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Dont 98 agglomérées, formant le village, et56éparses

Il y avait, en 1852, 1 propriétaire riche, 10 propriétaires aisés, 15 assez aisés, 25 médiocrement aisés, 80 gênés, 25 pauvres, 4 indigents, d'après M. Devès ; de son côté, le dénombrement de 1851 divise ainsi la population : 120 propriétaires cultivateurs des deux sexes, 2 fermiers, 4 métayers propriétaires, 7 journaliers, 18 journaliers propriétaires, 9 domestiques, 23 maîtres carriers et ouvriers, 47 ouvrières en soie, 4 maçons, 7 tailleurs, 5 cafetiers ou hôteliers, 13 rentiers, 5 fonctionnaires ou employés.

La Tour

Avant de présenter les quelques notes historiques recueillies dans les rares documents conservés aux archives du département et de la commune, décrivons en quelques mots la tour de Chamaret, dont Y Album du Dauplûné a donné un dessin lithographique exact. (1)

M. Delacroix, fidèle à son système de voir partout la trace des Romains, a cru retrouver dans cet édifice un temple du peuple-roi ; mais c'est là une erreur évidente. En effet, dit très-bien M. le chanoine Jouve, rien dans la structure de la tour, dans sa forme et dans sa disposition générale, ne la rattache à quelqu'une des principales catégories de l'architecture romaine, telles que tombeaux, colonnes triomphales ou monuments commémoratifs.

(1) T. IV, p. 118, sans aucun détail; — Delacroix, Statittique dt la Drôme. Valence, 1833.

Voici, du reste, l'excellente description qu'en fait le savant auteur de la Statistique monumentale : « Sauf une arcature insignifiante qui se dessine sur la partie inférieure du monument, on n'y aperçoit, dit-il, que des surfaces unies, sans fenêtres ni ornements. On y remarque seulement une lucarne, établie presque au sommet. On peut en dire autant des trois étages voûtés qu'on avait ménagés dans l'intérieur du monument, dont la forme générale est d'ailleurs si extraordinaire.

« Il se compose de trois parties bien distinctes, mais qui contribuent, chacune, à un effet d'ensemble fort remarquable. La première, qui est la plus haute, est une belle et élégante tour cylindrique, n'offrant aucune solution de continuité, de la base au sommet légèrement tronqué. La seconde est une tour carrée, engagée à un tiers, dans celle-là, presque jusqu'à sa hauteur. La troisième, moins élevée que les deux autres, n'est, sans doute, qu'un fragment de mur qui se serait détaché du corps de l'édifice auquel il adhérait. » (1)

M. le chanoine Jouve ne trouve dans la tour de Chamaret que fort peu d'analogie avec les donjons du moyenâge, et, selon lui, rien dans sa position aérienne et complètement isolée n'indique les restes d'autre chose, si ce n'est d'une tour à signaux à l'usage des Templiers.

Je suis trop incompétent dans la partie pour contredire un maître; toutefois je crois pouvoir établir : l°que les Templiers n'ont jamais, d'après les documents existants, possédé Chamaret ; 2° que les signaux étaient impossibles entre Chamaret et Clansayes ; 3° que diverses constructions ayant le caractère d'un château-fort, existaient auprès de la tour.

(1) Statistique monumentale de la Drôme. Valence^ 1867. Céas, p. 185 et suiv.

Le premier point, purement historique, fera l'objet de l'étude prochaine ; quant aux deux autres, ils sont parfaitement traités dans la lettre suivante de M. Devès :

« Je suis allé hier, m'écrivait-il le 30 avril dernier, niveler la montagne qui sépare en droite ligne Chamarel de Clansayes. Le point le plus élevé duquel on aperçoit les deux monuments est à un kilomètre environ de Clansayes et à cinq kilomètres de Chamaret. Il y a là tout près, un rocher isolé, de forme irrégulière, connu dans le pays sous le nom de Roc/ie-Perttis, ayant six mètres de haut et percé à cinq mètres du sol d'un trou rond. M. l'abbé Martin a signalé ce monument mégalithique, en 1845, je crois, dans un journal d'Orange, et la tradition locale veut que cette pierre ait servi aux prêtres gaulois. On sait pourtant aujourd'hui que les menhirs étaient plutôt des monuments funéraires, et il serait intéressant d'opérer des fouilles pour trouver les armes des guerriers ensevelis eu cet endroit.

« M. Salivet, qui a fait bâtir une maison près de la Rucfw-PertiM, depuis une dizaine d'années, a découvert trois hachettes gauloises qu'il refusa de me céder et une médaille en argent ayant à l'avers une tête casquée et au revers un cavalier armé d'une lance.

« Selon M. Deloye, directeur du Musée d'Avignon, cette médaille que j'ai acquise est de l'époque gauloise.

« Je reviens à nos tours. Celle de Clansayes est à dixhuit mètres du point culminant, en contre-bas ; celle de Chamaret, à trente -cinq mètres ; et la crête de la montagne séparative est à vingt-quatre mètres environ au-dessus de la ligne droite correspondante au sommet de chacune d'elles. 11 est donc matériellement impossible de voir de l'une les signaux de l'autre.

« Quant aux dépendances de la tour de Chamaret, en voici le détail :

« Au midi, affleurant un rocher à pic de dix mètres de haut, se trouve une terrasse ou cour extérieure, avec un puits à l'est, de trois cent cinquante-neuf mètres carrés de surface. A l'angle ouest, existe un fort en parallélogramme, à un étage voûté et crénelé, avec terrasse , percé de douze meurtrières au rez-de-chaussée et de quatre au premier étage. Il a dix mètres de long sur sept de large. Les Adhémar en firent abattre la voûte et les créneaux pour le convertir en colombier, et sa toiture fut enlevée en 1789. Les murs ont encore dix mètres environ de hauteur.

« En avançant vers le nord, on rencontre une grande cour intérieure, à l'ouest, et l'emplacement d'une chapelle à l'est. Cette cour mesure trente-trois mètres de long sur huit mètres de large en moyenne. Une porte à deux meurtrières en défendait l'entrée. La chapelle a neuf mètres de long sur cinq mètres de large et deux travées. On y accédait par un passage voûté, et le clocher ou la poudrière offre encore des murs de deux mètres d'épaisseur. Un éboulement de rocher a emporté le chœur de cette chapelle, dont il existe une partie de la nef.

« De la cour ci-dessus on passe à une terrasse de cinquante-cinq mètres carrés donnant sur la plaine et sur le village ; une muraille percée de meurtrières séparait ces deux cours. Vient ensuite une espèce de fort intérieur à meurtrières, dont la voûte existe encore. La porte et le plafond du premier étage ont été démolis. Je crois qu'il y avait une cuisine à ce premier étage. Dans la même direction de l'ouest à l'est se trouve la tour carrée dont la hauteur actuelle est de trente mètres. Elle avait quatre étages; le deuxième fut détruit en 1789, avec l'escalier conduisant du premier étage au sommet. Je crois que c'était une prison. Les Adhémar, en 1586, ayant fait démolir les remparts du bourg et ses trois portes, concé-

DE MONTELIMAR

dèrenl aux habitants, pour les calmer, des moellons qui servirent à élever la chapelle dite de Sl-Barthélemy, et la dotèrent d'une rente de quarante florins.

« La tour a quatre mètres trente centimètres de coté, à l'intérieur; sept mètres trente-cinq centimètres du nord et du levant; neuf mètres trente-cinq centimètres au sud. Cela s'explique par un contre-fort bâti en mémo temps que la tour, dépassant le carré de deux mètres, lequel sert de mur d'appui à une voûte de huit mètres de hauteur.

« Au nord, devant le fort et la tour, existait une construction à un étage. Il s'y trouve cinq à six marches d'escalier. Cette partie était voûtée et crénelée et avait aussi sa terrasse.

« L'ensemble de ces diverses constructions occupe un rocher à pic de quinze à vingt mètres d'élévation, qui surplombe la plaine de deux mètres au moins, à l'ouest. Du seuil de l'église actuelle au pied de la tour, il y a trente mètres; ce qui donne à l'édifice un total de soixante mètres d'élévation. »

Si l'on rapproche des données fournies par celte lettre intéressante les explications de M. Dion sur le rôle du donjon, qui devait dominer le château, et en rester indépendant, fournir une habitation sûre au seigneur et à sa famille, un arsenal pour les armes, des cachots pour les prisonniers, un point d'observation pour surveiller les alentours, etc., on ne sera pas éloigné d'en retrouver un dans la tour de Chamuret. (1)

A ce point de vue, l'attention des archéologues ne peut manquer d'être appelée de nouveau sur ce curieux monument que le voisinage du château des Adhémar a tî-op longtemps fait négliger.

( i, Congrès archéologique de France, xxxiv* session : Paris. ]8ii8, Deraehe, p. 11 et suiv.

Premiers Seigneurs

L'imagination peut seule avec le secours de 1 analogie écrire l'histoire des villages qui ont commencé par quelques misérables cabanes établies dans le rocher, et qui, à la naissance du régime féodal, se sont abrités derrière des remparts et des tours, sous la direction de leur chef militaire ou seigneur. Aucun autre monument n'a consacré cette période d'une existence obscure où les soucis de la défense commune et de la sécurité personnelle justifiaient les immenses constructions encore debout à Montségur, Chamaret et ailleurs.

Suivant le Carlulaire des Adhémar, composé au \vf siècle pour la plus grande gloire de cette famille, Lambert-Giraud Adhémar de Monteil, héritier universel de Giraud-II ugues Adhémar et de Brigitte d'Albrct, duc de Gènes, vicomte de Marseille et baron de Montélimar. donna, en 832, à illustre Giraud, son frère, toute la baronnie de Grignan avec ses forteresses, châteaux cl dépendances de Chamaret, Grillon, Richercnches, Bouchet, Tulette, Bécone, Chantemerle, Salles, Alanson, Coionzelle, Montségur et Montlucet,avec toute juridiction haute et basse, sous la réserve de l'horamage-lige à chaque mutation de vassal. (1)

La fausseté de cet acte résulte de tous ses termes, et il suffira de rappeler que les noms de famille n'étaient pas encore héréditaires ni les fiefs non plus, que les no-

(1) Manuscrit de M. Léopold Faure, à Grignan.

taires étaient alors inconnus sous ce nom, de même que la juridiction tiaute et basse, et que Bouchet, notamment, fondé après 1443, ne pouvait pas exiger à celle époque un grand appareil de justice féodale. (1)

Depuis ce faux éclair de lumière jusqu'au xn« siècle, les titres sur Chamaret font défaut ; plus tard môme ils sont tellement rares que je suis contraint de donner ici de simples notes chronologiques.

Il y avait, en 11*21, un Dodon de Chamaret, parmi les nombreux co-seigneurs de Val réas. En 1*2*24, Alméric. petit-fils de ce Dodon, rendait hommage à l'évéque de Si- Paul pour tout ce que son aïeul avait reçu en fief de Bertrand de Pierrelatte, à Val réas et à Chamaret, et le même prélat promettait, en 1202, du consentement des chanoines, de la noblesse et des bourgeois de sa ville épiscopale, d'aider en paix et en guerre Raymond, comte de Toulouse, duc de Narbonne et marquis de Provence, des biens et des hommes de Sl-Paul, de Baume-de-Transil, de St-Kestilut et de la moitié de Chamaret. (w2)

Ce dernier fief appartenait donc alors à l'évéché de Sî-Paul et à la famille de Chamaret qui, parait-il, possédait en réalité toute la seigneurie, partie en franc-alleu et partie en fief rendable.

Effectivement, les premiers noms des seigneurs furent ordinairement ceux de leurs terres et les seigneuries inférieures relevèrent toutes à l'origine d'un évéché, d'une abbaye, d'un duché ou d'un comté.

Les évéques de St-Paul avaient reçu des rois de France tout le territoire compris entre le Rhône et l'Eygues ; ils en cédèrent les principaux villages à des familles dé-

1; Quantin, Dictionnaire de diplomatique, passim.

(2) Boyer de Ste-Marlhe, Histoire de l'Eglise de Vaison. p> 98; - Histoire de l'Eglise de St-Paul, p. 82, 66, 101, etc.

vouées, à celle de Cliamaret notamment, sous la réserve de l'hommage.

Vers 1554, Guillaume et Raymond de Chamaret, fils de Dron (Dronis), obtenaient, en vertu d'un partage, la moitié du fief paternel, Raymond Loup (Lupi), un quart et Guillaume des Armands de Mirmande, l'autre quart, au nom de Pierre des Armands et de Manille, sa bru. (1)

En mai 1240, Araalric de Chamaret et Marguerite, sa femme, abandonnaient leurs droits sur Chamaret, Valréas, Allan et Grignan, à Yaraste, leur fille, unie avec Raymond Loup. Deux ans plus tard, Raymond de Chamaret rendait hommage à l'évéque de St-Paul pour ses biens de St-Restitut ; en 1539, Guillaume de Chamaret était présent à l'hommage d'Aimar de Poitiers au comte de Toulouse.

Au milieu de l'année 1555, Guillaume et Raymond, fils de Dron, inféodaient leur part de Chamaret moyennant cent livres viennoises à un des Adhémar de Monteil. N'est-ce pas une preuve que ces derniers n'y avaient aucun droit avant cette époque? Nous verrons dans la suite les seigneurs de Grignan devenir maîtres de toute la seigneurie de Chamaret, même à l'exclusion des évêques de St-Paul.

En attendant, constatons que l'un d'eux, Bertrand de Pierrelatte ou de St-Pasteur, — on trouve les deux noms, — € acheta de Guillaume de Chamaret, au nom » de son évéché et non en celui de ses parents, le châ- » teau dudit lieu, le domaine de Corbelas, avec le mou- » lin (du Lez) pour le prix de 40 livres viennoises et de » 550 sols viennois, qu'il compta aux créanciers des » enfants de Guillaume de Chamaret dont Guillaume * d'Anccsune éloit tuteur. » Cette acquisition compre-

(1) Archives de lévêché do St-Paul, à la Préfecture de la Drôme.

nait seulement le domaine direct, les censés et tâches et la parerie du château et du mandement, qui avaient appartenu à Raymond Loup et à Alméric de Chamaret. (1)

En mai 1279, Marièse, fille de Raymond Loup et femme d'Hugues de Vesc, seigneur d'Espeluchc, approuva toutes les aliénations des biens de Varaste, sa mère, et spécialement la vente du château de Chamaret à Guillaume de môme nom, sous la réserve des droits de l'évêque de St-Paul. Un différend naquit toutefois de ce côté, et les deux fils de Guillaume de Chamaret, Guillaume et Raymondet, moines de Cluny, le soumirent à des arbitres. Ceux-ci condamnèrent le prélat tricastin à payer 3,000 coronats, et les deux frères à lui confirmer la vente de la parerie de Chamaret et du fief de Corbelas. (-2)

Pithon-Curt donne à Mabille de Pierrelatte la qualité de dame en partie de Chamaret et lui fait épouser Pierre II des Armands, fils de Guillaume IV. Philippine, issue de ce mariage, eut pour dot les coseigneuries de Valréas et de Chamaret, et s'unit, en dans le palais épiscopal de St-Paul, avec Pierre de Chamaret, fils de Guillaume.

D'autre part, d'après le même auteur, Sibiende de Sérignan, dame en partie de Chamaret et fille unique de Pierre, en donnant sa main à Guillaume IX des Armands porta sa part de fief dans la famille de son mari. (3)

Que devinrent ces diverses maisons dans les siècles suivants ? Pithon-Curt donne bien la généalogie des Armands jusqu'au milieu du xvur siècle ; mais il es

(1) Ilistoirê de f Eglise de St-Paul, p. 94, 101. etc.; — Archives de lEvêche.

(2) Archives de l'Evi'cné.

(3) Pithon-Curt, Hislt ire de la noblesse du Comlat, au mot des Armands.

muel sur les autres. Des Chamaret on ne trouve plus qu'une fille nommée Bertrande, prieure de St-Andrédes-Ramières, en 134*2. Quant aux Loup ou Lupi, ils comptaient parmi leurs ancêtres le bienfaiteur de la première colonie de Morimond, établie à Aiguebelle, en 1137. On a voulu, je le sais, faire de ce Gontard Lupi une branche des Dupuy de Rochefort, en traduisant Gontardas Lupi par Gontard fils de Lupi ; mais un souffle de critique impartiale suffit pour dissiper cet édifice fantastique, construit par M. de St-Pons et appuyé par l'auteur des Anna/es (f'Aiguefjelfe. (i)

Que conclure de ces diverses notes recueillies çà et là ? C'est que jamais les Templiers n'ont possédé le château de Chamaret, et par conséquent ne se sont jamais servis des signaux de sa tour, .l'avais promis de prouver ce fait et j'attends les preuves qui le contrediront.

Derniers Seigneurs

Au xvp siècle, L'évéque de St-Pau! faisait encore exercer la justice à Chamaret par un bailli révocable, qui avait le pouvoir de décider de toutes causes civiles et criminelles, d'arrêter les malfaiteurs, de les punir, et d'exiger les censés et services féodaux, dus au prélat

(1) Catalogue des archives de la maison de Grignan, etc.. par Vallet de Viriville. Paris, 1844. in-8°, p. 26; — Annales, p. 48.

suzerain en prêtant serment Mire bon, affable, dévoué et Adèle.

Ces détails se lisent dans les provisions données, en 1477, à Raymond Barthélémy par Imbert de Laye, protonotaire apostolique et administrateur commendataire de l'évéché tricastin. Boyer de Ste-Marthe mentionne, de son côté, d'autres provisions octroyées, en 149*2, au bailli de ses terres par Guillaume Adhémar, un des successeurs d'Imbert de Laye. D'après le traité de pariage conclu, en 1408, entre Dieudonné d'Estaing et le roi Charles VII, dauphin de Viennois, les terres épiscopales étaient St-Paul, St-Restitut, La Baume, Solérieux et la moitié de Chamarct.

A quelle époque sortit des mains des évéques cette moitié-là ? On l'ignore. Boyer de Ste-Marthe, sur le témoignage de mémoires aujourd'hui perdus, prétend « que cela arriva depuis l'an 1539 jusques à 1560, sous » Jean de Joli, qui fut obligé de quitter la ville de St-Paul ■ pour éviter la persécution des hérétiques. •

Malgré l'affirmation de cet historien, je crois la séparation de Chamaret de la mense épiscopale, antérieure aux troubles religieux, et voici mes preuves.

On a vu les Adhémar exercer leur souveraineté à Chamaret dès 1-255 ; les Dauphins, de leur côté, nourrissaient un vif désir d'avoir à leur dévotion le cMteau de la seigneurie. Il est rare que des occasions naturelles ou factices ne favorisent tôt du tard de semblables vœux.

Giraud Adhémar, dixième du nom, traita donc, le 30 novembre 1363, avec le gouverneur du Dauphiné, et il semble résulter de l'acte que le seigneur de Grignan avait surtout besoin alors d'argent et de protection ; car il reçut 1,000 florins avec l'assurance de la sauvegarde delphinale, la conservation des secondes appellations et le droit de régale sur les chemins publics et les lieux

sacrés. Lui, à son tour, se reconnaissait vassal du Dauphin pour le château de Chamaret et les fiefs des Tourretlesetde Serson, s'obligeait à le servir envers et contre tous, sauf la reine de Sicile, comtesse de Provence, et le seigneur de Montélimar, et lui abandonnait l'usage du château sus-mentionné, en temps de guerre, à la charge de le rendre au même état qu'avant.

Depuis cet acte, on trouve dans les registres delphinaux plusieurs mentions d'hommages prêtés par les Adhémar; par Giraud XI, en 1382, par Guy, en 1413, parGiraud XII, en 1420 et en 1443, par Louis, en 1540, et par François, comte de Grignan, en 1G8Ç.

Le plus important de ces actes de vasselage, pour déterminer l'époque de l'annexion complète de Chamaret à la seigneurie de Grignan, parait être celui de 1540. Il fut suivi d'un dénombrement présenté le 20 novembre, même année, au sénéchal de Valentinois et Diois séant à Montélimar. dans lequel est comprise « la terre et seigneurie susdite, avec toute juridiction, valant environ 120 livres de revenu. »

François de Castellane Adhémar de Monteil, d'Ornano, duc de Termes, etc., explique en détail dans un autre dénombrement de 1G78, tous les droits qu'il peut prétendre à Chamaret. En voici le résumé : toute juridiction ; régale des cours d'eau ; droit d'alberger (affermer à long terme moyennant redevance) les terres gasles ou hernies et les terres vacantes, ainsi que les carrières de plâtre et de pierre ; directe universelle et lods au Ge denier; droit de prélation et de rétention, avec celui d'investiture; péage, leyde et pulvérage; 20<" partie des grains et du vin récollés dans le territoire, sur les fonds anciennement concédés, et 15p partie sur les fonds nouvellement albergés ; 40e partie des grains et des vins recueillis par les habitants hors du mandement; une

poule à Noël de chaque ménage ; banalité du moulin de Montségur, et droit de mouture au 20e ; banalité du four et 20e pour la cuisson des pains ; une journée des bœufs de labour et une mesure d'avoine ; deux corvées à bras des manœuvres ; nombles ou filet des pourceaux tués ; droit de défendre la chasse ; quatre poules de censés et deux deniers de la communauté pour les hernies communales et partie de maison.

En 1789, le seigneur de Grignan nommait le bailli, le greffier et les autres officiers de Chamaret qui ne résidaient pas au village et exigeaient de forts honoraires (1). Il jouissait encore de la régale des chemins et des eaux pluviales, des lods, du péage, de la leyde et du pulvérage sur le bétail et les marchandises de passage, du vïngtain des grains et vins ou du quinzain comme cidessus, de la banalité des four et moulin, d'une poule à Noël, d'une corvée par couple de bœufs, de quatre corvées à bras, d'une émine d'avoine par paire de bœufs, des nombles des porcs, du droit exclusif de chasse, d'une salméede grains de ceux qui foulaient leurs gerbes avec des bestiaux venus du dehors, de dix salmécs de blé et de 60 livres de censés.

Après rémunération de ces diverses charges féodales, les consuls et conseillers ajoutent : « lesquels droits sont payés sans savoir sur quel fondement, ce dont nous protestons. »

Depuis 1640, ils protestaient de la même manière et d'instructives révélations sont consignées dans une consultation de cette année-là.

1) On voit encore, au Serre-de-la-Justice, sur un rocher horizontal, un des trois trous destinés à recevoir les fourches patibulaires ou potences. Les archives de la judicature. de 1749 à 1789, n'offrent rien de curieux. On appelait du juge de Chamaret à celui de Grignan. — Sole de M. Devèt).

« Avoir vu, dit l'avocat de Valence Vinays, la recon- » naissance passée le 24 août 1578 par les consuls et » habitants du lieu de Chamaret au profit de Mre Louis • Adhémar de Monteil, par laquelle ils se trouvent avoir » reconnu plusieurs droits extraordinaires, ensuite de - lettres defeudis du 20 septembre 1577, portant en » termes, exprès qu'ils reconnoitroient selon la forme et » teneur des précédentes reconnoissances, lesquelles on » seroit tenu leur déclarer. •

L'avocat Valentinois constate la difficulté de résister au seigneur « fondé en cela d'une double reconnais- » sance, de la prestation des devoirs reconnus et du laps ■ de GO ans qui seul sembleroit suffire pour les acqué- » rir ; » toutefois il estime que les reconnaissances nouvelles n'ayant pas été faites sur le vu dos anciennes, ni après délibération régulière de la communauté, leur ont été arrachées par la crainte ou du moins lui paraissent fort suspectes. Ces droits insolites et extraordinaires, consistaient dans les obligations de moudre en des moulins qui ne sont pas dans le mandement, de payer le quarantain des vins et grains apportés du dehors, d'acquitter, outre les corvées, une imposition à cause du bétail de labour, de ne pouvoir vendre les céréales sans la permission du seigneur, ni garder les bestiaux dans les hernies du Devès, toutes choses « qui sont à la vérité des servitudes inusitées et du tout insupportables. »

Il ajoute qu'en fait « le lieu de Chamaret n'est pas des » anciennes terres et domaines du seigneur comte, pour « induire de là que les habitants doivent subir les mômes » servitudes, » et il conclut en demandant la production des titres du seigneur ou la réduction des droits par lui réclamés.

En 1755, les mêmes vassaux se prétendirent exempts de la banalité du moulin de Montségur ; mais le Parte-

ment de Grenoble les condamna à faire moudre au moulin qui leur serait désigné.

Ici comme ailleurs, nous retrouvons la féodalité avec ses mesures fiscales ; mais des redevances déshonnêtes ou ridicules, comme celles du droit du seigneur et de l'obligation de baltre l'eau des étangs pour faire taire les grenouilles, jamais le plus petit mot, la plus légère allusion. Que de chartes, que de terriers, que de titres depuis vingt ans, ont cependant passé dans nos mains !

La conclusion à tirer de ce silence, c'est qu'on a pris un fait isolé ou imaginaire pour une loi générale, alors que la législation féodale depuis le xme siècle avait nettement défini les droits et les devoirs des suzerains et des vassaux. (1)

Faits militaires

Il est difficile de connaître les exploits militaires accomplis dans le château-fort de Chamaret, pendant la période féodale ; toutefois, la multiplicité des guerres de cette époque permet de supposer de nombreux assauts d'armes autour des remparts de ce bourg dont le voisinage de Grignan rendait la possession importante.

Des troubles civils et religieux du xvr siècle, la chronique locale n'a pas conservé de plus explicites souvenirs,

(1) Archives de St Paul, à la Préfecture de la Drùme ; — Histoire de l'Eglise de St-Paul, p. 159. 102 : — Inventaire de la Chambre des Comptes, au mot Chamaret; — Archives de la commune

et, sans le secours d'une requête adressée à Antoine de Clermont-Montoison, « chevalier de l'ordre du roy, » lieutenant de Henry de Lorraine en sa compagnie de » cent hommes d'armes des ordonnances de S. M., et b lieutenant-général de Mgr de Mayenne, en l'armée de » Dauphiné, Vallentinoys et Dyoys et Baronnies, * je serais tout aussi embarrassé pour donner quelques renseignements sur les malheurs de ces temps agités où « les guerres civiles portent en elles-mêmes l'indiscipline » et l'anarchie. »

Voici, dans son orthographe et dans son style, le document contemporain qui est la photographie véritable de la situation de Chamaret et des autres villages dauphinois, vers 1580. (1)

« Supplient très-humblement les syndics de la com- » munaullé de Chamaret le Maigre, lieu deppandant de » la comté de Grignan, et vous remonstrent que pour » estre ledit village de tout temps ouvert à bandier, ils

* ont estés exposés à la discrétion de toute sorte de gens, » mesme de guerre, qui ont uzé de leurs biens par

* leurs passaiges fréquents et continuels, comme ils ont » voullu ; oultre ce, qu'ils n'ont jamais cessé de conti- » nuer à payer les emprompts, impots et contributions » qu'on leur a voullu mettre sus, tant d'une que d'autre » religion, (3) — à quoi ils (les) suppliants ont satisfaict » et obey, et mesmes a ceulx des garnisons catholiques,

* encore qu'ils fussent en divers lieux, comme a esté » au seigneur de Marsanne, Desgranges, Filhon et » St-Feriol, lesquels moyennant le payement qu'ils ont

(1) En 1561, les protestants s'emparèrent momentanément de Chamaret, St-Paul, etc.

(2) Ab ulraque parte plaças accipimus et ab Mis lapidamur, « Nous sommes battus et lapidés des deux côtés, » disait avec raison Jean Cassander.

» reçu d'eulx, ont tousjours permis que les suppliants » ayent travaillié tant de leurs personnes que de leur » beslail — ; mais despuis que le cappitaine St-Feriol, » avec certains autres ses complices, se sont amparés du » lieu et chasteau de Collonzelles, sans considération » qu'il y avoit ung gouverneur estably de l'autorité de » Mgr le comte dudit Grignan, soubs l'obeyssance du » roy, lesdiîs povres suppliants sont estes travailhés en » leurs personnes et biens, (tellement) que, par le moyen » des courses, ravaiges et autre samblables actes qu'ils » ont soufferts par le moyen du sr Brottin, tout leur » bestail tant gros que menu a esté prins, amené et » perdu, et lesdils povres suppliants reduicts en si » grande povreté qu'ils n'ont soullament pour subvenir » ausdits emprompts, mais encore à leur nourriture et ■ de leurs enfants, chose plus que déplorable 1 car la » pluspart desdits habitants, las ungs. ayans chargé » leurs petits en fans sur le col et amené avec eulx leurs » femmes, (sont sortis) pour mandier leurs vies, les » autres se sont jettés et abandonnés à la guerre, contre » leur naturel, et les plus vieux qui avoient raieulx de » quoy pour s'entretenir ont esté contraincts quitter » leurs habittations et se retirer aux lieux où ils espe- » roient avoyr plus de moyen d'assurance et repos, et » mesmes à la ville dudit Grignan où réside continuelle- » ment leur seigneur, soubs la faveur et obeyssance » duquel chacun y habite, si bien sans bruit, sans escan- » dalle et avec une telle police et si bon ordre que tous » les circonvoysins tant du comtat de Venaysin que du » Dauphiné y ont beaucoup de recours; de quoy ledit » de Brottin est comme jaloux et voulant donner loy » audit seigneur comte, le vouldroit contraindre de » chasser ceulx de Chamarel, combien qu'ils soient » ses naturels subjets, pour estre exposés et mis à la

» discrétion (des soldais) et encores pis ; qu'il Brottin

» (veut) que les places où ledit seigneur a toute juridic- » tion, haulte, moyenne, et basse, raere, mixte, impère

» où il establit de ses subjets pour superentendre (veiller)

» au faict de la garde, ledit comte y mette aussi des

• gouverneurs à sa volonté et discrétion, chose mal- » séante et (peu) convenable audit Brottin, qui est de » beaucoup moindre qualité et condition que ledil sei- » gneur comte.

» Mais, Monseigneur, pour vous faire encores mieux

» entendre ses deportements : il Brottin commanda

» ausdits suppliants bailher 40 escus pour donner à qua-

» tre soldats à luy recommandés par ledit de St-Feriol,

» et, les ayans deslivrés, leur commanda despuis d'en

» bailher 00 pour luy, ce qu'ils suppliants ne pouvant

» faire si promptement, qui (ce) fut cause que ledit

» Brottin, trouvant dans la terre de Cfrignan deux che-

» vaulx de labourage les priât et emmena audit Colon-

» zelles avec deux charges conségail (méteih, cinq

» charges avoyne et deux saumées et demyc orge, le

» tout appartenant au chastelain dudit lieu, homme de

» bien et des bons catholiques et toute sa famille ; ce

» (pie voyant ledit chastelain, il donna ordre trouver

» les 00 escus pour luy bailher, — ce qu'ils feirent,

» soubs la promesse que ledit Brottin leur feist de leur

» rendre le tout, avec permission de pouvoyr travailher

» librement en leurs labourai ges, sans estre empêchés

» ny molestés ; tant s'en fault ! (quand) il a eu les 40

> escus, les GO, lesdits deux chevaulx, grains et plusieurs

» autres choses qu'il prend et ravaige indifféremment

• dans la terre de Grignan et de Chamaret, tant aux » huguenots que catholiques et apostoliques romains,

• sans honte, respect, ny honneur, chose indigne de

• réciter ny entendre et qui ne peut apporter que de » grands maulz et escandalles.

» Parquoy, Monseigneur, attendu que la qualité dudit

• Brottin vous est assés magnifeste, vous plairra faire » entendre le pouvoyr qu'avés sur lui, encores qu'il ne » le deust ignorer, et uzer à son androict de telle rigueur » qu'il congnoisse de qui il dépend, et qu'il ferme sa » bouche à ce qu'il ne dye plus qu'il ne recongnoist ny » Mgr de Mayenne ny vous, et qu'il en a d'autres à qui > il obeyra, et ce faisant, le roy sera servy et redouble

* de ses subjets, ledit seigneur de Mayenne et vous » obeys et honorés, et le peuple demeurera en crainte » et volonté de servyr et obeyr à sessupperieurs, comme » ils tousjours faict. »

Cette peinture des malheurs que la guerre civile entraine, jette un jour lugubre sur la situation du pays à la fin du xvie siècle.

Quant à sa date réelle, le nom de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, lieutenant-général en Dauphiné pendant l'année 1588, permet de la circonscrire entre cette date et le siège de La Mure, en 1580. Chargé du commandement des forces envoyées dans notre province pour y ranger les peuples à l'obéissance, le duc descendit à Valence, cette année-là, reprit le Ponl-en-Koyans, Châteaudoublc et Beauvoir ; puis, profitant de la désunion qui régnait dans l'armée protestante, il alla menacer et prendre La Mure. Montoison fut fait prisonnier au siège de cette place. St-Ferréol était peut-être Hercule Sibeud de St-Ferrcol, et Brotin un membre de la famille dTrre. (1)

Depuis la lin du xvr siècle jusqu'à nos jours, on ne

(l) Le journal de Lesdiguiëres. publié par M. Rochas Biographie du Dauphint) et Videl. dans son Histoire du Connétable, font passer à Caniarel le capitaine en 1589, et je ne crois pas t'tre autorisé à prendre Cnamaret pour te village des environs d Orange, clairement indiqué par le contexte des deux auteurs.

trouve dans les documents conservés aucune mention de troubles sérieux à Chamaret ; cependant il y eut, sous le consulat, une période excessivement tourmentée dans la partie méridionale du département. Un procès-verbal du 13 germinal an vin (3 avril 1800) mentionne même, en le mettant au compte de la contre-révolution, l'assassinat de Maurin, agent municipal, le pillage des maisons Berenger, Azard, Delubac et Devès, et, en l'an ix, l'enlèvement de la caisse du percepteur.

Tirons le voile sur ces époques malheureuses et souhaitons à ce village, au département et à la France une paix inaltérable avec l'ordre et la liberté.

vu

Quelques Rotes

Clergé. — Erigée en succursale en 1807, l'église de Chamaret, avant 1789, se trouvait unie pour les revenus à la mense (table) épiscopale de St-Paul.

Claude RulTier, en 1670, exposait que de temps immémorial les seigneurs évêques, ses prédécesseurs, et lui, depuis son installation, étaient « en possession de pren- » dre, comme prieurs, la dîme en gerbes, et dans les > terres, de tous les grains à la cote quinzième ; » que leurs fermiers avaient exercé ce droit sans contradiction, mais que, depuis peu, les habitants se flattaient de la payer à l'aire seulement, par suite d'une longue tolérance.

Le prélat recourut au Parlement de Grenoble pour remettre en vigueur les usages anciens.

A la même époque, la population prétendit contraindre aussi les fermiers de l'évéquc à faire eux-mêmes vendanger leur part de raisins ; c'était une aggravation inusitée ; elle ne fut pas admise.

De toutes les rigueurs de la dime l'obligation de laisser les gerbes sur place, malgré l'orage et la pluie, jusqu'à l'arrivée soit des décimateurs, soit des deux notables choisis à cet effet, dans une assemblée populaire, constituait sans contredit une charge onéreuse, témoin les réclamations incessantes consignées dans les archives communales. Cependant c'était le moyen d'éviter la fraude.

En partant du principe < que le prêtre vit de l'autel » , il y a seulement trois manières d'assurer un traitement convenable au clergé paroissial : 1° le paiement par l'État ; 2° le paiement par la commune ; 3° le paiement par les fidèles. Avant 1789 ce dernier mode était seul usité, sous la garantie des lois en vigueur; mais il n'excluait pas les dotations immobilières du prieur et de l'église.

Aujourd'hui le traitement de l'État rend inutile la perception de la dime et plus rare la possession d'immeubles.

Si la commune, livrée à ses propres ressources, devait seule payer son pasteur, elle assumerait une charge d'autant plus lourde qu'il n'y aurait plus de solidarité entre les localités riches et les communes pauvres.

Si les fidèles salarient eux-mêmes le clergé, ce sera volontairement ou forcément. Avec l'obligation légale, on retombe dans le système de traitement communal ou dans le système d'avant 1789 ; avec la liberté individuelle, à cause de la difficulté d'arriver à une perception

régulière et fixe, on retourne à la dotation en terres ou en rentes et aux offrandes, oblations et prémices usitées dans les premiers siècles.

A une époque où l'argent n'abondait pas, une redevance en nature n'était pas plus déraisonnable qu'une cotisation en numéraire d'aujourd'hui. Par conséquent, la dime a eu sa justification. A l'origine, on le sait, elle était affectée à l'église, au clergé et aux pauvres.

Pendant les xvn« et xvur siècles, la part de ces derniers, àChamaret, était réduite légalement à la 24e partie du produit total. Une visite épiscopale de l'an 1644 évalue ce produit, abandonné au curé pour son traitement, à 30sétiers de grains, moitié blé, moitié seigle, et à 18 barraux devin.

En 1694, les fermiers de l'évôque de St-Paul furent assignés en paiement de la 24« de la dime, qui, cette année- là, comprit 3 émines 2 cosses 3/4 de blé, 9 émines 5 cosses de seigle, ift émine d'orge, 3 cosses 3/4 d'avoine, 5 cosses de millet noir (sarrasin), 6 cosses de légumes, 5 barraux de vin.

Les consuls avaient, en outre, pour distribuer chaque année aux indigents 30 livres converties en grains, provenant d'une fondation du comte de Grignan et une pension établie par Cordail, ministre converti, dont les arrérages s'élevaient à 30 livres, en 1686.

Jeanne Colonieux, femme de Jean-François-Barthélemy St-Martin, donnait aussi, vers 1785, le revenu de ses biens à un vicaire ou aux pauvres; mais la Révolution, cinq ans plus tard, anéantissait ces œuvres pics. Barthélémy St-Martin ayant émigré, ses terres furent séquestrées, et la population entière, tambour en tèle, alla les reconnaître elle-même et les parcourir. Marie- Félicité, sa fille, qui avait consacré son admission au club de St-Paul par une pièce de vers imprimée, ne fut

pas mieux traitée que son père, ancien député aux États de Romans.

L'église placée dans le village n'offre aucun intérêt archéologique : elle a 20 mètres 75 de long sur 8 mètres 50 de large. La grande nef remonte à 1492, le clocher à 1555, la chapelle Notre-Dame, à 1682, l'annexe ouest à 1772(1). et la tribune, à 1831.

Quanta la chapelle St-Barthélemy, à 150 mètres du village, sur l'ancien chemin de Grignan, elle est également sans mérite artistique. Elle avait une dotation annuelle de 8 livres pour une messe tous les premiers dimanches de chaque mois, à la charge du chapitre de St-Sauveur.

D'après la tradition, un couvent se trouvait jadis au quartier de Chamblas, et les trois anciennes chapelles du cimetière perpétuaient le souvenir d'une rencontre des évéques de St-Paul, Die et Vaison.

Administration. — Outre le châtelain, officier principal de Grignan (2), qui présidait les assemblées populaires, il y avait, pour la rentrée des tailles et la gestion des affaires municipales, deux consuls annuels, élus le 2 novembre, par tous les habitants réunis, six conseillers et un secrétaire greffier.

Toutefois, ce mode varia souvent aux xvir3 et xvm« siècles, et antérieurement les affaires devaient, comme ailleurs, se traiter en assemblées générales. On rencontre d'ordinaire d'intéressants détails dans les comptes des consuls; mais il reste fort peu à Chamaret de documents de ce genre. D'après le témoignage des officiers

(1) Jean-Baptiste Faure, né à Chamaret. curé de St-Yves. à Kome, avait légué, par testament de l'année 1756, la somme nécessaire pour cette annexe. [Notes de M. Devès).

(2) Pauline de (îrignan, marquise de Sirniane, vendit à M. Du Muy, en 1736, Chamaret et les autres terres de son patrimoine.

municipaux de 1789, il faut accuser de leur perle un maître d'école, qui était en même temps secrétaire, excité à cela par des intéressés.

Constatons pourtant, à l'aide des titres conservés, qu'en 1590 il fut établi un vaingtain, ou imposition communale, dont la levée s'afferma 500 écus, et, en 1688, une capitation de 2 sols sur chaque habitant et sur chaque tête de bétail agricole. Le paiement des contributions de guerre était le principal motif de ces impôts.

En 1752, Jean-Baptiste-Félix Dumuy se faisait céder Terrclongue, La Buisse et Champfer, et les autres biens communaux passèrent de la sorte aux seigneurs de Grignan. Ceux qui restaient furent partagés à la Révolution, et une fête perpétua le souvenir de cet acte : elle avait lieu le lendemain de la St-Barthélemy, et la farandole au son du tambour était le principal amusement de la journée.

L'instituteur, en 1650, recevait 120 livres par an. le garde-champêtre de 30 à 43.

Suivant l'usage général, la boucherie s'affermait chaque année à un seul individu ; mais, pour atténuer les effets du monopole, les prix de la viande étaient fixés d'avance.

Voici quelques tarifs :

Porc — » — 2-1/2

Il serait facile de multiplier ces détails intimes de statistique ; mais des réclamations de 1698 sollicitent notre attention. « Le terroir de Chamarct, disaient-elles, est » d'un fort petit contenu et la plus grande partie infer-

Mouton {la livre) Brebis — Chèvre — Houe —

6 liards 2 sols 1/2

» lileet inculle. Il n'y a pas la contenance d'un huitième » qui produise quatre pour un de semence. A force de » travaux, les habitants qui brûlent les buis, lavandes et » buissons, brisent les pierres et rochers, au quartier de » Rouvergue, recueillent pendant trois ou quatre années » quelque seigle et millet noir, pourvu que le temps soit » favorable. Dans le terrain assez bon, composé de deux » collines, il y a des prés sans arrosage, et lorsque les » pluies sont fréquentes, les eaux y font de grands ra- » vins. Dans les meilleurs fonds se trouvent quelques » amandiers et mûriers qui étoient de quelque revenu, » un quinzième environ, mais l'orage et le verglas du » 25 novembre 1697 les ont rompus ou tordus, de façon » qu'il faudra les couper. » L'hiver rigoureux de 1709 n'améliora pas la situation, comme on pense, et nous avons entendu, en 1789, les mêmes plaintes qu'en 1698.

Cependant une route ou chemin ferrât des Marches d'Allemagne à Avignon, passait, en 1342, à Chamaret, et celle de Lyon à Orange, ordonnée en 1612, suivait la la même direction. Faute de voyageurs, ou faute de commerce, cette voie n'amena que des améliorations éphémères. (1)

Un sceau de l'an 1600 donne pour armoiries à ce village une croix et deux étoiles avec le mot Chamaret autour : la croix rappelle évidemment le souvenir des évéques de St-Paul, seigneurs primitifs ; quant aux étoiles, je n'en découvre pas la signification, à moins qu'elles n'aient voulu annoncer les progrès réalisés dans cette commune par l'agriculture et l'industrie.

(1) Archives communales ; — Valletde Viriville, Inventaire des titres des Adhémar ; — Notes de M. Devis.

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