‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 13 sur 39 · R ^ L'ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

R ^ L'ARRONDISSEMENT

venu entre Lambert Adhémar de Monteil, duc de Gènes, vicomte de Marseille et baron de Montélimar, d'une part, Charles et Giraud, ses frères, de l'autre; par lequel Lambert Giraud Adhémar abandonne à Charles les fiefs et ar rière-fiefs de Pierrelatte, Donzère, Chàteauneuf-du-Rhône, Montpensier, Rac, Espeluche, Montboueher, La Touche, Rochefort, Portes, Puygiron, La Bàtie-Rolland, Bonlieu, Cléon-d'Andran, Sauzet, St-Genis, La Laupie, Marsanne, StGervais, Puy-St-Martin, Valaurie, Dieulelit, Barret, Clansayes, St-Nizier, Barras et Allan; Giraud recevait pour sa part la baronnie de Grignan.

Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette charte ; mais elle suppose l'organisation féodale sous Louis-le-Débonnaire, établie sur le même pied qu'à- l'époque de Philippc-le-Bel ou de Louis XIV. et c'est là un de ses moindres torts.

Quoi qu'il en soit, les Adhémar possédèrent Allan par eux-mêmes ou par leurs vassaux pendant plusieurs siècles. Toutefois, un Louis d' Allan, bailli ou baile du lieu de même nom, ligure comme témoin et garant de la charte lapidaire des libertés et franchises octroyées aux habitants de Montélimar en 1 198. (1)

M. Delacroix assigne à l'an 1337 la vente d'Allan parles Adhémar à Robert II d'Anjou, dit le Bon, comte de Provence1, celui-là même que Pétrarque choisit pour juger s'il était digne de recevoir la couronne lyrique au Capitole. ($) Ce prince eut deux fils qui moururent avant lui, et Jeanne Irp, sa petite-fille, lui succéda. De 1355 à 1359, un procureur de la même reine et de Louis, comte de Provence, deuxième fils de Jean, roi de France, hauts

(1) CarluUiire des Adhéu ar, m' de M. Léopold Faure; — De Coston, Recherches étymologiques, etc., p. 20.

(•2; Somalie Biographie générale; — Statistique de la Drôme.

seigneurs d'Allan, refusait à Aimar de Poitiers, comte de Yalentinois et Diois, lieutenant-général pour Charles, empereur des Romains, aux royaumes d'Arles et de Vienne, la qualité de juge d'un appel interjeté d'un commissaire spécial. Il s'agissait au fond de ce débat d'une question d'hommage réclamé par Guiote dTzès, femme d'Aimar de Poitiers, à Giraud Adhémar pour la part de fief qu'il tenait à Allan. (1)

En 1 360 Tassiette de Baux ou de Baix, veuve du même Giraud Adhémar, jouissait de sept portions sur dix-huit de la seigneurie d'Allan, et par cette simple révélation il est permis de comprendre combien le fil d'Ariane de l'historien est difficile à trouver dans un pareil labyrinthe.

Lancelot, fils naturel de Louis II, dernier comte de Yalentinois, enleva et épousa, en 1421. Dauphine Adhémar, fille de Guyot et de Miracle de Combret de Broquine ; dès ce moment, il se qualifie seigneur d'Allan dans plusieurs actes. Nous retrouverons ce gentilhomme à Chateauneuf-de-Mazenc. Guy Pape raconte dans ses <euvres qu'il fit déclarer nulle, par sentence de l'official de St-Paul-Trois-ChAteaux, une dispense de serinent que Laneelot, seigneur d'Allan, avait obtenue. « C'était alors » dit Chorier, un usage fréquent et même ordinaire » d'obliger les contractants par leur serment à l'exécu- » tion de ce qu'ils promettaient ; leur promesse jurée

• leur était un lien indissoluble. Il n'y avait que les » évêques qui en dispensassent, et il fallait des misons

• légitimes pour en être absous; ce que l'on n'était » qu'après que la partie les avait contredites. » Au temps de Chorier, les lettres royaux obtenus pour la rescision des contrats jurés étaient entérinés sans dispense par la

(lj Inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble.

r aison que le serment étant un accessoire du contrat devenait nul si le contrat était annulé. 11 s'agissait ici, comme on le verra bientôt, de l'acte d'achat de la terre de St-Auban (1).

Lancclot de Poitiers testa, le 16 décembre 1443, dans son château d'Allan, en faveur de François, son fils ; celui-ci épousa Catherine de Taulignan, qui le rendit père : 1° de Louis ; u> de Jean, chevalier de St-Jean-de- Jérusalem ; 3° de Gérentonne, femme d'Isnard de Grammont de Vachères ; 4° de Charles. Louis et Jean furent maîtres par indivis d'Allan, Orpierre, Trescléoux, Condorcet, Sahune, etc., et c'est sans doute le portrait de l'un d'eux que l'on montre encore à Allan, sous le nom de M. de Sahune.

Jean laissa entre autres enfants, Blanche, qui épousa le 4 mai 1545 Gaspard Pape, Capitaine de 300 hommes de pied ; Guy II, leur petit-fils, souleva un curieux procès dont Expilly va nous faire l'exposé :

« Messire Jean de Poitiers, sieur d'Allan, eut cinq enfants, Hector, Jean, François, Blanche et Sébastienne : au mariage d'Hector, son ainé, contracté le 3 avril 1547, il lui donne tous ses biens, meubles et immeubles, sous quelque réservation qu'il lui fait alors, et depuis lui substituant par ordre de primogéniture ses enfants mâles, par testament du 10e décembre 1549, et si les mâles dudit Hector viennent à décéder sans enfants mâles, substitue Jean, et audit Jean, sous même condition, François et ses mâles par ordre de primogéniture ; et cas advenant que tous les mâles viennent à décéder, appelle les filles du susdit Hector et les leurs ; et à défaut d'icelles appelle Blanche susdite et les siens mâles, et après ladite Blan-

[li Guy Pape, Decisiones, quesl. 14 i; — Chorier, Jurisprudence de Guy Pape, art. XI.

che et ses mâles, appelle Sébastienne et les siens, le tout par ordre de priniogéniture.

• Hector a recueilli l'héritage, et a laissé après lui un fils appelé Jean et une fille nommée Marie.

« Durant la vie de ce Jean, sont décédés les susdits Jean second et François, ses oncles, sans enfants.

« Après est décédé Jean III, fils d'Hector, sans enfants et lui a succédé Marie, sa sœur; Blanche susdite décède après, laisse survivants plusieurs enfants, entre autres nobles Hector et Jacques Pape.

« Marie vient à décéder sans enfants, laisse dame Jeanne d Ancezune, sa mère, son héritière, Hector et Jacques Pape, enfants de Blanche. Hector l'aîné, meurt, environ deux ans après sans faire demande ni reconnaître en aucune façon la substitution et fidéi commis, apposé au testament de Jean de Poitiers, lequel eût eu lieu en sa personne, s'il en eût fait demande.

« Jacques, son puîné, demande les biens sujets au lidéi commis, ouvert en sa personne par le décès de ladite Marie. Le 1G décembre 1583, il en obtient arrêt, les chambres assemblées, avec restitution de fruits, contre ladite dame Jeanne d'Ancezune, mère et héritière de Marie. (îuy, fils de Jacques, après le décès d'icelui fait demande et poursuite de l'ouverture dudit fidéi commis m sa personne. »

Expilly ajoute que grande fut la contention et qu'enfin le lidéicommis fut déclaré ouvert en la personne de Jacques, non par le décès d'Hector, mais de Marie, (i)

;i] Plaidoyers de J/,u Expilly, arrêt 124.

Les Pape SainlAoban

Le mariage de Blanche de Poitiers avec Gaspard Pape, en 1545, porta la seigneurie d'Allan dans la famille d'un jurisconsulte dauphinois, auteur de plusieurs ouvrages où paraissent « un jugement clair, un solide savoir et une constante prud'homie. * Il s'appelait Guy Pape ou de La Pape. Né à Sl-Symphorien-d'Ozon au commencement du xve siècle, on le trouve étudiant à ITniversité de Pavie, vers 1430. Pierre, son oncle, oflicial de Lyon, lui légua, en mourant, sa riche bibliothèque, toute composée de manuscrits, « la cherté desquels n'est pas aujourd'hui bien concevable. » L'étude des grands maîtres fécondant ses heureuses dispositions, valut bien vite au jeune docteur, établi à Grenoble, l'estime et la considération des seigneurs et des magistrats. Ayant épousé la tille de Guidon, membre du Conseil souverain de la province, son compatriote, Guy Pape acheta la terre de Sl- Auban (Drome) de Lancelot de Poitiers (143!)). Ce gentilhomme « publia qu'il avoil été surpris lorsqu'il avoit * fait les conventions en vertu desquelles Guy Pape » s'étoit mis en possession de cette terre; mais ces con- » ventions avoient été jurées, et le savant jurisconsulte » lira du serment de sa partie une exception péremp- » toire : le serment soutient dans la jurisprudence cano- » nique les actes nuls ; il les fait subsister comme ils » feroient par eux-mêmes, s'ils n'étoient affectés d'aucun - vice : ce fut le bouclier de Guy Pape contre Lancelot.

• Lofficial de l'évéque de St-Paul-Trois-CluUeaux jugea » pour le serment, et la cause ayant été portée par l'ap-

• pel de Lancelot à la métropole d'Arles, ce jugement » fut confirmé. On fut alors persuadé que Lancelot » étoit dans la mauvaise foi qu'il imputait à son adver- » saire. »

Guy Pape sorti de cette affaire acquit Montclar, au Diois, et Cornillon près Grenoble. En 1440, il entra au Conseil souverain de Dauphiné, et le fils de Charles VII, le futur Louis XI, l'employa utilement dans diverses négociations.

Louise Gui lion ne fut pas heureuse avec Guy Pape dont « la sombre sévérité participoit quelquefois de cette » rude dureté qui fait tant de peur à ce sexe doux et ti-

• mide qui n'attaque que par les faibles armes de sa » beauté et qui ne se défend que par ses larmes. Il » rendit par son peu de complaisance sa femme moins

• raisonnable: son jugement s'affoiblit et se troubla. . . » Elle insulta à son mari par son testament, instituant » Jean et Etienne G u il Ion, ses frères, ses héritiers, et n'y » faisant aucune mention de lui. »

Guy Pape épousa en secondes noces Catherine de Cizerin, qui lui donna quatre fils et deux filles. Jean, rainé, un des domestiques commensaux de François Pr, s'unit à Antoinette d'I'rre, attachée à la reine Claude, et mourut sans postérité. François eut, entre autres enfants, «le Claudine d'Aubres, tille de Michel, co-seigneur de Yinsobres, Philibert, et celui-ci, de Claudine de Bésiirnan, Gaspard, mari de Blanche de Poitiers.

Gaspard Pape, sieur de St-Auban et seigneur d'Allan. avait, comme son père, embrassé la carrière des armes. Il servit en Italie sous Biaise de Montluc, à la tête de 300 hommes de pied, et se convertit à la religion nouvelle I»eu de temps après « 11 soutint de tout son pouvoir

» François de St-Paul, l'apôtre de la Réforme, à Monté- » limar, » contribua à la prise de Barjols et de Villefranche et fut choisi par Condé pour remplacer des Adrets, dans le commandement en chef du Dauphiné ; mais ayant été fait prisonnier près de Tarare, il dut sa liberté à la promesse de ne plus porter les armes contre le roi. Après la conclusion de la paix, il devint gouverneur d'Orange et domina sur presque tout le Comtat. En 1567, comme il défendait la ville de Montpellier, il fut tué à l'attaque du fort St-Pierre.

Plusieurs auteurs, et M. Petilot entr'autres, ont confondu Gaspard Pape avec Jacques, son fils, l'auteur de< Mémoires; mais la BUxfrajthie du Daupfùnê et la Franee protestante ont clairement distingué ces deux personnages. Jacques apprit le métier des armes dans la maison de l'amiral Coligny, et pendant la nuit de la St-Barthéleniy sa vie courut de grands dangers. Revenu en Dauphiné, on le trouve, en 1 573, sous les ordres de Montbrun . Il prend l'année suivante la Roche-sur-le-Buis, et, en 1577, le roi de Navarre le nomme gouverneur du Comtat ; il s'y défend dans Ménerbes pendant quinze mois et demi et conclut un traité de paix, l'année suivante, avec les sujets du pape. Je ne le suivrai pas dans ses campagnes du Rouergue et de la Lorraine avec Chatillon, qu'il a du reste fait connaître en détail dans les fragments de ses Mémoires, publiés par Petitot et par d'autres.

Jacques Pape testa le 15 janvier 1594. Il avait épousé, en 1573, Lucrèce dePeirets ou de Perez, fille aînée de la princesse de Salerne. Guy II, son fils, n'a joué aucun rôle important dans l'histoire : c'est lui qui revendiqua la succession de Jean de Poitiers.

Hector, frère de Jacques, fut capitaine de cent chevaulégers et mourut sans enfants ; on pense qu'étant gouverneur de Viviers il fut assiégé dans cette ville, pris le

17 mai 1568, et livré au Parlement de Toulouse, qui lui fit trancher la tête.

Je reviens à Guy II, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, en 1613. Il épousa, en 1604, Marie ou Manille des Massues dlrre, fille du seigneur de Vcrroiran, et eut entr autres enfants : Jean-Louis, sieur de Vercoiran, mestre de camp d'un régiment d'infanterie, mort célibataire; Guy, sieur de Sahune, capitaine en 1628, mestre de camp en 1632, et Gaspard, sieur de St-Àuban, qui commanda les régiments de Sully et de Lesdiguières.

Ce dernier épousa Blanche de Perissol, fille d'un président au Parlement de Dauphiné. Deux de -es tils, Guy • et Laurent, moururent garçons ; Jacques, lieutenant-colonel au service d'Angleterre, s'établit en Hollande, et Sanson, sieur de St-Auban, épousa, en 1671, dans l'église deCharenton, Elisabeth de Massanes. Elle le rendit père de Guy Antoine, mari de Charlotte-Marie Dupuy Montbrun.

Charlotte -Marguerite Pape, unique enfant né de ce mariage, s'unit à Jean-François Lériget de \m Faye, tils de Jean Elie, ingénieur et membre de l'Académie des sciences, né à Vienne en Dauphiné, et de Catherine Legras, d'une famille de robe.

Jean François Lafaye, d'abord secrétaire du cabinet du roi, devint colonel du régiment Koyal-Comtois, et fut tué en Italie, en 1747, à la suite d'un engagement. Il ne faut pas le confondre avec un autre Jean-François de lériget de La Faye, membre de l'Académie française, l'ami des écrivains et des artistes du temps, son oncle, mort à Paris en 1731 .

Françoise-Hippolyte Lériget, marquise de Lafaye, épousa François-Hector-Lucretius, comte de La Tour-dul'in, et laissa ses biens à Kolland-Marie Legras de Luart

et à Françoise-Emilie de Bimard, épouse de Jean-Baptiste-Joseph-David de Sade.

« Cette illustre et ancienne maison de Provence, à laquelle appartenait Hugues, dit le Vieux, que Ton croit mari de I,aure de Noves, chantée par Pétrarque, a produit des personnages considérables dans l'armée et dans l'église, sans compter le trop célèbre marquis de Sade. »

Ici s'arrêtent mes renseignements,

» La parfaite généalogie, dit Cborier, n'est pas une liste ennuyeuse de noms seulement; mais elle immortalise les morts vertueux, en les recommandant au souvenir des vivants, et en leur proposant l'imitation des vertus des morts. »

Le comte de La Tour-du-Pin avait fait préparer dans son château d'AIlan une chambre pour Jean-Jacques Kousseau, qui devait venir étudier la dore de la contrée. Le philosophe botaniste n'exécuta pas sa promesse, et de Unis les souvenirs attachés au manoir des Poitiers et des Pape St-Auban, celui-là pendant un demi-siècle a presque survécu tout seul.

La ruine du château ayant fait disparaître jusqu'à la trace des splendeurs de son passé, il y avait justice à rappeler quelques noms de ses possesseurs. (1)

(l) Rochas, Biographie du Dauphiné ; — Chorier, Jurisprudence de Guy Pape; — Haag. France protestante ; — \ouvelle Biographie universelle ; — Inventaire des archives départementales ; — A rmoriai du Dauphiné ; — Archives do la commune d'AIlan, etc.

Voici quelques notes complémentaires dues à l'obligeante érudition de M. le baron de Coston :

La comtesse de la Tour-du-Pin. décédée le 11 janvier 1814, au château de Condé (Aisne), laissa l'héritage du sa mère à la comtesse de Sade, demeurant à Condé et celui de son père, au marquis du Luart, habitant au château de même nom. près Tune (Sarlhe). Les biens de la Drùme. c'est-à-dire les licls d'AIlan et de LaJonehère, commune de Beauregard, estimés 280,000 francs, passèrent au marquis du Luart. La

Seigneurs et Vassaux

L'absence de titres ne permet pas d'établir les rapports féodaux des seigneurs d'Allan avec les habitants de leur terre, avant le xiv« siècle. Il paraît même, par l'acte du 13 janvier 1338, portant cession des droits de Giraud Adhémar de Monteil à Robert, roi de Jérusalem et de Sicile, que le fief était alors partagé en dix-huit portions, dont six relevaient de l'évéque de Valence et onze du vendeur ; qu'en outre, sur les parts épiscopales, Giraud Adhémar en possédait deux, les autres étant aux mains

d'Hugues Imbert, d'Hugues Amurat, deKeymond et

de Godefroi de Villefort; qu'enfin, sur les onze dudil Giraud, Hugues de Laza (1) et Pierre de La Hoche en tenaient deux. Or, toutes ces divisions et subdivisions sont aussi peu favorables à la découverte de la vérité qu'elles étaient jadis contraires à l'extension des libertés communales.

Le roi de Jérusalem, comte de Provence, immédiatement après son acquisition, députa sur les lieux des commissaires spéciaux pour reconnaître ses nouvelles

comtesse de la Tour-du-Pin les tenait de son père par substitution, aux termes de son testament, reçu Nicolas, notaire à Montélimar, le 19 mars 1732, et la mort de Guy Pape Saint- Auban, frère de la comtesse, arrivée à Montélimar le 15 février 1752, avait ouvert le fidéicommis.

(1) La pièce consultée est une transcription du xvnr siècle : elle porte Laza; mais ec fallait-il pas lire Laya ou Lara ?

L'ABRONDIRSEMBNT

terres. Ceux-ci, ayant été introduits, « par la main, entre » le château et le fort d'Allan et mis en possession de la » moitié par indivis, en leur présentant et donnant les » clefs dudit château, ouvrirent les portes des portails et » s'introduisirent dans le fort qu'ils virent, touchèrent et

* examinèrent, pour marque de prise de possession, « après quoi, ils sortirent et fermèrent le fort avec

* les clefs qu'ils remirent à Guillaume Gautier, bailli » du château. »

Cette cérémonie achevée, un crieur public lit â son de trompe la proclamation suivante :

« De par le seigneur Robert, roi de Jérusalem et de » Sicile, et les commissaires députés par le sénéchal de

* Provence et Forcalquier, et Giraud Adhémar, seigneur

■ de Montélimar et co-seigneur du château d'AUan. il

■ est ordonné à toute personne dudit lieu, de quelque ■> condition qu'elle soit, qui se trouve obligée de passer - reconnaissance et de prêter hommage, de comparaitre » dans trois jours par devant les sieurs commissaires,

* agissant au nom dudit seigneur roi, et ledit sieur « Giraud, pour soi, à peine de cent sols contre chaque » refusant et de la perte des propriétés et effets dont ils » seraient tenus de passer reconnaissance. »

Dans l'intervalle des trois jours, noble Pierre de La Koche, en son nom et en celui de noble Hugues de La/a , tous les deux co-seigneurs d'Allan, se reconnaît vassal du roi et de Giraud Adhémar, par indivis pour deux portions sur onze, fait hommage et prête serment de fidélité. A son exemple, nobles Dalmas de La Bâtie, Hugues Larnat, Guy de Rochemaure et Guillaume Gautier remplissent le môme devoir.

Les commissaires constatent ensuite que Giraud Adhémar perçoit à Allan des redevances annuelles en argent, en blé, etc., dont la moitié par indivis appartiendra au

DE MONTELIMAR

ÎOQ

roi comte de Provence, que le valedi du roi de France esl compté pour deux deniers et que les lods ou trezains des ventes et échanges se paient à raison de trois sols quatre deniers par livre.

L'archiviste Pays, qui a traduit par extraits Pacte analysé ici, ne fait pas connaître les noms des tenanciers assujettis aux redevances; mais, comme compensation, il m'a permis d'esquisser le tableau des revenus du comte «le Provence et de Giraud Adhémar. Le voici :

41 florins d'or de Piémont pour la censé ou taille;

t florin de deux juifs établis à Adlan ;

t florin de la chasse aux lapins, dans le bois ;

'2 florins pour 100 livres de fromage, à wi deniers l'une, exigées des propriétaires de troupeaux, de brebis ou de parcs ;

'2 florins pour un muid de la tasque du vin, le muid valant 14 barraux et^barraux une sommée;

1*2 florins pour six inuids de vin de la vigne de Fontchaude ;

t florin pour '2 sommées du vin de la tasque du fief de la Jordane ;

30 florins pour le bois de Lave, une buissière et deux terres con ligues de 4 sétérécs ;

4 florins ou 100 sols de la dernière herbe du pré de Fontchaude ;

8 tournois d'argent du roi de France pour la tasque des légumes ;

41 '2 tournois des 103 sétiers «le blé du four établi à Corbière, à 4 tournois l'un;

"280 tournois des 70 sétiers de la tasque du blé ;

140 tournois des 35 sétiers de blé du moulin de Fontchaude ;

40 tournois des 10 sétiers de blé du quart du moulin des Grecs ;

15 tournois des G sétiers de la tasque du millet;

25 tournois des 25 ras de la tasque de l'avoine ;

105 tournois des 105 ras d'avoine du droit de chevalage exigé des laboureurs avec un ou plusieurs bœufs, à raison de 7 ras chacun ;

240 tournois des 240 quintaux de la prairie de Fontcliaude ;

12 tournois des 12 quintaux de la tasque du foin ;

2 tournois pour les blés foulés par bétes étrangères ;

H tournois de l'abbaye d'Aiguebelle pour le pulvérage de ses troupeaux ;

10 tournois de 2 sétiers et demi de blé récoltés près du Pêchier ;

24 tournois des G sétiers de blé de la tasque du fief de la Jordane ;

1 tournoi et demi de la tasque du foin du même fief ; G deniers couronnés pour la censé d'un verger à El-

perdet ;

2 perdrix de Jacques Pelissier affranchi de la taille payée par tous les habitants et même par les co-seigneurs.

Giraud Adhémar possédait encore « un pcchier (vivier) » assez grand et un colombier nouvellement construit, » 5 sétérées de terre au (ïua, une vigne et une terre à Koure-Besson, les bans ou amendes, les clames à 5 sols par livre, après condamnation, et les encans à 12 deniers par livre.

Parmi les témoins de cet acte curieux se trouvent Jean Sarde de Masse, jurisconsulte, juge et bailli de Héauville: Jacques Kyssautier de Barcelon, notaire et^elavier du même lieu ; Pierre Rozan d'Espeluche, notaire; noble Pierre de Grane et quelques autres.

I ne transaction du 29 janvier 1443 nous apprend que Louis II, comte de Valentinois, père de Lancelot, avait

concédé certains privilèges aux habitants d'Alton, puisque Lancelot les confirma, (1) dans l'acte d'accord ménagé par Mathieu Pecouil, prieur de Notre-Dame d'Aigu et de Barbara, noble Jaraetton Garcin et Guillaume de Fabrico, d'Allan.

Quels pouvaient être ces privilèges?

L'analyse exacte de la transaction de 144-3 permettra d'en juger.

1. — Le seigneur réclamait des corvées pour cueillir son foin de Fontchaude, pour « pouer, foyte, biner et vendanger sa vigne, » aux dépens des corvéables, et pour transporter son bois au château ; de plus il prétendait que les habitants devaient « venir en ses œuvres pour 5 liards et 1 pinte de vin, • par jour. Il lui est accordé seulement deux corvées par an de chaque personne faisant feu au lieu d'Allan, de la Toussaint à Pâques, et le seigneur nourrira les corvéables. Les possesseurs d'ànes ou de mulets devront de plus une corvée vers Noël, pour le transport du bois de chauffage du château ; mais ils seront nourris. Ceux qui conduiront deux ou trois bétes pour ce charroi ne devront plus qu'une corvée de leur personne, par an.

2. — Lancelot voulait étendre à deux mois son banvin, c'est-à-dire la faculté de vendre seul du vin en détail. On lui octroie le mois d'août, seulement, et pendant ce temps, il sera tenu de « pourvoir auxdits hom- • mes et autres qui voudront en avoir, du bon et com- » pèlent vin, » et de leur donner ou vendre au prix commun, sans pouvoir l'enchérir.

3. — Sur le fait de la taille de 40 florins de Piémont, il est dit qu'elle sera payée seulement par ceux qui l'ont reconnue dans leurs hommages.

fl] Les Poitiers avaient-ils acquis les parts de l'évfquede Valenre et des successeurs du roi Kobert? Ce point reste à éclaircir.

4. —Comme le seigneur entendait pouvoir contraindre les habitants à travailler pour lui, au prix de 5 quarts ou liards et 1 pinte de vin, ceux-ci obtiennent exemption de « ladite servitude ou coutume - qui reste en vigueur contre « les hommes d'Alton qui viendront à se louer » ès-œuvres ou ouvrages des autres, » lesquels n'exigeront du seigneur que le prix commun alloué par le châtelain.

5. — Tout laboureur « tenant araire de bœufs, » devait une corvée desdits bœufs et 7 ras d'avoine ; la corvée est accordée, mais la redevance en avoine ou civa, appelée droit de chcvalage, est réduite à 3 ras et demi.

6. — 15 livres de fromage grevaient chaque propriétaire de troupeau ou de parc ; ce tribut est reconnu, avec la clause de pouvoir le payer en argent, â raison de (> deniers tournois ou viennois.

7. — Chaque ménage faisant feu s'oblige à donner au seigneur, de la Toussaint au Mardi gras, 1 poule ou 1*2 deniers monnaie courante.

8. — Ceux qui ont des juments pour fouler leurs blés et autres grains, s'engagent a fouler ceux du seigneur, moyennant salaire.

Inutile d'ajouter que la transaction ne touchait par aucun point aux obligations ordinaires des tenanciers ou emphytéotes. Elle accordait, en revanche, à la communauté quelques privilèges fort recherchés alors par les populations pastorales, comme ceux : 1° de mener paitre leurs troupeaux de brebis, sans dommage, par tout le mandement; 2° de prendre du bois mort et de le vendre ou de s'en servir, à leur gré; 3° de couper « des fustes » et arbres pour la réparation de leurs maisons et habi- » tations et pour le fourniment des vaisseaux et usten- » siles et des vignes, mais non de les vendre, sans per- » mission ; » 4° de chasser « à toutes sortes de bétes et

DE MONTFLIMAR

» volatiles sauvages, avec des chiens tant seulement, et » sans aucun instrument de filets ou de cordes, prin- • cipalcment les conils (lapins), à un trait d'arbalète du » Devès de Sablière, Hatc et Lave : » si un chasseur prenait par hasard un lapin du seigneur, il devait le lui présenter; s'il tuait perdrix, bécasse ou lièvre, il était tenu d'en avertir ledit seigneur, qui refusait ou achetait ce gibier; pour les grosses chasses, il devait, selon la coutume, l'épaule droite du cerf ou de la biche et la chair du sanglier ; 5° de ne pouvoir être emprisonné que par larcin, crime de lèse-majesté, homicide, incendie ou viol, et de présenter caution pour les délits ; 0° de n'être poursuivi j>our injures verbales que sur la demande de la partie offensée et pour diffamation grave ; 7° de n'être poursuivi également « pour quelconques escorregudes ou escapades des avers (dommages causés par les troupeaux) qu'au refus d'indemnité ; 8° de payer pour les lods des fonds vendus le sixième du prix ; 0° de garder leurs libertés anciennes ou les nouvelles, à leur choix ; 10° de jouir « les pas</uiers tpatis) d'Aiguebelle et Barret, d'en affermer ou vendre l'herbage et le bois, à leur gré ; » 1 lu de ramasser la glandée; 12° d'imposer « soquet et entrée du vin, tournage, vintenage et trentain » sur le blé et autres grains pour les réparations des murs et fortifications du lieu; 13° d'élire leurs consuls et procureurs, en les présentant au châtelain ; 14° enfin d'offrir un présent au seigneur, pour une fois seulement. (1)

(1) Archives communales d'AUan.

Emancipation progressive

Il ne suffisait pas d'obtenir des franchises, il fallait encore les conserver, et ce n'était pas là chose facile.

Un acte de 144., dans lequel intervient Lancelot, bâtard de Poitiers, seigneur de Chàteauneuf-de-Mazenc et d' Allait, porte (pie, contrairement aux usages anciens, tout propriétaire pourra interdire rentrée du bétail dans ses prés, que l'évaluation des dommages de ce genre sera faite dans trois jours, à peine de déchéance, et que le rapport des experts sera soumis au juge ou au châtelain dans dix jours, passés lesquels l'action sera éteinte.

En 1471, François de Poitiers soumit à la taille les habitants d'Espeluche, propriétaires à Allan, et leur donna des droits sur les pâturages du lieu.

Ce sont là des actes à indiquer en passant, pour montrer l'importance qui s'attachait alors à un brin d'herbe: mais il en est d'autres d'un intérêt véritable pour l'intelligence des luttes soutenues par le tiers-état revendiquant plus de liberté.

Ainsi, vingt ans après l'accord de 1443, François de Poitiers, (ils de Lancelot, s'avisa de défendre aux habi- . tants d'Allan la coupe et l'enlèvement du moindre arbre pour leur usage dans tout le territoire, de leur imposer à tous la taille de 40 florins, d'accenser leurs herbages et glandages d'Aiguebelle et de Barret, de s'emparer de la maison et des terres de leur confrérie du Corps du Christ, de poursuivre de son chef les dégâts commis par les bes-

tiaux, et d'emprisonner les délinquants en dehors des cas prévus et spécifiés. Grand fut l'émoi des vassaux à la nouvelle de ces empiétements ; grande aussi fut leur résistance. Cependant Mathieu Pécouil, prieur de Notre- Dame d'Ajgu et de Barbara, et Jean Jordan, notaire, parvinrent à ménager une transaction, qui reconnaissait les droits et privilèges anciens des vassaux, leur adjugeait la maison de la confrérie pour leurs assemblées religieuses et communales et pour les mariages, sous la censé de trois gros, monnaie courante, avec lods, investiture et droit de prélation. Quant au seigneur, il obtenait que le bois de Farnet ne pourrait être coupé sans sii permission et que la taille de 40 florins lui serait payée par tous.

L'acte d'accord fut dressé dans le château d'Allan le 15 mai 1464.

Nouvelles difficultés, en 1494, entre les habitants et Jean de Poitiers, protonotaire apostolique, agissant en son nom et en celui de Charles et Louis, ses frères, tous coseigneurs d'Allan. Jacques de Vesc, doyen de la collégiale «le Montélimar et prieur d'Espeluche, Jean Calvier, de Chàteauneuf-de-Mazenc, et Maxime Rippert, de Montélimar, ménagèrent un accord, d'après lequel les pâturages communaux appartiendraient aux co-seigneurs vers le Jas de Garenne, Cheynier et Aubagne; la fontaine de môme nom serait toujours accessible au bétail des vassaux ; l'autre portion des pâturages devrait être partagée entre ces derniers, à la condition d'en payer la censé à raison de 2 deniers tournois par salmée de terre et la tasque ou le vingtième des fruits. Malgré l'abandon aux seigneurs de leurs pâturages et leur admission au bénéfice du partage de la partie restante, les habitants s'obligèrent encore à réparer les murailles du bourg et à ne plus prendre des branches d'arbres dans le devès sei-

gneurial ou bois de Fairnet. Antoine Roux, curé d'Allan, et Chaumassin, bachelier en droit du même lieu, furent témoins de l'acte passé à Aubagne, sur le chemin d'Aiguebelle.

En 151*2, les seigneurs réclamaient 200 florins pour réparer les murs d'enceinte du bourg et la résistance des vassaux n'aboutit qu'à une imposition de la somme demandée sur le vin et les grains (souquet du vin, vingtain des grains).

Hector de Poitiers, écuyer, l'un des cent gentilshommes du Roi, élevait, en 1550, de nouvelles prétentions sur le chapitre de ses droits. 11 fallut en venir à un arbitrage. Hector choisit messires Louis de Lest range, Jean d'Albenas, lieutenant du sénéchal de Nîmes, Gaspard Bourrcl, avocat de Montélimar, Gaspard Pape, écuyer, seigneur de St-Auban, et au refus du baron de Lestrange, Honorât Dupuy, seigneur de Roehefort, écuyer. Jean Coustan et Aimar Mège, consuls, assistés des procureurs élus à cet effet, nommèrent de leur côté Louis Rival, avocat du roi à Montélimar, Jacques Muret, docteur et avocat, Michel Franchessin, seigneur de Roussas, et Marchaver, notaire de St-Paul.

La transaction porta que le seigneur pourrait affermer son privilège exclusif de vendre du vin en détail pendant le mois d'août, sans surcharge ; forcer les journaliers à travailler pour lui ; prendre la poule due par les vassaux, en payant 5 deniers tournois; exiger 2 sols de ban par trentaine de brebis, en cas de dommages à son devès ; faire emprisonner pour dette civile, lever le vingtain des blés et autres grains à raison d'une part sur vingt-cinq.

Il fut en outre convenu qu'il perdait le droit de vendre aux étrangers les herbages et la glandée, en abandonnant aux habitants son devès autour du bourg et le jet de

l'arbalète, de tous les côtés, sauf de celui de Rate ; d'empêcher la chasse à l'arbalète, si ce n'est aux perdrix ; de aarder la maison de la confrérie, et de réclamer plus de la moitié des censés arriérées.

Mais, comme compensation, il obtint le « circuit d'une • grande montagne la plupart pleine de bois » et une terre à la Blachette, pour devès. Enfin ses vassaux promettaient de n'engraisser et introduire aucun bétail étranger dans le territoire d'AUan. de ne point couper du bois vert pour le vendre et d'observer la transaction du 29 janvier 1443.

L'année suivante on planta les limites des bois et de la terre donnés au seigneur par la communauté.

Cette transaction ne mit pas fin aux entreprise d'Hector de Poitiers, car Jean, évéque et comte de Saint-Paul- Trois-Chàleaux, le 1"2 août 1535, à la requête des habitants, les délia de leur serment de fidélité, par les considérations suivantes : Depuis près d'un an Révérend Père (1) Hector de Poitiers avait contraint ses vassaux à lui reconnaître des droits de seigneurie directe, des cens, hommages, banalité des moulins, etc., contrairement aux anciennes reconnaissances, et les avait induits à cela, l'un après l'autre, à leur grand préjudice, profilant de ieur ignorance; ceux-ci avaient obtenu delà chancellerie d'Aix des lettres de rescision et cassation de tels actes onéreux de plus de moitié; mais craignant de contrevenir au serment par eux prêté, lors des contrats antérieurs, ils demandaient à être déliés dudit serment, alin de pouvoir faire entériner leurs lettres et d'en faire usage.

On a aussi un monitoire d'Ar. de Castro, docteur èsdécrets, vice-gérant de la Chambre apostolique d'Avignon, adressé aux ofiiciaux de Valence, Die, Vaison,

fl) Pourquoi cette qualification?

Viviers, St-Paul, etc., en janvier 15:29, pour obtenir des révélations sur les vols de vases sacrés, détournements de titres, détentions arbitraires, coups et blessures soufferts par les habitants d'Allan. 11 est dit que, parmi les personnes emprisonnées, une avait perdu la raison et l'autre avait été enfermée dans un souterrain avec des bêtes vénimeuses.

J'ignore le résultat de ce monitoire, mais les faits qu'il révèle ne donnent pas une baule idée de la protection féodale. Revenons aux seigneurs d'Allan. Guy Pape, seigneur de la commune et de St-Auban, voulait obliger chaque possesseur de 10 à W brebis à lui payer 1 5 livres de fromage par an. Le 7 mars 1G2C, Claude Truchier, de St-Paul, vi Nicolas Pavin, procureur à Montélimar, médiateurs communs, décidèrent que les seuls troupeaux , de 30 têtes au moins devaient les 15 sols ou les 15 livres de fromage réclamés; que les vignes et vergers seraient toujours défensables, sauf pour leurs propriétaires : que deux gardes champêtres seraient nommés annuellement pour veiller à la conservation des bois et des fruits, et qu'en outre de leur traitement ils auraient le cinquième des amendes.

La lutte de deux siècles entre les seigneurs et la communauté finit-elle avec cette transaction ? Les documents consultés s'arrêtent là, Tels quels néanmoins ils nous montrent l'énergique vigilance des consuls rt des conseillers chargés des intérêts communaux, el le patriotisme de nos pères défendant une à une leurs franchises et préparant ainsi une ère plus favorable à la propriété el à la liberté.

Mil

Le premier mûrier

A l'histoire de la seigneurie se rattache un problème historique d'une importance majeure pour l'agriculture et l'industrie : l'introduction du mûrier blanc en France.

Faujas St-Fond, illustre géologue montilien, est, je crois, le premier qui ait osé trancher la question. * Pres- » que personne ne sait, dit, d'après lui, Y Annuaire de » la Dr&me de l'an xm, que le premier mûrier planté en - France fut apporté de la dernière croisade par un Guy • Pape, seigneur d'AUan, à une lieue de Montélimar. Cet » antique mûrier existe encore. M. de la Tour-du-Pin-

■ Lachau fit respecter ce monument d'agriculture, en le

■ faisant entourer d'un mur, et en défendant qu'on en » cueillit la feuille. » N'en déplaise à Faujas St-Fond, la dernière croisade eut lieu sous Suint Louis, de 1*208 à 1*270, et la maison de Pape ou de La Pape n'était pas encore fort connue alors dans les environs de Lyon, d'où elle sortit plus tard. Que si l'on veut bien donner le nom de croisades aux expéditions dans la péninsule de Charles VIII, de Louis XII et de François I*rt Guy Pape, malgré même cette concession, ne pourra y prendre la moindre part. En effet, le jurisconsulte qui jeta de l'éclat sur sa famille était mort en 147*2, deux ans avant le départ de Charles VIII, et Guy Pape 11, un de ses descendants, vivait sous Henri IV, de 1003 à 1613.

Valmont de Boniare fait remonter à Charles IX l'introduction du mûrier, et ['Encyclopédie des Sciences la

recule jusqu'à Charles VII; de 14*22 à 1574 la distance est grande.

« Je ne rechercherai pas, dit ONivier de Serres, les > causes et le temps de l'introduction du mûrier en ce » royaume plus avant que du règne de Charles VIII. » Dans le voyage qu'il lit au royaume de Naples, en » 14-94, quelques gentilshommes de sa suite y ayant re- » marqué la richesse de la soie, à leur retour chez eux » apportèrent l'affection de pourvoir leurs maisons de

• telles commodités. Après être Unies les guerres d'Italie, » ils envoyèrent à Naples quérir des plants de mûrier

• qu'ils logèrent en Provence, le peu de distance qu'il y

• a d'un pays à l'autre facilitant l'entreprise. Aucuns » disent que ce fut en l'extrémité de la Provence, encla- » vée dans le Dauphiné, où premièrement les mûriers « abordèrent, marquant même Allan, près de Monté-

• limar, qui en fut lors pourvu par le moyen de son » seigneur, qui avait accompagné le roi dans son voyage » de Naples. »

Boissier de Sauvages et M. Pilot adoptent celte opinion sur un point : l'époque de la campagne de Naples. Pas un mot du seigneur d'Allan. M. Poirson se range a l'avis d'Ollivier de Serres ; et « les vieux gros mûriers » d'Allan, contemporains d'un auteur qui était né à Villeneuve-de-Berg, ne laissent pas que de former un préjugé considérable en laveur de cette commune. Mais qui les avait plantés ? .le ne crois pas que les trois fils de François de Poitiers, encore sous la tutelle de Jeanne de Taulignan, leur mère, en 1483, fussent assez versés dans la science économique, en 1494, pour entrevoir les bienfaits d'une semblable importation ; je ne crois pas non plus que les Pape St-Auban, établis à Allan vers 1545, a ont fait exprès le voyage de Naples.

Examinons donc avec calme et impartialité ce que

peut avoir de vrai l'opinion des auteurs précités et de vingt autres écrivains, comme l'abbé Rosier, Rivoire, etc. (1).

Le ver a soie, au dire des naturalistes, est originaire de la Chine septentrionale parce que là seulement le mûrier vil à l'état sauvage. Des Anglais ont récemment trouvé cet arbre en Perse et sur les pentes de l'Himalaya, et les Indiens peuvent ainsi, au même titre que les Chinois, avoir cultivé l'industrie séricicole vingt ou vingtsix siècles avant J.-C. Les premiers essais d'éducation domestique des vers à soie furent l'œuvre d'une princesse chinoise, l'impératrice Si-Ling-Chi. l'ne autre femme parvint aussi, dit-on. la première, à enfreindra les lois qui défendaient l'exportation du céleste empire des vers et du mûrier. • Vers l'an 140. avant notre ère. » dit M. de Quatrefages, une princesse de la dynastie

• des Han, fiancée à un roi de kholan, contrée située » vers le centre de l'Asie, apprit avec terreur qu'il n'y ■ avait dans ce pays ni mûriers ni vers à soie. Plutôt

• que de renoncer à l'un et à l'autre, elle ne craignit pus

• d'exposer sa liberté et sa vie. En partant pour aller » rejoindre son époux, elle cacha des graines et des œufs

sous son bonnet. Les gardes n'ayant pas osé déranger

• la coiffure d'iui membre de la famille impériale, œufs » et graines arrivèrent à bon port. » Au vr siècle de notre ère, l'Europe ignorait encore l'art d'élever les vers cl de travailler la soie : ce furent deux moines basiliens, qui, en 55*2, l'y introduisirent. Toutefois l'histoire n'explique pas de quelle manière il fut possible d'avoir en même temps des vers et de la feuille. Peut-être le mûrier noir, déjà connu en Grèce à l'époque de Pyrame et de Tliisbé, servit-il à ces premières tentatives. Au vnr

;1) Rozier. Cours complet d'agriculture, au mot Mûrier : —Rivoire, Statistique du (lard.

siècle, les Maures introduisirent le mûrier blanc en Espagne, et Koger-le-Conquérant, en 1146, dans la Sicile et les Calabres, à la suite d'une expédition contre Manuel Comnène. (1)

« M. de Gasparin, poursuit M. de Quatrefages, a dé- » montré avec la plus complète évidence que la culture » du mûrier et l'élevage du ver à soie étaient entrés en

• France par la Provence et à la suite des conquêtes de

• Charles d'Anjou. Dès la fin du xnr siècle, il se fabri-

• (juaît des taffetas à Marseille. En 1345, Rolland, séné-

• chai de Beaucaire et de Nîmes, envoyait à Jeanne de

• Bourgogne douze livres de soie de Provence, achetée » à Montpellier, et devenue, par conséquent, un objet » d'exportation. » (2)

11 est tout à fait naturel que les princes d'Anjou aient songé, plutôt que les compagnons de Charles VIII, à doter la Provence d'une industrie prospère à Naples, cl quelque princesse aurait joué dans cette importation un rôle important que je n'en serais nullement surpris.

Cependant il y a une autre explication. Au commencement du xive siècle, à l'époque où Clément V transféra le Saint-Siège à Avignon, le mûrier fut planté pour ta première fois dans le voisinage de cette ville, d'après le témoignage de quelques historiens.

Sur ce point j'ai deux témoignages peu suspects : celui du pasteur de l'Eglise réformée de Sauve (Gard), auteur d'un Guide du magnan'wr justement apprécié, et celui de Roland, successivement ministre de Louis XVI et de

(1) De Quatrefages, Essai sur l histoire de la Sériciculture et sur la maladie actuelle des vers h soie (Paris, Victor Masson, 1860;.

[2) De Gasparin, Essai mr l'histoire de l'introduction du ver h soie en Europe.

la Képublique française, qui avait été agronome avant de se jeter dans la politique. (1)

Tout en admettant, avec M. de Gasparin, que las Souverains Pontifes aient joué le rôle d'initiateurs dans te Comtat, rien ne prouve qu'ils aient imprimé à l'industrie «érigène une vive impulsion. En effet, Symphotïen Champier, un des fondateurs du Collège de Médecine de Lyon, déclarait en 1^3, dans son Hortus gallicus, que la culture du mûrier était alors un objet de pure curiosité.

M. Poirson, dans son excellente Histoire du règne de Henri IV, prétend que Louis XI l'avait introduite dans son royaume, mais que cet intelligent essai ne dépassa guère les limites de Tours et de la Touraine. D'autres auteurs nous présentent l'intelligent mais soupçonneux et parfois cruel monarque, installant dans son parc de Plessis-lès-Tours François-le-Calabrais avec ses cornlignons, pour initier les populations à toutes les industries séricicoles (14611). Catherine de Médicis, à l'exemple de Louis XI, encouragea de son mieux les plantations de mûriers, et une ordonnance de son fils Henri III nous apprend que « par toutes les villes assizes le long de la

• rivière du Kosne, » il y avait « plusieurs milliers

• d'hommes, femmes et enfants qui solloicnt gaigner

• leur vie à filer soye. »

l'n jardinier de Nîmes. François Traucat, possédai l une pépinière de mûriers dès 1554., et en 1G06 il se glorifiait d'avoir répandu plus de 4 millions de plants de cet arbre dans le Dauphiné, la Provence et le Languedor, sous Henri II, Charles IX et Henri III.

Ollivier de Serres, de Villeneuve-de-Berg, publiait en 1595 : La cueillette de lu soie jwur fa nourriture dm

i) De Uuatrefages, ouvrai rilë.

vers qui la font; et en 1003, la Seconde richesse du mûrier blanc qui se trouve en son écorce pour faire des loi/es, etc. Le poème de Beroalde deVerville sur les vers à soie est de Tan 1600. On a de Jean-Baptiste Le Tellier un Br'wf discours contenant la manière de nourrir les vers à soie (Paris 100*2), et un Mémoire et instruction pour l'êtab/issenwnt des mûriers et art de faire la soie (Paris 1603 et 1005). Le Roi (Bénigne) dressa aussi des instructions sur le même sujet à l'usage du clergé, avec des ligures explicatives. Enfin Laffemas (Barthélémy de), natif de Beausemblant près St-Vallier, valet de chambre du roi Henri IV et contrôleur-général du commerce, donnait, en 1003, sa Preuve du plant et profit des mûriers; en 1604. la Façon de semer la graine de mûrier et gouverner les vers à soie, et un troisième mémoire sur la rulture du mûrier.

L'élan donné par LalTemas et Ollivier de Serres triompha du mauvais vouloir de Sully, et le 27 septembre 1600, Henri IV ordonna de planter des mûriers dans le jardin des Tuileries, et d'en envoyer dans toute la France. Ce sont les Sulft/s que Ion rencontre encore en plusieurs endroits; « car, dit très-bien M. de Quatrefages,

• ici comme en bien d'autres occasions, la reconnais- < sance publique s'est égarée et a fait honneur du bien-

• fait précisément à celui qui l'avait combattu de toute " sa force. »

.le n'ai pas à rappeler les elïorts de Colbert pour continuer l'œuvre d'Henri IV ; ni les progrès de la récolte des corons, arrivée de 6 millions au xviu* siècle, à "26 millions de kilogrammes en 1853 ; ni la mystérieuse maladie qui, depuis 1854. prive la France de plu* de 50 millions de francs par an ; ni même les industries multiples qui transforment le cocon en produits si divers. Ma tâche, plus modeste, se bornai I à préciser l'époque de

DE MONTELIMAR

l'introduction du mûrier en France et à discuter les titres d'Albin. Or, en présence de tant d'opinions divergentes sur un même point, j'écrivais en 1858 dans le Courrier de la Drôme et le Commerce sêricicole : « Si maintenant Ton

• me demande qui planta les quatre mûriers de Font- » chaude et celui de La Bégude qui existait encore en

• 1817, ainsi que récrivait le colonel Ferrent, je répon-

• drai hardiment : Ce sont les tenanciers du seigneur

• d'Allan. Le mûrier était connu dans le Comtat; ils

• l'acclimatèrent par curiosité ; et leur essai, qui devait

• avoir de si heureuses conséquences sur la fortune pu-

• hlique, n'attacha aucune considération à leur nom. »

« Cette conjecture pourrait être vraie, » a dit M. de Quatrefages, et je remercie le savant académicien de cet aveu qui donne à mon idée la valeur d'une opinion tout aussi raisonnable que celle des partisans de Louis XI, des rois de Naples, des Souverains Pontifes et des seigneurs d'Allan. Elle n'exclut pas d'ailleurs le mérite des premiers introducteurs ; et si jamais elle se traduit en une statue au sériciculteur d'Allan, il faudra graver sur le piédestal : Au Bienfaiteur inconnu.

Le Tiers- Étal

Après l'exposé sommaire des faits principaux se rattachant à l'histoire du prieuré et du fief, il me reste à parler de la commune et île la condition générale des

habitants. Touchant l'administration municipale les titres sont muets, avant l'établissement des tailles annuelles sous Louis XI ; la gestion consulaire date de celte époque. Chaque année deux consuls nommés dans une assemblée générale des habitants, présidée par le châtelain, percevaient les impôts, payaient toutes les dépenses et soumettaient leurs comptes à une autre assemblée générale. Ce mode de suffrage universel ne manquait ni de simplicité ni de grandeur, et il produisit d'héroïques dévoûments. Louis XIV et Louis XV, par des modifications successives, détruisirent à peu près l'ancien système administratif. La vénalité des offices de justice avait commencé au lemps de François Ier, ces deux monarques rétendirent aux offices municipaux. Toute liberté s'évanouit presque avec l'édit de 1G92, qui permettait d'acheter les offices de maires, et avec celui de 1704, qui érigeait en offices royaux et héréditaires la moitié des charges municipales. Il serait trop long d'énumérer toutes les créations, suppressions et rétablissements d'offices qui eurent lieu à cette époque; en 1750, le Parlement de Provence parlant des habitants de la province, disait au roi : « Leurs communes ne sont point des con- » cessions ; leurs élections ne sont point des privilèges ; * leur possession n'a point de commencement et no sau- » rail avoir de fin sans oppression manifeste. » En 1772, la Provence avait dépense douze millions et demi pour racheter tant de charges fiscales. (I)

Est-ce pour cette cause ou pour d'autres qu'Allan s'endetta et qu'un arrêt du Conseil d'Etat réduisit ses dettes en 1718 et diminua ses charges locales?

lTn mémoire dressé, en 1789, par la communauté et les habitants du tiers-état d'Allan « pour faire connaître

1) Théod. Morin, Essai fur l'esprit de la législation municipale en France.

DE MONTELIMAR

leurs misères, charges, plaintes et doléances » au roi et aux Etats généraux, renferme d'assez instructifs détails pour me dispenser d'étendre outre-mesure cette notice. Il porte la population à 193 âmes, alors qu'en 1337 elle était de 295, et explique ainsi cette diminution : « Il

• peut se faire que, dans le premier temps, l'espoir

• d'être heureux ait déterminé le choix des premiers » habitants; mais la misère et le dégoût ayant pris » la place de leurs premières espérances, bientôt Pémt-

• gration établit un grand vide parmi eux. Le cadastre

• de 1606 et 1607 y nomme neuf ou dix avocats, no-

• taires, bourgeois ou négociants; aujourd'hui il n'en » existe aucun qui ait ces qualités ou les moyens de les

• soutenir; il n'y a plus qu'un certain nombre de mé- » nages laborieux qui se soutiennent par l'économie et

• le pénible travail auquel ils sont attachés toute l'an-

• née ; le reste des habitants est un peuple agricole, qui » à la fin de l'année n'a pour récompense de ses pé- » nibles occupations que la plus grande médiocrité ou

• l'indigence.»

Le terroir d'Allan, continue Le mémoire, est assez spacieux et son aspect fit sans doute illusion à ses premiers cultivateurs; mais le terrain de qualité sablonneuse donne librement prise aux eaux pluviales qui le ravinent et l'emportent ; la partie est ne comprend que des coteaux pelés et stériles. L'absence de rivière et partant d'arrosages, jointe à la cherté du sel, s'oppose à la l'élevage du bétail ; et si, en 1607, on comptait 204 bêtes à cornes, 139 bêtes de somme, 7,140 bêtes à laine et 960 pourceaux, ces nombres se trouvent réduits à 70 eouples de bétail gros et menu et à 1200 brebis ou moutons. Le vin est la principale ressource de la population et plusieurs vignes ruinées ne pourront plus être rétablies. Quant aux mûriers, « qui étaient aussi d'un grand

L'ABRONDISSEMENT

» secours pour les habitants, non-seulement les anciens » ont péri, mais les nouveaux meurent plus tôt ou ■ viennent moins bien qu'autrefois. » Dans ces conditions, la majeure partie des propriétaires s'endette chaque année pour vivre ou payer ses impôts; l'autre partie émigré au moment des vendanges, et souvent meubles et immeubles sont saisis pour le paiement de la taille et des censés. Certaines maisons menacent ruine et la misère publique augmente de jour en jour. Il n'y a ni routes, ni passage, ni fabrique, ni moyen quelconque de gagner de l'argent; au seigneur appartiennent les meilleurs fonds et ses six domaines donnent les revenus suivants : Aubagne, 800 livres; La Bégude, 1300; Grange-Neuve, 800; Beauvoir et Beaumont, 1,800 ; Bressas, 500; Les Moulins, 1175.

Ajoutant à ces propriétés les 330 livres de la ferme du four banal, les 330 livres des prairies de Marane, les 4*25 des vignobles, les 3, 200 des censés et tasques, les 300 des lods, les 100 des corvées, on arrive à un total net de 10/230 livres, distraction faite de 4O0 livres pour l'entretien des domaines, de 24 pour les gardes et 190 • pour Yafllorinemeiti.

De cet exposé les habitants concluent à la nécessité de diminuer leurs charges et île répartir également sur les trois ordres les divers impôts qui grèvent la propriété.

l ue démonstration mathématique accompagne ces plaintes, et je vais la faire connaître.

Hécolte en blé, seigle et orge 2,525 sét. (1).

Frais de culture, 1 9 330 s

Semences, 13 990 1,500 —

Dîme à la cote 30, lasque à la cote 25. Î80J

Reste net 1,025 —

(1) Le sêtier pèse 100 livres.

Récolte en épeautre et avoine 458 sétiers.

Frais de culture 51 .

Semences 152 235 —

Dîme et tasque 321

Reste net 223 —

Récolte en sarrasin 400 sétiers.

Frais de culture, 1/5 80 \

Semence 20!» 128 —

Dîme et tasque 28 J

Reste net 272 —

Récolte en vin . 2,580 barr. (1)

Dîme et tasque 190 —

Reste 2,390 —

Chaque barrai vaut 3 livres 7,170 livres.

Frais de culture, tonneaux, etc 1,290 —

Reste net en argent 5,880 —

Cocons, 67 quintaux à 24 sols la livre. . . 8,040 livres. Graine, 12 livres à 32 livres l'une. . 384 \ Dépenses pour bois, étagères, etc. . 288 > 4.356 — Feuille 3,684J

Reste net en argent 3,684 —

Huile, 25 quintaux à 40 livres l'un . . . 1,000 livres. Frais 150 —

Reste 850 —

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