ANCONE
Géographie & Statistique
Dès les temps les plus reculés, la navigation du Rhône a dû naturellement faciliter les rapports commerciaux du nord avec le midi de la France, et la multiplicité des péages féodaux ne ralentit pas même le transit, tant cette voie l'emportait sur la voie de terre. L'ère de prospérité d'Ancone fut celle des équipages. Le bourg ne recueillit aucun avantage du règne court et brillant des bateaux à vapeur, qui ne s'y arrêtaient pas.
Depuis l'établissement du chemin de fer de Paris à la Méditerranée, Ancone, délaissé à l'ouest par la voie nouvelle, n'est guère plus qu'une commune agricole.
Cependant sa position avantageuse auprès de Montélimar, et l'établissement de chemins très- viables, lui assurent un avenir commercial dont la population intelligente saura hâter l'avènement. N'est-ce pas le point de débarquement naturel de toutes les marchandises venant du nord à destination de Montélimar et de la Valdaine ?
DE MONTELIMAR
Jusqu'ici, malgré les efforts de l'administration provinciale, à diverses époques, le village d'Ancone n'avait eu qu'une existence précaire, constamment sous la menace des débordements du Rhône. Des travaux récents, exécutés par d'habiles ingénieurs, lui assureront désormais tous les avantages du fleuve, tout en le protégeant contre ses fureurs passagères, mais terribles et fréquentes.
Trompés par la ressemblance des noms, quelques savants ont cru retrouver à Ancone l'ancienne station romaine d'Acunum ou Aeimum; mais cette opinion est presque abandonnée. N'est-ce pas, en effet, le soi de Montélimar qui renfermait la colonne milliaire aujourd'hui conservée dans les jardins de la Préfecture de la Drôme ? D'autre part, le prieuré d'Aigu fin Aigioio), et la porte d'Aigu dans la ville chef-lieu de canton et d'arrondissement, ne rappellent-ils pas Acunum et Acimum tout aussi bien et mieux qu' Ancone ?
M. de Coston, excellent juge en étymologies, voit dans le mot Ancone un simple radical ancien signifiant golfe, rade, hàvre, anse, angle, ankon en grec, ancon en espagnol, ank en breton, etc. « Il est donc probable, ajoute » le judicieux savant, qu'à Ancone comme à Andance • (ad ansam, en latin), à Anse près Trévoux, le fleuve » faisait un coude ou un détour. Telle est encore la posi- » tion d'Ancone, dont les murs sont baignés par une » branche du Rhône qui fait un contour assez sen- » sible. » L'ancien village, plus au couchant, fut coupé et emporté en partie vers 1755; il n'en subsiste plus que les ruines de son vieux château, destiné à protéger les habitants, à faciliter les rapports du fief de Rochemaure av<v celui de Monteil, appartenant tous les deux à la famille des Adhémar, à assurer enfin la perception des droits du péage établi en cet endroit.
Suivant le même auteur, l'origine d'Ancone ne remonte pas au-delà du moyen-Age, et ses premiers habitants furent des pécheurs ou des bateliers.
Un fait certain, c'est que l'examen des lieux et la tradition ne signalent dans la localité aucun monument ancien, le château excepté; encore celui-ci n'est-il connu historiquement que depuis le xme siècle.
La contenance imposable d'Ancone est de 143 hectares, d'un revenu, d'après M. Mcrmoz, directeur des contributions directes, en 1839,(1) de 14,700 francs, dont 3,7443 pour les propriétés bâties et 10,957 pour les propriétés non bâties ; ce qui porterait le revenu de l'hectare à 76 fr. 62, alors que la moyenne générale du département ne dépasse pas 22 fr. 94. Le contingent de 1839, évalué 890 fr., fut porté l'année suivante à 1064 fr. D'après le cadastre, la superficie territoriale se divise
ainsi :
Bois des particuliers 13 hectares
Terres labourables 110 —
Vignobles 2 —
Pâturages 8 —
Chemins, rivières 46 —
Terres incultes 8 —
Maisons, édifices publics 2 —
Total 189 hectares
Des documents administratifs nous apprennent qu'en 1742, il y avait à Anconc 426 sétérées (de 500 toises carrées ou cannes) de fonds roturiers, 71 sétérées de fonds nobles et 3,390 cannes de bâtiments, estimé 741 livres ; que la sétérée de terre valait de 100 à 130 livres ; qu'il y avait 5 ou 6 sétérées de vignes et point de prés,
(1) Nouveau projet de répartition de la conlributian foncière.
et que le sol assez fertile produisait du blé à 7 livres 10 sols le sétier, du seigle à 6 livres, de l'orge à 4 ou 5 livres, de l'avoine à 3 livres et des légumes à 6 livres. Dix ans plus tard « les diligences et coches d'eau ne s'y
• arrêtaient plus, ce qui faisait beaucoup de tort aux » habitants. »
Voici quelle était, en 1789, la situation de la commune : sa contenance est de 300 sétérées, sa population de 350 habitants tous établis dans le village, à l'exception de quatre domaines ruraux. Elle n'a aucun revenu, aucun fonds communal, aucune fondation pour école ou hôpital, et ses pauvres mêmes sont privés de la 24e partie de la dime, parce que le curé n'a pas de portion congrue. Vers 1752, le prieur de Fon laine- Rochemaure avait abandonné la dime à la communauté, qui payait au curé 200 livres pour ce chef et 100 pour le casuel.
11 y eut des fièvres opiniâtres en 1781-1782, et le médecin Nicolas, envoyé par l'intendant en 1787, y pratiqua les premières vaccinations. Les maisons sont bâties en chaux, pierres et sable. Il s'y récolte des céréales et du vin ; les mûriers y abondent et les figuiers et les pêchers sont les seuls arbres à fruits.
« Le Rhône est au nord et au couchant du village ; il a emporté 200 sétérées de fonds et 30 maisons, et sans le secours d'une digue commencée il y quatre ou cinq ans. l'irruption du 13 janvier 1789 aurait emporté la majeure partie du restant.
« n sort une source à demi-lieue, territoire de Monté- » limar, appelée Meyrol, qui vient faire la séparation » des deux communautés, eau excellente pour l'arrosage » et qui par négligence ne sert à rien que pour quelques
• puits à roue, et qui pourrait arroser une grande » partie du terroir de cette communauté, et à très-peu » de frais. »
« Le manque de fourrage y réduit le gros bétail à 30 têtes et le menu à 508. Deux ou trois personnes seulement y font le commerce du blé et du charbon ; mais le mauvais état des chemins empêche ou rend ruineux tout transport.
« L'administration se compose d'un consul et de deux conseillers. Un collecteur des tailles fait rentrer l'impôt. »
Pour 1867, les rôles d'impositions s'élèvent à 4,042 fr. 21 cent., dont 2,068 89 pour l'Etat, 861 pour le département, 1 ,032 38 pour la commune et 79 74 pour fonds de secours.
La population, t\e 350 en 1789, est arrivée à 528 en 1830, à 523 en 1840, à 513 en 1848, à 436 en 1860, et à 382 en 1867.
Le Péage
Selon Chorier, le bien du public a été le premier motif de L'établissement des péages, et l'auteur cite à ce propos le royaume de Perse où les chemins y puisaient leurs frais d'entretien et les marchands leur sécurité. Ni les Grecs ni les Romains n'ignorèrent ce genre de tributs; Plaute et Tite-Live sont là pour en rendre témoignage. Il en est fait mention dans la loi des Lombards et dans les Capitulaires des Carlovingiens. Ainsi, Charlemagne ne permettait, en 805, « d'exiger des » droits que sur les marchands et pour les effets qui » étoient réellement marchandise ; » en 806 , de ne
DE MONTËLIMAR
maintenir que les péages anciennement établis et autorisés par un long usage.
« Il fallait aux yeux de Louis-le-Débonnaire, pour » justifier un péage, que le voyageur trouvât quelque » obstacle dans son chemin, le roulier dans son charroi, » le batelier dans sa navigation, et que ce qu'il payait » fût l'achat d'une commodité que la nature lui avait » refusée. » (1)
Sous Charles-le-Chauve, la féodalité naissante trouva donc établis la plupart des tributs dont elle n'eut garde de négliger la perception.
Valbonnays assure que les Dauphins se créèrent des péages de leur autorité; mais que le plus grand nombre vint des concessions des empereurs d'Allemagne. Toutefois, de l'avis du savant écrivain, « plusieurs seigneurs, » se prévalant de la situation avantageuse de leurs » terres, exigeaient divers droits pour le passage des > marchandises, des animaux, quelquefois même des » personnes : une longue possession servit ensuite de • titres à leurs successeurs. »
Salvaing de Boissieu regarde comme usurpée l'autorité des empereurs d'Allemagne dans la province, et cependant il proclame valides les concessions par eux faites à la noblesse et au clergé.
Quoi qu'il en soit, les péages, abolis par la loi du 15-28 mars 1790, ne purent s'établir que du consentement du souverain, ou par une possession immémoriale. (2)
En 1445, le commerce élevait de nombreuses plaintes au sujet des tributs levés le long du Rhône. Charles Vil
(1) Jurisprudence de Guy Pape, p. 137; — Expilly. Plaidoyers; — Les Origines ou l'ancien gouvernement de France, H, 4S2
(2) Expilly, Plaidoyers; — Valbonnays, Mémoires, p. 77.
et le dauphin Louis, son fils, nommèrent des commissaires pour en constater la légitimé , et les péages furent partagés en cinq classes : la lrr comprenait ceux de l'ancien domaine delphinal, Lène, Savasse, Jonage, etc.; la 2P, les grandes gabelles de Tain ; la 3e, les péages communs au Dauphin et à d'autres seigneurs, comme celui de Montélimar, dont une part revenait aux seigneurs de Grignan et de Lavoulte ; la 4", ceux des vassaux des Dauphins, Serves, la Roche-de-Cilun, Etoile, etc.; la 5e enfin, ceux des seigneurs indépendants, Valence et Mirmande,
Les péages de Lène et Savasse se levaient à Montélimar, en 1-145, et celui d'Ancone s'appelait le péage de Montélimar. (1)
Un arrêt du Conseil d'Etat du 21 avril 1664, porte que le prince de Monaco jouissait alors et continuerait à jouir des deux sols par livre des péages de Jonage, Etoile, Brun, Charmant, Montélimar, pour la portion domaniale, Bais et Ancone ; que le sieur de Yentadour serait maintenu en la possession des péages de Tournon, La Rochede-Glun, Arras, Lavoulte et Rocheraaure ; le duc d'i zès en ceux de Charmes et Crussol, le prince de Conty, en celui de Baix-sur-Baix. les sieurs de Ventadour en la moitié, et de Chabrières, de Durant et consorts, engagistes, en l'autre moitié du péage de Montélimar qui se lève à Ancone, e! aux péages de Lène et Anse de Savasse; le prieur de St-André, en ceux du Teil et Viviers, etc. (2)
Par autre arrêt du 26 juin 1744, MM. de Bimard, de Rozans, de Chainbouel et M. d'Agoult, engagistes, furent aussi maintenus en la perception du péage d'Ancone, pour une moitié, l'autre appartenant au roi ; celui de Derbières et de Montélimar, attribué au prince de Mo-
(1) Valbonnays.
(2) Salvaing de Hoissieu, De l'usage des fiefs.
naco, fut rongé parmi les péages à vérifier, par l'arrêt du Conseil d'Etat du 10 mars 1771.
Indépendant du fief, le péage d'Ancone a souvent changé de propriétaires.
Le 27 décembre 1638, les commissaires députés pour l'aliénation du domaine roval vendirent à réméré à noble Gaspard de Chabrièrcs, trésorier général des finances en Dauphiné, le péage par eau de Montélimar, Ancone, Anse de Savasse et Lène sur le Rhône, non compris le péage levé par terre à Montélimar, au prix de 40,000 livres, plus 2,000 livres du sol par livre; la Chambre des Comptes de Grenoble approuva ce marché le 20 février 1641 et l'acquéreur payait en 1646 et 1648 une plusvalue de 30,666 livres* et en 1696, de 5,539.
Le 10 décembre 1647, noble Xoé de Noailles, sieur de Saint-Victor, chanoine de Viviers, faisait hommage du huitième du péage d'Ancone et Anse de Savasse. Cet ecclésiastique tenait ses droits de Jean Geoffre et de Louis Boisset d'Ancone, qui les lui avaient cédés le 4 octobre 1646, moyennant 6,585 livres. La Chambre des Comptes de Grenoble liquida les lods au 6e denier de cette acquisition à 1,097 livres et investit l'acquéreur.
Les mêmes vendeurs, le 11 juillet 1648, transmirent a Crozet, lieutenant en l'élection de Montélimar, la sixième partie du péage royal delphinal pour 3,750 livres, et les lods furent liquidés à 625. Celui-ci revendit sa part pour 800 livres à Jean GeolTre, qui avait acquis celle de Jacques de Noailles.
Le 17 janvier 1684, Martial Geoffre, juge d'Ancone, fils de Georges, cédait à Pierre Colombet, lieutenant particulier en la sénéchaussée de Montélimar, le huitième du péage d'Ancone, Anse et Lène de Savasse avec ses dépendances, acquises du sieur de Lalo, pour 10,238 livres 18 sols.
En 1742, Jacques d'Yze, seigneur de Rozans, président à mortier au Parlement de Grenoble, la marquise de Kousset, le marquis de Saint-Auban et GeolTre Colombe!, conseiller du roi, lieutenant particulier en la sénéchaussée de Montélimar, avaient chacun un huitième du péage dit des quatre gentilshommes, — l'autre moitié appartenan l au prince de Rohan, — et affermaient leur part individuelle 900 livres, soit 3,600 livres pour la moitié. (1)
Je vais extraire de la pancarte ou tableau des droits du péage d'Ancone, les principaux tarifs usités en 1606, car il y avait même alors « beaucoup de marchandises » auxquelles on levoit péage qui n'estoient escriptes, » mais c'etoit chose générale que de toute marchandise » qui passoit on levoit le péage. »
Cette pancarte, illustrée de fleurs coloriées et de lettres d'or, est d'autant plus précieuse qu'elle porte encore les traces visibles des coutures qui allaient en faire, en 1793, un sac à poudre pour les canons de la République française.
1° Pour chaque muids de sel de Peccais, à la montée 26 sols 6 deniers. Pour chaque bateau ou navey portant sel. 36 sols do bailliage.
2° Sur chaque muids de vin, 3 sols 6 deniers (montée et descente).
3° Pour chaque quintal de marchandise de poids, 9 deniers et demi.
4° Par quintal de marchandise de buis, 5 deniers 1/4
(montée).
5° Par sétier de blé (descendant], 4 oboles. 6° Par charge de chanvre, toiles, draps, 7 sols 4 deniers. 7° Par charge de marchandise de poids, fromages, etc., 10 deniers 1/2.
8° Sur chaque benne ou cornue de fruits, 3 deniers; de
(1) Inventaire de la Chambre des Comptes; — Archives départementales, série C el E.
DE MONTELIMAR
loul bateau chargé de fruits, 1 benne; charge de poissons, 1 poisson par 50 poissons.
9* Sur le bois, 1 denier par quintal; par petit navire de 7 cannes et moins, 18 sols 4 deniers; par navire de plus de 7 cannes, 7*3 sols 4 deniers ; par navire portant plus de 5 personnes, 18 sols 4 deniers.
10* «Pour chascung mol in avec ses navires, » 11 livres.
1 1° Pour un arbre voilier de mer, 1 1 livres ; pour un arbre de petit navire de mer, 3 sols 4 deniers.
\2° « Des fustalhes passants on lève pour chascung 6 sols (on estime l'ayse basty de quatre pièces grosses tellement que l'homme ne puisse porter une pièce) ; des pièces menues 12 pièces sont estimées ung ayse, et 50 pièces convenables à faire rames de mer et autres fustes appellées saluches et sont autres grosses pièces que la chacune est comptée pour ung ayse, 6 sols. »
13° Sur 12 pots, 7 sols 4 deniers.
14° * Pour ung ayse de cercles (50 cercles; , 6 sols. »
15° Par quintal de lard salé, 10 deniers 1/2.
16° « Pour chascung faulcon. 18 sols 4 deniers.
17" « Pour chascung roure, 18 sols 4 deniers.
18- « Pour chesque fuste appel lée Teil ou noyer, 1 sol 2 deniers.
19° « Pour un veseau (tonneau) neuf, 3 sols 8 deniers. 20° * Des muraulx de 25 lunes on en lève une, et pour chaque charge, 12 deniers. »
Les trois derniers articles regardent le sel.
L'Eglise A le Fief
A 3,895 mètres de Montélimar el à 4*2,595 de Valence, s'élevait jadis un château que les eaux du Rhône ont souvent menacé et dont on voit aujourd'hui les ruines silencieuses, au milieu d'une île de sable. Ce manoir féodîd était entouré de quelques maisons plusieurs fois emportées par le fleuve et plusieurs fois reconstruites; mais l'assiette du bourg est naturellement indiquée par la demeure des seigneurs au nord et par 1 église au midi. Ce dernier monument n'a rien de remarquable; le chœur, de forme ogivale, accuse le xivc siècle, et les fresques de la chapelle de la Sain te- Vierge, représentant sans doute la faune antédiluvienne, méritent l'attention des curieux. M. Brun-Durand croit que le prieuré dépendait des Bénédictins de Cluny du Pont-Saint-Esprit, et qu'il fut uni, dans la suite, à Saint-Pierre-des-Fontaines de Ilochemaure. Il existait au xivc siècle et, en 17-21, il y avait un curé. La succursale date du 16 mars 18*20.
Malgré sa faible importance stratégique actuelle, le bourg ou son château a une place dans l'histoire. En effet, des aventuriers, appelés Anglais, le prirent au commencement du xive siècle, et ils y détenaient prisonniers des gentilshoinme du voisinage, entre autres Louis d'Escluseau, que Baudon Adhémar, seigneur de Saint-Gervais, fit mettre en liberté, en payant w206 francs pour sa rançon. Le 5 mars 1347, le même Adhémar, en
considération des agréables services du guerrier captif, lui abandonna la somme versée entre les mains des Anglais. (1)
Comme les Grandes-Compagnies ne commencèrent leurs ravages qu'en 1356, il est assez difficile de donner des détails précis sur ces vainqueurs d'Ancone; mais j'en ai quelques-uns sur un autre siège soutenu par le bourg au temps de la Ligue.
Voici d'abord la narration de Cborier :
« Lesdiguières (après avoir perdu Chateaudauphin et » le Bourg-d'Oisans), étant descendu à Montéliraar, y » assembla des troupes et s'alla présenter devant An- » cone. Précontal, qui en étoit le seigneur, étoit un des » plus affectionnés à la Ligue dans ce pays, et Lesdi- » guières l'ayant surpris, l'assiégea si étroitement qu'il » ne trouva plus le moyen de sortir. Néanmoins il se » défendit courageusement avec si peu de gens qu'il » avoit ; mais, après six-vingts coups de canon et un » assaut, qui dura huit heures, Lesdiguières entra dans » la place qui fut mise au pillage. »
Le Journal de Calignon donne d'autres détails. Pendant la nuit du 26 au Ti décembre 1588, les protestants allèrent mettre le siège devant Anconc, où Pracontal s'était retiré. « Le 28, la batterie commence environ 5 heures » du malin d'ime couleuvrine, deux bastardes et deux » fauconneaux, et y fut tiré environ 80 ou 100 canon- ■ nades. La batterie dura jusques environ 2 heures » après mi il y ; la breschc n'estoit pas raisonnable, toutes » fois la place fut emportée d'assault. Le seigneur du » lieu et toute la garnison tuée ; il y eut environ six- > vingts hommes des noslres que tués que blessés ; l'as- » sault dura trois heures. » Pracontal fut enterré à Rochemaure en Vivarais.
(1) Inventaire des Archives communales de Montélimar.
Videl, biographe complaisant de Lesdiguières, fait mourir le capitaine Ancone à la reprise de Montélimar (août 1587), et garde le silence sur l'expédition d'Ancone. (1)
Suivant l'auteur de la Statistique de la Drômc, il faudrait placer en 158G un fait de 1588; je préfère l'autorité de Chorier et de Calignon a la sienne.
Au témoignage de Ylnventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble, le fief d' Ancone appartenait dès le xur siècle, et sans doute plus tôt, aux comtes de Valentinois, de la famille de Poitiers. Aimar, l'un d'eux, en lw253, l'abandonnait, sous la réserve de l'hommage, à Decan, seigneur d'Uzès, son cousin, avec la moitié de Valaurie et quelques autres terres du voisinage.
Dom Vaissette nous apprend que Decan, fils de Bermond 11 et père de Bermond III, possédait féodalement la moitié de la ville dTzès, que cette moitié fut érigée en vicomté, en 13*28, en faveur de Robert, fils de Bermond III, et que Simone, dernière héritière de ce fief, le porta, en 148G, à Jacques de Bastet-Crussol, duquel descendent les ducs d'Uzès.
Robert, petit-fils de Decan dTzès, en 13*27, rendit Ancone aux Poitiers, soit momentanément, soit pour le tenir en arrière-fief, car on trouve un hommage du 10 novembre 1351 d'un vicomte d'Uzès, seigneur d'Armagnac, et une saisie du château d'Ancone, contre Elzéar d'Uzès, en 1374, sur l'ordre de Louis H de Poitiers, dernier comte de Valentinois, qui s'accommoda avec son vassal.
Seigneurs de Montélimaret de Rochemaure, les Adhémar devaient rechercher la possession d'Ancone : on voit, en elïet, Lambert, fils d'Hugues, en faire liommage
(1) Histoire générale, II, 7'27; — Rochas, Biographie du Dauphitié, au mot Pracomlal.
DE
MONTELIMAR
aux Poitiers le t*r juillet 1336; Gaucher, Hugues, Lambert et Louis, renouveler cet acte de vasselage en 1345, 1347, 1361, 1380, 1389, 1400, 1422ct 1427. Deces deux derniers hommages, l'un fut prêté à Louis de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, et l'autre au gouverneur de la province, représentant du Dauphin, héritier du dernier comte de Valentinois.
On trouve des portions de fief, vers le milieu du xve siècle, entre les mains de Philippe de Lcmps, comte de Villiers, seigneur de La Roche, acquises par le Dauphin au prix de 3*20 florins, et de noble Liotard de Piégros, habitant à Sauzet, vassal du même Dauphin.
La position, plutôt que l'importance du bourg, rendait la possession d'Àncone profitable aux grandes familles, tant qu'une forte main n'eut pas réuni toutes les seigneuries en une seule, ce qui eut lieu sous le dauphin Louis, fils de Charles VII. Une fois l'unité provinciale accomplie, les mutations de fiefs n'eurent plus de conséquence, la féodalité cédait le pas à la royauté.
Les Seigneirs
Le fils de Charles VII, exilé en Dauphinéoù il étudiait le rôle futur de Louis XI, avait donné, en 1447, une organisation judiciaire nouvelle à la province. Trois ans plus tard, au moyen d'un traité avec l'évéque de Valence, il parvenait à établir sa juridiction dans la ville où ses
juges n'avaient encore ni auditoire ni prisons. Il trouva moyen de leur procurer un local suffisant et d'acquérir des censés dans la cité, en échangeant avec Guichard de Pracontal la maison dite du Palais, limitant au nord le chemin de Baisc-Bcguine, contre la seigneurie d'Ancone, à la réserve du péage et de la juridiction sur le fleuve. On voit, par l'acte du 17 avril 1454, que les revenus de cette terre n'étaient pas fort considérables : 5 florins 1 gros et 3 deniers de redevances annuelles» 8 séticrs de blé et t éminc d'orge des taches, et quelques immeubles. En 1438, elle rapportait G sétiers 3 quartes de blé, 1 éniine d'orge, 3 ras d'avoine, 4 florins 8 gros de censés, 1*2 gros de bans (amendes), 7 gros de lods ; en 174:2, le produit total atteignait 444 livres pour les rentes foncières, 17 livres des langues de bœuf et (l'un quintal de viande de boucherie, 5 livres 11) sols du vingtain ou vingtième des fruits de 16 sétéréesde terre de 500 toises; 10 livres 1G sols de censés, 200 du four, en tout 478 livres représentant 14 à 1,500 francs d'aujourd'hui. (1)
D'où venait la famille de Guichard de Pracontal, nouveau seigneur d'Ancone?
L'Annorial du Dauphiné mentionne un Guillaume qui portait ce nom à Monlélimar en 10GO, un Falques qui prit part à la troisième croisade, de 1188 à 1195, et un autre Guillaume, possesseur, en 1290, de Château- Sablier ou tour de Pracontal, alors sur la rive gauche du Koubion.
La Chesna) e-des-Bois ne remonte pas au-delà de ce dernier, également cité dans le carlulaire dit des Adhémar. Guillaume II, lils de Rostaing, hérita de Guillaume Ier, son oncle, mort en 130*2, el eut deux lils : Pons et Rostaing.
(lj Inventaire de la Chambre des Comptes.
DE MONTÉf.IMAR
Le dernier forma la branche des seigneurs d'Ancone, et Pons, la branche des barons de Soussey, en Bourgogne. On peut résumer ainsi la filiation des Pracontal dauphinois :
1348. Rostaingll
Pabiette de Cruas 1356. Barthélémy i j|0Stam jjj
Morose Audouard \
1400. Rostaing III (ni •
UnmZni» Guichard.
Marguerite {
1454. Guichard
Béatrix de la Rode
| Barthélémy.
Ferrand.
1500. Ferrand j Antoine, doyeu de SteCron,
Claudine de l'Espine \ Imhert.
1540. Imbert ( Antoine. I, C,,ui.e,
Marguerite de L'Hère ) \ "
j ea n .
1588. Jean | Antoine,
CJaudie Le Roux ) N.
1630. Antoine Henri,
Claire-Magn<de Sicard . Pierre- André,
de Cublèze ( Etienne.