‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 26 sur 39 · Les transactions de 1443, 1445 et 1636 sont confirmées · texte numérisé non relu

Les transactions de 1443, 1445 et 1636 sont confirmées

10. — Au collège demeurent la seigneurie foncière, directe et universelle avec les lods, l'investiture et la prélation, la juridiction et le droit de nommer les officiers de justice.

T>E MONTÉLlMAR

1 1 . — Les habitants s'obligent à faire agrandir incessamment l'église selon les ordres des évêques de St- Paul, et le collège à assoupir les oppositions d'Icard et de tous autres intéressés.

Cet acte passé dans la Chambre apostolique d'Avignon fut signé par H. I). Elci. surintendant, Viganego, recteur des collèges, Paulus, consul, Isnard, Barnier et Chassagne, députés de Bouchet, et par les témoins.

I n mémoire postérieur évalue ainsi la perte des droits du collège compensés par la pension de GO livres :

Mi-croît du bétail 24 livres.

Dîme et tasque sur le bétail 2)

3 quintaux de laine sur 36 90

50 — de foin sur 60 J 75

Les noix et amandes 12

25 onces de vers sur 303 250 —

25 livres sur les 300 du jardinage .... 25 -

24 repas à 1 livre 10 sols par an 36 —

Total 556

Malgré les accords antérieurs, de nouvelles prétentions se firent jour en 1772, et le collège voulut, à grand renfort de mémoires judiciaires, s'attribuer la propriété des bois et forêts, des régales ou vacants, hermes et terres incultes. La communauté résista énergiquement et réclama à son tour : la restitution de la vigne des Perpétues; une part du prix de la fontaine communale établie en 1743, et dont une branche arrivait au château • la démolition d'une muraille récente formant clôture à la basse-cour dudit château et gênante pour la circulation ; la nomination des officiers de police et le paiement de la corde de la cloche de l'église.

Qui eut gain de cause dans cette nouvelle affaire 1 Je l'ignore ; mais l'analyse des actes antérieurs permet au lecteur d'asseoir son jugement. D'ailleurs, la chute pro-

chaine du régime féodal n'allait-elle pas émanciper la propriété ?

Il resterait à faire connaître en détail l'organisation communale de Bouchet, si elle avait été différente de celle des autres localités dauphinoises; mais la seule particularité à noter, c'est que ce lieu ne payait, comme on l'a vu, que la taille négociale, ou taille applicable aux besoins communs.

Deux consuls annuels géraient ses revenus, composés : du bail du four, évalué 4 sommées, 4 éminées et 5 cosses de blé, en 1612; du bail du moulin, allant à 15 sommées et 1/4 de blé, en 1611 ; du fermage du Devès, estimé 5 sommées 6 émines de méteil, en 1613 ; du glandage, à raison de 6 sols par pourceau, en 1690; de la feuille des mûriers, valant 7 livres 7 sols, en 1667.

Dans les dépenses, je trouve le bail du Logis claiix pour 45 florins, en 1614, et du Chandos clos, en 1616, à raison de 1 émine blé pour chaque béte de labour, de une demi-émine de méteil pour 1 âne, de 4 sols pour cfutii88er Iraux et piches, de 10 sols pour 1 pic pointu, 1 bêchai, 1 eyasade, etc.; une imposition en 1605 pour payer les dettes de la communauté; un bail, en 1623, pour relever les murailles de la ville, à raison de 8 florins 10 sols la canne, etc.

La justice y était exercée au nom du collège, et, au xvui- siècle, le greffe commun à Bouchet, Hicherenches et Bolboton. rapportait annuellement 2 écus. Heureux pays où les procédures devaient être inconnues !

En 1596 et 1597 les habitants réclamaient le changement de leur juge.

Voilà toutes les indications d'intérêt général glanées dans les documents qu'a bien voulu me confier M. Biscarrat, l'intelligent maire de Bouchet ; et je noterai en terminant que les trois seigneuries de Richerenches, Bou-

chct et Bolboton étaient affermées, en 1715, à Jancel, pour 1510 livres, et en 1690 pour 1400 livres et des redevances particulières (1).

Dernières Notes

Administration. — L'administration municipale se composait, dans les derniers siècles, indépendamment de deux consuls annuels, d'un conseil général de tous les chefs de famille, qui se réunissaient sur la place publique, sous la présidence du juge ou bailli du lieu. De lG40à 1650, on trouve de vingt à vingt-cinq personnes à ces réunions, et il est dit qu'elles formaient « la plus > grande et saine partie des habitants, au nom des trois » parts les deux . • Les comptes des consuls étaient vérifiés par deux ou trois auditeurs et celui de Jean Icard, en 1636, accusait 456 livres de recette et 468 de dépenses ; celui d'Estève Soreillac, en 1637, 750 florins de recelte et 706 de dépense, celui de Guillaume Achaume et Barthélémy Paradis, en 1639, 522 livres de dépense et 472 de recette.

Une ordonnance de Laurent Lomellini, vice-légal, en date du 3 octobre 1665, obligeait les communautés du Comtat de soumettre annuellement au représentant du pape, selon les dispositions de la bulle De honoregimine,

fl) Archives de M. Bisarrat; — Id. de Vaucluse, D, 334.

les tabelles ou états de leurs revenus et de leurs dettes et de leurs charges ordinaires et extraordinaires. En 1752, les consuls de Boucliet obtinrent l'autorisation de s'imposer GOO livres pour établir un gruoir, gruaire ou mouleron, dans la maison acquise de Hondet ; et comme en 1745, l'Eyrins, franchissant ses rives, avait endommagé les chemins et le moulin, le vice-légat ordonna que les réparations « seraient faites par corvées et qu'à cet effet, » tous les habitants seraient tenus d'obéir aux ordres » des consuls, à peine d'être mis un homme à la place » de celui ou ceux qui refuseraient, aux frais et dépens » de chaque refusant, sans qu'il en coûte autrement rien, » excepté pour l'achat des matériaux et la main-d'œuvre » des maçons, menuisiers et serruriers. *

Les mesures de police regardaient le juge du collège du Houre et celles de sécurité publique le vice-légat. En 1G14-, Jeanne Colelier, dite de Vesc, ses deux filles et son gendre, étant venus s'établir à Bouchet, sans permission, le conseil général décida qu'ils seraient invités à sortir de la commune, et le consul obtint du vice-légat les pouvoirs nécessaires pour leur expulsion.

On a aussi une lettre du 23 juin 1703 qui prescrit des mesures de précaution « pour éviter des troubles ; » mais c'est une circulaire commune à toutes les localités du Comtat.

Evénements. — Ce qui manque à l'histoire des villages, ce sont les faits extraordinaires, les sièges, les batailles et les grandes actions qui laissent après elles d'immortels souvenirs. Bouchet n'a joué, paraît-il, aucun rôle dans les fastes militaires de la province, et je m'en réjouis au nom de l'humanité.

On raconte cependant que François de Beaumont, baron des Adrets, se présenta en 1 562 sous les murs de ce bourg et qu'il en fut éloigné par un stratagème ingénieux.

Le nom du guerrier inspirait une vive terreur et la résistance n'était pas possible. Que faire? Au moment où des Adrets rangeait ses cavaliers en ligne, attendant l'ouverture des portes, les habitants soulevèrent a la fois toutes leurs ruches à miel et une nuée d'abeilles irritées enveloppa les hommes et les chevaux, piquant les uns et les autres. En un clin-d'œil les ennemis furent ainsi dispersés (1).

A l'époque de la Ligue, en 1588, Bouchet reçut Lesdiguières et lui donna de l'argent à son départ (2). Le gouverneur de cette place avait été effrayé du sort de celui de Colonzelle, pendu à un amandier, pour avoir fait de la résistance.

Enfin une lettre du 8 brumaire an vi (29 octobre 1797) parle d'une rencontre près de Bouchet, entre les soldats de Merk, commandant, et les contre-révolutionnaires du midi, où plusieurs de ces derniers périrent ou furent arrêtés (3).

Commerce. — Le Haut-Comtat, comprenant Valréas, Visan, Bouchet, St-Raphaël, Grillon, Uicherenche, Kousset, St-Pantaléon, les Pilles, Valouse, Eyroles et Aubces, était totalement enclavé dans le Dauphiné et ne pouvait fournir au Bas-Comtat ni denrées, ni marchandises sans payer des droits aux fermiers généraux. Il fut fait un concordat avec le Pape, ratifié par arrêt du conseil du 1 G mars 173+, qui permettait « le transit respectif du » Bas et du Haut-Comtat pour toutes denrées et mar- » chandises, à l'exception des soies, cocons, étoffes de » soie et laines » et autorisait les habitants de l'enclave du Haut-Comtat « à commercer dans le Dauphiné, avec

(1) D'aucuns prétendent que lépitlicte tic Pougnaquiou vient de cet exploit.

(2) Videl, p. 90, édit. in-f*.

(3) Archives de la Drome, 0.

» la clause qu'ils y seroienl traités comme les naturels » de cette province, à la charge de payer à S. M. entre » les mains et au profit de l'adjudicataire des fermes » générales les sommes portées par les abonnements. •

En 1727, le prix de l'abonnement n'était que de 1852 livres, mais bientôt les fermiers généraux trouvèrent ce chiffre trop faible, et la réunion momentanée d'Avignon et du Comtat à la France en 1768, faillit même amener l'annexion au Dauphiné de Bouchet et de Grillon, anciennes dépendances de la province « dont elles n'a- » voient été distraites, disait sans preuves un mémoire » du temps, que par les officiers des papes, abusant de » l'autorité temporelle qu'ils s'étaient attribuée sur les » états des souverains, » ainsi que des vingt-trois autres communautés du Haut-Comtat.

M. de Trudaine écrivait en 1773 : « Si le Comtat » n'eût pas dû retourner au Pape, il seroit plus simple » de supprimer le transit et de réunir au Dauphiné le » Haut-Comtat; au défaut de cet expédient, je n'en vois » point d'autre que de révoquer, comme le proposent » Jes fermiers généraux, la permission accordée en » 1734 et l'abonnement de Valréas et de l'enclave. » C'est alors sans doute que fut établi à Bouchet le bureau de transit dont parle la Statistique de la Drômc (1).

Bertrand de Garrigue. — Bien ne prouve que « lo » fidèle disciple de St-Dominique » soit né à Bouchet, où se trouve cependant un quartier de ce nom ; mais il y est mort en 1230, et son corps fut inhumé dans l'église de l'abbaye « avec toute la pompe que méritaient sa grande » réputation et les regrets dus à sa mémoire. » Bertrand de Garrigue travailla d'abord seul à la conversion des Albigeois, puis il entra dans l'ordre des Frères Prêcheurs

(1) Archives de la Drùmc, C, 2 et 296.

en 1215. « Après avoir gouverné quelque temps la com- » munaulé de St-Romain, et avoir, depuis, contribué à » la fondation du célèbre couvent de St-Jacques, à Paris, » il fut élu, en 1221, premier provincial de la province » de Provence, alors unie à celle de Toulouse. » Ses biographes vantent la régularité de sa vie et ajoutent qu'il travailla toujours pour l'édification ou l'instruction du prochain, pour le service de l'Eglise et la gloire de Dieu. Guidonis, cité par Malvenda, dit que le corps du zélé missionnaire fut trouvé entier et sans aucune corruption vingt-trois ans après sa mort et qu'il s'est fait plusieurs miracles à son tombeau.

En témoignage de la confiance qu'avaient en lui les habitants de Bouchot, je citerai le passage suivant du procès-verbal de visite pastorale de François Adhémar deGrignan. en 1G4-3 :

« Le sieur curé nous ayant représenté que ce seroil » une grande commodité s'il nous plaisoit permettre > que la messe se dise à l'autel de St-Bcrtrand, du côté » de l'évangile, pour satisfaire à la dévotion des habi- » tants, que les (illcs de la paroisse demandent qu'il » leur soit permis de mettre une image de Notre-Dame, » en relief et en bois, olîrant pour cet effet de tenir tou- » jours l'autel net et en état d'y pouvoir dire la messe, » — Nous avons ordonné qu'on pourra dire la messe à » l'autel de St-Bertrand. »

Le P. Boyer de Ste-Marthe, écrivain du xvme siècle, ajoute que l'on voyait de son temps dans l'église paroissiale de Bouchet une ancienne statue qui passait pour être celle du grand serviteur de Dieu, Bertrand de Garrigue, et devant laquelle le peuple allait faire ses prières (1).

(1] Archives de la Drome, G ; — Histoire de V Eglise de Si-Paul, p. 92; — Nadal, Histoire hagiologique du diocèse de Valence.

J'ai épuisé mes renseignements sur un village aux développements duquel nous avons assisté, sur son abbaye de filles et sur ses illustrations anciennes; laissons-le sur la rive gracieuse de l'Eyrins, au milieu de ses vignes et de sa vaste plaine, et allons à Cbamaret.

CHAMARET

Au pied d'un mamelon de sable, dominant à la fois une vallée, au nord et au sud-est, Chamarel, à 4 kilom. de Grignan, son chef-lieu de canton, à 30 deMontélimar et à 74 de Valence, ne conserve plus de son passé qu'une vieille tour et quelques ruines pittoresques.

Le chemin de grande communication n° 21 de Bollène à Grignan traverse son village dans toute sa longueur, et la partie sud, voisine de l'ancien château-fort, devient de jour en jour déserte, la population préférant la plaine et le voisinage de la voie large et facile à l'inutile protection de la tour féodale.

Avant de pénétrer dans la maison commune pour étudier les archives municipales, grimpons au sommet de la colline pour avoir une idée exacte du pays : de là, on aperçoit, à l'est, Grignan et son château où le souvenir de Mme de Sévigné rassemble encore les personnages illustres du grand siècle ; à l'ouest, Montségur et ses rem-

parts crénelés ; au midi, la fraîche vallée du Lez et Colonzelle ; au nord, une plaine et des collines de sable blanc, parsemées de quelques arbustes rabougris, derrière lesquelles se trouve Cliantemerle; puis, dans le lointain, le mont Venloux et La Lance encadrent le tableau de verdure et d'animation que présente le vaste territoire formant le lïaut-Comtat.

11 devait être riche et puissant, le premier soldat heureux qui établit là sa demeure et pouvait se dire aux premières et aux dernières lueurs du jour : Tout ce tpie l'œil embrasse est à moi ! — Mais peu à peu des voisins redoutables, établis tout auprès, restreignirent son domaine ; des soldats errants à l'aventure ruinèrent son château ; ses tenanciers refusèrent de lui payer les anciens droits, et le lief morcelé entre de nombreux cultivateurs, a formé la commune ; aussi le touriste, à la place du seigneur, couché dans la tombe, peut contempler aujourd'hui avec orgueil les pacifiques conquêtes du travail agricole.

Grâce à l'obligeant et précieux concours de M. Devès, enfant de Chamaret, je pourrai donner bientôt d'intéressants détails statistiques sur la localité ; mais ne serait-il pas curieux de présenter d'abord sa situation en 1788 et 1789 ? — Je l'ai cru d'autant plus volontiers, que l'esquisse suivante, trouvée dans les archives départementales, est l'œuvre d'un autre enfant de Chamaret, M. Barthélémy St-Martin ; je la copie, en corrigeant quelques expressions et quelques tournures peu intelligibles :

« Le village de Chamaret-le-Maigre, situé dans le Bas- Dauphiné et la Haute-Provence, à cause du comté de Grignan, dont il fait partie, est un des plus misérables de la province.

« L'étymologie de Chamaret vient de champs marais

ou pays marécageux. (1) La nature, souvent ingrate, a treMnal partagé son territoire, dont les deux tiers en friche sont couverts de tas de pierres presque l'un sur l'autre, de buissons et de broussailles, et par conséquent hors d'état de rien produire; l'autre tiers, anciennement marécageux, est devenu cultivable par les soins et les travaux des anciens habitants. Le sol en est sablonneux, d'une valeur médiocre et peu productif.

« 11 y manque un tiers de cultivateurs et un tiers du bétail nécessaire pour la culture et les amendements, et cela faute de récoltes et d'avances.

« Afin d'obvier à un tel désordre et d'y remettre l'agriculture en vigueur, on doit jeter un coup-d'œil de commisération sur le poids des charges énormes supportées par les habitants.

« Les tributs royaux s'élèvent à 2,500 livres, outre la capitation qui atteint 570 livres et excède ainsi de moitié Its facultés des contribuables.

t II y a deux dîmes ou impôts du terri loire : l'une de

(1) En adoptant l'opinion de ceux qui voient une tour à signaux dans la citadelle de Chamaret, il serait permis d'opposer à l'étymologie fantaisiste de M. Barthélémy Sl- Maitin, une autre étj moloçie tirée de chainar, verbe italien, signifiant appeler ; mais j'ai reçu une note de M. le baron de Coston, où la question est tranchée avec toute l'autorité de la science, et je la transcris en entier :

<•< Chamaret, Camaretum, en 127 ), Chamaretum, en 14fi8, comme plusieurs autres villages de la Drôme, doit son nom à l'idée générale de maison et de c instruction ; il en est de même de Camaret (Vaucluse), Camarès (Aveyron), et peutêtre de Cameracum, aujourd'hui Cambray," de Cameriua (Etats de l'Eglise), etc. Le radical primitif annonçait une construction voûtée, xapiapa en grec ; caméra en latin ; caméra, maison, chambre et mesure pour les terres, en bas latin (d'où le nom de plusieurs hameaux appelés les Chambres). Kamarès (les voûtes) est un nom commun à divers villages de l'Asie-Mineure ; ces mots ont la même racine ; kam, courbé, cambré, dans les langues néo-celtiques, etc.

l'église et l'autre du seigneur. La première se perçoit à la cote 15e sur les gerbes, les grains, le vin et les légumes ; la seconde à la cote 30* des mêmes produits. Indépendamment de ce vinglain, on paie encore celui du four et du moulin et des censés pour toutes les propriétés.

« Aucun commerce, aucune industrie n'existent dan* la commune, privée de chemins et éloignée de 4 lieues de la grande route. Comment d'ailleurs faire un commerce d'exportation de denrées, alors que les habitants en ont à peine pour six mois ?

« Les frais de brigade, très fréquents pour le recouvrement des deniers royaux, joints à ceux des procès trop multipliés et trop longs, vont de niveau avec les impositions royales.

« Enfin la corvée, autre surcroit de misère, est d'autant plus onéreuse aux habitants, qu'ils sont dans l'impuissance physique de remplir eux-mêmes leur lâche, à cause de l'éloignement de la route et de la nécessité absolue de vaquer a leurs travaux domestiques. Les ofiiciers de la communauté ont donc été obligés de donner en adjudication celle tache au prix de 300 livres par an, somme dont le collecteur fait recette.

« Aucune propriété, aucun capital n'appartiennent à la communauté, qui est ainsi privée de tout revenu.

« Toutes les personnes judicieuses qui verront ce petit tableau, fait d'après nature et appuyé sur les vérités les plus constantes, décideront parfaitement que l'épithète de Maigre est très-bien adaptée à Chamarct, et que ses habitants sont fondés sur bon droit à réclamer la commisération, l'humanité et la justice de MM. les députés à l'assemblée des Étals généraux. » (1)

i\) Archives dcpartfmenUles, C, 3.

A l'appui des doléances de Barthélémy St-Martin, il en existe d'autres présentées le 28 mars 1789 à la commission intermédiaire par les consuls, conseillers et secrétaire de Chamaret, dont je vais extraire les points saillants.

La population se compose de 100 familles et de 400 âmes. En général, les maisons s'y bâtissent en terre et en pierres ; on les enduit de chaux et les couvre de tuiles ; « une assez grande quantité est écroulée et les parlicu- « tiers sont obligés de faire des cabanes dans les rochers « qui sont fort tendres, pour s'y réfugier. »

On récolte dans la zone sablonneuse, avec beaucoup d'engrais, du seigle, du millet noir, des légumes, des pommes de terre et quelque peu de blé ; quant aux fruits, ils sont en partie dévorés par le gibier de toute espèce qui est assez abondant, en partie gâtés par les gardes du seigneur et les braconniers étrangers en guerre continuelle.

Voici quel était le bétail h cette époque : 30 chevaux ou mulets, 14- ânes, 350 bétes à laine et f)0 porcs; la manne, une maladie épidémique, et la cherté du sel s'opposaient à toute amélioration de ce cô!é. Anciennement la population jouissait de pâturages communaux, comprenant 150 sétérées (de 450 cannes) de terres hermes, en 1734, et 20 sétérées de prude ou palud. Celte dernière partie fut partagée entre tous les habitants, par suite de la loi du 10 juin 1793, et radrainistralion approuva ce partage, en 1800.

Le millet noir, les légumes et les pommes de terre formaient la nourriture habituelle de la population, « le » restant des récoltes étant arrêté à l'aire pour le paic- » ment des tributs royaux, les frais de brigades et les » intérêts de la dette communale. Depuis longtemps une » partie des terres n'était pas ensemencée, faute de se-

» menées et à causes des usuriers qui achetaient les » denrées à bas prix. »

Géographie & Statistique

La partie nord-ouest du bassin compris entre Montélimar, Nyons et Orange est occupée en entier, dit M. Lory, par un plateau rocheux de calcaire d'eau douce, partie supérieure de la formation lacustre, avec gypse et lignite, lequel parait être resté à sec, lors de l'irruption de la mer mollassique, qui se serait arrêlée près de Grignan, à la ligne indiquée aujourd'hui par la vallée de la Berre. « Les assises inférieures de la mollasse marine, riches en fossiles, et ayant le caractère du dépôt littoral, se montrent sur tout le contour du fond de ce golfe, à Grignan, Chantemerle, Chamaret, Clansayes, St-Paul- Trois-Châteaux, et d'autre part à Taulignan, Le Pègue, Nyons, Mérindol et Mollans. A l'ouest, aux environs de St-Paul, elles reposent indifféremment sur les dépôts tertiaires d'eau douce, ou sur les derniers étages de la craie, ou même sur les marnes aptiennes. Ces divers terrains avaient déjà été mis à sec et dénudés profondément avant d'être recouverts par la mollasse. »

D'après le même au leur, la mollasse donne des terres généralement fertiles, pourvu qu'elles ne soient ni trop meubles ni trop argileuses ; mais les marnes du terrain tertiaire lacustre présentent un sous-sol imperméable,

DE MONTELIMAR

et sont ainsi exposées à être ravinées facilement. (1)

Or, la moitié du territoire de Chamaret est précisément sablonneuse, un quart est argileux et l'autre quart présente un terrain calcaire.

Malgré l'aridité îles chiffres, exposons en détail la statistique vraie de la commune ; les lecteurs qui aiment l'exactitude mathématique apprécieront mes recherches ; les indifférents passeront à la partie historique, un peu moins monotone.

On évaluait, en 1789, la longueur du territoire de Chamaret, du N.-E. au S. à un quart de lieue et la largeur à demi-lieue. Le contrôleur ambulant de l'Election de Montélimar, le 20 octobre 1734, y trouvait en superficie 2,509 sétérées (de 450 cannes), et le cadastre, en 1835, 765 hectares, savoir :

En bois particuliers ... 80 | En pâturages 130

En terres labourables. . 403 En chemins, canaux. . . 18

En vignobles 100 En édifices, terres herm. 7

En prés 33

A l'aide du tableau suivant, il est permis de se rendre compte des productions agricoles :

Blé 96 hectares, 95

Production totale. . 1,056 hectolitres, 1,045

Métal 14 hectares, 15

Production totale. . 225 hectolitres, 195

Seigle 10 hectares.. 9

Production totale. . 160 hectolitres, 90

Pommes de terre. ... 12 hectares, 40

Production totale. . 2,760 hectolitres, 410

Vert â soie 250 onces, 510

Cocons 8,750 kilogr. 9,180

(1) La Vernole prend naissance à Chamaret ; les Marsanches et les Launes, affluents du Lez, sont deux modestes ruisseaux.

En 1852, il y avait en outre 15 hectares de garance donnant 1 15 quintaux métriques de racines, d'une valeur de 10,000 fr. ; 14- hectares de prairies naturelles, d'un produit de 8G0 quint, métr. de foin et de 18 hectares de prairies artificielles, d'un rapport à peu près équivalent ; 04 hectares de vignes à 10 hectolitres l'un, 557 hectares de hois particuliers ou pâturages et 15 d'oseraies. Ce sont les chiffres de M. Dcvès.

Je trouve, en 18G8, 1/5 hectare de blé de printemps, 1 hectare, en épeautre, 1/5 heclare en sarrasin et 5 hectares en avoine ; mais je n'ai pas de détails sur le vin, ni sur la garance.

Quant au bétail, voici les chiffres en regard pour deux époques :

Chevaux, mulets 3) 42

Moutons, brebis 35 ) 800

Porcs 50 320

Les assolements roulent : la lre année sur les fourrages artificiels et les pommes de terre, les 5e et 3* années sur le blé ; la 4e sur les fourrages.

On peut juger par le prix des terres, en 1855, que la suppression de l'épithète de Maigre, appliquée àChainaret, repose sur des chiffres éloquents :

Terres, selon les classes, de 200 à 5,000 fr. Ihectare Prés, — de 4,001 à 6,000 fr. — Vignes, — do 1 ,750 à 4.000 fr. — bois 400 fr. —

M. Mermoz, en 1830, portait le revenu des propriétés bâties à 3,005 fr. et celui des 701 hectares imposables à 53,0313 fr. ; le revenu moyen d'un hectare à 31 fr. 46. D'après le cadastre, le revenu imposable est de 58,751 fr.

DE MONTÉL1MAR

Quant au marc le franc de la contribution foncière, après avoir oscillé, de 1837 à 1865, entre 0 fr. 1327 et 0,15157, il est pour 1869 à 0,1330.

Les charges publiques se répartissent ainsi :

Part de l'Etat 3,284f.91c. 3,345f.03c.

— du département. 1,383 31 1,441 42

— de la commune. 1,144 92 1,144 92 Non-valeurs 120 25 126 97

En 1734, la taille royale était de 1,042 livres et quelques sols, la capitation de 425, le dixième de 246, les charges communales de 323, la dime de 800, les droits seigneuriaux de 1 ,000 ; total 3,837 livres. Or, à cette époque l'émine de blé du poids de 48 livres se vendait 2 livres 10 sols ; l'hectolitre, pesant 77 kilogr. vaut aujourd'hui 20 fr. ; la proportion donnerait ainsi pour les charges de 1,734 au cours actuel 9,562 livres.

En 1789, la taille était de 655 livres, les impôts accessoires de 547, la capitation de 570, le double vingtième de 393 ; total 2,165. Le revenu communal se réduisait à 6 livres, prix du bail à ferme d'une mare d'eau ; quant aux dépenses locales, elles comprenaient l'entretien de l'église et de la chapelle St-Barthélemy, du cimetière, du presbytère, de l'hôlel-de-ville, de la fontaine, des chemins, du pavé, du valat, etc., et une pension de 22 livres au chapitre de Grignan.

Les progrès accomplis en agriculture l'ont été dans l'industrie également. En 1734, on ne fabriquait à Chaînait que quelques .-ergettes, pour doublures, dites de Pierrelatte, et il y avait seulement 3 fourneaux pour filer les cocons. Le moulin à soie de M. Barthélémy était arrêté, en 1752, et il n'y avait pas alors de moulin à farine. Alors aussi la seule carrière exploitée appartenait

à la marquise de Simiane et elle était abandonnée en 1789.

Aujourd'hui la fabrication de la chaux grasse et l'extraclion de la pierre de taille à ciel ouvert occupent de 30 à 40 personnes, et la filature et le moulinage de 50,000 kilogr. de cocons (chiffre de 185*2), GO femmes et 4 hommes. 11 y a de plus 1 tannerie et 1 moulin à farine à 3 tournants.

Une foire s'y tient le 24 août, depuis 1819 ou 1820, et ne se trouve mentionnée dans aucun document antérieur ; le dimanche qui suit le 24, jour de la St-Barlhélemy, est consacré aux réjouissances de la fête patronale.

Le revenu des pauvres, réduit, en 1789, à 45 livres de pensions et à la 24- partie de la dime, soit 1 salmée de blé ou de seigle et 2 barraux de vin, était administré par un recteur que nommait le curé de la paroisse. Aujourd'hui le bureau de bienfaisance dispose de 360 fr. environ.

Ajoutons qu'il y a une école pour les garçons et une pour les filles et terminons par la statistique de la population :

Maisons

Ménages

Ames

Relativement à l'état civil on trouve :

Femmes

Total

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