CHARGES DE LA COMMUNE
3,240 sétiers de grains à 8 livres l'un, pour combler le
déficit de la récolte 25,920 1 » *
Tailles et impôts 4,993 »
Déficit de foin, à 3 livres le quintal .... 2,400 »
Mortalité du bétail 1,500 o
Droits féodaux 1,763 16
Total 36,576 1 16-
Retranchant le revenu 10,416 12
Il reste un déficit de 26,160 1 4 •
Ce chiffre môme diminué de moitié n'est-il pas la meilleure preuve de la justice des doléances des habitants?
En 1839, d'après M. Mermoz, le revenu des propriétés rurales allait à 58,041 fr., le revenu moyen d'un hectare à W fr. 84 et la contribution moyenne à 1 fr. 51.
Malgré les améliorations agricoles et industrielles dont cette commune s'enorgueillit, elle en réclame encore une, mais en vain, depuis plus de 50 ans : celle de pouvoir défricher et convertir en vignoble son terrain des Ebrachas ou Grandes-Bruyères. Elle ne retire aucun avantage de cette propriété, et les belles plantations de la Juillère prouvent qu'elle pourrait en obtenir un excellent revenu, si l'administration forestière le voulait. Or, pour achever ses routes et ses édifices publics n'a-t-elle pas un besoin légitimement prouvé de mettre a profit toutes les ressources de son heureux climat?
IllostratiOBs
J'ai parlé déjà de Jacques Pape, l'auteur des Mémoires sur les guerres civiles du xvr siècle, et je ne rappellerai son nom que pour émettre le vœu de la publication complète de ses œuvres, si elles existent encore. Quant à Gaspard , son père, ( 1 ) je dois à l'obligeance de M . Devès, greffier de la Justice de Paix de Grignan, de nouveaux détails sur les exploits de ce guerrier dans le Conitat; mais l'histoire de la famille des Pape Saint-Auban se trouve aussi étroitement liée à celle de l'arrondissement de Nyons, et malgré mon désir d'ajouter aux rares illustrations d'Allan les noms de tous les hommes de mérite sortis des Adhémar, des Poitiers et des Pape, je dois éviter les répétitions qui résulteraient des notices sur les villages appartenant à une même famille.
Toutefois, à cause d'une légende populaire dont j'ai en vain cherché la base historique, une exception me semble permise en faveur de Guy Pape, sieur de Sahune, lils de Guy H et de Marie ou Mabille des Massues.
Ce gentilhomme, capitaine en 1628, et mestre de camp en 1632, joua-t-il un rôle dans les mouvements contemporains? Il serait permis de le conclure des Mémoires du duc de Rofum, où est mentionnée la capture
(1) Il s'intitule, en 1563. « gouverneur et lieutenant-général pour le Roi es-pays du comté de Venisse et principauté dOrange, défenseur des chrétiens oppressés qui ^eulent se retirer en leurs maisons et tous autres desdits pays qui veulent vivre en paix, sous l'obéissance de Dieu et du roi. *
d'un Saint-Auban, « qui incommodoit le chemin de Pouzin à Privas. » Mais, outre la différence des noms, l'ensemble des faits légendaires indique une époque plus reculée et plus voisine de l'invention de la poudre et des bombardes.
Quoi qu'il en soit, voici le conte que m'a transmis un correspondant bienveillant :
Au temps où M. de Sahune était seigneur d'Allan, une troupe de soldats étrangers s'empara de la ville de Montélimar. Or, ce gentilhomme passait dans le pays pour avoir une puissance surnaturelle. A défaut de secours en hommes, en chevaux et en machines, les habitants implorèrent son assistance. Quand leurs députés arrivèrent à Allan, un orage affreux grondait sur la Valdaine et la nuit s'avançait à grands pas. De Sahune, instruit du malheur de ses voisins et amis, entra aussitôt dans une sorte de laboratoire plein d'alambics, de fioles et de mortiers et fit ensuite avancer son char et sa mule.
Pour une expédition semblable, d'autres guerriers auraient pris des armes offensives et défensives, convoqué leurs vassaux et les seigneurs voisins ; de Sahune se munit seulement d'un paquet mystérieux et partit sans escorte, emporté par son véhicule simple et modeste, dont la vitesse dépassait de beaucoup celle du vent.
En un clin d'œil, la distance d'Allan au Roubion est franchie ; mais la rivière débordée roule des eaux boueuses et menaçantes. « En avant, ma grise, » s'écrie Sahune en piquant sa mule; et l'équipage est bientôt dans le Roubion. Les ondes l'entraînent et le couvrent ; il résiste bravement et arrive à l'autre bord privé seulement d'une roue, accident qui ne ralentit en rien sa marche rapide. Bien plus, char, mule et guerrier arrivent sans obstacle jusqu'au sommet des remparts.
l'ne fois là, de Sahune fait ses conjurations, rassure
les assiégés par sa contenance résolue et ouvre son paquet. Des feux brillants paraissent aussitôt sur les murs de la ville et une grêle de pierres tombe sur les assiégeants terrifiés à la vue de ces prodiges. En quelques instants tous avaient fui en grande vitesse.
En mémoire de cette délivrance, la communauté exempta pour toujours le seigneur d'Allan des droits de passage sur le bac à trailta du Houbion et lui octroya permission de posséder la plus haute maison de la ville.
Sans attacher trop d'importance au fond de cette légende, il sera peut-être possible de l'expliquer en étudiant avec soin l'histoire de Montélimar.
Le conte fantastique des exploits de M. de Sahune, répété au coin du foyer domestique, inspira-t-il à un enfant d'Allan le goût de l'étude des sciences occultes ? La conjecture est vraisemblable. Le jeune Alphonse Costadau, dominicain à seize ans, mort à Lyon en 1726, a publié des ouvrages qui lui ont valu la qualification de démonologue. En voici les titres : Traite historique et critique des signes dotit nous nous servons pour manifester nos pensées, en douze volumes, dont quatre pour les signes humains, Lyon, 1717; quatre pour les signes superstitieux et diaboliques, Lyon, 17w20; et quatre pour les signes divins, Lyon, 17*24.
Deux autres volumes seraient restés manuscrits.
D'après la Nouvelle biographie générale, le P. Costadau aurait également publié une Vie du Cardinal des Vrsins, élevé au Souverain Pontifical, sou* le nom de Benoit XIII.
Il ne saurait entrer dans mon plan de suivre pas à pas l'érudit écrivain ; de tous ses livres, d'ailleurs excessivement rares, je n'ai pu voir que le seul tome 111 de la première partie de son Traité des signes, véritable ency-
clopédic au moment de sa publication. Costadau y parle de la monnaie et des médailles, des poids et mesures, des horloges, de la boussole, des cloches, des signes militaires, des armoiries, etc.
En parlant des clochers qu'il fait remonter à Saint Mesmin, au ?!• siècle, l'auteur écrit :
« Nulle part il n'est fait mention de clochers avant » Léon IV, Jean XIII et Saint Mesmin, si ce n'est dans » las historiens profanes. Dans Suétone, Auguste lit » mettre une cloche dans un lieu élevé, dans le temple » de Jupiter. Neckam nous parle d'un clocher qui fut » de l'invention de Virgile, qu'il fit, dit-il, avec un si » merveilleux artifice, que la tour, qui étoit de pierre, » se mouvoit au branle des cloches. Il y en a un à » Bristol bâti avec un pareil artifice, et un autre à » Moustier, en Provence. Il y en a un quatrième à Bur- » zet, dans le diocèse de Viviers, en Yivarais, dont les » pierres, qui sont enclavées, ont le même branle pres- » que que les cloches. Nous avons vu branler, aller et » revenir celui-ci plus que d'une fois, mais non sans ad- » miration et sans quelque peur, tant son mouvement » est grand et sensible. »
Je vais extraire de son travail sur les monnaies quelques notions utiles pour l'intelligence des actes mentionnés ou à mentionner ici. Selon lui, le denier et le sou remontent à la loi saliquc. Le denier d'argent, à la taille de 288 a la livre, fut ensuite d'or, de la valeur de 1 5 sous ; les deniers à la masse, à la chaise, à la reine, etc., valurent de 10 à 25 sous ; ceux de cuivre, 1/12 du sou. Les premiers soiu d'or étaient à la taille de 20 à la livre. La valeur de cette monnaie a varié suivant les temps et les provinces. Il y avait des florins d'or et d'argent : ils valaient 12 sous généralement. D'un Franc à cheval ou à pied, gravé sur une monnaie, on lit le pane d'or et
d'argent. Les royaux valaient 24 sous parisis ; les angelots, ainsi nommés de la figure de saint Michel, un écu d'or fin ; le ducal d'argent, un écu ; le ducal d'or, deux écus; les testons, dont l'empreinte était la tête d'un prince, 15 sous 1/2, 19 sous 1/2 et même 20 sous; le gros pesait la huitième partie d'une once, sans alliage. Le moulon a valu de 1 2 à 1 8 sous ; le saliU en or, 25 sous ; le lion d'or, 53 sous ; le besant, 50 sous ; les écus sol, 33 sous tournois ; le carolus, 10 deniers; la maille, la moitié d'un denier ; la pile, venue du Poitou, le quart. Le mot liard, tiré de liliali, selon l'auteur, viendrait, selon Chorier, du nom du fabricant.
Après d'autres détails sur la même matière, l'auteur rappelle que les anciens regardaient la monnaie comme une chose sacrée, la fabriquaient dans les temples, et lui offraient même des sacrifices comme à une divinité.
• Cette erreur, qui n'étoit point pardonnable dans des » idolâtres, Test encore moins dans certains chrétiens » qui les imitent en quelque manière. Ils ne bâtissent » pas, à la vérité, des temples extérieurs et ne dressent » pas des autels à leur or et à leur argent, mais ils ne
* leur en érigent que trop au fond de leur cœur. »
De crainte de plagiat, je m'arrête, à regret ; car il y aurait à glaner dans l'ouvrage de l'érudit d'Allan.
Bondonoeao
Avant de quitter AUaii, je dois une mention à ses quartiers les plus curieux ou les plus connus. Près de l'ancien village, bâti au sommet d'un monticule appartenant à la formation des grés verts, se trouve la garenne seigneuriale dont J.-J. Rousseau devait étudier la flore. A Coudouly se récolte un excellent vin qui ne tardera pas à être célèbre. Non loin des hameaux des Méges, Morzinas, Pinton, Nègre et Préchauvoir, le calcaire lacustre plein de lymnées, de planorbes, de cérilhes, etc. , recouvre une couche de lignite en décomposition. Du cdté d'Rspeluche et de Monlélimar, les carrières de Montceau, où a été trouvée par M. Colombon une fort belle ammonite, méritent aussi l'attention des géologues. Au nord de la montagne de la Garenne jaillissent des sources qui alimentaient jadis les Peschkrs ou le vivier seigneurial. Une chaussée en terre établie au couchant permettait d'avoir constamment dans les bas-fonds de deux à trois mètres d'eau. C'est de là que vient le ruisseau de la Chaussée, affluent de la Riaille, et sur une étendue de 25 à 30 hectares, malgré les nombreux fossés qui sillonnent le sol, il n'a pas cessé d'être fort humide. Pareil phénomène se reproduit à la terre dite de l'Etang, sur une superficie de 2 hectares, à un demi-kilomètre de Bondonneau où nous allons nous arrêter.
Les Romains avaient en ce quartier, comme on l'a vu, des établissements thermaux, ruinés par les invasions
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barbares. Les malades du moyen-âge, après une visite à Notre-Dame de Montceau, sanctuaire depuis peu rétabli, ne manquaient pas de boire de l'eau des Saintes-Fontaines et de s'en laver pour obtenir la guérison de leurs maux d'yeux et de leurs affections cutanées.
Mais comme auprès de chaque chapelle une source miraculeuse existait alors, Bondonneau n'avait pas une réputation digne de l'efficacité de ses eaux bienfaisantes.
Deux hommes ont contribué puissamment à les faire connaître : M. Brun, pharmacien-chimiste à Montélimar, et M. Espanet.
Ce dernier va nous fournir presque tous les renseignements qui suivent : < Les médicaments, dit-il, agis- » sent d'abord sur les nerfs, puis sur le sang, enfin sur » la nutrition, et chacun d'eux, suivant qu'il a une in- » (luence plus marquée ou action plus insistante sur » l'une de ces sphères organiques, détermine des symp- • tomes particuliers... » Avec les eaux de Bondonneau, ceux du système nerveux sont peu marquants, parce qu'elles n'agissent qu'indirectement ; mais ceux des deux autres sphères présentent des phénomènes sensibles. Le développement de cette thèse exigerait d'assez longs détails et je me bornerai à la simple mention des maladies principales qui réclament l'emploi de ces eaux.
« Elles trouvent des cas d'application dans les affec- » tions herpétiques, scrofuleuses, tuberculeuses, rhuma- » tismales et syphilitiques, sans compter (dit M. le doc- » leur Grasset), leur emploi dans les maladies des voies » digestives, la chlorose et toutes les maladies chro- » niques dans lesquelles le sang a besoin de s'enrichir » d'éléments réparateurs. •
M. Ossian Henry a trouvé dans un litre de cette eau de l'acide sulfhydrique; de l'acide carbonique .libre, les deux tiers du volume d'eau ; des bicarbonates de chaux.
de magnésie et de soude 0,390 grammes; du sel de potasse ; des sulfates supposés anhydres de soude, de chaux et de magnésie 0,043 gi\; du chlorure de sodium 0,030 gr.; des iodure et bromure alcalins 0,008 gr.; du sexquioxyde de fer avec manganèse 0,002 gr.; du silice et de l'alumine 0,028 gr.; du phosphate terreux et de la matière organique azotée.
« La nature elle-même a pris soin, ajoute M. Espanet, • d'y mêler et combiner des molécules minérales di- » verses, d'en constituer un lout homogène. »
Suivant le même auteur, les sources émergent vers le nord du plateau de Bondonneau, premier échelon du soulèvement qui a formé les collines d'Allan à Grignan, à l'époque des convulsions terrestres contemporaines du Chenavari et des autres roches d'éruption de l'Ardèche. Aussi des épanchements basaltiques constituent la gangue de ces eaux, qui s'étalent en nappe au-dessus des roches sorties des entrailles liquides du globe, et leurs éléments minéraux proviennent des terrains volcaniques, et sont enlevés aux roches jadis liquides et même aux roches métamorphiques... Dès lors certaines couches de grés verts plus ou moins modifiés par le contact des laves et des roches d'épanchement, pourraient n'être pas étrangères à la composition de ces eaux.
En 1855, le 8 septembre, une autorisation ministérielle en permit l'emploi, et en 1857 une société en commandite cl par actions se chargea d'organiser rétablissement thermal de Bondonneau. •
M. Marmonier, qui le dirige aujourd'hui, a travaillé avec succès à le rendre de plus en plus agréable et commode. Il y a fait établir des jardins et des promenades, une chapelle, des salles de lecture et de récréation; il a augmenté le captage des eaux, le nombre des chambres de l'hôtel, enfin crée aux portes de Montélimar une sta-
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tion thermale appelée à un grand avenir, si l'on en juge par les progrès accomplis en dix ans.
On sait peu de chose sur les possesseurs anciens de Bondonneau. En 1705, noble Jean de St-Ferréol, sieur du Mas, l'acquit des ayant-droit de Cornet (Balthasar), absent du royaume. Ce propriétaire devait être un protestant que la persécution avait éloigné.
Bien qu'Expilly, ou plutôt le docteur Menuret, mentionnent les Saintes-Fontaines dans le Dictionnaire des Gaules, la science a seulement de nos jours pu déterminer exactement les principes qui entrent dans la composition de leurs eaux.
Félicitons-nous d'avoir dans la Drôme, « sous le plus beau ciel du monde, » un établissement qui, par la beauté des sites environnants, l'efficacité de ses bains, la bonne tenue de son hôtel, peut non-seulement adoucir nos souffrances, mais encore guérir celles des habitants des diverses contrées du globe, qui voudront jouir de notre beau soleil et des vins généreux récoltés à Alton, Montéliniar, Suze, Taulignan et Donzère.