre 1857 donne ainsi les récoltes de l'année :

Ble. . 3,254 hectolitres.

Seigle. 850 — Méteil. 6 — Orge . 16 — Avoine 120 —

Haricots et fèves. 10 h\ Betteraves, etc. 110 — Pommes de terre 2,417 — Châtaignes. . . 13 — Noix 28 —

La récolte en vin aurait été de 2,985 hectolitres. Celle du miel de 50 kilogr. Prairies artificielles : luzerne, 2,517 quint, métr.; trèfle, 239; sainfoin, 2,015.

En 1727, la population, à raison de 5 personnes et de 1 50 maisons, devait être de 750 ames ; elle était, en 1 830, de 911 ; en 1840, de 1,121 ; en 1850, de 1,034; en 1860, de 1,073, et en 1868, elle est de 1079. (1)

Indépendamment des progrès agricoles réalisés dans cette commune et de ceux que le défrichement de ses bois de la plaine permettrait d'obtenir, l'établissement de Bondonneau, déjà si légitimement apprécié, et l'usine à soie de M. Colombon ne peuvent manquer de faire d'Allan un centre d'activité commerciale et un rendez-vous de touristes. U serait difficile de mieux choisir. (2)

(1) U s'y tient deux foires, le 13 août et le 28 novembre. La Topographie de tous les Vignobles connus place les vins rouges d'Allan dans la 3' classe de la Drôme : la lre com-

Srend rHermitaee ; la 2*, Crozes, Mercurol et Gervans; la Saillans, Vercheny, Die, Donzère, Roussas, Chêteauneufdu-Khùne, Allan, La Garde-Adhémar et Montséjrur; la 4«, St-Maurire, Etoile. Livron et St-Paul (Jullien, p. 190, 191;.

(2) Tableau des distances légales. Valence 1860 ; — Recherches étymologiques sur quelques noms de lieux et de familles du département de la Drôme, par M. le baron de Coston ; — Nouveau projet de répartition de la contribution foncière. Valence, 1839; — Archives départementales, c. 3, série M; — Statistique de la Drôme. Valence, 1835.

Antiquités. — La vérité sur la plaque d'argent de Bondonieau

Lorsqu'aujourd'hui de gracieux villages, abandonnant le sommet des coteaux escarpés, s'établissent dans la plaine, auprès d'une route facile, les babitants qui rencontrent dans les fondations de leurs demeures des traces de constructions anciennes, rejettent avec indifférence parmi les moellons vulgaires ces débris du passé. Cependant, grâce au zèle des collectionneurs, une exception est faite pour las médailles, à cause de leur prix ; mais celles-ci, passant de mains en mains, finissent par s'éloigner tellement du lieu de leur origine, qu'elles ne sont plus d'aucune utilité pour l'histoire locale. Or, après dixhuit siècles, il y aurait un grand intérêt archéologique de pouvoir retrouver, à l'aide des pierres milliaires perdues dans quelque muraille, les voies de communication tracées par nos pères ; a l'aide des inscriptions et des monnaies, l'emplacement des temples, des villages et des villas. De là l'urgence d'établir, dans chaque mairie ou dans chaque école, des collections de tous les antiques recueillis par les habitants, afin que toute monographie ait de la sorte des témoins irrécusables de la fondation reculée des bourgs et des châteaux, ou des établissements qui les ont précédés.

Le territoire d'Allan a fourni, comme celui d'un grand nombre de communes, des hachettes gauloises ou pierres du tonnerre, peut-être aujourd'hui perdues. J'abandonne aux érudits l'histoire incertaine de ces temps reculés, et

je ne profiterai pas môme de la quasi ressemblance du nom de haute terre (al, landj avec Aéria, ville ainsi nommée à cause de sa position aérienne. Mais l'existence de la voie domitienne sur le territoire de Montélimar, limitrophe de celui d'Allan, voie appelée plus tard chemin de St-Paul, à partir des gorges de Montchamp, au sud, jusqu'au monastère actuel des Trappistines deMaubec, explique à merveille la présence d'agglomérations ou de villas, dans cette belle vallée, avant les invasions des Barbares.

L'auteur de l'opuscule intitulé : Le Touriste aux eaux minérales de Bondonneau raconte que M. l'abbé Permingeat, curé d'Allan, l'entretenait souvent à Aiguebelle, de 1840 à 1843, des découvertes journalières faites dans sa paroisse, et que 11. Bourlon, propriétaire de Champblanc, à l'extrémité sud de la plaine de Montélimar, fut un des principaux collectionneurs des objets anciens trouvés entre l'hôtel des bains de Bondonneau et la colline nue et stérile de Montceau. Cet archéologue avait puisé le goût de la science sur sa propriété même, toute parsemée de ruines. Pagnère, Coudouli, Rac, Châteauneuf, le Palais, les Thermes, avaient été pour lui une raine féconde ; près des collines, des établissements militaires avaient laissé des médailles, des forges et des tombeaux en pierre, en forme d'auge.

Préoccupé surtout de l'origine romaine des Thermes de Bondonneau, M. Espanet devait rechercher dans les collections publiques et privées, dans les documents écrits et dans le sol lui-même, fouillé par ses soins, des preuves de son opinion. J'ignore s'il a réalisé sa promesse; mais voici du moins l'analyse des renseignements qu'il donne sur les antiquités d'Allan, dans l'opuscule précité, aujourd'hui fort rare.

Les ruines des anciens bains occupent le quartier de

Mazet et les souvenirs des témoins entendus par l'auteur ne remontent pas au-delà de 18$5, époque de la vente de cette terre à M. Bréchet par le colonel Ferrent. Le père de celui-ci, en commençant à la mettre en culture, avait mis à jour huit ou dix piscines, grandes et petites, généralement sur une ligne droite de l'est à l'ouest, une série de murs et de décombres en deçà et au-delà des bassins, une grande quantité de tuyaux de plomb et de plaques du même métal et une foule d'objets et de médailles.

En 1833, M. Bréchet rencontra de nouvelles piscines généralement sur la même ligne que les premières, des fondations, des mosaïques et plus de dix quintaux de tuyaux de plomb extraits des piscines, qui furent vendus à Lyon. Un seul coup de pelle lui donna un jour vingtcinq pièces d'or d'une beauté et d'une rareté telles, que M. Souillé, receveur particulier à Montélimar, les paya assez cher pour couvrir le prix de la terre elle-même. M. Espanet se plaint à ce propos de ce que les collections privées l'ont empêché d'étudier et de voir tous ces objets antiques et de tirer quelque lumière de leur comparaison.

J'ai été plus heureux, et, grâce à la bienveillance et à l'érudition de M. Yallentin, qui possède un musée véritable, si bien tenu que M. Allmer, excellent juge en pareille matière, n'a pas craint de le proposer pour modèle à plus d'une grande ville (1), je puis donner sur quelques médailles d'Allan des détails très-précis.

« On y trouve fréquemment et surtout près de Bondonneau des monnaies romaines du haut et du bas empire, toutes fort communes ; les plus abondantes sont celles des ir, mc et ive siècles, dont quelquefois le bel état de conservation permet d'en induire que leur en-

(1) Revue du Lyonnais, février 1868.

fouissenient eut lieu à une époque voisine de leur émission. J'en ai acquis une en or de Trajan dans cette condition. En voici la description :

1MP. CAES. NBRVA TRAIAN. AVG. GERM. Buste lauré à

droite.

p.m. tr.p. cos. un. p.p. Trajan en habit militaire, debout, de face, armé d'une haste et d'un parazonium (glaive court attaché à un ceinturon), et couronné par la Victoire, debout, qui tient une palme. Cette pièce, qui a été frappée l'an 10*2 ou 103, a été trouvée à quelques mètres seulement de celles vendues à M. Souillé, lesquelles devaient être contemporaines. 11 ne m'a été présenté qu'une seule monnaie gauloise, deux pièces consulaires et un très-petit nombre de monnaies du Ier siècle. Je ne crois pas qu'on ait découvert d'autres pièces d'or ; les monnaies d'argent sont peu abondantes ; les autres sont en billon ou en bronze.

« J'ai quelques fibules en bronze, des vases et des lampes en poterie, des tuiles à crochet, des fragments de mosaïque*, le tout d'un travail fort grossier ; je n'en ai pa* un seul d'objet de luxe, de poteries fines, ni de verres. »

Revenons à M. Bréchet et à ses découvertes ultérieures. Chaque journée de travail lui révélait quelque objet nouveau : tantôt c'étaient des débris de poterie fine, des statuettes, des mosaïques, des bas-reliefs en marbre, des chapiteaux de colonnes fort ornées, une casserolle en argent, portant les traces du feu, de la contenance d'un litre et demi, usée aux bords, et bosselée comme un vase de métal qui a longtemps servi; tantôt c'étaient des médailles d'or, d'argent et de cuivre.

En 1841, M. Peysson, successeur de M. Bréchet, trouva un puits romain, de nombreuses médailles, un reste de bassin dont le ciment reposait sur des briques et sur un massif de maçonnerie, des piscines et une plaque

DE MONTÉLIMAB 87

d'argent d'un travail admirable. Cette plaque fut vendue par If. Peysson à M. Guibert, orfèvre à Montélimar, pour 300 francs, valeur du métal. M. Guibert refusa de la céder à M. le marquis Dupuy-Montbrun qui lui en offrait le double, et il la fit porter à Paris, où, dit-on, le Musée du Louvre, en fit l'acquisition. M. Espanet a publié la description suivante de cette œuvre d'art, d'après le témoignage de plusieurs personnes et particulièrement de M. de Planta, archéologue distingué : elle est plane, taillée en croissant, convexe en haut, échancrée en bas. Des trous percés au bord intérieur, concave et uni, permettaient de la fixer sur un miroir antique ou sur une fontaine. La surface est un beau relief représentant au centre deux Tritons barbus, qui tiennent d'une main, en bas, la valve inférieure, et de l'autre main, en haut, la valve supérieure d'une coquille. « Dans les angles, deux » autres Tritons avec leur conque d'une main semblent » soutenir de l'autre des dentelures qui ornent les bords. » Entre eux et Vénus, on voit de chaque côté, un Dau- » phin portant un Amour. On en remarque quelques » autres dans le reste du tableau. Le tout est à la surface » des ondes, dont les Ilots, également en relief, sont mer- » veilleusement sculptés. Enfin la plupart des Amours et » quelques Tritons ont les pieds et quelques autres par- » lies en or massif, incrusté dans l'argent. » M. Espanet ajoute que les figures sont proéminentes, celle de Vénus surtout, et que le fond, dans l'intervalle des figuras, semble niellé, ce qui permettrait de déterminer l'Age de ce beau travail.

D'après les sages conseils de M. Vallentin, je me suis adressé à M. Longpérier, Conservateur des antiques au Musée du Louvre, pour avoir une description exacte de la plaque d'argent découverte à Bondonneau. Voici la réponse dont le savant archéologue a bien voulu m'honorer :

Paris, le 11 avril 1868.

« Monsieur,

» Si l'objet que vous cherchez a été trouvé, comme vous me faites l'honneur de me l'écrire, en 1859 ou 1860, il n'est pas au Musé£ du Louvre. (1)

» Ce Musée possède une grande oreille de vase d'argent, qui répond à l'indication que vous me donnez. En voici la description :

» Vénus entièrement nue, de face, relevant sa chevelure de la main droite, assise dans une coquille bivalve, que soutiennent au-dessus des flots deux centaures marins. De chaque c<Mc, un petit Eros ailé, debout sur un Dauphin qu'il stimule à l'aide d'un fouet. Dans la mer paraissent quatre poissons, une sèche et une coquille. Quelques détails ont été plaqués d'or, à l'aide de feuilles très-minces dont il ne subsiste plus que de très-rares portions.

» Longueur 0,307.

» Au centre, hauteur 0,104.

» Ce bas-relief, acheté en 1850, de M. Norblin, était alors en la possession de cet amateur depuis une dizaine d'années. Il l'avait acquis à Paris et n'en savait pas la provenance.

» Ce n'est que depuis la mort de mon ami, M. Norblin, arrivée le 14 juillet 1854, qu'un de vos compatriotes m'a apporté une lithographie exécutée à Valence, en 1838, représentant l'anse de vase trouvée au lieu dit Bondonneau, près de Montélimar. Le dessin, très-mal exécuté au point de vue de Part, n'en était pas moins assez précis dans ses détails pour que, en tenant compte

(1) J'avais fourni à M. I^n^périer une indication fausse, en me basant sur l'époque de la publication des opuscules de M. Espanet, où, d'ailleurs, les données chronologiques ne sont pas toujours très-exactes.

de l'arrivée du monument d'argent vers 1840, il m'ait paru nécessaire d'en conclure que cet objet avait été trouvé à Bondonneau.

» Maintenant, comme le vase auquel cette oreille appartenait devait en avoir deux semblables, il est possible qu'en 1859 ou 1860 on ail retrouvé la seconde. Ce serait fort intéressant, et, si vous pouviez me fournir quelque renseignement à ce sujet, vous me feriez un grand plaisir.

» L'oreille de vase que possède le Louvre n'est pas un objet d'arl du premier ordre, sans doute ; mais elle est exécutée avec soin, une certaine élégance, et pourrait, sans trop de désavantage, être placée près des vases d'argent ciselés, trouvés à Pompéi, et conservés au Musée de Naples.

» Si on en juge à Valence d'après la litliographie dont j'ai eu l'honneur de vous parler, on s'en ferait une assez fausse idée.

» Si je puis vous être utile ou agréable en quelque chose, veuillez, Monsieur, me le dire; je vous en serai obligé.

» Croyez, je vous prie, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.

- LoNGPKKIEK. »

Cette lettre, mon cher éditeur, est une véritable bonne fortune pour notre «euvre, et, avec des collaborateurs aussi distingues et aussi bienveillants, nous sommes toujours certains d'instruire et de plaire.

D'après M. Espanet, le plan des thermes consiste en une rangée de piscines et de bassins, au nombre de plus de quinze. Ces piscines ont G mètres de long sur 3 de large et il n'en reste que le fond en ciment impérissable. Chacune d'elles était isolée et alimentée par des tuyaux de plomb. D'autres piscines de 5 mètres de long

sur 3 de large formaient derrière les premières une seconde rangée.

En résumé, les Ihermes romains de Bondonneau s'étendaient sur un espace d'un hectare environ, et les débris de murs et de mosaïques, tout comme les décombres retrouvés en-decà et au-delà des bassins, accusent certainement des vestiaires, salles de bains, salons, séchoirs et autres appendices des établissements de même genre.

Telle est aussi l'opinion de M. Desmarais, dans un manuscrit communiqué à l'auteur du Touriste aux eaux minérales de Bondonneau et de la Légende des Saintes- Fontaines. Dans ce dernier ouvrage, M. Espanet rappelle en quelques lignes toutes les découvertes précitées. « Indépendamment des ruines, d'une multitude de con- » duits, des marbres, des mosaïques, rétablissement » thermal des Romains est démontré par mie foule de » médailles, qui vont jusqu'au vp siècle, par des usten- » siles spéciaux, par une magnifique plaque en argent » représentant Vénus, sortant des ondes, entourée de » Naïades, par une statuette de Vénus Libitine, et par » des métaux figurant les diverses parties du corps, of- » fraudes des baigneurs débarrassés des maladies qui » affectaient ces parties, espèce dV.r volo païens, retrou- » vés dans les ruines de plusieurs autres thermes. »

Tant de richesses archéologiques ne sont pas les seules (jue le territoire d'Allan ait fournies aux collections. Au domaine de Colas, M. Serret, ancien Maire, avait trouvé des médailles, des vases, des tuyaux hydrauliques et des sources minérales. M. Roux, pharmacien, propriétaire du même domaine, a aussi découvert des tuyaux de plomb et des filets d'eau ferrugineuse. Enfin des lombes chrétiennes gallo-romaines ont été vues auprès de la chapelle Ste-Anne, à Montceau.

Au domaine du Roure, où M. Chare a réuni des eaux

douces très-abondantes, des ruines romaines ont été aussi mises à jour ; mais la voie domitiennc passait par là et y recevait le tronçon de Rac.

Tant de preuves d'une splendeur passée, surprise par les invasions soudaines des Barbares et ensevelie pendant quatorze siècles, méritaient d'être recueillies avec détail dans cette monographie, en attendant que l'Hôtel des Bains ou la Mairie ouvrent un musée pour les objets conservés ou révélés par des fouilles ultérieures. Avec des hommes aussi dévoués et intelligents que M. Marmonnier, directeur de Bondonncau, et M. Colombon, Maire d'Allan, on peut être assuré de la réalisation d'une idée si patriotique.

La Paroisse

La commune a possédé ou possède trois églises : celle de La Bégude, de construction toute récente; celle du vieux village, « bizarre et nullement en harmonie avec les cérémonies du culte » (1), et celle de Barbara, en style ogival, dont il ne reste que le chœur avec transsepts, absides et coupole. Je n'ai rien à dire du premier édifice, gracieux et correct, mais sans caractère monumental ; le deuxième, établi dans une tour, est difforme au possible; quant au dernier, objet d'admiration pour les

(i; Rapport officiel de 1846, aux Archives départementales.

archéologues, il aura plus tard sa description : c'est aujourd'hui le tour de l'histoire.

On croit dans le pays qu'il y avait à Barbara un établissement monastique ruiné par la Révolution ; qu'en 1789, deux religieux s'y trouvaient encore, et que les sépultures nombreuses de l'église et du sol voisin accusent un couvent de quelque importance.

Je n'aime pas à contredire les traditions locales, qui très-souvent constituent les seuls indices de la vérité; mais ici les litres consultés ne s'accordent guère avec les souvenirs des habitants, et je me retranche derrière l'autorité des documents écrits.

Le pape Lucius III, dans une bulle du 11 mai 1183, place l'église d'Allan et la chapelle du château sous la dépendance de l'abbaye bénédictine de Pile-Barbe, près Lyon. Or, à cette époque, le clergé paroissial sortait invariablement de Cluny, d'Aurillac, de Saint-ChafTre, de Tournus, de l'Ile-Barbe ou de quelque autre monastère illustre. Quatre ou cinq religieux s'établissaient en une paroisse, et, sous la conduite d'un prieur, y vaquaient aux exercices du cloître et du ministère évangélique, vivant des offrandes des fidèles et de la dotation immobilière affectée à leur entretien par quelque famille puissante. Le prieuré d'Allan, à cause des religieux de nie- Barbe, prit le nom de Barbara ; et cette explication, beaucoup plus naturelle que celle de l'auteur de la Stu- (istû/iie de la Drame, n'a nullement besoin de s'appuyer sur l'existence invraisemblable d'un temple à la déesse à barbe, Barfmtœ arœ, à Allan.

M. le chanoine Nadal n'est pas de mon avis. ■ Vers » le milieu du xr siècle, dit-il, furent fondés dans le » diocèse de Saint-Paul les monastères d'Allan, de » Sarson, de Tourrcttc et d'Aiguebelle. Le premier fut » cédé aux chevaliers du Temple, qui en firent une suc-

» cursale de la commanderie de Richerenches » (l). L'auteur reporte au ixe siècle la fondation du monastère d'Aleyrac, et semble croire que l'église romane de celte localité a été construite par Charlemagne. Je démontrerai, comme je l'ai déjà fait pour Aleyrac, que tous ces prétendus couvents étaient de simples prieurés, et que celui de Tourrette, notamment, relevait, en 1119, de l'abbaye de Tournus. Toutefois, pour être sincère, j'avouerai franchement que l'attribution de la moitié des ' dîmes d'Allan à l'évêché de Saint-Paul, déjà fort ancienne en 1462, semble témoigner en faveur de la présence des Templiers à côté des religieux de l'Ile-Barbe, et qu'en 1311, époque de l'abolition de cet ordre militaire cliargé de la défense de la Terre-Sainte et de la protection des pèlerins, l'évéque recueillit une portion de leurs droits. C'est là une conjecture plausible, sans doute, mais qui ne saurait détruire ni infirmer les renseignements donnés par les archives de Pévécbé de Saint-Paul, malheureusement incomplètes.

En 1460, Barbara dépendait encore du prieuré d'Aigu à Montélimar, autre colonie de l'Ile-Barbe, et peut-être les ravages des soldats de Raymond de Turenne ou des compagnies franches avaientrils modifié, dès la fin du xive siècle, la condition des religieux de l'une et de l'autre maison. On sait d'ailleurs que le Dauphin Louis, plus tard Louis XI, ayant fondé le chapitre de Sainte- Croix de Montélimar en 1449, avait sollicité et obtenu l'union des biens du prieuré de Notre-Dame d'Aigu à ceux de la nouvelle Collégiale. Les revenus du prieuré de Barbara suivirent la môme voie.

Ktienne Genevès, évôque de Saint-Paul, confiait la

(1) Essai historique sur les Adhémar; — Statisliaue d* la Drôme, au mot Alian; — Les Masures de l'Ile-Barbe, l I.

perception de sa part des dîmes d'Allan en 1460, à Jean Convers, vicaire perpétuel et chapelain de la paroisse, moyennant l'abandon d'un dixième pour ses peines. Imberl de Laye, administrateur commendataire de l'évêché de Saint-Paul, représenté par Hugues Genevès, officiai, et par Simon Chabert, prieur d'Upie, affermait, en 1476, les mêmes dîmes à Barthélémy de Montjoux, curé d'Allan, pour la somme annuelle de 16 florins, monnaie courante en Dauphiné. Elles se levaient alors sur le blé, le seigle, l'orge, l'avoine, le millet, les fèves, les pois ordinaires, les pois chiches, les vesces et autres grains et légumes, sur le vin, les agneaux et les chevreaux. Remarquons en passant que la présence d'un curé ou vicaire perpétuel permet déjà de supposer l'absence des religieux Bénédictins à Barbara.

On trouve ce curé, en 1557, taxé au rôle de la décime levée par ordre du Roi pour l'expulsion des Anglais, à 24 sols sur les 293 livres imposées au diocèse, et au rôle de 1 583, à 3 livres 1 1 sols 8 deniers, sur 867 livres 17 sols.

Les consuls d'Allan plaidaient, de 1566 à 1572, contre Jean de Joly, évéque de Saint-Paul, et contre les doyen et chanoines de Sainte-Croix de Montélimar, co-prieurs, au sujet des réparations urgentes que réclamait leur église paroissiale. Ces procédures nous apprennent qu'au temps des troubles, les calices, patènes et ornements avaient été pris, et que depuis l'ordonnance de l'official métropolitain d'Arles, du 12 juin 1567, l'église avait été « abbatue et mize en ruines. » Cette ordonnance condamnait l'évêque et le chapitre à pourvoir le curé ou vicaire perpétuel d'un prêtre « suffisant et capable pour le divin service, » et l'administration des sacrements, « à » faire un armoire au presbytère au côté droit de l'autel, • lequel seroit seurement fermé de clef et serrure pour

* y mettre honorablement le Saint-Sacrement, » à y placer et tenir une lampe allumée jour et nuit, à rétablir les fonts baptismaux, à acheter une croix, un calice de 25 florins, une chasuble en damas pour les fêtes, un petit rétable de G pans de long sur 7 de large, où seraient peintes les images de Notre-Dame et de saint Jean-Baptiste, à relever l'autel de saint Sébastien et son rétable, à réparer les fenêtres placées derrière le grand autel et au-dessus de la porte, à fournir des battants aux cloches, à renouveler la porte de l'église, à recouvrir « le grand » val et le responsoire, etc. » Les mandataires de l'évêque et du chapitre, non contents de traiter les consuls d'Allan « de volontaires et de litigateurs, » répondaient que jamais ils n'avaient payé de secondaire ou vicaire à Allan, que les revenus du prieuré « avaient grandement » diminué depuis les guerres civiles, » et que la ruine de l'église rendait impossibles les réparations ordonnées. (1)

J'ignore quelle suite fut donnée à cette affaire, mais il est peut-être raisonnable de reporter au commencement du xvir siècle la construction de l'église du vieux village. Une visite épiscopale, faite en 1044 par François de Grignan, évêque de Saint-Paul, constate que l'église était alors en bon état ; mais rien dans ce document n'indique l'église de Barbara plutôt que celle du bourg.

Le chapitre de Sainte-Croix et l'évêché de Saint-Paul ont joui des dîmes d'Allan jusqu'à la Révolution ; elles s'affermaient 1 ,300 livres vers la fin du xvur siècle, et, sur cette somme, le curé recevait 300 livres pour sa portion congrue et 20 livres pour les novales (dîmes des terres défrichées), et le vicaire 150 livres.

La succursale actuelle remonte à l'organisation des

(i; Archives de l'évêché de Saint-Paul, à la Préfecture; — Archives communales.

paroisses en 1807. — Au synode de Samt4>aul-Trois-Chàteaux, lenu en 1609, M. de Saint-Auban se présenta « comme dépoté de* églises d'Allan et Donzére, avec » lettres desdites églises requérantes d'estre pourveues » d'un pasteur. » 11 fut dit que M. de Saint-Auban serait loué du zèle qu'il avait à dresser une église « où elle n'a » encore esté establie, » et néanmoias que, pour sa présence comme député, il n'y avait lieu de l'autoriser, parce qu'il n'était ancien d'aucun consistoire. Dans le même synode, l'église de Donzére et d'Allan fut unie au colloque du Valentinois.

En 1010, André Garin, pasteur d'Allan, assistait au synode d'Embrun ; en 161 1 , à celui de Veynes. On trouve Conel, pasteur de Donzére, au synode de Mens; et en 16*20, Abraham Jordan, au svnode de Briançon. Chamier, daus son journal, publié par M. Ch. Head, mentionne une discussion théologique ou conférence qu'il soutint à Allan, en 1601, contre Gauthier, jésuite.

Vers le même temps, les consuls réclamaient à l'évêque et au chapitre co-prieur, le quart des dîmes pour les pauvres de la paroisse; et le 10 novembre 1618, le parlement d'Aix ordonna communication de leur requête aux parties.

Là s'arrêtent mes renseignements sur l'histoire de la

paroisse.

Les Adhémar et les Poitiers

Le soleil, le mistral et le langage du midi commencent à Montélimar pour la Provence; cependant le territoire

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de cette province ne s'étendit jamais jusqu'au Roubion ; Allan, comme terre adjacente, formait au nord sa limite extrême. On entendait par terre adjacente moins une terre voisine ou contiguë, ainsi que le nom le suppose, qu'une terre dépendante et annexée. Sans doute à l'origine Grignan, Montségur, Chantemerle, Salles, Colon zelle, Allan et Réauville, pour ne parler que de celles-là, parce qu'elles formèrent d'abord un bailliage avec Réauville pour chef-lieu, et en 1558 un comté distinct, ne firent point partie du fief des comtes de Provence, ayant leurs seigneurs et maîtres particuliers, peut-être indépendants ; mais avec le temps elles furent réunies à la province soit volontairement, soit par cession ou donation. 11 est probable que dans ces actes d'annexion le maintien de leurs franchises et privilèges fut stipulé ; car on les trouve dotées d'une constitution spéciale. Ainsi elles ne faisaient point partie des Etats de Provence et ne reconnaissaient point les procureurs du pays ; toutefois eues étaient soumises au Parlement, au gouverneur et à l'intendant de la province ; elles ne payaient point le don gratuit et les charges ordinaires comme les aulres divisions du territoire ; mais une commission expresse de S. M. pouvait les leur imposer.

Le Dictionnaire des Gaules assure que dans les plus anciens afïôuagements (répartition d'impôts), Grignan avait dix feux, Montségur trois, Chantemerle et Colonzelle un chacune, Salles, Allan et Réauville deux chacun.

Quels furent le* premiers seigneurs d'Allan, établis sur le coteau de sable où le vieux village se Irouve encore assis ? Le choix du site, les tours et les remparts indiquent un château contemporain de la chute du royaume de Bourgogne au xi* siècle, et des chartes, suspectes à la vérité, mentionnent même, en 832, un partage inter-

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