‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 20 sur 39 · LA BAUME-TRANSIT · texte numérisé non relu

LA BAUME-TRANSIT

Le Bourg

Bâti en amphithéâtre sur un banc de mollasse aux bords du Lez, après la chute du second royaume de Bourgogne, le village de la Baume-Transit domine la riante vallée de la rivière qui baigne ses murs, au nord, et l'immense plaine viticole de Bouchet, Suze, Ste-Cécile, au midi. Son nom, Caatrum de Balmis, lui vient de la forme de ses premières habitations, simplement creusées dans le rocher, comme à Barry et â Cabrières, non loin de là, vers l'ouest ; quant à celui de Transit, écrit dans les vieux titres Trancy et Tramy, et prononcé par les habitants, à la façon des Italiens, en appuyant sur la première syllabe, Baàmo in Tràmy, n'est-il point sorti de la formule m Tramino, jointe au nom de Sl-Paul-Trois- Châteaux, dans une charte de 1433 et dans des lettres de Louis, Dauphin (plus tard Louis XI), adressées en 1 456 c au bailli de St-Paol de Transi, » pour faire payer certains droits au chapitre de la ville épiscopale ?

Reste à savoir la vraie signification des mots m Tran-

sino ou de Transi, appliqués au pays des Tricasuns, et j'avoue mon ignorance à cet égard.

L'abbé Cl. Martin, recteur de Clansayes, d'accord en cela avec la tradition locale, a prétendu que les droits levés sur les marchandises importées ou exportées de Dauphiné au Comtat et réciproquement, avaient seuls déterminé l'addition de Transit au mot Bannie (1). S'il en est ainsi, tous les villages placés sur la limite des deux provinces devraient avoir un nom semblable, et c'est peut-être là le véritable sens de Vin Transino du xv siècle. Or, dans le doute, il faut accepter toutes les étymologies probables à cause des difficultés que les variations de langage et le caprice populaire dans le cboix des noms propres ont successivement fait naître. Ainsi pourquoi Baume-Transit s'appela-t-elle, pendant la Terreur, Baume-Manit plutôt que Baume-sur-Lez ou Baumedu-Tricastin? Le mol transit, synonyme de péage, sonnait alors fort mal, j'en conviens ; mais quelle nécessité pour cela de donner le nom d'un fauteur de spoliations et de massacres, à une commune rurale fort étrangère aux théories fratricides qui révent la liberté politique sans la liberté individuelle, sans la sécurité publique, la propriété, la religion et la famille ? $)

Avant de faire connaître l'histoire de La Baume-Transit dans les siècles passés, je rappellenii qu'en l'an u (1703) elle devint le chef-lieu d'un canton formé de Chamaret-le Maigre, de Chanlemerle, Clansayes, Montségur et Restitut-la-Montagne.

La division cantonale remonte au 55 décembre 1789, et le 7 mars 1790, le district de Montélimar fut subdi-

(lj Album du Dauphiné, 1 p. 162;— Archives de Pierrclatte et de lévêchc de St-Paul, à la Préfecture de la Drôme.

p] Marat (Jean-Paul , né dans la Principauté de Neufchàtel, en 1744, fut tué par Charlotte Corday, le 13 juillet 1793.

visé en sept cantons : Marsanne, Sauzet, Dieulefit, Taulignan, Suze-la-Rousse, Donzère et Châteauneuf-de- Mazenc.

Rovère et Poultier, chargés, en 1793, de l'organisation définitive du département de Yaucluse, enlevèrent à celui de la Drôme les communes de Bouchet, Tulette, Rochegude, et Suze-la-Rousse formant le canton de ce nom.

C'est alors que Baume-Marat devint le chef-lieu de cinq autres communes.

La loi du 28 pluviôse an vin, en rendant à la Drôme les communes annexées à Vaucluse, dépouilla La Baume de son privilège cantonal.

Par la loi du 0 frimaire an x, l'arrondissement de Montélimar fut réduit à cinq cantons : Dieulefit, Grignan, Marsanne, Montélimar et Pierrelatte ; Baume et Suze entrèrent dans ce dernier.

Plus tard, le chef-lieu de canton fut transporté à St- Paul. Enfin, la loi du 13 juin 185G ayant créé une circonscription cantonale à Pierrelatte, les communes précitées ont fait partie de celle de St-Paul. (1)

II ne reste du château féodal de La Baume-Transit, à l'est, au midi et au nord duquel le village est construit, que des murs en ruines et une tour peu élevée avec créneaux en parfait état de conservation ; le rocher occidental fournissait les pierres de construction des maisons et des remparts, donf le demi-cercle étroit ne suffisant plus au développement du bourg, se démolit peu à peu. On peut voir dans V Album du Dauphiné une lithographie représentant La Baume du côté du nord, avec beaucoup d'exactitude, son église, son pont et l'entrée du village. L'agglomération nouvelle se porte de préférence à l'est, dans la plaine, où se trouvent déjà la place, la

(1) Bulletin des Lois; — Archivas départementales, série M.

mairie et les écoles. D'ici à peu de temps, des routes faciles la mettront en communication plus complète avec les villages voisins. Elle est à 9 kilomètres de St-Paul, à 37 de Montélimar et à 81 de Valence ; mais le voisinage de Valréas et de Grignan peuvent la rendre chère aux touristes et aux commerçants.

On ignore les vicissitudes de l'existence de La Baume- Transit sous le régime féodal, et surtout à l'époque des ravages commis par Raymond de Turenne et par les Compagnie-Franches ; mais pendant les guerres civiles du xvr siècle, grâce à la trahison d'un certain Bavard, de Tulette, elle tomba au pouvoir des protestants et fut reprise aussitôt par la garnison catholique de Valréas (1574). L'année suivante, un lieutenant de Montbrun, se qualifiant baron d'Alais, l'occupa de nouveau et de là rançonnait les environs.

Le comte de Suze (François de La Baume) l'obligea d'en sortir. D'abord, dit le P. Justin, « il le somma de » se rendre, et sur son refus il fit battre les murailles » qui étant peu fortes, furent bientôt ouvertes. » Le comte de Suze avait w2,000 hommes de pied, 300 chevaux et 3 canons ; ses soldats « entrèrent et attaquèrent tout » de suite le château, où le baron d'Alais s'étoil retiré, » avec la garnison. Ce château fut pris par escalade ; » tout y fut passé au fil de l'épée, excepté le gouver- » neur qui, étant allemand de nation, fut sauvé par les » reitres que le comte avoit avec lui. Du nombre des • morts fut rhermite de Sorgues qui avoit livré sa » patrie sur la fin de Tannée 1573, et qui avoit eu part » à tant de massacres. » (1)

Aujourd'hui, les souvenirs de ces époques funestes de

(1) Histoire des guerres du Comtat, II, p. 138, 139. Noie communiquée par M. Devès, un de mes zélés et excellents collaborateurs.

divisions et de luttes sont heureusement oubliés, et la population, essentiellement agricole, passe insouciante devant les ruines du château-fort, dont les échos sont depuis longtemps muets. Je n'ai ni le pouvoir de faire revivre par le style les grands personnages qui l'habitèrent, ni le talent d'intéresser la génération présente au récit des fêtes et douleurs qui se succédèrent dans le manoir en ruines; cependant il y aura quelque charme à soulever au moins discrètement un coin du voile épais qui couvre le passé de La Baume- Transi t .

Mais avant d'entrer plus avant dans mon sujet, je veux rectifier une erreur, peut-être même une petite calomnie, accréditée par l'auteur de l'article sur ce pittoresque village publié dans V Album du Dauphinê.

Le nom de Burlalores ou bouffons du Midi a été donné par quelques chroniqueurs, dit Cl. Martin, aux habitants de La Baume-Transit, à cause de leur caractère emporté, fougueux, railleur. Je n'ai lu ce détail dans aucune chronique et je n'ai rien remarqué de blâmable dans ce village, où, plus heureux sans doute que l'abbé Martin, j'ai reçu un accueil sympathique et bienveillant. En revanche, j'ai trouvé sur tous les anciens manuscrits de Pierrelatte, La Baume, St-Paul et Tulette, déchiffrés par le critique, rénumération complaisante, écrite de sa main, de tous les- titres à l'immortalité « du » recteur de Clansayes, historiographe dauphinois, cora- » patriote de Casimir Périer et de Champollion-Figeac! »

Géographie 1 Statistique

La commune avait, en 178!), demMieue de long sur autant de large, et le sol, de mauvaise qualité, demeurait inculte pour un quart. En 1734, le contrôleur ambulant de 1'Kleclion de Montélimar y trouvait 830 salmées, de 2,500 cannes chacune, estimées 8G0 llorins de revenu pour la portion roturière et taillante, les consuls ignorant la contenance des fonds nobles et exempts de la taille, qui, en 1789, formaient la meilleure partie du territoire.

Le cadastre accusait, en 1835, une superlicie de 1*205 hectares, ainsi décomposée :

295 en bois dos particuliers ; 591 en terres labourables ; 133 en vignobles ; 21 en prairies ; 94 en pâturages ; 67 en chemins, rivières, etc.; 8 en terres incultes :

3 en édifices publics.

Un correspondant bienveillant et éclairé m'assure qu'aujourd'hui la contenance des vignobles atteint 3*23 hectares, dont 100 pris sur les bois et 100 sur les terres labourables.

M. Mermoz, en 1839, évaluait les 1138 hectares de superficie imposable à 36,*248 fr., soit 4,5-U) fr. pour les propriétés bâties, et 31,708 fr. pour les autres, assujettis

à un contingent d'impôts de 3,485 fr. Le revenu moyen était ainsi de 40 fr. 65 par hectare, et la contribution moyenne de "2 fr. 01 .

En 1734, on ensemençait un quart des 350salmées de terres labourables en blé, un quart en seigle ; l'autre moitié en millet noir (sarrasin) , avoine, épeautre et menus grains ; les vignes occupaient 65 salmées, les prés 24, les broussailles, hernies et graviers, le reste du sol. Les documents statistiques d'alors ne sont pas autrement explicites. « On perçoit du froment, disent-ils, là où le » sol est fumé, ainsi que du >eigle, de l'épeautre, du » sarrasin et des pommes de terre. On y récolte aussi » du vin, mais en petite quantité. 11 y a des oliviers, en » petit nombre, des noyers et des figuiers, si les grands » froids de 1788 ne les ont pas tués. Année commune, » il ne s'y recueille pas la moitié des grains nécessaires » à la nourriture des habitants, dont plus des trois » quarts vivent de menus grains et de pommes de » terre. »

Aujourd'hui, année commune, 200 hectares ensemencés en blé produisent 1 ,400 hectolitres, et la culture du méteil, seigle, orge, maïs et sarrasin est à peu près insignifiante, malgré les chiffres bien différents que j'ai rencontrés parfois; celle des pommes de terre rend 60,000 kilogr. pour 15 hectares, et celle de la vigne 4,000 hectolitres de vin pour 3W23 hectares.

En 1734 il s'y faisait « quelque peu de vers à soie ; » en 1780 la récolte de cocons allait à 80 quintaux ; en 1840, à 55 ou 30,000 kilogr. ; en 1866 et 1867, à 4,000, 5.000 ou 6,000 kilogr. au plus.

La garance a également donné, il y a dix ans, une bonne rémunération aux cultivateurs; aujourd'hui le prix des racines de cette plante est trop peu élevé.

Quant au bétail, le nombre en a peu varié depuis 1789,

faute de fourrage. On comptait alors 80 couples de mulets, chevaux et bceufs ; 500 têtes de bêtes à laine et 100 porcs. La cherté du sel excitait à la même époque de vives réclamations, parce que le minot de 112 à 114 livres, qui, en Dauphiné, coûtait 3*2 livres, ne revenait qu'à G livres 12 sols dans le Comtat, où il pesait de 130 à 135 livres.

En 1734 il se fabriquait à La Baume-de-Transit des radis et serges d'Orange, et il y avait un moulin à foulon ; cette industrie avait cessé en 1789. Aujourd'hui l'exploitation des carrières, une minoterie et une fabrique à soie occupent une partie de la population à diverses époques de l'année.

A ces renseignements il convient d'ajouter le chiffre des impôts.

18G8. Part de l'État. . . . 4,360 fr. 14 c.

— du département. 1,91-2 77

— de la commune. 4,063 75 Frais d'impression. 353 14

Montant des rôles . . 10,587 fr. 80 c.

1814. Contingent, 3,471 fr. en principal pour la cote foncière, 3G9 fr. 17 c. en centimes ; total 5,306 fr. 94.

1789. Impositions royales. Taille, 1,145 livres 15 sols; impôts accessoires des taillables, 819 livres 16 s. 8 den. ; imjHjls accessoires des trois ordres, 171 livres 10 s. ; droits de quittance, 3 livres; capitation, 650 livres; vingtièmes, 593 livres 13 s. 6 den. ; total, 3,381 livres 10 s. 3 den.

Les charges locales ou budget communal arrivaient à 364 livres 14 s.

Si maintenant l'on considère les droits seigneuriaux et la dime comme des impôts, on comprendra les plaintes formulées alors par la population.

1734. Taille, 1,843 liv. 10 s. 4dcn. ; capitation, 490 liv. ; dixième, 355 liv. ; charges communales, 330 liv. 1 s. 8 den. ; revenus seigneuriaux, 5,000 liv. ; dinic, 1,000 liv. ; total 9,018 liv. Or le blé valait alors 3 livras Témine et rémine pesait 50 livres.

Un dernier point de comparaison montre l'avantage du présent sur le passé.

En 1734, il y avait à La Baume 153 maisons, granges ou ménages particuliers; en 1789, 130 maisons et 34 granges ; en 1835, 193 maisons; en 186G, 337 maisons habitées par 348 ménages.

La population était, en 1789, de 650 Ames; en 1830, de 768 ; en 1838, de 859 ; en 1848, de 840 ; en 1858, de 866 ; en 1868, de 883.

Vers le milieu du xvur siècle, il fut question de faire communiquer le Languedoc, la Provence et le Comtat avec les Alpes dauphinoises par une route facile et directe. Chaque localité fit valoir ses avantages. L'un des projets de Pierrelatte à Yeynes. par Sl-Paul, La Baume, Visan et Nyons offrait de sérieux avantages pour l'agriculture, le commerce et la stratégie ; mais Suze, Grignan et Valréas s'opposèrent à son exécution.

« Le terrain de St-Paul à Baume, disait un mémoire, .» est sablonneux, mêlé de petits cailloux et parfois de » rochers ; il produit du blé, du vin, des olives, du » fourrage, de la soie et des amandes ; la distance est » d'une heure et quart. Le Lez, dont le lit a 45 toises de » large, a besoin d'un nouveau pont, l'ancien étant hors » de service. Quant aux rues du village, impraticables » aux voitures, on peut les éviter en tournant le coteau » sur lequel La Baume est bâtie. De là à Visan, sur une » longueur de parcours d'une heure et quart, le sol » léger et sablonneux se prête à merveille à un bon che- » min, toujours en plaine. Il faudra un pont de bois sur

DE MONTELIMAR

• le torrent de Tolohre, qui sépare le Dauphiné du » Comtat, Visan de La Baume, et un autre sur le torrent

• de Lerin. »

Longtemps avant ce projet, Diane de Poitiers, dame de La Baume, avait voulu y favoriser l'extension du commerce. Elle disait dans sa suplique au roi Henri u : « Ledit lieu est situé en bon et fertil pais, à l'entour » duquel croissent et abondent plusieurs commodilez de » biens, y passans et repassans plusieurs marcbans et » marchandises, pour la décoration et augmentation du- » quel lieu, profit et utilité tant des habitante que de la » chose publique et païs d'environ seroit très requis » et nécessaire y avoir deux foires. *

Ce fut là, selon Claude Martin, tout ce que le bourg retira du noble patronage de la duchesse de Valentinois. Il parait cependant, d'après la tradition locale, que Diane de Poitiers y fit aussi construire sur le Lez l'étroit pont de pierres, avec angles de refuge de piétons, qui menaçait ruine en 1753 et qui subsiste encore.

En 1734 il ne restait plus qu'une foire qualifiée de « très mauvaise, » et aujourd'hui il y en a deux, le G janvier et le 10 août.

Quant au péage levé sur les voitures, bétes de somme, bestiaux, denrées et marchandises, il fut supprimé par arrêt du Conseil d'État du 29 janvier 1755, faute de titres. (I)

(1 ; Archives départementales, séries M, C 3. 257 et 93 ; — Album du Dauphins, I. 162: — Mermoz, .\ouvcnu projet de répartition; — Delacroix, Statistique de la Drfime.

Le Clergé

Il n'est resté aucun monument du culte religieux des premiers habitants de la commune, et, sans le voisinage de St-Keslitut, où, d'après la tradition, le christianisme fut prêché par l' Aveugle-Né de l'Évangile, il serait difficile de reculer leur conversion jusqu'aux premiers âges de la foi catholique. En effet, le chœur en style roman de l'église de La Baume et sa dédicace au Saint-Sépulcre et plus tard à la Sainte-Croix, n'accusent guère que le xr ou le xi r siècle. Je ne parle pas de la nef, de construction plus récente et sans caractère architectural. Quant à l'orientation vers le midi au lieu de l'est, elle est peut-être due aux accidents de terrain et à la proximité du rocher.

Dès le xvp siècle, i'évéque de St-Paul-Trois-Chateaux avait la collation et les revenus de la cure, unie de temps immémorial à la même (table) épiscopale. Ce privilège exclut l'idée d'un prieuré relevant d'un ordre religieux.

En 1790 le curé jouissait : 1° de 700 livres de portion congrue, sorte de traitement pris sur la dime ; de trois fonds de terre, produisant 80 livres de rente annuelle, avec la charge de quatre messes basses de fondation, d'une grand'messe et de quatre bénédictions ; 3° de trois livres d'une messe basse de fondation, de trois autres livres de douze messes basses, aussi de fondation ; total 78G livres.

De son côté, le secondaire ou vicaire avait 350 livres de portion congrue et 10 écus de quatre messes basses de fondation ; total 380 livres. (1)

On sait par les déclarations officielles de 1734 que révêquc de St-Paul percevait à La Baume 1,400 livres du produit de la dime, en y comprenant les 400 livres de la ferme de la dime du fief de Barbara, dans la terre de Suze-la-Rousse. La dime s'y levait à la cote quinzième (de 15 gerbes une) sur les vins, grains et agneaux, et, sur la somme totale de 1 ,000 livres, 350 revenaient au curé pour sa portion congrue et 150 au vicaire. A la même époque il y avait cinq confréries sous les noms de St-Sacrement, du Kozaire, de St-Sébastien, de St-Blaise et des Pénitents blancs.

La dime épargnait le chanvre et les glands, mais non le millet noir de deuxième récolte ou sur chaume, malgré divers arrêts contraires du Parlement de Grenoble.

Inutile de rappeler, avec les canonistes, qu'en matière de perception de dime, l'usage était la règle ordinaire.

Une visite épiscopale faite à La Baume, en 1643, par François de Grignan, évéque de St-Paul, nommé au siège d'Arles, nous fournit quelques renseignements utiles à connaître pour apprécier la différence des temps.

Le prélat n'y trouva qu'un autel couvert de trois nappes dont deux de médiocre valeur, avec un rétable où la descente de croix était peinte à l'huile et un devant

(1) En 1742, le vicaire ne pouvant tirer par lui-même un profit convenable des fonds de son bénéfice, donna à bail emphytéotique, avec la permission de l'évèque et de l'avis des consuls, ses trois terres aux Luminaires, Penard et Gravières à Sahatier, Chanabas et Bedoin, pour 31 livres 5 sols de pension annuelle. Elles avaient ensemble 22 éminées de superficie.

d'autel en cuir doré. Dans la chapelle du seigneur féodal, celle du coté de l'évangile, il n'y avait ni rétable ni devant d'autel.

Voici l'inventaire des ornements sacerdotaux : une chape de ligature, deux chasubles de môme, une noire et une rouge ; une aube avec amict et ceinture ; deux voiles ; un calice en argent avec sa patène ; un missel ; un le igitur et quatre nappes.

Le cimetière n'avait pas de clôture.

Quant à la portion congrue du curé, elle comprenait cinq sommées de grains, trois de seigle et deux de blé ; douze barraux de vin et six écus d'argent. Tout cela est fort modeste.

François de Grignan, comme décimateur, s'engagea à fournir les ornements nécessaires et à entretenir le logement du curé. Il exhorta celui-ci à remplir exactement ses devoirs relativement au prône, au catéchisme, aux fondations, etc. ; et comme il n'y avait pas alors de vicaire dans la paroisse, il l'obligea à dire une messe basse tous les mois pour les fondateurs de la vicairie, à s'aider d'un prêtre séculier ou régulier les jours des Rameaux, de la Pentecôte et de Noël, et à remplir avec soin les fondations de Marie de Blou et d'Isabeau Vigouroux.

Les habitants, à leur tour, reçurent l'ordre de réparer la nef de l'église, de faire fermer les fonts baptismaux, d'acheter un fanal pour accompagner le Saint-Viatique et de clore le cimetière.

Quant au seigneur de La Baume, il fut invité à pourvoir sa chapelle de Notre-Dame d'un devant d'autel, d'une chasuble et de nappes.

Nous n'avons pas de détails sur la chapelle d'Argenson que le prélat ne put visiter, à cause du mauvais temps.

A ces renseignements curieux pour l'histoire locale, j'en ajouterai quelques autres. En 1478, par exemple,' l'administrateur de l'évêché de St-Paul, vicaire perpétuel ou curé de l'église du St-Sépulcre de Baume (de BalmixJ, recourait à Daillon de Lude, gouverneur de la province de Dauphiné, pour obtenir l'expulsion de la cure d'un prêtre nommé Monier, qui disait en avoir reçu la collation de Mathieu Duplan, vicaire prétendu de l'administrateur plaignant.

Celte même année, Hugues de Genevès, docteur èsdécrets, prévôt de la cathédrale, officiai et vicaire d'Imbert de Laye, qui était commendataire perpétuel de l'évêché de St-Paul, alors absent, avait conféré la cure de La Baume, vacante par le décès de Michel de Calonges, à Hugues Vetuzet, maître ès-arts, serviteur de l'évêque commendataire.

Us commendes à l'origine n'étaient pas données pour l'utilité et le profit de ceux qui les obtenaient, mais pour le bien des fidèles.

Au xve siècle, nous trouvons à la fois et l'évêque de St-Paul et le curé de La Baume, sans doute retenus loin de leurs bénéfices par d'autres devoirs, et les plaintes des fidèles iront grossissant jusqu'au xvr9 siècle.

Je rappellerai, en passant, que Michel de Calonges {alite de Colonges), vicaire et chapelain perpétuel de La Baume, ayant donné, en 1468, un emplacement voisin de sa demeure pour y bâtir un presbytère, Etienne Genevès, évêque de St-Paul, adjugea le prix fait de cette construction à Guillaume Barat, pour 15 florins monnaie courante.

Malgré les abus que la perception de la dîme avait fait naître en passant des mains de bénéficiera souvent désintéressés à des fermiers avides, cette redevance méritait de devenir moins impopulaire. En effet, indépendam-

ment du paiement en nature à des époques où le numéraire était rare, elle servait à l'entretien de l'église et au soulagement des pauvres, car la jurisprudence reçue en Dauphiné en attribuait à ceux-ci la vingt-quatrième partie.

Cette vingt-quatrième arrivait, en 1789, à La Baume, à six sétiers de grains et à trois barraux de vin. Elle recevait parfois d'autres destinations ; la visile épiscopale de 1G43, par exemple, nous la montre affectée au traitement du vicaire, et, par abus, au paiement du logement des gens de guerre.

Au xvii' siècle, les pauvres de La Baume avaient droit à six écus, intérêts d'un legs fait par un évêque de St-Paul.

En 1789, il n'existait plus de fondation pour les hôpitaux, et les pauvres ne recevaient plus que les grains de la vingt-quatrième de la dîme et quatorze livres de la même source et d'une pension. Une assemblée générale nommait l'administrateur de ceux-ci, et le châtelain signait les mandats avec le curé.

Quant à l'instruction populaire, les documents de 1789 s'expriment ainsi :

« Nous n'avons aucun maître d'école, parce que M. » l'Intendant n'a jamais autorisé l'imposition d'une » somme à ce nécessaire, bien qu'il l'ait permise à d'au- » très communautés voisines, à Chamaret, par exemple, » où l'on impose 100 livres par an, les enfants payant le » surplus des gages du précepteur. On aurait fait de » même à La Baume, si la permission avait eu lieu, tous » les habitants, même les plus imposés et qui sont sans » enfants s'étant joints aux autres pour adresser à ce » sujet à M. l'Intendant leurs requêtes multipliées et » leurs délibérations. Si ce refus continue, on ne trou-

téose les terres incultes, et l'acte de Dieudonné d'Estaing a été tellement valide, que môme en admettant une lésion, il devait subsister. En vain objecterait-on que tous les chanoines n'avaient pas été consultés ; il suffisait de consulter ceux qui étaient présents. Enfin le droit du seigneur dominant avait été sauvegardé formellement dans le dernier acte de vente, et l'acquéreur avait demandé l'investiture du fief sans pouvoir l'obtenir, avant le procès : donc il ne pouvait tomber en commise ; de Bernes concluait en rappelant les embellissements faits par lui au château de La Baume, l'affranchissement des tailles delphinales obtenu par lui en faveur des habitants du bourg, les charges imposées au vassal dans l'acte primitif d'inféodation et la valeur des immeubles donnés en retour, toutes choses exclusives de l'idée de lésion.

De pareils arguments firent pencher la balance en sa faveur, à l'unanimité des voix sur plusieurs points.

Les dépens de ce long procès, dit le P. Boyer, dépassèrent 6,000 ducats, et le refus des lods faillit en amener un autre. Mais des amis communs s'interposèrent et un accord fut signé, le 18 octobre UOO. On y lit que Gabriel de Bernes (de Bemetto, de Bern 'mis) fera donner à ses dépens main-levée du temporel de Pévêque et du chapitre, saisi par le Dauphin, dans les diocèses de St-Paul et d'Embrun ; qu'il exécutera selon sa forme et teneur l'acte d'inféodation de 1407, fera expédier les titres et documents relatifs aux biens donnés en échange, restera libre d'accroître ou non cette compensation, et payera les lods suivant l'estimation de noble dame de La Garde. Chaque partie devait supporter ses frais et se déclarait quitte l'une vis-à-vis de l'autre.

Le P. Boyer ne dit rien de cette transaction et rappelle seulement celle du 13 novembre suivant, qui régla la quotité de la dime à payer par le seigneur et par les habitants de La Baume.

En 1462, selon V Inventaire du Valentbwis, et en 1464 d'après le P. Boyer, Gabriel de Bernes se vit accusé par Louis XI d'avoir fomenté la haine que Charles VII avait portée au Dauphin, et il fut déclaré criminel de lèse-majesté et privé de ses biens.

Charles des Astards, favori du prince, hérita de La Baume et de Pierreiatte, et prêta hommage pour la première à Etienne Genevès ; mais craignant le retour de la fortune, sous un prince tel que Louis XI, il vendit La Baume, Charnier et d'autres domaines, en 1465, à Pierre de Gruel, seigneur de Saix, président au Parlement de Grenoble. (1) Celui-ci rendit hommage à Tévéque de St-Paul, « à genoux, l'épée, le baudrier et les éperons » bas, ses mains jointes dans celles du prélat, qui lui » donna le baiser de paix, comme à son vassal, protes- » tant de ne déroger jamais à l'acte d'inféodation du » château de Baume, ni à aucun des articles qui y sont » contenus, et en particulier au droit de faire couper » du bois dans les forêts de ce village pour l'usage de sa » maison. »

Pierre de Saix ne demeura pas longtemps maître de La Baume, et je n'ai pu découvrir les motifs qui lui firent perdre cette terre, dont Louis XI et ses successeurs vont disposer désormais. (2)

(1) Chorier le dit le premier noble de ce nom ; mais Guy Allard fait remonter la branche de Saix plus haut. Pierre n'eut que des filles, et ce doit être à lui que se rapporte la terrible légende que nous redirons à l'article Montségur.

(2) Guy Pape, Decisiones, quest. 149 à 170 ; — Chorier, Jurisprudence de Guy Pape, passim ; — Archives départem. de la Drùme. fonds de l'Evêché dn St-Paul ; — Boyer de Sle-Marthe, Histoire de l'église cathédrale de St-Paul, pp. 166, 167, 168. etc. ; — Nobiliaires de Chorier et de Guy Allard.

Les Poitiers

Avant de monter sur le trône, Louis XI régna dix ans en Dauphiné, partageant son temps 'entre le despotisme, la chasse et les plaisirs. Marguerite de Sassenage, jeune et spirituelle veuve d'Amblard de Beaumont, attira particulièrement l'attention du prince, qui eut d'elle Jeanne et Marie de France. La première épousa Louis, bâtard de Bourbon, et la seconde Aimar de Poitiers, seigneur de St-Vallier, chambellan de Louis XL

L'Inventaire des Baronnies mentionne des lettrespatentes du monarque, datées du mois de juin 1467, par lesquelles il donne à Aimar ■ en considération de son » mariage avec Marie de France, fdle naturelle de S. M., » la somme de 2,000 livres de rente, pour être le pro- » pre héritage de ladite Marie ; et, pour la sûreté de la- • dite rente, le roi remet à son gendre, outre la moitié de » Pizançon, les terres et seigneuries de La Baume, (1) » Roche-de-Glun, Rochefort et Châteaudouble, avec la » gabelle du sel de Romans et le péage de Sauvetat, en » Languedoc, avec leurs appartenances et dépendances, » pour en jouir, sous faculté de rachat, au prix de 30,000 » écus d'or courants. » Si les terres cédées ne valaient pas annuellement les 2,000 livres promises, le Parlement et la Chambre des Comptes de Grenoble devaient parfaire la somme. Aimar de Poitiers constitua en douaire à Marie de France ses terres et baronnies de Privas, Tournon et St-Vincent, « et au cas que ladite Marie

(1, Lhorier, Hi$t. gén , II, p. 474, écrit Vaunet; j'ai préféré I autoritô de Yînvenlaire des Baronnies.

» décédât sans héritiers légitimes, les choses données » par S. M. retournement à elle ou à ses successeurs, » môme la moitié des 32,000 écus. s'il se trouvoit qu'au- » paravant lesdites terres eussent été rachetées. » Le mariage fut célébré à Chartres où était le roi.

L'étiquette féodale attachait alors, même chez Louis XI, une grande importance aux armoiries, et il fallut régler celles de la dame de St-Vallier. Voici donc les lettrespatentes publiées à cet effet à Meslay, en juillet 1467 :

« Louis... comme puis nagueres nous avons traité et » accordé le mariage de nostre très chère et amée fille » naturelle Marie avec nostre très cher et féal cousin » Aimar de Poitiers, sieur de St-Valier, par quoy seroit » bien expédient d'ordonner les armes qu'il nous plaira » que nostre dite fille porte ; seavoir faisons que nous » acertenez que ladite Marie est véritablement nostre » fille naturelle, voulant honorer elle et sa postérité et » qu'elle jouisse des honneurs et prérogatives qu'aux » enfants naturels des princes appartenant, pour l'amour » et singulière affection que nous avons en elle, avons » voulu et ordonné, voulons et ordonnons par ces pré- » sentes que ladite Marie nostre fille naturelle porte les » armes de France, à la différence d'une bande d'or, » commençant au costé senestre, ainsi que les enfans » naturels ont accoutumé de faire ; de laquelle chose » faire nous lui avons donné et donnons puissance et • faculté perpétuelle. »

Marie de France vint-elle à La Baume, visiter ses vassaux ? Je l'ignore ; mais on sait qu'elle mourut quelque temps après son mariage * en l'accouchement d'un » fils qui la prédécéda. » (1 ) De cette manière la seigneu-

(1 Chorier loc. cit.) prétend qu'elle mourut sans enfants, et l'édition de Commines. publiée par Godefroy, fait mourir le ûls après la mère ; j'ai suivi Duchesne.

rie fit retour à Louis XI qui, d'après Y Inventaire des Banmmes, la donna, par lettres-patentes du 26 novembre 1472, à Claude de Raboudages, écuyer, * en consi- » dération de ses services. » 11 est dit dans ce document «pie la terre de La Baume est provehue au roi par confiscation sur Gabriel de Bernes.

Louis XJ, né le 3 juillet 1423, mourut le 30 aoiit 1483, après avoir régné vingt-deux ans. On trouve, la dernière année de son règne, un obscur descendant de Jean le Mcingre dit Boucicaut, marécbal de France sous Char les Y, avec la qualification de seigneur de La Baume et transigeant avec ses vassaux au sujet des réparations de leur pont, qui serait de la sorte antérieur à Diane de Poitiers.

Kn 1507, sous Louis XII, Romanet de Viennois, au nom de Marguerite marquise de Bernes, son épouse, faisait hommage à Guillaume Adhémar, évéque de St- Paul, pour tous les biens ayant appartenu à Gabriel de Bernes.

Mais en 1519, François 1" régnant, Jean de Poitiers s'intitulait seigneur de Ui Baume. Fils d'Aimar et de Jeanne de La Tour de Bologne, sa deuxième femme, le seigneur de St-Vallier était né vers 1471. Il épousa d'abord, en 1489, Jeanne de Bathernay, fille d'imbert, favori de Louis XI, et de Georgette de Montchenu, puis Françoise de Chabannes, en 1510, et enfin Françoise de Polignac, en 1535. De ses quatre enfants Diane de Poitiers laissa seule un nom dans l'histoire.

Lorsque Louis XII, en 1498, érigea le Valentinois en duché au profit de César de Borgia pour se rendre favorable le pape Alexandre VI, le seigneur de St-Vallier lit une protestation solennelle et « intenta même une action » de vuidange contre le procureur du roi en Valentinois et » Diois au Parlement de Grenoble. 11 y eut appointement

> en droit ; » mais ce fut, selon Cliorier, un renvoi aux calendes grecques. Quoi qu'il en soit, n 'est-il pas probable que, lors de la déchéance de César de Borgia, Jean de Poitiers obtint quelques compensations ? Il commençait alors à avoir du renom, et, lorsque François Ier inaugura son règne par le recouvrement du Milanais, il accompagna le monarque dans cette expédition, étant chevalier de son Ordre, chef et capitaine de cent gentilshommes de sa maison. En ce voyage, dit un historien du temps, « il se porta vertueusement et fit ce que bon » capitaine et chef de bandes hardi devoit faire. »

Mais la défaite de La Bicoque ayant livré le Milanais aux Espagnols, François I" allait en personne réparer cet échec à la tête de 25,000 hommes, lorsqu'il est informé du complot tramé par le connétable de Bourbon. Le roi se rend auprès de celui-ci à Moulins sans pouvoir lui ar racher une parole d'affection et de dévouement, et à peine l'a-t-il quitté que Charles de Bourbon gagne le sol germanique, en traversant le Daophiné. Jean de Poitiers, ancien compagnon d'armes du coupable, avait, paraît-il, favorisé sa fuite ; il fut arrêté comme son complice, dans la ville de Lyon, le 5 septembre 1523, interrogé d'abord à Tarare, puis à Loches où il fit des aveux complets. Sa cause fut portée au Parlement de Paris qui le déclara criminel de lèse-majesté et le condamna à morl avec confiscation de ses biens. Avant l'exécution de l'arrêt, St-Vallier se vit privé des colliers de St-Michel et de l'ordre du roi, puis appliqué à la question ; mais son état de maladie le délivra de ce supplice et les brodequins lui furent seulement présentés. Après avoir disposé de ce qu'il avait sur lui, il fut conduit au lieu de l'exécution. A peine était-il arrivé qu'un archer de la garde du roi survint avec des lettres de commutation de peine. » s. M. en février 1523, estant à Blois. donna ces lettres

DE MONTÉL1MAR

» à la prière du grand seneschal de Normandie (mari de » Diane de Poitiers), « par lesquelles St-Vallier allait » estre enfermé à perpétuité entre quatre murailles de • pierre maçonnées dessus et dessous, esquelles il n'y » devoit avoir qu'une petite fenestre, par laquelle on lui » administrerait son boire et son manger ; le reste de » Tarrest demeurant en son entier. »

Peu de jours après, selon Dupuy, le roi manda à la cour de surseoir à l'exécution des lettres de Blois et de laisser St-Vallier où il était. Le dernier mars 15*24, il fut tiré de la tour carrée et délivré peu de temps après.

Enfin, le roi en 15*27, € lui donna lettres de restitution, » abolition, grâce et rappel, adressantes à tous les Par- » lements de France. »

Pendant les péripéties du procès, Jean de Poitiers vit en une nuit ses cheveux blanchir et contracta même une fièvre, appelée depuis ta fièvre Sl-VuUier ; mais toutes ces émotions, loin de le conduire au tombeau, comme l'ont écrit plusieurs auteurs, s'apaisèrent peu à peu, et nous le voyons en 1532 convoler à de troisièmes noces. De plus, il vivait encore en août 1539, ainsi que le prouve son testament fait au château de Pizamon et où il est question de La Baume.

« Bien remémorant et bien records, dit-il, du contract » de mariage; passé avec sa très aînée consorte Françoise » de Polignac, et des constitutions qu'il a faict à elle, » sravoir est des places, terres et seigneuries de Baulmes » de Trancv, en Dauphiné, de Privas et de Florac en » Gevoden (Gévaudan), sous l'an 1532, et le 26e jour de » septembre, et scmblablement de la somme de 10,000 » fr. par lui, depuis ledit contract de mariage, receuë » de son dot, l'an 1534, le 27e jour du mois de mars, il » ratifie et approuve lesdits contrat de mariage, reco- » gnoissance de telle constitution de douaire et autres

» articles contenus esdits contrats. » De plus, en considération des bons, agréables et recomraandables services de la même Françoise de Polignac, Jean de Poitiers lui donne et lègue « tous ses meubles qui sont de présent » ou qui se trouveront après son trespas en ses maisons » et chasteaux de Serignan, Baulme, Estoille, St-Vallier » et Pizançon. »

Qui se serait douté, à la vue des ruines silencieuses du manoir de La Baume, que tant d'infortunes et de vicissitudes aient jamais attristé la demeure de plusieurs personnages historiques? Il n'est pas de village qui, de près ou de loin, ne rattache ses annales à celles de la France elle-même, et voilà pourquoi aussi l'étude du passé devient si attachante. (1)

Derniers Seigneurs

Avant d'esquisser à grands traits la vie de Diane de Poitiers, je dois, pour écarter tout soupçon de récit fantaisiste, consulter d'abord qu'elle hérita des biens de son père et de son frère Guillaume, et partant qu'elle a été véritablement dame de La Baume-Transit. En effet, des lettres-patentes de Henri II y établirent deux foires, à sa

(l) Duchosne, Histoire des comtes de Valentinois ; — Dupuy, Traitez concernant l'histoire de France; — Commincs, édition Godefroy ; — Chorier, Histoire gétxérale; — Uoyer de Ste-Marthe ; — Inventaire des Baronnies, etc.

DE MONTELIMAR

prière, et le procès-verbal descriptif des terres possédées IKttrimonialement par la duchesse de Valentinois, nous montre la duchesse de Bouillon, Tune de ses fdles, en possession du deuxième lot, formé de Sérignan, La Baume, Caraaret, etc.

A la vérité, les réclamations de l'évêque, du chapitre et des habitants de St-Paul-Tois-Chàteaux empêchèrent l'union de la part de juridiction royale dans cette ville, au duché de Valentinois, créé le 8 octobre 1548, en faveur de Diane, par Henri H qui, d'après le P. Boyer, « l'aimait avec passion, a cause de sa rare beauté;» mais La Baume appartenait alors déjà à la fdle du seigneur de St-Vallier.

Cette explication donnée, j'arrive à la biographie succincte de l'illustre dame de La Baume.

Georgelte de Montchenu, grand'mère de Diane, avait été arrachée de la maison paternelle par les soldats de Louis XI, encore Dauphin, pour être unie à Imbert de Bathernay ; et Falques de Montchenu, opposé à ce mariage, avait été traîné de prison en prison, dépouillé de ses biens et contraint de céder à la violence.

Mais, par un heureux retour de fortune, Marin de Montchenu devint maitre-d'hôtel de François Ier, et Jeanne de Bathernay donna le jour à une fille qui devait encore approcher plus près du trône.

Mariée à peine nubile, le 29 mars 1514, à Louis de Brezé, comte de Maulevrier, seigneur d'Anct, gouverneur et grand-sénéchal de Normandie, veuf et âgé de 44 ans, Diane de Poitiers resta obscure jusqu'à l'époque du procès de son père.

« Il n'y eut chose, dit Belleforest, qui esmeut Fran- » cois Ier que les larmes et prières de Diane, laquelle > avant esté nourrie au service tant de la mère de S. M.

» que de la roine Claude, feit si bien que le roy octroya

» la grâce pour le père à la fille, laquelle estoit preste » à suivre le chemin d'iceluy d'ennuy, s'il eusl eslé • défiait par justice. * (1)

De Thou, Le Laboureur, Mezerai et d'autres historiens ont avancé que François Ier exigea des complaisances coupables pour prix de sa clémence ; mais ce n'est là sans doute qu'une calomnie rendue acceptable par le caraclère du monarque et par la conduite ultérieure de lagrande-sénéchale, dont l'innocence d'ailleurs a rencontré des défenseurs nombreux et convaincus.

Veuve en 1531, Diane fit élever à son mari le superbe mausolée que l'on voit encore dans l'église de Rouen, fonda des messes eommémoratives pour lui et porta le deuil toute sa vie. « Elle s'habilla, dit Brantôme, un peu » plus à la modeste, mais de soye toujours... si ne se » reformoit-elle point tant, ni si à l'austérité qu'elle ne » s'hahillast gentiment et pompeusement, mais tout de » noir et blanc, et il paroissoit plus de mondanité que » de reformation de vefve et surtout montroit toujours » sa belle gorge. »

A cette époque la grande-sénéchale, appelée aussi comtesse de St-Vallicr, avait conservé tout L'éclat de sa jeunesse sinon de sa beauté ; toutefois on ne fait remonter généralement qu'à l'année 1536 ses relations avec Henri II. Le Dauphin venait de mourir, et la duchesse d'Etampcs, dans tout l'éclat de la faveur, ralliait à son parti un grand nombre de personnes ; mais Diane avait aussi le sien, et lorsque Henri II recueillit l'héritage de Franeois lpr (31 mars 1 54-7;, elle plaça au ministère et au Parlement ses amis dévoués.

(1) C.randrs Annules; — Al! um du Dauphin? ; — Ar. hives départementales.

( > Hochas, lliographie dit Dauplu'né; — GuiflVcy. Lettres de Dianne de l'oy tiers.

DE MONTÉLIMAB

Garnieret Anquetil expliquent ainsi sa fortune : « En ■ revenant à la cour, après son veuvage, elle trouva » que la jeunesse du prince Henri avait été fort négligée. • Elle proposa de se charger de son éducation et le » demanda au roi pour son chevalier... Henri perdit, » dans la société de Diane, la rudesse que le maniement » des armes et les autres exercices violents auxquels » il s'était adonné n'avaient pas manqué de lui faire » contracter. Une preuve, ou du moins une torte pré- » somption qu'il n'y avait rien d'illégitime dans cet » amour ou cet attachement, comme on voudra l'appe- » 1er, c'est que dans ce siècle chevaleresque où l'hon- » neur des dames était regardé comme une fleur délicate » que le moindre souffle de la médisance ou de la calom- » nie pouvait flétrir, les familles les plus distinguées » du royaume n'hésitèrent pointa lui confier leurs filles » pour composer sa cour. » (3)

Ce plaidoyer ne manque ni d'habileté ni de force ; malheureusement les faits parlent, si toutefois on peut croire sur parole Brantôme et M. Henri Martin, qui donnent une tille à Diane et à Henri II (Diane de France, mariée avec Horace Famèse, duc de Castro, selon le dernier historien.)

Une autre remarque faite par MM. Rochas et Guilïrey, c'est que la France s'accommodait si bien de l'inclination du roi, que dans plusieurs en Irées solennelles, à Lyon notamment, Diane fut fêtée à l'égal de la reine Catherine de Médicis, et que les poètes trouvèrent là maints prétextes pour faire chanter leurs muses.

Je n'ai pas à rechercher ici les fautes politiques commises à l'instigation de la duchesse de Valentinois, comme la rupture de la trêve avec l'Espagne et les persécu-

(3) Histoire de France; — Galeries de Versailles; — Rochas, Biographie, etc.

lions contre les protestants ; ce serait entrer dans le domaine de l'histoire générale. Notons seulement que le règne de Diane finit avec celui de Henri II, le 10 juillet 1559, et que, retirée dès lors dans son château d'Anet, elle y vécut abandonnée de ses anciens partisans, uniquement occupée de l'administration de ses biens et de minutieuses pratiques de dévotion.

C'est là qu'elle mourut le 22 avril 156G, âgée de OG ans 3 mois 27 jours.

« Elle étoit, dit Brantôme, fort débonnaire et aumo- » nière. »

Quant à sa beauté, les peintres sont aussi peu d'accord sur ce point que les historiens sur sa conduite morale et politique. Après avoir examiné avec beaucoup de soin tous les portraits de Diane, M. GuifTrey conclut qu'il y avait dans ses traits quelque chose de viril, peu ou point de grâce et de beauté, mais beaucoup d'intelligence ambitieuse, d'énergie et d'esprit de domination. Le même auteur ajoute que le style de la duchesse de Valentinois est frappé au coin de cette dureté de forme et de cette aridité de sentiment. Tel est aussi l'avis de M. Niel, qui l'appelle « une belle Gauloise. »

A la mort de Diane de Poitiers las seigneuries composant sa succession, le duché de Valentinois excepté, échurent à ses deux filles : Louise et Françoise de Brezé, alliées l'une à Robert de La Mark, duc de Bouillon, et Pau Ire à Claude de Lorraine, duc d'Aumale.

Je n'ai pu découvrir quel fut l'acquéreur de La Baume ; cependant je trouve cette terre, vers 1580, en la possession d'Antoine, fils de François de La Baume, comte de Suze, l'illustre capitaine catholique blessé à mort à la reprise «le Montélimar. Ce seigneur cul de Marie de Lhère de Guiffrey de Glandage, entre autres enfants : Charles, baron de La Baume-Transit, abbé de Mazan. et

Catherine, femme de Jacques de Montagny de La Tour, baron de Yinay, et de François de Chateauneuf, comte d'Oing, baron de Kochebonne.

Charles, à cause de sa naissance et de sa qualité, ayant refusé de rendre à genoux l'hommage dû a l'évéque de St-Paul pour La Baume, fut condamné à le faire, le 14 juillet 164*2. Salvaing de Boissieu assure que l'arrêt fut rendu pour trois motifs : 1° parce que les fiefs des évêchés ont été concédés pour défendre et honorer les évéques ; 2° parce que tous les hommages de La Baume ont été rendus de cette manière, même par Pierre (îruel, président unique au Parlement de Grenoble ; 3° parce que la clause de l'inféodation, bien que contraire à l'usage général du Dauphiné, était formelle sur ce point.

En 1684, Françoise-Marie de Simiane de Treschenu, veuve de Jacques Coste, comte de Charmes, président au Parlement de Grenoble, rendit hommage, pour la baronnie de La Baume, à Louis d'Aine de Hoquemartine, évéque de St-Paul, et le prélat y fit arborer un jour durant ses armes sur la porte du château.

Par son testament du 30 janvier 1734, François, marquis de Simiane et d'Ksparron, baron de Chalancon, Baume-Transit, Les Vignaux et Gumiane, seigneur de Treschenu, etc., brigadier des années du roi, originaire de Valréas et célibataire, céda tous ses biens à Antoine- Charles-Augustin-Joseph de Simiane, fils aîné d'AIexis- Klzéar, comte de Mollans, son cousin, et diverses sommes à Pauline Adhémar de Grignan, sa belle- sœur, à Sophie de Simiane, femme du marquis de Villeneuvede Vence, etc.

La famille de Simiane, originaire du Comtat et fort ancienne, possédait encore La Baume en 1789. (1)

Tj Moréri, Dictionnaire ; — Usage des fiefs; — Chorier, Jurisprudence de Guy Pape; — Bover du Ste-Marthe ; — archives de la Mrùnie, B, 1 ,293.

Notes

J'ai mentionné déjà les rares faits militaires accomplis à La Baume, rappelé les noms des maîtres illustres de la seigneurie et signalé aux archéologues le chœur de l'église (1). Depuis lors, j'ai reçu de M. l'abhé Perrossier une étude spéciale sur cet édifice, construit dans le style grec et défiguré par des restaurations ultérieures. L'article de mon savant et dévoué collaborateur terminera avantageusement cette monographie, el le jour où sa plume spirituelle et exercée se chargera de la description des ruines intéressantes et des châteaux et églises remarquables de l'arrondissement, mon œuvre aura acquis, au point de vue archéologique, un titre véritable à la reconnaissance des touristes et des érudits. En sera-t-il de même pour l'histoire et la statistique? C'est au lecteur à prononcer.

Confiant dans sa bienveillance qui a soutenu jusqu'ici mon courage, je poursuis les investigations laborieuses qui ont pour but d'assurer à La Baume les principaux souvenirs de son passé.

I. Antoine Ducros. — Le 24- février 1630, un évêque de St-Paul-Trois-Châteaux rendait le dernier soupir à La Baume. Ce prélat, originaire de Richerenches et neveu d'Antoine Gaume, son prédécesseur, s'appelait Antonio Ducros. Lne solide instruction lui permit de se rendre

(1) La succursale date de 1807, époque de la réorganisation du culte; Solcrieux lui était uni à cette époque.

utile au comte de Grignan, qui le fit connaître à Henri IV, et le roi le nomma à l'évêché de St-Paul. A son arrivée dans le diocèse, en 1599, il trouva les chanoines de son chapitre dispersés par les discordes civiles, les chapelles ruinées, les autels détruits et l'ignorance des devoirs religieux presque générale. Dès Tan 1600, il se mit à l'œuvre avec zèle pour rendre au culte sa splendeur ancienne, fit réparer sa cathédrale, appela à son aide des prédicateurs éclairés et obligea les prêtres absents à rentrer dans leurs bénéfices.

Je n'ai pas à raconter ici ses démêlés fréquents avec son chapitre, avec les religieux d'Aiguebelle et avec les habitants de sa ville épiscopale : ces détails trouveront ailleurs leur place naturelle.

Mais comme, en 1029, une grande peste ravageait Sl-Paul, au lieu de se dévouer au salut de son troupeau, l'évêque Ducros, craignant d'être atteint par l'épidémie, sortit de la ville avec quelques-uns de ses chanoines et se retira à Bollène. « Il y demeura environ six mois, après » lesquels il voulut aller à La Baume. Là, sentant que

• ses forces diminuoient, il fit son testament, instituant » son héritier Raymond Ducros, son frère, archidiacre » de son église, » avec des legs considérables à son chapitre. Parmi les fondations pieuses du prélat, se trouvent différents services religieux, et « une mission perpétuelle » de deux prédicateurs pour visiter les paroisses de son » diocèse qui n'ont point de carême. Il ordonna aussi

• que son héritier habillerait vingt-quatre pauvres de » St-Paul, de St-Restitut, de Baume et de Pierrelate, » tous les ans à perpétuité. »

Après avoir disposé de ses biens, Antoine Ducros reçut les derniers sacrements avec dévotion et rendit son àme à Dieu. « Son corps fut porté de Baume jusqu'à St-Paul, » sans pompe et sans cérémonie, ainsi qu'il l'avoit or-

» donné. Il fut enseveli devant le grand autel de sa ca- » thédrale, où l'on voyoit autrefois ses armoiries (dazur » au croissant d'argent surmonté d'une croix rccroi- » setëc d'or à trois trangles de même, mises en pointe),

• sur une grande pierre avec cette épilaphe qu'il avoit » faite lui-même, » en latin :

Antoine Ducros, évéque de St-Paul, a jmyé le tribut à Dieu et à la nature le 24 février 4030. Que les actions simples d'un composé soient agréables à Dieu.

Trompé par riiomonymic des noms, un auteur vauclusien a fait mourir l'évéque Ducros dans le Cointat; mais le récit du P. Boyer de Ste-Marthe se trouve confirmé par le procès-verbal de visite de François- Ad hémar de Grignan, successeur du prélat défunt : « Nous avons » fait venir, y est-il dit, les châtelain et consuls de La » Baume, auxquels nous avons demandé pourquoi ils » n'ont satisfait au légat dont ils sont chargés par notre » prédécesseur qui leur a laissé cent écus pour employer » six écus toutes les années à habiller six des pauvres de « la communauté et depuis quel temps ils ontdiscontinué?

• 11 nous a été répondu que la pauvreté du lieu et la

• dilïiculté d'obtenir la permission d'imposer est cause » qu'ils ont manqué depuis quatre ou cinq années de » satisfaire à cette fondation. »

11. Irrigations. — Un autre souvenir intéressant, bien que dans un ordre d'idées plus agricole que poétique, c'est celui de la dérivation des eaux de la Coronne et de l'Ollière, deux ruisseaux de Richerenchcs, opérée en 1604-, avec le consentement de la Chambre apostolique de Carpentras. En 1789, la commune payait encore pour les droits de concession 12 sous par an, 1 livre 10 sous au collège du Roure d'Avignon, et 5 livres 8 sous tous les neuf ans, oulre les frais de l'acte de reconnaissance.

Cn canal avait été établi à l'origine et chaque proprié-

taire riverain pouvait prendre les eaux qui y passaient. « Mais n'y ayant point eu de règlement, soit pour une » police convenable entre les arrosants, soit pour l'usage » et la distribution des eaux par semaine, jour et heure, » soit pour l'entretien ou le repurgement dudit canal, il » arrivait des rixes et querelles journalières entre les

• intéressés et souvent même les eaux se perdaient. » Ces renseignements donnés en 1789 à la Commission

intermédiaire nommée par les Etats de Romans, constituent toute l'histoire de cette amélioration agricole régie actuellement par un syndicat dit de TOttière.

On trouve aussi qu'en 1789 les maires et ra/«/.v, établi s pour recevoir les eaux ou pour dessécher les terrains marécageux, ne rendaient alors aucun service, faute d'entretien. « La communauté de Baume se pourvut à ■ la Cour de Grenoble par requête tendant à ce que sa

• délibération du 13 août 176-2, prise sur les faits ci- » dessus, fût exécutée ; qu'en conséquence, le juge ordi- » naire de Baume ou le juge royal de St-Paul fussent » commis pour vérifier les canaux dont il s'agit, ce que » la Cour octroya, par arrêt du 7 septembre 1762. »

Faute de ressources financières, la commune renonça à poursuivre cette entreprise, et les maires et valais existent encore.

III. Régime municipal. — Fondant le moyen-Age, les affaires de la commune étaient régies par des syndics temporaires nommés en assemblée générale des habitants. Les assemblées prenaient les décisions utiles et offraient une véritable application du suffrage universel. Ainsi, par exemple, le 13 mai 1519, sous le roi François Ier et sous Jean de Poitiers, seigneur du lieu, le crieiir public ayant convoqué la population, Benoit, Ducros, Vigouroux, Mathieu, Dufour, Colonges, Brun, Vigne, Ferrand, Délaye, Viron, etc.. formant la plus grande

et la plus saine partie des habitants, se réunirent sous la présidence de noble Guillaume de Marandon, châtelain ou principal représentant du seigneur, et décidèrent que nul, à l'avenir, ne pourrait introduire le menu bétail dans les prés, du mardi-gras à Noël, à peine d'amende; que les bœufs, mulets, ânes et toutes bétes de labour y seraient conduites librement, de la St-Luc (18 octobre) au mardi-gras ; qu'en cas de dommage, l'estimation en serait faite par experts, et que, passé la Toussaint de chaque année, toute action pour délit de ce genre serait éteinte, si elle njavait été intentée.

Louis XIV modifia, bouleversa même cette organisation communale, et mit le pouvoir entre les mains de quelques personnes seulement.

« Au commencement de novembre de chaque année, » dit un mémoire de 1789, on élit deux consuls sur » quatre personnes que les deux anciens consuls propo- » sent, et six nouveaux conseillers, qui, avec les quatre » de Tannée précédente maintenus en fonctions, for- » ment le conseil politique. Par la même délibération, » on nomme ou confirme le secrétaire-grelïier, l'admi- » nistrateur du revenu des pauvres, les estimateurs » (répartiteurs), les auditeurs des comptes (de gestion ■ consulaire) et le sonneur de l'église paroissiale. »

Une ordonnance de l'intendant de Dauphiné du 28 septembre 1756, avait déterminé ce mode d'administration. (1)

(1) Archives do la Drùme, c. 2; — Archives de Vaucluse, I), 290. 334; B. 25, 26. 195, 208; — Boyer de Ste-Marthe ; — Archives de la commune.

Tiers-État

Par une belle soirée de septembre, assis au bord du Lez, en face de La Baume, je contemplais, à la clarté de la lune, le gracieux paysage au milieu duquel les ruines du manoir féodal ressemblaient à des fantômes. Puis, le silence de la nature que troublait seul le faible murmure de la rivière jeta mon âme dans une rêverie profonde. Je songeais au passé des laboureurs, qui, à l'origine de la féodalité, consentirent à prêter au seigneur île leur choix le concours de leur bras vigoureux, pour lui bâtir une demeure fortifiée, et remontant par la pensée jusqu'aux temps antiques, il me semblait apercevoir les mâles figures des Tricastins, sur les rides desquelles je cherchais à surprendre une plainte.

O vous, leur disais-je, vous qui, à cette même place, il y a vingt bu trente siècles, avez aimé, souffert et combattu pour vos biens et pour votre liberté, vous qui reposez dans la tombe sans avoir laissé plus de trace que le flot succédant au flot, Cavares et Celtes, soyez touchés de mes angoisses et révélez-moi une seule page de vos annales que j'essaierai, en bégayant, de redire aux générations présentes. Mais aucune voix ne répondait à la mienne, et la rive naguères animée par les notes vibrantes et cadencées du rossignol, ne répétait plus que le bruissement des eaux du Lez ; car l'histoire comme la naUre a ses heures d'expansion et de silence, de poésie et de deuil.

A la fin, las d'évoquer les ombres muettes des pasteurs ou des guerriers qui se creusèrent là, dans la mollasse, des habitations à l'abri des inondations et des incendies, je regagnai le gîte de l'hospitalité anxieux et triste.

Le lendemain, je courais de bonne heure à la mairie pour découvrir dans les archives municipales quelques détails sur le bourg, et les parchemins que la dent des rongeurs avait épargnés ne remontaient pas au-delà de quatre siècles ! Comment se réjouir avec cette faible moisson lorsqu'on avait espéré lire dans un passé lointain ?

Cependant la récolte ne fut pas stérile.

I n bail emphytéotique consenti, en 1461, par Gabriel de Bernes, aux habitants de La Baume, représentés par Vital et Testour, leurs syndics, me révéla une particularité curieuse. Après avoir dit que l'ancien maître d'hùtel du dauphin Louis cédait à ses vassaux la place établie devant le portail du chemin de Visan, sous la redevance annuelle de deux gros et de quatre poulets, et qu'ils en furent investis en baisant ses mains, l'acte renfermait cette indication : Fait devant fa place du e/idleau appelée La Menher.

Indépendamment de la joie causée par cette révélation sur une place destinée à devenir le centre du village moderne, je trouvais là un renseignement peut-être caractéristique d'une époque oubliée et de mefilierà menhir j'arrivais à une peuplade celtique. Je m'enquis aussitôt des traditions qui pouvaient corroborer ma découverte ; mais en quatre siècles il s'opère tant de révolutions que le nom lui-même de La Menher avait disparu dans le naufrage des mots de nos vieux idiomes.

Tout ce que j'appris, c'est qu'à diverses époques on avait trouvé dans le sol des tombeaux en mollasse semblables à des auges et des briques ou tuiles sarrazines ou gallo-romaines.

Je me souvins alors que les Romains, en arrivant dans la Gaule, quelques années avant l'ère chrétienne, y trouvèrent une population aguerrie ; qu'avant eux les Grecs avaient parcouru la contrée, et que, plus anciennement encore, les Celtes, divisés en peuplades sous le nom de Tricastins, Cavares, Allobroges, Voconces, etc., y avaient reçu Annibal ; que leurs tribus étaient dans P usage d'élever des pierres droites ou menhirs, des tables en pierre ou dolmens et des enceintes de pierre ou cromleehs ; que ces monuments rappelaient le tombeau d'un personnage illustre, un acte mémorable ou un lieu consacré à la religion ; que le château et l'église ayant remplacé, il y a huit ou dix siècles, les grandes pierres des Celtes, il n'était pas étonnant de n'en pins retrouver les moindres vestiges.

Mon hypothèse ainsi bâtie, je retournai aux actes sur parchemins de la maison commune.

Le plus ancien fait devant la poslerle (petite porte) du château-fort, mentionne une délimitation de la communauté avec celle de Montségur, faite en 14-58, par ordre de nobles et puissants hommes Giraud Adh'mar, seigneur de Grignan et de Montségur, et Gabriel de Bernes, seigneur de Targes et de La Baume, entre les syndics des deux villages.

Treize limites plantées à des distances inégales, depuis la rencontre, à La Failhya de Puy-Buist, des chemins de Montségur, Suze et La Baume, jusqu'auprès du Lez, du côté de Bourbouton (Bolboton), séparaient les deux territoires, et les précautions prises pour assurer la sincérité de la démarcation nouvelle témoignent d'un zèle trèsréfléchi. Presque toutes les pierres employées sortaient de la carrière de Bois-Bàtard, ou bien c'étaient des morceaux de roche dure (ronhosi), équarris et longs. A l'extérieur était gravée, sur l'une, une équerre, et sur l'autre,

une fausse équerre (escayre) ; à l'intérieur, sous chaque borne, on plaça des témoins (agathonesj faits avec deux morceaux de pierre blanche ou rouge (peyrart), indiquant la direction de la limite, avec du charbon, du mâchefer ou des débris de tuile sarrazine (teide sarrazin). Au terme de « La Mola, » les témoins étaient en pierre à aiguiser (de petra d'amofar), et la neuvième borne n'était pas loin du nouveau moulin du seigneur et de l'endroit où sa justice avait ses fourches patibulaires et instruments de supplice.

Il fallait donc alors aussi se prémunir contre la mauvaise foi et punir les criminels 1

Kn 14G0, après le grand procès de l'évéque dcSt-Paul avec Gabriel de Bernes, une transaction régla \es diines que lui et ses successeurs devaient payer pour les terres acquises du seigneur du Cheylar (de Caylario), à la cote 25«\ et comme les habitants, de leur côté, se plaignaient d'innovations introduites par le prélat dans la perception île ses droits sur la vendange, le môme acte leur assura une légère concession.

Anciennement, d'après ce titre, il n'y avait à La Baume que peu ou point de vignes, et cette culture y remontait alors à quelques années à peine. Or, Etienne Genevès ou ses gens exigeaient des vignerons le transport à leurs frais dans la cuve épiscopale placée à La Baume, de la quinzième partie de leurs raisins. C'était une surcharge. L'évéque et le syndic de la communauté, appelé Jean Du Mas, avec l'assistance de Vigouroux, Gamarre et Barat, ses conseillers, convinrent que la dime du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, des légumes, des agneaux et des chevreaux se lèverait, comme par le passé, à la cote 15e, mais que la vendange serait portée des vignes à la cuve de l'évéque à ses frais.

I n autre accord du 25 juillet 1483, ménagé entre Jean

DE MONTELIMAR

le Meingre dit Boucicaut et Jean Bataille, Jean Barata, syndics, assistés de Yigouroux et Dalmace, conseillers, au nom de ses vassaux, par Keynier dTrre, seigneur de St-Maurice, et Pierre Anthouard, officiai forain de Yalréas, réserva audit Boucicaut le droit de pécher depuis La Roveyrolle jusqu'aux limites de Montségur, et aux habitants la partie du Lez du côté de Bouchet. 11 y était aus^i réglé que nul d'entre eux ne pourrait chasser entre le moulin seigneurial, le rempart et le chemin de Visan et Tulette; que les poursuites commencées contre les délinquants seraient anéanties; que les arbres du bois communal ne pourraient être coupés que pour l'usage des habitants et non pour la vente; que tant à cause des réparations faites au pont, que pour les reconnaissances féodales, ils paieraient au seigneur soixante florins ; qu'ils pourraient vendanger en temps opportun avec la permission de celui-ci ou de ses ofticiers ; que chaque partie solderait ses frais.

Observons ici en passant que la tradition se trompe en attribuant la construction du pont à Diane de Poitiers, alors qu'en 1487 il avait déjà besoin de réparations.

Après ces actes, je ne trouvai plus qu'un partage du bois de Leron entre le chapitre de St-Paul, seigneur de Solérieux, et Bertrand de La Baume, seigneur de Suzela-Rousse, en 1487, et divers actes intéressant nobles Jean, Pierre et Jacques Marandon, en 15*21, 15G3 et 151)5. famille éteinte dans celle de Pons, aussi de La Baume, et je quittai à regret le village poétique si injustement oublié jusqu'à ce jour par les touristes et les historiens.

Archéologie

La parole est à M. l'abbé Cyprien Perrossier :

L'église de La Baume est, à mon avis, l'un des édifices religieux les plus remarquables du département de la Drôme, non-seulement à cause de sa date et de son mérite intrinsèque, mais encore pour son origine et sa forme, qui en font l'un des types les plus curieux et les plus intéressants de l'architecture chrétienne dans nos contrées et le recommandent vivement à l'attention des archéologuas.

D'après une tradition constante, confirmée par des documents certains, l'église de La Baume fut construite à l'époque des Croisades, en l'honneur et sous le vocable du Saint-Sépulcre ; elle a été connue sous ce nom pendant plusieurs siècles, peut-être jusqu'au moment où elle fut affectée au service paroissial, auquel temps son titre vénérable fut changé en celui à peu près équivalent de la Sainte-Croix.

On sait que la dévotion au Saint-Sépulcre était trèspopulaire au moyen-àge, et que la délivrance du tombeau du Christ, occupé par les infidèles, fut le principal, pour ne pas dire l'unique mobile des Croisades. Aussi, au retour des guerres saintes, vit-on s'élever de toutes parts, sur le sol de l'Europe, des chapelles en l'honneur du Saint-Sépulcre de Jérusalem, véritables monuments de l'expédition, destinés à en rappeler le souvenir. La plupart de ces saïnls sépulcres sont de forme circulaire

ou polygonale, pour se rapprocher autant que possible du plan de leur prototype, et plusieurs sont de vastes et superbes édifices. Qu'il me suffise de citer ceux de Dijon et de Chaumont-en-Bassigny.

Je ne connais en ce stvle, dans nos contrées, outre l'église de La Baume et le saint sépulcre du Calvaire de Romans, qui d'ailleurs n'a rien de remarquable, que la chapelle de Saint-Kestitut, construite en 1508, d'après l'inscription donnée par le P. Boyer de Sainte-Marthe. C'est un monument hexagone, que l'on rencontre en avant et à six cents mètres environ de ce village ; il mesure de 5 à 6 mètres de hauteur sur 3 mètres 40 de côté ; les six angles sont appuyés de contreforts tressaillants, et une toiture en grosses dalles taillées surmontée d'une croix en pierre lui sert de couronnement.

Pour revenir à notre église de La Baume, voici son portrait en raccourci : Elle se compose de trois parties bien distinctes; trois reprises, trois époques et trois styles différents. La construction primitive, que l'on peut suivre encore parfaitement, présentait un édicule en forme de croix grecque, c'est-à-dire à quatre branches égales, terminées chacune par une abside semi-circulaire. Trois de ces absides subsistent encore et nous donnent une idée exacte de ce que devait être l'édifice dans son entier ; elles sont à peu près égales de forme et de dimension ; de petites arcatures romanes, soutenues par d'élégantes colonnettes à bases pattées. et couronnées de fort beaux chapiteaux, forment au fond de chacune d'elles une décoration bien simple, mais du plus heureux effet. Ces arceaux simulés, rangés autour des absides, se rencontrent fréquemment dans les édifices religieux du xi«au xve siècle ; établis primitivement dans le but de dissimuler la nudité des murs, ils ont dépassé de beaucoup ces modestes attributions, pour devenir l'un

des plus beaux motifs de décoration de nos grandes églises. Rien n'est beau à voir, en effet, comme ces petites arcatures, appuyées sur des corbeilles de fleurs, de fruits, ou d'êtres fantastiques en pierre, se promener autour du sanctuaire comme de gracieuses guirlandes suspend ues à ses parois.

L'abside occidentale, qui renferme l'autel, offre cinq arcatures : elle était percée d'une fenêtre qui a été murée. Celle du midi, qui paraît avoir été l'abside principale, en présente sept, y compris deux arceaux plus élevés formés à l'entrée du bras de la croix ; enfin celle du nord n'en a que trois, dont les colonnettes ont été arraebées. Quatre colonnettes élancées occupent les quatre angles saillants situés au point d'intersection des quatre absides et reçoivent la retombée des nervures qui forment la croisée d'ogives de la voûte centrale. Cette voûte, ainsi que les chapiteaux des colonnettes en question, m'ont paru appartenir à la seconde époque, c'està-dire au premier remaniement dont nous allons parler tout à l'heure; il devait y avoir primitivement une coupole, surmontée peut-être d'un ciel-ouvert, car on ne voit pas d'autre ouverture primitive que celle que j'ai signalée à l'abside du couchant. La longueur d'un transsept, prise du fond des deux absides opposées nord et sud, mesure 12 mètres 70.

A l'extérieur, les absides présentent une forme penlagonale. mais très-peu accentuée ; celle du nord est inscrite dans un même cercle avec celle du midi, et l'angle rentrant occasionné par leur intersection parait avoir été occupé par un escalier, ou peut-être par mie petite sacristie. Celle qui existe actuellement, de construction toute moderne, a été pratiquée dans l'angle demeuré vide du côté opposé. De petits pilastres d'une saillie très-légère se dessinent de distance en distance sur les

parois extérieures et correspondent à peu près aux arcatures de l'intérieur ; ils s'élèvent jusqu'à une petite corniche qui termine le mur et qui s'appuie alternatiment sur un pilastre et sur deux corbillons. Toute cette construction présente les caractères de l'architecture romane du xir au xnr siècle.

Vers le xve ou xvi« siècle, à en juger par le style franchement ogival des parties que nous allons décrire, la chapelle du St-Sépulcre de Baume subit les modifications suivantes :

1 ° Reconstruction de la voûte centrale et des colonnettes qui la supportent. Les chapiteaux à crosses végétales de ces colonnettes accusent le plus pur gothique et appartiennent évidemment à cette seconde époque.

w> Addition d'un porche formant façade à l'abside septentrionale. C'est un rectangle de 3 à 4 mètres de face sur 5 ou G de hauteur et 2 tout au plus de profondeur ; au centre s'ouvre une porte ogivale qui a été murée ; deux colonnes engagées, à large hase, mais sans chapiteaux, occupent les angles extérieurs; le tout est couronné par un fronton triangulaire, dont le tympan est occupé par un bel écusson, sculpté en relief; il est inscrit dans une rosace à quatre lobas, absolument comme celles que l'on rencontre sur las sceaux et les monnaies de cette époque ; le champ de l'écu présente deux chevrons, dont les couleurs ne sont pas indiquées. Ce sont sans doute las armoiries du restaurateur de l'église, probablement un seigneur du lieu. Son nom serait très-intéressant à connaître pour fixer la date du monument.

3° Enfin un clocher arcade fort élégant, élevé sur l'abside opposée au porche, et frappé lui aussi, sur ses deux faces latérales, de l'écusson dont nous venons de palier. Il est percé de deux baies et se termine par un

pignon triangulaire, que surmonte une croix de pierre, ornée et fleuronnée, dans le genre des croix rogatoires du xvip siècle. Toute* les parties de cette triple restauration sont exécutées en pierres taillées d'un bel appareil et dans le meilleur style. Après cette première reprise, le saint sépulcre était encore un beau monument.

Les accessoires ci-dessus décrits furent sans doute ajoutés à l'édilice dans le but de le rendre apte à servir d'église paroissiale; mais l'enceinte de la croix grecque ne pouvant suflireà la population, on s'avisa d'une mesure extrêmement fâcheuse au point de vue de l'art, et qu'une impérieuse» nécessité peut seule légitimer : on abattit l'abside orientale pour souder aux trois qui subsistent encore une nef sans caractère et sans valeur ; elle s'ouvre sur la rue principale du village par une porte ordinaire, à laquelle on accède par cinq ou six degrés; elle est recouverte d'une toiture en dalles et llanquée à droite et à gauche île contreforts en pierre de taille. Grâce à cette addition, la physionomie primitive de l'édilice était complètement détruite, le plan et l'orientation totalement bouleversés ; la croix grecque devenait une croix latine, et la nef primitive était désormais le Iranssepl et le sanct uaire. Cette transformation à jamais regrettable peut remonter au temps de Louis XIII ou de Henri IV tout au plus.

Malgré cette mutilation, l'église de La Baume n'en reste pas moins l'un des plus beaux fleurons de celle contrée monumentale qu'on appelle le Tricastin. Les chapiteaux des absides pourraient rivaliser pour la perfection et la variété avec ceux de St-Reslilut. Ajoutons que ce joli monument, élevé sur une petite éminence, à l'entrée du village, offre à distance un aspect des plus pittoresques.

J'ai ouï dire que l'on avait songé à classer l'église de

La Baume au nombre des monuments historiques de l'Etat, je forme des vœux très-ardents pour le succès de cette idée des plus heureuses.

On remarque à La Baume, outre son église, un ponl fort curieux sur le Lez, composé de six arches, dont les piliers sont aimés en amont d'éperons énormes ; il est très-étroit et présente, comme la plupart des ponte anciens, des refuges ou relais qui s'avancent à angle aigu jusque sur les éperons; il forme une courbe très-sensible, dont la partie concave est tournée contre le courant : on croit que les deux dernières arches du côté de la rive droite, à partir du point où commence la courbure, sont d'une construction plus récente ; en effet, la voie est plus large de ce coté et deux voitures pourraient aisément y marcher de front, Les piles sont construites sur le roc, et c'est, je crois, la nécessité de suivre le banc de rocher qui a déterminé cette singulière inflexion, que Ton pourrait à peine expliquer autrement.

M. le curé de La Baume, qui voulut bien me servir de cicérone avec une obligeance et une bonté que je ne saurais trop reconnaître, me dit avoir vu sur l'une des arches du pont les mêmes armoiries que celles du porche de l'église ; mais je ne pus vérifier le fait, car il aurait fallu entrer dans la rivière. Cette particularité mettrai t tout de suite en évidence l'auteur et l'âge de ce beau pont. La tradition locale en fait hommage à Diane de Poitiers, mais il était déjà réparé en U87.

Enfin un troisième monument en ruines sollicite encore Pattenlion de l'étranger à La Baume : c'est le château, établi sur un mamelon marneux dominant le v illage ; on y reconnaît des cave; ou écuries, une grande salle sur le devant, de petits appartements et des pièces de toute dimension, les unes en l'air, les autres de plain pied ; un escalier tournant, des fenêtres ogivales, une

belle cheminée au premier étage, etc., etc. La chapelle, dont les fondations indiquent l'enceinte, était d'une seule nef, terminée en abside et partagée en trois travées égales par des arcs doubleaux qui traversaient une voûte en berceau. Le mur latéral de l'une de ces travées existe encore et donne une haute idée de L'architecture de l'édifice ; on y retrouve la naissance de la voûte et des arcs doubleaux, lesquels reposent sur une colonne cylindrique à demi engagée et couronnée d'un superbe chapiteau à feuilles d'acanthe très-bien fouillées; une fenêtre en meurtrière très-évasée s'ouvre entre les deux colonnes; l'appareil de la muraille est fort soigné et les pierres, d'une qualité particulière et d'un grain fin, sont taillées avec beaucoup de perfection. Cette travée mesure 4 mètres 80, ce qui donne, pour la longueur totale, y compris la profondeur de l'abside, qui est la même, 19 mètres environ sur 4 mètres 30 de largeur. On remarque encore, au couchant, une belle tour ronde et massive, couronnée de mâchicoulis très-saillants, qui s'élève sur le bord du mamelon et domine toute la contrée.

BÉCONE

Géographie & Statistique

Il y avait jadis, dans le Diois, un prieure1 de Notre- Dame et un château de Béton, sur le territoire de Saint- Benoit, que Ton a souvent confondus avec le prieuré de Notre-Dame et le fief de Bécone. Un peu d'attention aurait permis de redresser cette erreur. Saint-Benoit dépendait en effet, au xive siècle, de l'archiprétré de Die, et Bécone de l'archiprétré du Désert. D'autre part, une ordonnance de visite épiscopale rendue, en 1G44, par Charles- Jacques de Léberon, s'exprime ainsi : « Le » prieuré de Notre-Dame de Béton, à présent imagi- » naire, n'est point dans le déparlement des décimes de • 1510' et l'église en a été ruinée avec le village dudil » Béton. »

Celle rectification n'enlève rien à l'antiquité du château de Bécone (1) (Caslrum Bécone ou De Bccona); on le verra plus loin.

(1] Nom où se trouve probablement le lier, phare, promontoire, dont on a fait le Ileconngium il/ Ducau^e, on droit île phare; ici liccona doit Cire la traduction du nom Lance donné à la montagne.

Il ne s'agit encore que de la topographie de la commune, placée entre Poël-I^aval et Dieulefit, au nord ; Montjoux, à l'est ; La Roche-St-Secret, au midi ; tes bois de Taolignao, à l'ouest, à 9 kilomètres de Dieulefit, son chef-lieu de canton, à 35 de Montélimar et à 74 de Valence.

I n rapport olh'ciel de II. Gailhard, directeur des contributions directes de la Drôme, en date du 14 floréal an XIII (4 mai 1805), va remplacer avantageusement tous les détails statistiques réclamés en vain aux titres communaux. Je copie, désespérant de faire aussi bien :

« Le territoire de Bécone, au pied et au nord-ouest de la montagne de la Lance, est coupé par plusieurs coteaux, ravins, ruisseaux et torrents très-profonds. Presque partout on aperçoit les débris rocailleux et les traces que laissent, dans les grandes pluies, les eaux qui se précipitent avec fracas des hauts sommets de la montagne, dans les vallées de cette commune.

« Des coteaux élevés, sillonnés de ravins, traversent son territoire de l'orient à l'occident. Ils forment, dans les distances qui les séparent, deux vallées, l'une au nord, l'autre au midi. La rivière du Lez traverse la vallée du nord et limite la commune avec celle de la Roche- Sl-Secret. On voit un canal d'irrigation que ses industrieux habitante ont établi pour dériver une partie des eaux de la rivière et arroser la vallée du nord. Dans celle du midi, coule un petit ruisseau, tributaire du Lez.

« Le sommet élevé de la montagne de la Lance, qu'on voit souvent, au printemps, encore blanchi de neige, expose celte commune, dans le temps critique où la végétation commence, à des gelées funestes aux récoltes.

« t ne grande partie de son territoire garnissant les lianes des collines est souvent exposée aux irruptions des eaux pluviales et aux sécheresses de l'été, du côté du midi.

DE MONTELIMAR

« On n'y voit presque d'autres arbres que des chênes d'une assez belle venue et qui durent longtemps. En général, le territoire, quoique propre à la grande végétation, n'est pas bien boisé. Le voisinage de la montagne y rend le climat peu propice aux arbres à fruits et aux mûriers.

« Le sol, composé en partie d'une terre végétale nerveuse et remplie de sels, à une assez grande profondeur, est cependant très-rocailleux ; il s'y mêle, en quelques endroits, un sable grisâtre que déposent les eaux des torrents et qui altère encore la qualité de l'humus. Il est enfin beaucoup de parties, même cultivées, surtout aux flancs des collines, où l'œil ne découvre qu'une immense quantité de pierres qui laissent à peine croire à la possibilité de la végétation ; aussi n'est-ce que par d'immenses travaux et beaucoup d'engrais que le cult:vateur parvient à les rendre susceptibles d'un très-mince produit.

« Les meilleures parties du sol sont aux bords du Lez, dans le fond des vallées ; les autres garnissent le plan incliné des coteaux dont les sommets sont couverts de bois.

« On sème du blé, du méteil, de l'avoine, dans les premières, du seigle et aussi de l'avoine dans les secondes. Les produits sont proportionnés à la maigreur du sol.

« Les terres reçoivent trois cultures avant d'être ensemencées; on y emploie la charrue attelée de deux bœufs: on en cultive très-peu à bras. La succession des assolements est d'une année. Il existe quelques prairies artificielles ; mais les engrais qu'elles demandent et la nature rocailleuse du sol s'opposent à leur durée. Elles donnent peu de fourrage et leur produit se compense avec les frai; de culture ou le tort qu'elles font à la récolte ordinaire.

« Les grains qu'on recueille sont d'assez bonne qualité.

« Quant aux vignes, dont la majeure partie se trouve sur un sol incliné, elles se cultivent à bras et à la charrue. Elles demanderaient beaucoup d'engrais et de soins, à raison de la maigreur du terroir ; mais elles sont assez mal cultivées; aussi le produit en est-il médiocre. Elles durent en général de trente à trente-deux ans.

« Les prés sont, en grande partie, arrosés par la rivière du Lez et par quelques ruisseaux dont l'eau vive, froide et trop crue est peu propre à l'irrigation. Ils ont besoin d'engrais, se renouvellent tous les dix ans et donnent un foin de bonne qualité, insuffisant aux besoins du bétail agricole.

« En l'état, le produit des bois est presque nul.

« Il y a peu d'aisance parmi les habitants et à peine assez de bras pour les travaux de l'agriculture, qui n'y est pas suffisamment soignée. *

Quelques chiffres vont résumer cette excellente description, encore vraie aujourd'hui.

Le cadastre accuse : 23 hectares de bois communaux ; 37 1 hectares de bois particuliers ; 244 de terres, jardins, etc.; 20 de vignobles; 10 de prairies ; 95 de pâturages ; 21 de routes, chemins, rivières, etc.; 4 de terres incultes ; 1 d'édifices publics; total. 789 hectares.

Sur les 7G8 hectares imposables, M. Mermoz trouve 652 fr. de revenu pour les propriétés bâties, et 7,359 fr. pour les propriétés non bâties. Le revenu moyen d'un hectare serait ainsi de 9 fr. 58 et la contribution moyenne de 0 fr. 98, le contingent ordinaire arrivant à 580 fr.

En 1814, le principal de la contribution foncière atteignait 571 fr.; le contingent assigné sur ce principal, 386 fr. 38; le montant des rôles, 957 fr. 38.

Voici le détail des charges publiques en 1868 et 1869 :

Part de l'Etat 766 f. 76

— du département . 362 71

— de la commune . 785 43 Non valeurs 30 48

Total 1,945 38

On a sur les productions agricoles de la commune des renseignements statistiques fort incomplets; les voici tels quels :

En 1867, 85 hectares de blé ont donné 680 hectolitres pesant77 kilogr. l'un; 4 hectares d'avoine, 60 hectolitres; •21 hectares de pommes de terre, 630 hectolitres; 10 onces de graine de vers à soie, 100 kilogr. de cocons.

La population s'y réduisait, en 17'29, à 100 communiante; eu 1771, à 60 communiants et à -25 familles. Autres détails dans le tableau suivant :

En 1810, il y avait au hameau de Lionard, 4 maisons et 16 habitants; à celui de Tortel, 3 maisons et 1*2 habitants; dans les écarts, 15 maisons et 69 habitanls.

Le recensement de 1866 donne ces résultats :

Hommes Femmes.

Garçons.

Filles . . .

Quartiers.

Village

Baume-La-Lance. .

Lionard

Le Moulin

Malhoisse et Borie

Rioumerlet

Tournelle

(irand-Champ

Moulinas

Tourtel

Depuis 1830, la population va on diminuant : 1830, 205 âmes ; — 1840, 238; — 1850, 250 ; — 1860, 196.

Le village de Bécone est sur la rive gauche du Lez, au pied des pentes boisées de la Lance. Le chemin de grandi» communication n° 13, de Crest à Valréas, par Bourdeaux et Dieuleflt, traverse la commune et rend les relations commerciales faciles avec le nord et le midi.

Encaisse dans une gorge étroite, creusée dans les calcaires crayeux et dans les lauzes dures, le Lez, qui sort de la montagne de la Lance, vers Teyssières, et se jette dans le Rhône entre Montdragon et Montas, passe à Monljoux, Bécone, La Koche-St-Secret, Taulignan, Grignan, Chamaret, Montségur, Baume-Transit, Bouchot, Suze et Bollêne. Géologiquement, les assises de calcaires crayeux et de lauzes forment sur sa rive droite tout l'escarpement de Dieu-Grâce ; elles s'étendent vers l'ouest en Rabaissant et forment le plateau d'Aleyrac. « A Bécone, » dit M. Lory, on atteint la craie inférieure qui devient i de ce côté sableuse et verdâtre. Puis on arrive aux

• manies aptiennes, en partie recouvertes, sur la rive » gauche, par des nappes cadlouteuses d'alluvions an- » ciennes. Enfin, à la Roche-St-Secret, on a les calcaires

• nwcomieHs. » On trouve de beaux fossiles dans ces calcaires, à la Lance surtout. Cette montagne, l'une des plus hautes du département (1,335 mètres), est presque exactement parallèle à celle de Couspeau, entre Bourdeaux et St-Nazaire-lc-Désert. (1)

(1) Archives départementales. P. 49: — Lory, Description géologique du Dauphiné ; — dras, Statistique mintralogique du département de la Drame; — Delacroix, Statistique de la Drame.

DE MONTELIMAR

La Légende *

J'étais parti de Dieulefit, pour visiter Bécone, avec un guide très expansif. Afin de charmer la monotonie de la route en gravissant une montée d'où l'œil n'embrasse que des montagnes de toutes formes, des vallons étroits et des forôLs de chênes, nous parlions de l'histoire du pays. Après avoir admiré les beautés du val pittoresque de Montjoux, nous entrons dans une gorge solitaire et sauvage, au fond de laquelle le Lez s'est creusé un lit sur des couches de roches de diverses couleurs. Le chemin longe le précipice, et les montagnes de Deogr&ce et de La Lance resserrent le passage et le dominent. Bientôt nous découvrons un entassement prodigieux de blocs de pierre de toutes grosseurs, jetés sans ordre les uns sur les autres ; on dirait les ruines d'un édifice colossal détruit par l'explosion d'une poudrière. Je demande à mon compagnon s'il n'y a point de tradition locale sur cet éboulement : — Si, répond-il, j'ai une légende. — Pourriez-vous me la conter ? — Parfaitement, l'ayant entendu redire souvent a ma grand'mère, qui la tenait elle-même de la sienne.

J'étais tout oreilles, d'autant que dans mes précédentes excursions à travers l'arrondissement de Montélimar, c'était la première bonne fortune en ce genre qui m'ar-

rivait.

Il y a bien longtemps de cela, dit alors mon guide, — et les arbres qui ont grandi au milieu des roches éboulées rendent témoignage de l'ancienneté du fait, — un grand malheur serait arrivé ici, sans la protection du ciel.

C'était la nuit de Noël, nuit chère aux chrétiens dans tous les temps, et surtout aux populations simples et énergiques des montagnes. Bécone, depuis les guerres du xvie siècle, n'avait plus d'église ni de prêtre. La dame du lieu avait, selon l'usage, convoqué dans son château tous les habitants catholiques de sa terre, et dans les vastes salles du manoir aujourd'hui en ruines, des amusements variés par des récits légendaires et par le chant des cantiques avaient tenu éveillée toute la caravane future jusqu'à l'heure du départ pour l'église de Montjoux. Vers les onze heures, on se met en route ; les jeunes gens portent des torches de pins résineux et les jeunes filles entonnent les noëls si chers à nos pères.

La journée avait été belle, et le soir on avait vu briller les étoiles ; il n'y avait donc aucune crainte du côté de l'atmosphère. Quant à la garde des maisons, elle restait confiée à quelques hommes courageux.

Après un moment de marche dans le val étroit, le vent s'élève soudain et siffle bientôt avec furie ; puis un éclair sillonne la nue et le tonnerre gronde. On propose de rétrograder; mais la dame de Bécone, qui faisait partie de la caravane pieuse, n'est pas de cet avis. « Le Sauveur, dit-elle, a protégé et béni les pasteurs qui sont allés à Bethléem ; il nous protégera aussi ; faisons en cheminant notre prière et reposons-nous sur la Providence. » On avance donc avec hésitation et frayeur,

DE MONTELIMAR

espérant que Forage passera loin de là ou que l'on retournera vers Bécone. Cependant la moitié de la distance est franchie et la pluie commence ; les éclairs, en se succédant, promènent dans la vallée une sorte d'incendie lugubre, et les roulements du tonnerre répercutés par tous les échos joints au bruit de l'orage couvrent la voix des voyageurs, arrêtés à chaque pas par un torrent. « A la Baume-du-Sarrazin, » propose un jeune homme, « A la Baume-du-Sarrazin, » répète la troupe ; et, à l'aide des torches presque éteintes, on cherche l'asile protecteur.

Au même instant, le cri : « Arrêtez, arrêtez ! » se fait entendre, et chacun de trembler. Alors éclate une trombe épouvantable ; de chaque rocher descend une rivière ; tonnerres et éclairs ajoutent à l'horreur de la situation. « Arrêtez, arrêtez, » répète la voix, en se rapprochant de la caravane, qui, aux dernières lueurs des torches, reconnait bien vite le solitaire de la montagne. « J'ai entendu tout à l'heure vos chants pieux et j'ai frémi ; car un bruit souterrain effroyable vient de frapper mon oreille, et il m'a semblé en descendant que la terre s'ouvrait et oscillait sous mes pas. Fuyons, fuyons vers Bécone. » Ainsi parle l'ermite, et aussitôt, sous les coups redoublés de la foudre, toute la montagne semble voler en éclats avec un bruit épouvantable. ; les roches suivent les roches avec une horrible vitesse ; la terre tremble ; la rivière mugit. « Pitié, miséricorde ! » disent à genoux les voyageurs terrifiés par l'approche d'une mort certaine. « Mère de Dieu, si en mémoire de cette nuit qui sauva le monde, vous conservez la vie à mon peuple, je promets de vous bâtir une chapelle dans l'enceinle de mon château et de faire que votre nom y soit vénéré longtemps. »

L'orage ayant cessé peu après, Mme de Béconc fit allumer un grand feu pour découvrir la route. On s'aperçut alors que la vallée ayant été remplie de roches et de terre, non-seulement le passage des hommes était impossible, mais même celui des eaux du Lez, qui grossi par la trombe montait, montait sans cesse.

La dame comprenant aussitôt le danger que crée pour Montjoux le barrage du Lez, dépêche vers les habitante du village l'ermite qui connaît à fond tous les sentiers de la montagne. Ceux-ci, ignorant le malheur qui attend leurs maisons, étaient tous agenouillés dans l'église à cause des horreurs de l'orage précédent et des bruits terri liants qui l'accompagnaient. « Au secours, au secours ! » crie de loin l'ermite essoufflé ; et les fidèles aperçoivent de la porte du temple les eaux du Lez qui tourbillonnent dans leur vallée. L'ermite leur explique la cause du phénomène et emmène avec lui tous les hommes valides afin d'essayer l'ouverture de l'écluse immense jetée dans la rivière.

Périlleuse était l'entreprise, mais la perspective d'un lac à la place de leurs champs et de leurs maisons anime les courages. Unis aux habitants de Bécone, que leur dame stimule par un admirable sang-froid, ils roulent des roches pesantes et ouvrent à la fin une brèche par laquelle le Lez se fraie un passage.

Lorsque le soleil éclaira cotte scène de dévastation et de deuil, les cris de joie des enfants et des femmes annoncèrent la délivrance du haut des rochers, et les deux caravanes se dirigèrent en louant Dieu par des sentiers escarpés vers l'église de Montjoux, où la messe du jour fut célébrée en grande pompe.

DE MONTÉ LIMAR

Aux premiers jours de printemps suivants on remarquait à Bécone une animation extraordinaire. Fidèle à sa promesse, Mme de Vesc accomplissant son vœu, y faisait construire une chapelle dédiée à la Ste- Vierge. Elle y fit placer ensuite un tableau où les habitants voulurent que la mère de Dieu, vêtue en châtelaine, rappelât les péripéties d'une nuit terrible, et où l'enfant Jésus sur son v isage plein de mansuétude permit de lire les mots : confiance et protection.

La population de Montjoux fut la première à visiter le sanctuaire nouveau, et les villages voisins, à leur tour, ne manquèrent jamais pendant plus d'un siècle d'y venir déposer leurs prières et les tributs de leur reconnaisance.

Mon guide achevait à peine son récit que nous étions en face de Bécone et de ses ruines. Je grimpai seul, plein d'émotions, au sommet du coteau d'où l'on aperçoit à droite la vieille tour d'Alanson et au midi la vallée spacieuse de La Hoche, pleine de fraîcheur et de verdure.

m Clergé

Depuis 1807 l'ancienne paroisse est unie, comme annexe, à la succursale de La Hoche-St-Secret. Elle eut cependant, jusqu'en 1789, un curé jouissant de 5 sétérées et demie de terre, pré et vigne, d'un revenu net de 1 1 li-

vres, et de 46 livres 12 sous de dime, savoir : 6 sétiers (1) de blé à 6 livres l'un ; 7 sétiers de seigle à 5 livres ; 1 sétier d'orge à 4 livres; 1/2 sétier de fèves à 5 livres ; 1 quarte d'avoine estimée 10 sous ; 1 quarte de lentilles, 12 sous ; 1 sétier de vesces ou gèrousses, 4 livres 10 sous; 1 sétier et 1/4 iïaliers, 5 livres; 1 sétier de blé noir, 2 livres, et un barrai de vin, 3 livres. Comme la dime se levait à l'aire ou à la cuve à la cote 24e, il est facile de calculer le total des produits agricoles de Bécone, en 1728, époque de la déclaration qui contient ces renseignements. Le curé avait alors, en outre, une pension annuelle de 57 livres pour fondation de 52 messes, faite par un de ses prédécesseurs, et une autre de 30 livres pour 104 messes ordonnées par les seigneur et dame du lieu.

En résumé, le revenu paroissial était à celte époque de 139 livres 16 sous, dont 41 livres 9 sous de charges, soit 98 livres 7 sous de liquides. C'était, comme on le voit, un maigre bénéfice, aussi ne trouverons-nous pas étonnant qu'en 1707, un curé de Bécone réclame à l'évêque de Die l'exonération de L'impôt dû au roi sous le nom de décimes, à cause « d'une grêle fort rude qui » a voit tellement gâté les vignes et plusieurs terres qui » restoient à moissonner qu'il se voyoit frustré de ses » plus justes espérances. Je n'ai qu'environ cent com- • muniants ajoutait-il), et ce sont gens pauvres et » misérables ; le territoire de cette paroisse est d'ailleurs » d'un circuit fort étroit. »

Aux xivc et xv siècles, d'après les rôles ou jmaWês «lu diocèse de Die, il n'y avait a Bécone qu'un simple chapelain ; mais en 1506 et 1576, les églises réunies de

(1) La sétéréc égalait 600 toises; le sétier de blé pesait un quintal 20 livres, et la charge de vin, 2 quintaux.

Bécone, Alanson et Blacons formaient* un seul et racine prieuré.

Charles-Jacques de Léberon, évoque de Valence et de Die, dans une ordonnance de visite épiseopale, prescrivit la résidence au curé de Bécone et l'exhorta à faire l'école aux petits enfants de la paroisse qui lui seraient envoyés.

Une autre visite épiscopale, en 1687, constate que l'église paroissiale rebâtie, depuis peu de temps sans doute, n'était point lambrissée ; qu'elle était soUs le vocable de l'Assomption de Notre-Dame ; que les ornements du culte étaient suffisants ; que le cimetière était clos et éloigné de l'église ; que le produit de la dîme arrivait à 100 livres ; qu'il y avait deux familles de nouveaux convertis et qu'il n'y avait ni maison curiale ni chapelle.

Pas un mot de la chapelle du château.

Le curé de St-Nazaire-le-Désert décrit ainsi, en 1G95, l'église de Bécone qu'il avait reçu mission de visiter :

» Il y a une niche où est une Notre-Dame en bosse » sur deux degrés de bois peint, avec un crucifix, un » tableau de Notre-Dame assez beau, de 5 pieds de » hauteur avec son cadre de noyer, $ autres tableaux à » côté et 5 ou 6 autres petits pour des vœux rendus à la » mère de Dieu, où beaucoup de peuple concourt et » reçoit très souvent la guérison de diverses infir- » mités.

« L'église paroissiale aie chœur en berceau, voûté et » blanchi avec une petite fenêtre voûtée et tablée ; deux

• degrés de pierre et un arc le séparent de la nef qui » est aussi en berceau et blanchie, avec une fenêtre » vitrée qui donne assez de jour... Deux chapelles à . côté présentent l'une un beau tableau de la Famille

• sainte, et un autre encore assez beau, avec leurs

» cadres ; elles 'sont voûtées et blanchies proprement » avec un arc de pierre à chacune... La porte de sapin, » usée, treillisée, ne peut être changée à cause d'un » miracle arrivé. Ces chapelles sont sans dotation. Le » seigneur de Bécone a en son pouvoir une mamelle » d'argent, valant 12 livres, laquelle avoit été offerte » par une femme de Taulignan.

« Quant à la chapelle du château, le chœur en ber- » ccau en est voûté, blanchi, percé de deux fenêtres et » labié. La nef est aussi en berceau, voûtée et tablée. » Il y a un tableau de Notre-Dame avec cadre en noyer. » On y baptise par permission des évêques, à cause que » l'église paroissiale est beaucoup éloignée et que le • chemin en est fort mauvais.

« Parmi les ornements se trouve un calice d'argent » avec sa patène non doré ni sacré, donné par un » homme de Montélimar qui avoit fait un vœu à Notre- » Dame pour une sienne fille atteinte du mal d'écrouel- » les ; au pied sont les armes du seigneur de Bé- » cone. »

Le calice de l'église paroissiale, fort beau, avait été donné par ce dernier gentilhomme, ainsi que de riches devants d'autel et une chasuble de velours cramoisi.

Il résulte de l'acte de visite faite par le vicaire-général de Gabriel de Cosnac, en 17-29, que la chapelle du chaleau en fort bon état servait d'église paroissiale depuis environ vingt ans, « l'ancienne étant à la campagne. »

Knfin le procès-verbal de visite de 1771 par Gaspard- Alexis Plan des Augiers, nous apprend que la chapelle rurale, redevenue église paroissiale, « est absolument » isolée, éloignée d'environ 600 pas du village ; le » chœur a 20 pieds de long sur 11 de large et 14 de » haut ; il est voûté, a 2 fenêtres vitrées, un grand » tableau en cadre représentant la Ste-Vierge. La nef a

» 55 pieds de long sur 11 de large et environ 15 de » haut... Elle est seulement bénite, sous le vocable de » V Annonciation. Les peuples des environs ont une

• dévotion particulière à la Ste-Vierge dans cette église, » où l'on voit une centaine d'ex-voto. Le jour de l'An-

• nonciation (25 mais), il y a un assez grand concours

• et presque toujours des rétributions pour 80 messes. . . - La porte ferme à clef; la voûte, les murailles et le toit » de l'église sont en bon état. »

La chapelle du château reçut également la visite du prélat parce que les fonctions paroissiales s'y faisaient précédemment ; elle fut trouvée propre et suffisante pour la population ; mais le cimetière n'était pas clos et le presbytère était trop petit.

Ajoutons qu'en 1771 il y avait à Bécone 2 hameaux, 55 familles et GO communiants; que les revenus du curé atteignaient 400 livres lorsque les denrées étaient chères, que les pauvres y jouissaient de 59 livres de rente et que les comptes de leur receveur étaient rendus devant le châtelain.

Les deux églises, celle du Bourg seigneurial et celle de la campagne existent encore, et un livre de piété (1) nous apprend qu'il vient encore de fort loin des pèlerins à Bécone. « En 1857 on y vit arriver, avec surprise dit

• l'auteur, un vénérable vieillard d'Aiguière, près de » Salons (Bouches-du-Rhône) ; il venait déposer sou

• bâton sur l'autel de Notre-Dame. L'année précédente,

• il y avait laissé sa béquille, et c'était la quatrième fois

• qu'il faisait sur une charrette, en compagnie de sa

• femme, ce long et dispendieux pèlerinage. » D'après le même ouvrage, le tableau de la Sainte-Famille, mentionné dans la visite de 1695, représente Marie vétuc en

(1) Le mois de Marie a l'usage du diocèse de Valence, par M. le chanoine Nadal. Valence, Marc-Aurel. 1 vol. in-32.

châtelaine, Joseph sous les dehors d'un humble villageois, et Jésus, sur les genoux de sa mère, avec des traits d'une ineffable candeur.

Quant à l'herbe de la fistule « que Ton ne trouvait » jadis que dans le voisinage du sanctuaire » et à laquelle « la foi publique attribuait une vertu mcrveil- * leuse, » je n'ai pu en trouver ni sur place ni dans les archives aucun souvenir. (1)

Depuis 1807, plusieurs tableaux ont disparu, dit-on, avec un instituteur nomade, et ce n'est pas une petite affaire pour une paroisse comme Bécone d'avoir à entretenir deux églises et d'être privée de curé.

Le Fief

De Montjoux à Bécone, le Lez roule ses eaux limpides sur un banc de rochers grisâtres, entre deux montagnes boisées souvent parallèles ; mais, en face de Bécone, la rive méridionale se termine soudain en modeste coteau à large base, formant promontoire sur la rivière, qui dès lors cesse de couler de l'est a l'ouest, pour prendre la direction du nord au midi. Cette excellente position, commandant le chemin de Valréas à Dieulefit, convenait à merveille à une balte ou château-fort, dès les premiers siècles de la féodalité, qui ne manqua pas d'en tirer aviintage.

(1) Archives de la Drùme; — Fonds de l'évèchc de Die.

A ne considérer que l'épaisseur des murs et la solidité de l'édifice dont il reste encore debout quelques ruines pittoresques, on croirait volontiers la fortune de ses possesseurs aussi immuable que lui, pendant tout le moyen-âge, et cependant que de vicissitudes présente l'histoire de ce fief aujourd'hui peu connu, malgré sa gloire passée !

J'ai signalé déjà la différence du Béton ou Bétone de St-Benoît, mentionné dans deux chartes de 1145 et de 1-201 du Cartulaire de t ëvêdié de Die, avec Bécone près Dieulefit, et je n'y reviendrai pas, dussent naître des contradictions.

A la vérité, je sacrifie de la sorte, au préjudice de ce dernier village, une antiquité de près d'un siècle ; mais devant la nuit obscure qui couvre, là comme ailleurs, les occupations gauloise ou vocontienne, romaine, galloromaine et franque, pendant une période de deux mille ans et plus, ce sacrifice paraîtra sans doute excusable et léger.

Hélas ! quand, de nos jours, l'habitant de Bécone ignore jusqu'aux noms de ses anciens seigneurs, leurs bienfaits ou leurs vexations, faut-il espérer de la tradition locale quelques renseignements sur les peuplades pastorales qui cherchèrent d'abord un asile contre les intempéries des «lisons ou la rapacité des maraudeurs dans les cavernes de La Lance ? L'appellation de Baume, donnée à un quartier de Bécone, à l'est du village, et de Grottc-du-Sarrasin, à une excavation voisine, autorisent bien des conjectures : mais l'histoire réclame des données positives.

Jusqu'au xu* siècle on ne rencontre le fief de Bécone que dans les généalogistes.

Toutefois, son château dépendait à l'origine de la baronnie de Monlauban, et du comté de Provence, et

l'on suit que le 10 novembre 1284, Kaudonne, unique héritière de Dragonet, ayant donné cette baronnie à Uonsolin de Lunel, son fils, celui-ci l'abandonna à llugues-Adhémar de Lombers, à la simple condition d'acquitter les charges qui le grevaient. La clause était, parait-il, onéreuse, car le donataire s'en libéra en rétrocédant l'héritage au dauphin Humbert 1er. (1)

« Charles, roi de Sicile et comte de Provence, qui » ambitionnait la baronnie, traversa, dit Yalbonnays, » le traité fait par le Dauphin avec llugues-Adhémar, » en supposant à l'exécution du testament de Uonsolin. » Il sollicita l'archevêque d'Arles de défendre à l'évéque » de St-Paul, son sutïragant, exécuteur de ce testament, » d'en accomplir les dispositions. Cet évéque ne put » s'empêcher de déférer aux ordres de son métropoli- » tain. Il fallut de nouveaux soins de la part d'il umberl •» pour surmonter cet obstacle. Il n'en put venir à bout » que l'année suivante. » (2)

Quelques .'innées plus tard (1337), Humbert II unil irrévocablement à son dom.iine les baronnies de Mévouillon et de Montauban, avec toutes leurs dépendances, c'est-à-dire l'arrondisseinent de Nyons actuel et partie de celui de Die. (3)

Chez les Romains, les valets d'armée s'appelaient barons; sous les Francs, devenus chrétiens, ce nom s'appliquait à toutes sortes d'hommes, sans distinction de race. Grégoire de Tours attache déjà au faro ou baron l'idée de seigneurie, et Frédegaire dénomme ainsi les grands du royaume de Bourgogne. Au ixc siècle, la fortune du mot égale celle de ceux qui le portent, et il

(!) et (2) Valbonnavs, Histoire du Dauphiné, etc., Il, 117; I, ^60.

3) Bulletin de la Société d'Archéologie de la Drôme, le Dauphiné, par 11. Brun-Durand.

brille de tout son éclat aux xie, xne et xiir siècles. (1) C'est la déchéance politique et morale des Bosonides qui favorisa la formation de la baronnie de Montauban et des comtés de Valentinois et de Diois, morcelés en une infinité de fiefs, sous la redevance de l'hommage et du service militaire à des degrés divers ; et lorsque les Dauphins acquirent les terres de Hugues- Ad hémar ou des barons de Montauban, ils trouvèrent, à Bécone et à Baume-la-Lance, les comtes de Valentinois et Diois parmi leurs vassaux. Plusieurs hommages en font foi et je citerai notamment ceux d'Aimar de Poitiers à Guigues, dauphin, du 19 novembre 1332; a Humbert II, du 31 juillet 1334; à Charles, dauphin, du 1G juillet 1349, etc. I n arrêt du Conseil delphinal ayant décidé que cet hommage devait être lige, le comte de Valentinois et Diois se soumit sans murmure. (2)

Au sommet donc de l'échelle féodale, les possesseurs de Bécone et La Baume étaient représentés par les barons de Montauban et ensuite par les Dauphins, dès les premières années du xiv* siècle ; à un échelon au-dessous se plaçaient les Poitiers, dont l'héritage échut au roi de France, Charles VII, le $2 juin 1419; un peu plus bas encore, les familles de Vesc, de Pencherin et d'Alleman, de Faure Bologne, de Berger et de Vesc ; et enfin les tenanciers, successivement esclaves, serfs, taillables et corvéables à merci, emphytéotes et hommes libres.

L'histoire des barons de Montauban et des comtes de Poitiers appartient à trop de villages pour l'attribuer de préférence à Bécone, où ils n'eurent jamais d'établissement remarquable; celle des nobles Pencherin se réduit

(1) Quantin, Dictionnaire de diplomatique, collection Migne. au mot Baron.

/2) Inventaire de la Chambre des Comptes, manuscrit, au mot Bécone.

à la mention d'un hommage rendu aux comtes de Valentinoisen 13G2, pour leur parerie ou pariage de Bécone et La Baume; nous retrouverons les Bologne à Alanson, dont la tour isolée s'élève encore en face de Bécone, et dont le nom vient peut-être de La Lance ; les Alleman, à Taulignan, etc. ; faute de titres communaux anciens, on ne sait rien des habitants de la seigneurie ; forcément donc les de Yesc demeurent ainsi les seuls mai 1res de la place.

Cela étant, je vais aborder franchement ici les annales de leur famille, sans toutefois sortir de mon sujet ; mais au préalable, je réclame l'indulgence du lecteur pour la littérature monotone si chère aux généalogistes fameux.

Indépendamment des travaux de Guy Al lard , de Pithon-Curt et de La Chesnaye-des-Bois, j'ai eu la bonne fortune d'avoir en communication un travail complet sur les de Vesc, encore inédit, dû au savoir et aux recherches persévérantes de M. l'abbé Robin, curé de Dieulefit, dans les vieux protocoles de notaires, et je déclare bien haut que cet auteur est le seul qui ait trouvé le fil d'Ariane pour se reconnaître dans le labyrinthe généalogique de la maison qui posséda Bécone, Montjoux, Comps et vingt autres terres.

Selon Guy Allard et Pithon-Curt, Guy de Yesc, seigneur de La Bàtie-de-Yesc, Montjoux, Bécone et Dieulefit, vers 1 150, serait l'auteur de la famille ; Hugues ou Hugonin, son fils, mari de Douceline Alleman, dame de La BAtie-de-Blacons, sur La Roche-St-Secret, aurait pris part à la troisième ou à la quatrième croisade. C'est du moins ce qu'assure un vieux manuscrit confié à Guy Allard. Le Recueil des historiens des croisades étant muet sur ce point, je n'insisterai pas. (1)

(1) Généalogie des de Vesc, par Guy Allard: — Pithon- Curt, ïïistoire de la noblesse du Comtal.

Armand, fils d'Hugonin, chevalier, laissa de Marguerite île Liba, son épouse : 1° Alméric ou Amalric et 2° Hugues ou Hugonin.

Amalric, en vertu d'un partage fait avec son frère, le 9 septembre 1298, succéda à son père, dans les seigneuries de Vesc et de Montjoux, et Hugues ou Hugonin, dans celles de Bécone et Baume-la-Lancc. Dragonct, baron de Montauban, approuva ce partage eî octroya aux deux frères et à leurs vassaux, la permission d'aller et venir dans ses terres, comme aussi de fréquenter les foires et marchés de Yalréas, sans payer ni péages ni leydes. (i)

Il ne paraît pas toutefois que Pacte de 1598 soit demeuré un pacte de famille inviolable, car les enfants des deux frères eurent des droits, peut-être égaux, à Bécone et & La Baume pendant quelques années.

Les De Vesc

La destruction des archives, à différentes époques, rend ma tâche d'autant plus difficile que les renseignements donnés jusqu'ici sur la famille de Vesc sont loin d'être complets.

Guy Allard aurait, à la vérité, composé sa généalogie à laide des documents fournis à l'intendant Dugué et des mémoires de Salvaing de Boissieu, HuIIj, Le Labou-

1) Manuscrit de M. l'abbé Robin.

reur et Tronquet, tous écrivains recommandâmes ; mais, de l'aveu de mon judicieux guide, il n'est pas possible, même après lui, après Pithon-Curt et La Chesnaye-des- Bois, de répandre une entière clarté sur la succession des premiers seigneurs de Bécone, les seuls dont j'aie à m'occuper en ce moment.

Voici les listes dressées d'après les travaux les plus récents, mais qui sont loin de satisfaire la critique :

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