L. de lu Baume-Pi uvi nef \ Joseph-Pierre-Louis, de
1754. Joseph-Pierre-Louis ' Joseph-Antoine, M. J. A. d'Hammert de ' N., Bétancuurl ( Josèphe-Radegonde.elr.
Plusieurs des membres de cette famille eurent des
charges dans l'armée ou dans l'Ordre de Malte et Joseph-
Pierre-Louis aliéna la seigneurie de La Bâtie-Rolland , en
1769, en faveur d'Antoine Desjean de Caderousse.
Le Capitaine Du Poet
Parmi les plus illustres possesseurs de la seigneurie, Louis de Marcel Blain, baron du Poet-Celard, occupe le premier rang. D'Aubigné prétend qu'il fit à Lyon ses débuts sous les ordres de Soubise, en 1563, mais on ne trouve son nom dans les historiens qu'après la Saint- Barthélémy.
On peut diviser avec M. Long les guerres de religion en Dauphiné en trois périodes : la première avec des Adrets, la deuxième avec Montbrun, et la troisième avec Lesdiguières. Du Poet ne prit aucune part à la première, mais il combattit à côté de Montbrun dans presque toutes les expéditions de ce capitaine et devint ensuite un des plus habiles lieutenants de Lesdiguières. En 1585, il assiège Die avec Gouvernet et s'en empare ; la môme année, le gouvernement de Montélimar lui est confié et il renonce à défendre le Monestier-de-Clermont contre La Valette. A la nouvelle de la prise de Montélimar par les catholiques (1587), « ou je mourray bientost, dit-il à Lesdiguières, ou je feray mon devoir, » et, secondé par Blacons, Salles, St-Genis et Soubrerochc, il pénètre, en effet, dans la ville par la tour de Narbonne et en reste maitre, après une mêlée sanglante, où deux mille combattants trouvent la mort.
On pourrait le suivre au siège d'Étoile et à la prise de Condrieu ; car en ce temps-là les villes importantes et les moindres bicoques opposaient à l'envi, suivant la judicieuse remarque de M. Long, des résistances comparables aux sièges de Jérusalem, de Sagonte, de Numance et de Sarragosse en 1809 ; mais la biographie du capitaine deviendrait de la sorte un journal d'opérations mililaires difficile à rendre intéressant faute de documents et surtout de témoins contemporains.
Ennemi de la Ligue, du Poet fait, en 1590, une campagne contre le duc de Savoie, passe en Provence avec Lesdiguières, et l'année suivante en Languedoc, avec d'Ornano. A trois reprises différentes, il combat en Savoie, où il devient gouverneur de Cavour, de Briqueras et lieutenant-général au marquisat de Saluées (1593). Enfin, après avoir contribué à l'expulsion de Romans du comte de La Hoche, l'infidèle gouverneur de la ville
DE MONTELIMAR
(1597), il n'est plus connu que par son duel et sa mort tragique, dont Vulson de La Colombièrc raconte ainsi les incidents :
« René de La Tour, baron de Gouvernet, et le baron » du Poet étoient tous deux vaillans et généreux, et leur » mérite, aussi bien que leur naissance les avoit mis en » grande considération. Le sujet de leur querelle fut le » gouvernement du chasteau et de la ville de Montélimar, » auquel, pour plusieurs raisons, ils prétendoient tous » deux (1); et comme il étoit impossible que tous » deux en eussent la possession, ils voulurent que le duel ■ decidast ce différend et que la mort d'un d'iceux, en » laissast la jouissance libre au survivant. Gouvernet
• estoit grand, de bonne mine, fort et robuste ; Le Poet » estoit petit, maigre et foible des jambes, mais vigou-
• reux, hardi et adroit à cheval, ce qui les obligea à
• choisir cette sorte de combat, en chemise et à l'espée » seule. Ils y vinrent tous deux bien montez et pleins de
• courage et de résolution ; mais Le Poet se servit de » deux ruses qui ne lui réussirent pourtant pas ; il fit » faire et prit une chemise tres-araple et tres-large, pen- » sant de tromper le jugement de Gouvernet et l'obliger » à donner dans la largeur de cette chemise, pendant » qu'il mettroit son corps à couvert derrière le col de » son cheval ; l'autre finesse fut que d'abord qu'ils furent » en présence, il donna de son espée sur le devant de la
• teste du cheval de Gouvernet, lequel en estant cstonné
• tourna tout court et sans que Gouvernet le peust faire » revenir ; il prit le frein aux dents et emporta son mai-
(1) Videl prétend que Gouvernet remplacé par du Poet, à l'avaiit-garde, au combat de Grésillane (1Ô92 , conçut de là un secret dépit contre du Poet, que Le>diguières fut alors obligé de les réconcilier et que leur duel naquit de cette aniniosité.
» tre à travers champ contre sa volonté. Sur quoy Le » Poet qui pensoit profiter de ce desordre courut après » et cria : Ha! Gouvernet, tu fuis, arreste, arreste, et » en raesme temps lui tenoit l'espée dans les reins ; mais » Gouvernet répondit : Tu as menti/, c'est mon clieval » qui m'emporte. Et en mesme temps leva le bras, et » porta un coup au-dessus de sa teste par derrière contre » Le Poet, qui, le pressant de trop près, se trouva si » puissamment frappé à la gorge, qu'il tomba roide mort » de ce seul coup. »
Ce duel eut lieu près de Crest, dans un champ voisin du couvent actuel des Capucins. On prétend que Gouvernet, inconsolable de la mort de son ami (1), après l'installation des religieux en 1609, leur fit don de ce champ à la charge de célébrer un obituaire pour du Poet. Il lit plus : « Jl voulut, dit M. Hochas, être le tuteur de son » fils, l'éleva et le maria ensuite à Justine, sa tille. »
On a vu que l'époux de Justine de La Tour était le cousin et non le lils de Louis de Marcel Blain.
Il paraît, par la Biograpliie du Dauphinc, que la veuve du Poet courut à Paris se jeter aux pieds du roi Henri IV, lui demandant vengeance; mais on ignore les suites de sa démarche.
Quoi qu'il en soit, un autre fait attira bientôt l'attention sur la même famille : M™* du Poet abjura le protestantisme, eu même temps que Pacius, Mme de Chastelier, Mlle Marquet, etc., et le P. Isnard, jésuite, publia à cette occasion, sous le pseudonyme de Jacob d'Horel : Le Mercure réformé apportant consolation à Messieurs cl lieuerends Pères, les ministres du Dyois et Vafentinois, désolez, fwlas! pour la ])erle de M™ du Poet et de cent autres reduicts à l'église catholique... y adjoinetc la
(1) 11 l avait fait parrain d'un do se* enfants (Videl .-
Composition des charmes qu'on prétend avoir esté employez à ces conversions, etc.
Les archives des du Poet où se trouvent des lettres des plus grands personnages du xvie siècle, longtemps conservées à la Bâtie-Rolland, au témoignage de Voltaire, ont passé jusqu'à nos jours pour renfermer deux autographes de Calvin.
En 1750, d'Artigny, chanoine de Vienne, publia ces deux lettres qu'il tenait d'un « jésuite habile et trèscurieux d'anecdotes littéraires. » Elles ont été réimprimées plusieurs fois depuis et notamment par M. Long, dans La Réforme et les guerres de religion , et par M. Aubenas, Notice historique sur la ville et le canton de Valréas.
Indépendamment des variantes que la confrontation des phrases de ces lettres permet de constater dans le texte et las dates, il est admis que l'écriture n'est ni celle de Jean Calvin, ni celle de se* secrétaires, Charles de Joinvillers et Antoine Calvin. Ce n'est pas non plus le style du réformateur, et la signature apposée n'est pas la sienne. (1)
D'autre part, du Poet y est appelé, en 1547, général de la religion en Dauphiné, bien que ce gentilhomme ne se soit déclaré pour la Réforme que quinze ans plus tard, et que la croyance nouvelle n'eût alors ni une église ni un soldat ; et en 1561, grand clmmbellan de Navarre et gouverneur de Monléliniar, bien qu'il n'ait obtenu ces dignités que vingt ans après.
(\) Ilaag, France protestante ; — Rochas, Biographie du Dauphiné ; — Bulletin de la Sociïttf d'histoire du protestantisme français (1855); — Lonp, La Réforme; — l«a Colombière, Vrai théâtre d'honneur et de chevalerie ; — D'Artigny, Nouveaux mémoires ; — Voltaire, Estai sur les mœurs; — Aubenas, Notice historique sur Valréas.
M. Long a été frappé de la quali fi cation de général de la religion donnée à du Poet sous Henri II, mais il lui répugne de croire que la respectable famille du Poet se soit prêtée à une lâche imposture pour insulter à la mémoire de Calvin.
C'est aussi l'opinion de M. Rochas et la mienne ; mais sans chercher le faussaire dans l'entourage de Mme du Poet, il est démontré qu'il y en a un.
Tout ce que je sais sur ce point, c'est qu'il existe une copie du xvii* siècle conservée aujourd'hui dans le cabinet d'un intelligent collectionneur de Montélimar, et que l'écriture des originaux dont j'ai vu un fac-similé est ancienne.
vu
Simples Notes
L'histoire des seigneurs de La Bàtie-Rolland est loin d'être complète ; ainsi je n'ai rien dit des d'Athénoul de Gordon, des de L'Espine, des Cornilhan, des d'Àouste, des Moreton de Chabrillan et d'une dame de La Bâtie, nommée peut-être Méraude, dont M. Vallentin possède le sceau en argent dans sa riche collection archéologique ; mais l'absence de documents a été la seule cause de mon silence.
Voici l'opinion de M. Brun-Durand, mon savant ami, sur les armoiries du sceau de M. Vallentin :
« La légende semble indiquer un sceau de fantaisie gravé au xvir ou au xvnr siècle ; les armes concordent
parfaitement avec celles d'Hostun et de Genève : impartie de gueules à la croix engrelée d'or, qui est d'Hostun, et de 5 points d'or ëquipolle's à 4 d'azur > qui est de Genève. Reste à savoir s'il y a eu quelque alliance entre les deux maisons, et, d'autre part, si les d'Hostun ou de Genève ont possédé la Bàtie-Rolland.
« Pour mon compte, je ne connais parmi les seigneurs de cette terre que les Beaumont dont les droits remontent à Humbert, en 1419, et les du Poet. Louis de Marcel, tué dans un combat singulier avec Gouvernet, laissa ses biens à son cousin, appelé aussi Louis, fils de Pierre, co-seigneur de Savasse et Sauzet, gouverneur du château de Saou, et capitaine de 50 hommes d'armes. Ce Louis épousa, par les soins de Henri IV, le Ier septembre 1609, Justine de la Tour, fille de Gouvernet.
« Les Daillon de Lude, qui donnèrent un gouverneur au Dauphiné, avaient des armes semblables à celles d'Hostun, et l'écusson des Saint-Priest, du Lyonnais, ne différait pas de celui des de Genève. »
Relativement aux d'Hostun, je ne trouve d'autre alliance avec les du Poët que celle de Louise d'Hostun avec René-Hector de Marcel-Blain, vers 163G.
Mais pour les de Genève, je n'ai qu'une charte mutilée ayant été coupée et cousue, vers 1793, pour servir de gargousse. Elle rappelle, d'après la cotature, une vente de La Batie-Rolland par Agnès d'Autane à Richard- Aimar de Chalon (de CfudoneJ, que Y Inventaire de la CJiambre des Comptes traduit à tort par Lachau.
Or, Jean de Chalon, seigneur d'Arlay, avait épousé en secondes noces, vers 13G1, Marie de Genève, et son fils de premier lit, Blanche de Genève.
Mais ces Chalon d'où sortirent les princes d'Orange ont-ils réellement possédé La Bàtie-Rolland ?
Je multiplierais encore, si je l'osais, les interrogations
de ce genre tant il plane d'incertitudes sur l'histoire des seigneurs de cette terre, et, à l'appui de mon assertion, je vais publier une lettre de M. l'abbé Isnard, curé de Tulette :
« Votre hésitation à suivre Pithon-Curl pour la généalogie des Marcel-Blain n'était pas sans fondement, car cet auteur se joue du public lorsqu'il affirme que Louis de Marcel comptait parmi ses aïeules du xiv* siècle Marguerite de Planchette, épouse de Pierre de Marcel, alors qu'elle fut simplement sa parente collatérale et sa contemporaine.
« Fille de François de Planchette, originaire d'Auvergne, qui, le 25 mars 1501, était venu se fixer dans nos pays à l'occasion de son mariage avec Marguerite de Pinchinat, dame de Piégon, Marguerite de Planchette épousa successivement : 1° un sieur de Beaufort, sorti de La Mure ; 5° Richard des Seguins, co-seigneur de Piégon (acte reçu Perouse, notaire à Tulette, le 19 juin 1547) ; 3° Antoine de Montauban, seigneur de La Charce; 4° Pierre de Marcel, qui la rendit mère d'une fille unique, Judith de Marcel, mariée le 5 février 1582 à Louis d'Agout-Bonneval, co-seigneur de Piégon,..
« Par son testament du 9 mars 1594 (reçu Magnan, notaire à Tulette), Marguerite de Planchette déclara vouloir mourir dans la Religion prétendue Réformée et disposa de ses biens en faveur de ses enfants de divers lits, à chacun pour un quart...
« Parmi les témoins appelés à ce testament, figure Jacques de Marcel, seigneur de Pontaix et co-seigneur de Piégon, et c'est sans doute à la branche des Marcel de Piégon que Marguerite s'était alliée, et non à celle de Louis de Marcel de Blain... »
Marguerite de Planchette eut de son mariage avec Antoine de Montauban (1er janvier 1573) Iaabeau de
DE MONTÉ LIMAR
Montauban, femme de René de La Tour-Gouvernet, l'adversaire de du Poet. J'ai déjà dit que le roi Henri IV, pour réconcilier les deux familles, avait marié Justine de La Tour, autre fille de Marguerite de Planchette, avec Louis de Marcel-Blain, cousin du baron du Poet.
La maison de ce vaillant capitaine avait encore, au commencement du xvme siècle, une belle fortune : un hôtel à Montélimar, les seigneuries de La Bâtie-Rolland, de Poet-Célar, de Mornans et de Barry près Bourdeaux, ainsi que des droits féodaux et des domaines importants à La Bâtie, Sauzet, Savasse, Châteauneuf-de-Mazenc, Le Pont-de-Barret, etc. « Plus tard, comme les Grignan, ils » contractèrent des dettes considérables, et furent obligés » de vendre pour se libérer. Au nombre des aliénations » qu'ils consentirent se trouve celle de la terre, fief et » seigneurie de La Bâtie-Rolland, avec haute, moyenne » et basse justice, etc., vendue, le 27 septembre 1769, » pour le prix de 94,000 livres, par Joseph-Pierre-Louis
• de Blain de Marcel, marquis du Poet, chevalier de
• St-Louis, etc., à Antoine Dejean de Caderousse, co- » seigneur de St-Marcel-d'Ardèche, fils d'un conseiller » secrétaire du roi au Parlement de Grenoble, et grand- » père de M. Dejean de La Bâtie, qui était, en 1846, » délégué de l'Ile-Bourbon. Le dernier marquis du Poet > est mort vers 1845 au Poet-Célar, où il vivait modes-
• toment des quelques débris échappés aux prodigalités « de ses pères ou aux orages de la révolution : son nom, « après avoir brillé d'un assez vif éclat plusieurs siècles,
• s'est éteint avec lui. » (1)
A l'époque de la vente de La Bâtie-Rolland, l'acquéreur compta 4,200 livres aux Trsulines de Crest et 10,000 livres au Chapitre de Grignan. Joseph-François
(1) De Coston, Recherche» étymologiques, etc.
de Blain de Marcel avait emprunté cette dernière somme, en 1733, pour acheter la compagnie de cavalerie de Laurent, son fils aîné.
Déjà en 1661, René-Hector de Blain de Marcel avait aliéné un domaine à Pierre de La Balme, procureur au Parlement de Grenoble, moyennant 30 pistoles, et Jean- Louis Piallat acquit le môme domaine en 1705 de noble Jean Du Crest, seigneur de La Tour, mari de Louise de La Balme, fille unique de Pierre, receveur des tailles de T Élection de Valence.
Avant de quitter les seigneurs de La Bâtie, rappelons que l'un d'eux ménagea un accord avec le seigneur de Chateauneuf-de-Mazenc pour assurer un droit d'arrosage aux habitants de sa terre, et qu'aujourd'hui ce droit leur a été ravi.
vin
Le Tiers-État
Dire quelle était la condition de la classe agricole à La Bâtie-Rolland dès les temps les plus reculés, n'est pas chose facile en l'absence des archives communales, malheureusement perdues ; toutefois on peut conjecturer par suite de la découverte de tombeaux, de médailles, d'un grand doïmm (tonneau), etc., (1) qu'il y avait là
(1) Je dois à l'obligeante érudition de M. L. Vallentin les détails suivants :
« On trouve fréquemment sur le territoire de La Bâtie des médailles romaines ; j'en ai recueilli plusieurs assez bien conservées, mais aucune ne mérite une mention spé-
quelques villas romaines possédées par d©s familles puissantes dont les esclaves cultivaient les terres voisines. Sous le régime féodal, ces esclaves deviennent des serfs et des vassaux, encore soumis, en 1341, aux vingtains, septains, sizains, cinquains et quartons (20*, 7% 6e, 5e, 4* partie des fruits), aux condamnations, enchères, compositions, pulvérages, services, servitudes, lods, trezains, banalité des moulins et des fours, commissions et autres droits inconnus à Ducange. (1)
Peu à peu le cercle de la liberté personnelle s'étend et la terre supporte presque seule la plus lourde part des charges féodales. Ainsi, en 1540, Jean de Beaumont, dans l'énumération des droits qu'il tenait du roi à La Bâtie-Kolland, outre la juridiction entière, compte 20 sétiers de blé, 120 ras d'avoine et 100 poules de censés; 25 sommées de vin et 100 sétiers de grains de tâclies;
riale. Je possède aussi un magnifique dolium, découvert, il y a quelques années, à trois ou quatre cents mètres au levant du village; il était enfoui dans un champ voisin delà route de Dieulefit. On le retira sans précautions, et la partie supérieure fut brisée. Ce vase énorme a 4œ87 de circonférence au milieu, et lm70à la base. Il n'a guère que les deux tiers de sa hauteur et mesure encore lm72. Les dolium de cette dimension sont fort rares; on les employait à contenir soit des liquides, soit des grains, et on les enfouissait le plus souvent. Celui-ci est fort bien travaillé et l'on s'explique avec peine comment on a pu lui conserver une épaisseur égale (4 centimètres) et un fini si parfait tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
« J'ai recueilli dans la même commune un buste en bronze de Minerve ou Pallas, avec le casque et une tête de Méduse sur la poitrine, ainsi qu'un manche de couteau on de poignard, également en bronze représentant une tète de vestale recouverte du suffibulum ou voile de sacrifice, retenu sous le menton par une broche. Ces deux objets sont d'un travail médiocre, mais fort curieux l'un et 1 autre. On m'a remis aussi plusieurs hàches en serpentine qu'on s'accorde à faire remonter à l'époque gauloise. »
(1) Par exemple, tysazemenlis, dessao mena mentis, etc.
50 sétiers de blé ou de seigle du moulin et du four ; une corvée de chaque habitant ; de plus, une garenne, 200 sétérées de terre, 50 hommes de pré, autant de vignes et 100 sétérées de bois.
En 1734, le marquis du Poet, demeurant en son château de St-André, possédait un moulin affermé 328 livres, un four banal, 12G livres, un droit de champart (tâches) à la cote 20p, affermé 525 livres avec les censés et les lods, soit un revenu total de 3,184 livres.
Ces quelques renseignements échappés au naufrage des titres anciens permettent de comparer avec assez de certitude la condition des habitants de La Biltie à celle des villages voisins.
Cependant un acte du 14 janvier 1480 renferme des particularités dignes de mention, (1) relativement à la chasse et à la pèche. Le droit romain permettait la chasse à tout le monde ; mais il n'était question alors que de la chasse aux bétes fauves ; plus tard, les règlements etla coutume l'attribuèrent exclusivement à la noblesse, et lorsque Louis XI voulut la défendre à cet ordre, la tranquillité du royaume se trouva compromise. Il avait voulu tenter la même défense en Dauphiné, pendant le séjour qu'il y fit, « mais, dit Salvaing de Boissieu, la noblesse lui re- » présenta par la bouche de Jacques, baron de Sasse- » nage, qu'il ne pouvoit toucher à ses libertés sans » ébranler le titre du transport. Et précédemment Geof- » froy le Maingre Boucicaut, gouverneur de Dauphiné,
• sous Charles VI, ayant fait arrêter le seigneur de » Montmaur pour avoir couru le cerf contre ses défen- » sest la noblesse s'intéressa pour la conservation de ses
* privilèges, et s'étant assemblée en nombre de huit » cents gentilshommes, elle investit le château de La
(1) J'en dois un extrait à l'intelligente collaboration de il. Pellegrin, instituteur.
» Côle-St-André où étoit le gouverneur, qui se voyant » pressé fut contraint de se retirer la nuit et depuis ne
• revint plus à son gouvernement. » (1)
La Poix de Fréminville justifie par les raisons suivantes la défense de la chasse aux roturiers : « La pre- » mière est le libertinage, la négligence de tous les arts » et métiers, et l'inculture des terres et héritages. La » seconde est la destruction du gibier. La troisième est » que leur passion et l'inconsidération les porterait à » gi\ter les vignes, les blés et toutes sortes de récoltes ; » et une quatrième, qui n'est pas moins essentielle, est » que ce serait leur mettre les armes à la main, ce qui
• est contrevenir directement aux ordonnances qui dé- » fendent le port des armes. » (2)
En 1480, parait-il, tous ces dangers n'effrayaient pas trop Guillaume de Beaumont, puisque, par transaction faite avec Montel et Pautre, consuls de La Bâtie, assistés de six conseillers et de dix-huit chefs de famille, il permit à tous les habitants de La Bâtie, à leurs héritiers et successeurs de chasser à toute sorte de chasse, excepté aux pigeons des colombiers ; de pécher à toute sorte de pèche dans le Jabron et le Vermenon, sauf dans le béai du moulin ; de mener paître leur bétail dans les êtoMes (chaume) du seigneur, dès que les gerbes seront levées.
La garenne de Guillaume de Beaumont demeura naturellement réservée jusqu'à un trait d'arbalète ; mais « si,
• depuis le château jusqu'audit trait d'arbalète, les » habitants prennent des lapins avec leurs chiens ou tout » autrement, pourvu que ce ne soit pas librement et » volontairement, ils porteront ladite chasse au seigneur » et seront quittes de toute peine. •
(1) Usage des fiefs, chap. 36.
[2) Dictionnaire ou Traité de la police générale.
Une dernière clause de l'acte d'accord se référait aux biens communaux et elle attribuait au seigneur 32 florins pour arrérages de censés.
Plus tard, en l'an n (1793), Ricou, maire, Roussel et La Salle, officiers municipaux, déclaraient que la commune, d'après ses titres, avait droit à une contenance en terres bennes et garrigues de 201 sétérées, à 30 sétérées de terre fromentale, à 12 sétérées de terre vaine, à une maison commune, à une petite maison d'arrêt et à 4 mauvais chazaux (bangars) presque en ruines.
Peu après, les habitants au nombre de quatre-vingtneuf chefs de famille formant 392 âmes se partageaient la terre de Bruges, conformément à la loi du 10 juin 1793 ; et vers l'an xm, l'administration approuva définitivement ce partage.
Avant de refermer le livre du passé de La Bâtie, je dois une mention à la sage mesure agricole obtenue le 20 avril 1665 par René-Hector de Blain de Marcel de François d'Yze de Rozans, seigneur de Châteauneuf-de- Mazenc. Toute l'eau de la chute des moulins de cette dernière localité était acquise aux habitants de La Bâtie, depuis le lundi à midi jusqu'au mercredi à la même heure, du 1er mai au 1er septembre, pour l'arrosage de leurs prairies et jardins. Ils devaient à cet effet creuser un canal et payer à François d'Yze une censé annuelle de 23 sous par sétérée de terre arrosable. M. de Ravel, acquéreur de Châteauneuf-de-Mazenc, lors de la discussion des biens du Président de Thoury, s'ingénia à faire casser cette concession ; les avocats trouvaient même plusieurs raisons à cela ; mais la population résista et j'ai vu des rôles de 1784, 1786 et 1787 contenant les noms des arrosants, les contenances arrosées et la redevance due par chacun. Le rôle de 1787 accuse 151 livres 7 sols 9 deniers, somme qui, divisée par 23 sols, cotisation
DE MONTELIMAB
d'une sétérée, accuse une contenance de 132 sétérées environ.
La Bâtie-Rolland avait une étude de notaire avant 1790 ; M« Bayle la transféra à Sauzet, et M* Calvier à St-Gervais, où elle est demeurée.
Quant cà la juridiction du seigneur, elle s'exerçait à Montélimar. En 1780 M. Baulhéac était juge, M. Dation, lieutenant, M. Flachaire, procureur fiscal, et M. Rousset, greflier. Le châtelain ou mandataire du seigneur résidait à La Bâtie, et Ton a les provisions de Montel en 1769.
Aujourd'hui, la commune, industrielle et agricole tout ensemble, possède un centre important, doté d'une belle église, de deux écoles prospères, d'une bibliothèque scolaire déjà riche, de quatre foires (20 avril, 20 juin, 20 septembre et 31 décembre), d'une fontaine, etc. ; elle peut donc attendre avec confiance les destinées de l'avenir. Sa position, l'activité et l'intelligence de ses habitants lui assurent des jours prospères.