‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 28 sur 39 · CHANTEMERLE · texte numérisé non relu

CHANTEMERLE

Statistique en 17 27

La commune a pour limites, au nord, Héauville el Valaurie, avec la Berre, comme ligne séparative; à Test, Grignan et Chamaret ; au midi, Montségur ; au couchant, Valaurie et Clansayes. Elle dépendait de la Provence, avant 1789, avec toutes les communes précitées, sous le nom de Terres adjacentes; toutefois, Clansayes et Valaurie faisaient partie du Dauphiné.

Du coteau de Héauville, qui sert de rive à la Berre, (1) on aperçoit, vers le milieu de la colline opposée, entre d'énormes blocs de pierre, une agglomération de maisons dont la couleur noire s'identifie avec celle des rochers voisins. La verdure de la vallée, des arbres à

il) La Herre (Uerra) naît entre Salles et Taulignan et se jette dans le Ithùne entre Donzère et Pierrelatte. Son cours est de 26 kilorn., sa largeur moyenne, de 20 mètres, sa pente, de 71 mètres, son débit ordinaire, de 0 m. rub. 466 par seconde, et son débit extraordinaire, de 111 mètres cubes

fruits plantés dans les champs et du lierre qui tapisse les pierres droites, les sables rouges et blancs des quartiers incultes, la mollasse du sommet du coteau, ravinée par les pluies et représentant de loin une draperie fantastique, tout cet ensemble d'ombre et de lumière, de couleurs ternes et vives donne à Cbantemerle un aspect original et poétique.

Une immense forêt devait cacher autrefois toutes les roches solitaires qui aujourd'hui se dressent, s'inclinent ou sont couchées rà et là pour indiquer peut-être la tombe de quelque guerrier celte, depuis longtemps oublié, et les merles nombreux qui sifflaient dans les arbres des clairières donnèrent leur nom au pays (Caslrum de CantamenUisJ.

La vallée de la Berre ne manque ni de fertilité ni de sites gracieux, et le paysage où se trouveraient à la fois le bourg de Valaurie sur son mamelon conique, Chantemerle au milieu de ses* rochers gris de fer, et entre les deux une plaine fraîche et riante, attirerait certainement l'attention des curieux au même degré que la vue des lieux mêmes.

Chantemerle esta 7 kilom. de Grignan, son chef-lieu de canton, à 28 de Montélimar et à 72 de Valence. Le bourg, placé en amphithéâtre sur un rocher, a toute une rue taillée dans la pierre ; il ne reste du château seigneurial que quelques pans du mur d'enceinte, et les maisons groupées irrégulièrement autour du vieux manoir sont au nombre d'environ soixante.

Etudions d'abord la situation économique de la commune avant 1789 ; nous comparerons ensuite les deux époques.

Chantemerle, en 1727 et 1728, était chargé d'un feu et demi, à raison de 68,372 livres pour la valeur en capital d'un feu.

Le cadastre, fait en 1672, portait à 377 livTes l'estime de tous les fonds et bâtiments, et pour subvenir au paiement des deniers royaux, municipaux, pensions et charges ordinaires et extraordinaires, la communauté était obligée de s'imposer le plus souvent 4 livres par livre.

Suivant l'arpentage et la mensuration des terres cultes et incultes, bois et tiennes, il y en avait 754 salmées de 6 éminées chacune. La salmée cadastrale contenait 5,500 cannes de 8 pans. Des cinq sortes d'estime, la première, celle des meilleurs fonds, dont la salmée se vendait 450 livres, était de 18 sols, la deuxième de 12 sols, la troisième de 8 sols, la quatrième de G et la cinquième de 3.

Les terres labourables, généralement peu fertiles, produisaient du blé, du seigle et de menus grains.

« Il s'y sème, dit un mémoire du temps, de 15 à 10 salmées de blé qui peuvent donner de 3 à 3 et demi pour une ; 55 salmées de seigle produisent 200 salmées par an ; 28 salmées d'orge, épeautre, avoine, légumes et millet noir, 90 salmées.

« Toutes les vignes consistent en 1 10 journées d'homme pouvant bêcher 200 souches par jour ; le sol étant maigre, on plante les ceps à une distance plus grande que dans les bons fonds.

« Les prés contiennent tout au plus 25 journées de faucheurs ; le terroir en est ingrat, le foin peu recherché et mauvais. La journée du faucheur peut équivaloir à 1 éminée de terrain, soit 12 cosses ou 416 cannes.

« Les jardins pour herbes à mettre au pot sont de petite contenance ; le plus étendu a une cosse et, en bloc, ils n'ont pas plus d'une émine et demie en semence de blé.

« Soixante-six maisons composent le village et six granges isolées la population éparse. 11 n'y a ni commerce, ni industrie, ni foire, ni marché, point d'étang,

DE MONTÉLIMAB

de manufacture, de fabriques, de moulins et de foulons. La situation est désavantageuse à cause de l'exposition au froid, aux inondations, aux éboulements des terres en pente. Les deux tiers du territoire demeurent incultes n'étant que rochers, coteaux et ravins, hors d'état de recevoir la moindre culture.

« Des six granges, trois sont tenues à mi-fruits par des miégers (métayers) et rapportent ensemble 250 livres, les trois autres sont exploitées par leurs propriétaires « paysans qui vont à la journée. »

« La communauté n'a aucune rente, ni revenu, et sauf les droits féodaux elle n'est assujettie à aucune servitude envers le roi ou envers le seigneur. Elle jouit de 15 salméesde bois, garrigues et broussailles à Larsuquet, poulie four banal, des terres hermes du Bousquet, pour le pâturage contenant 5 salmées, des hermes de Bruyères ou Brugières, de 10 salmées, toutes ravinées. Ces trois propriétés lui coûtent 30 livres et 4 sols de rente annuelle au seigneur du lieu.

« Il y a un four banal où l'on paie le vingtième des pains et il faut aller moudre à Grignan ou à Montségur.

« Le comte de Grignan, seul seigneur, y possède toute juridiction, et les habitants lui payent : 1° la tasque ou treizième partie des grains, des raisins et du chanvre ; 2° une poule et une mesure d'avoine ; 3° les lods des ventes d'immeubles à la cote sixième ; une corvée de chaque couple de bétail de bât et une journée à bras ; 5° des censés valant ensemble de 1 , 100 à 1 ,200 livres.

« Il n'y a pas de couvent ; le prieur-curé exige la dime des grains, de la vendange et des agneaux à la cole dix-huitième ; elle peut lui produire de 4 à G00 livres, et, distraction faite des décimes (impôt dû au roi par le clergé) et de la capitation, de 3 à 350 livres pour sa portion congrue.

t La dîme et la tasque permettent d'évaluer le territoire. En effet la dîme étant affermée 600 livres et levée à la cote dix-huitième, le total des fruits serait de 10,800 livres. Quant à la tasque, exigée à la cote treizième, sauf pour 1G sommées 4 éminées 11 cosses qui paient la cote vingtième, et 150 sommées exemptes, elle produirait environ 700 livres. Prenant la moitié de 10,200 livres, total obtenu en retranchant les 000 livres de la dime des 10,800 livres des fruits décimables, on a un revenu net de 5,500 livres et un capital de 10-2,000 livres. »

Déjà le cadastre avait accusé 101,575 livres, en prenant 298 livres 15 sols pour le prix moyen des ventes et o77 livres pour le montant de l'estime, dont on a retranché 37 livres pour cotes irrécouvrables.

Outre les droits ordinaires, les vassaux deChantemerle devaient encore à leur seigneur les cas impériaux : 20 livres en cas de mariage d'une de ses filles, 20 livres en cas d'acquisition de terre, et pareille somme lorsque son fils allait en guerre, s'il faisait lui-même un voyage ou convoquait ses amis pour sa défense.

Les charges ordinaires ou impôts excitaient de vives plaintes. « Celle pauvre communauté, dont la moitié de la population est réduite à la mendicité, ne laisse pas que de payer les quartiers d'hiver, taillon royal, gages du grand-prévôt, etc., allant le tout à plus de 530 livres, et les frais municipaux, pensions, c!c, excédant la somme de 600 livres, total 1,100 livres. »

Joignons à cela 1,200 livres de droits seigneuriaux et 600 de dîmes, nous comprendrons la justice des doléances d'alors. (I)

(l) Archives départementales, série C.

DE MONTÉLIMAH

La statistique ne date pas du xixe siècle ; les intendants de Louis XIV et de Louis XV avaient sur chaque communauté des renseignements d'ordinaire assez précis et raisonnes pour que l'on ne puisse en espérer de meilleurs à notre époque.

Une chose inexplicable, par exemple, ne se trouvel-elle pas dans la variation des chiffres de la contenance de Chantemerle ? Elle est aujourd'hui de 950 hectares 62 ares 54 centiares. Le cadastre, en 183G, accusait, en

terres labourables et jardins 429 h. 51 a. 81 c.

Aires, pièces d'eau 1 19 82

Vignes 55 45 83

Bois taillis, oseraies, futaies 177 97 21

Pâturages, landes 270 58 85

Prés 14 07 12

De son côté, M. Mermoz, en 1839, portait la contenance imposable à 951 hectares, le revenu des propriétés bâties à 1332 fr. et celui des propriétés non bâties à 19,477 fr., le revenu moyen de l'hectare à 20 fr. 48 c, alors que celui de Héauville était de 13 fr. 90 et celui de Valaurie de 23 fr. 34.

Pourquoi donc, en 1835, M. Delacroix donnait-il aux

Bois particuliers 400 hectares

Terres labourables 775 —

Vignobles 120 —

Prairies 16 —

Pâturages 151 —

Routes, maisons 38 —

Total 1,5 X) hectares?

Je 110 connais pas de loi qui ait modifié le territoire de Chantemerle de 1835 a 1839.

Relativement aux productions agricoles, j'ai aussi des chiffres qui me semblent peu sûrs. Les voici :

Blé 90 hectares 45 hectares

Production moyenne.. 12 hectol. 6 hectol.

Seigle 3 hectares a hectares

Production moyenne . 12 hectol. 3 hectol.

Pommes de terre 20 hectares 4U hectares

Production moyenne. . 80 hectol. 10 hectol.

On trouve de plus 1/2 hectare d'orge. 2 hectares de maïs, w2 de sarrasin, 4 de méteil, *2 d'avoine, en 1868, et 3 hectares de haricots et fèves, en 1854. La culture en 1808 aurait porté sur 100 hectares à peine, et pour nourrir 458 âmes, la commune aurait produit 270 hectolitres de blé, 15 de seigle et 4bo dr pommes de terre! Ce résultat me parait invraisemblable.

Le vin de Chantemerle est excellent et la récolte moyenne y atteint 1,200 hectolitres. ceTjui ferait compensation à celle des céréales.

En 18G8, 3GO onces de graines de vers à soie ont donné, à 15 kilogr. l'une, 54 quintaux de cocons, autre compensation excellente.

Malgré l'étendue des pâturages, on y compte seulement 1,560 brebis ou moutons, 46 chèvres et 43 chevaux ou mulets.

Voici la répartition de l'impôt :

Part de l'Etal 2,144' 86f 2,168' 06'

— du département.. . 982 72 987 82

— de la commune. . . 1,716 77 1.720 49 Non-valeurs S3 39 8') 38

Total 4,927 ' 74- 4,961 ' 75 <

On possède sur la population les données suivantes pour 1866:

Quartiers Maisons Méuages Habitants

V 1 litige. « • ••••• • | • m

Moulin, Grés

Total

Il y avait, en 1809, 66 maisons et 300 àraes. Je trouve pour l'état civil :

Hommes 70 95 118

Femmes 66 103 123

Garçons 59 128 139

Filles 63 131 78

Aujourd'hui, l'agriculture y occupe 275 hommes ou garçons et 1 1 1 femmes ou filles, l'industrie, 26 hommes et autant de femmes, et le commerce, 3 hommes et 4 femmes.

Sous le rapport des cultes, on y compte 451 catholiques et 7 protestants.

Le chemin de grande communication n° 8 de Taulignan au pont de Donzère laisse Chantemerle au midi, à près de 2 kilomètres ; mais on y arrive par une bonne voie vicinale toute récente, qui part du pont de la Berre.

M. Lory trouve la mollasse d'eau douce au plateau de

Montjoyer, Aiguebelle, Réauville et Salles: t Les couches

• très peu inclinées plongent uniformément vers le S. E. » et s'enfoncent, au bord de la Berre, sous la mollasse » marine sableuse de Grignan, de Taulignan et de Chan- » temerle. » Cette formation lacustre présente une série d'assises avec des calcaires compactes à coquilles d'eau douce dans le haut et un grand développement de marnes rouges et bariolées dans la partie inférieure.

« Sur la rive gauche de la Berre, à Chan temerle, et » plus bas, à la Grange-Uouge, on aperçoit une zone » continue de .sables bigarrés qui reposent sur les grés > verts. Ces sables sont bien distincts de la mollasse d'eau » douce. Au bas du village de Chantemerie on les voit » recouverts immédiatement par la mollasse marine » coquillière qui s'étend de là jusqu'à Clansayes. A la » Grange-Rouge, ces mômes sables bigarrés sont recou- » verts par des bancs de marnes et de calcaires lacustres » qui correspondent évidemment à ceux du plateau de

• Héauville, c'est-à-dire à l'assise supérieure de la

• mollasse d'eau douce. » M. Scipion Gras indique sur ce point une indépendance d'allures très marquée entre les deux formations d'eau douce, immédiatement superposées l'une à l'autre. (1)

Le sol de Chantemerie convient aux arbres à fruits abrités souvent par de grosses roches, ce qui en rend la récolte précoce. Entre autres curiosités, on cite près du village une grotte ou baume, peut-être habitée à l'époque celtique, et au quartier des Crevasses, des rochers taillés à pic, formant comme des rues, et des tranchées naturelles, au fond desquelles s'étendent de vertes pelouses.

Au bourg se trouvent la mairie et les écoles, la chapelle de Notre-Dame, fondée, d'après la tradition, à

(1) Description géologique du Dauphiné, n° 208; — Scipion Gras, Statistique minéralogique de la Drôme, p. 149.

cause de la peste, et l'église paroissiale, plusieurs fois agrandie et sans mérite architectural, de 21 mètres 30 de long sur 5 mètres 35 de large.

Le service paroissial, après 1807, fut fait par le desservant de Valaurie ; une ordonnance royale du 26 février 1823 y établit une chapelle vicariale, et un décret du 18 octobre 1848, une succursale.

On voit par l'acte de visite épiscopale de François de Grignan, en 1644, que M. Ilochier, précenteur de la cathédrale de St-Paul, en était alors prieur ; que l'ancienne église, sous le vocable de St Maurice, à une portée de fusil du village, « étoit toute découverte » ; qu'un vicaire amovible y résidait, moyennant 10 salmées de méteil, 18 barraux de vin et 10 écus d'argent ; que M. de Raymond, châtelain du lieu, avait une chapelle dédiée à Sle Magdeleine, et que l'église actuelle passait pour l'être à St Maurice.

Granier, prieur-curé en 1790, évaluait ainsi ses revenus : 1° la dime des quatre gros grains à la cote 18, des raisins à la cote 20, du millet à la cote 36, des agneaux, à raison d'un par chaque parc ; 2° le produit de deux petits jardins, un d'hiver et un d'été ; 3° 47 livres pour fondation de 87 messes; total, année commune, 1,000 livres.

Sur ce. il devait entretenir la lampe du sanctuaire, la sacristie, le presbytère et l'église pour un tiers, donner aux pauvres, pour l'aumône dite de frucUis, 4 émines de méteil, réduites en pain, et supportait les frais de perception de la dime prise à l'aire sur le grain^criblé. lesquels s'élevaient à 120 livres. A cette époque, la dîme du vin, à cause des froids de 1789 et de la grêle de 1790. était descendue à 6 barraux au lieu des 35 antérieurs.

Privée de la plus grande partie de ses archives par la

faute d'un secrétaire ignorant, la commune n'aura qu'une notice fort incomplète ; toutefois, grâce à l'obligeant concours de MM. Devès et Lagier, il sera possible d'entrevoir un peu l'organisation féodale.

Le Passé

Au moment même où je réunissais à grand'peine quelques notes incomplètes sur l'histoire de Chantemerle, une lettre gracieuse de M. le Maire de la commune est venue fort à propos m'apporter d'intéressants détails.

« Heureux de répondec à votre désir, m'écrit M. Héraud, je vous envoie quelques renseignements recueillis par E. Gourjon.

« Chantemerle était primitivement recouvert d'épaisses forêts il y a quelquas années. Des chênes plusieurs fois séculaires étaient encore debout, notamment dans la forêt de Bourbon Jean, dominée par la ligne horizontale des roches qui forment les Crevasses.

« Non loin de là, au quartier des Blaches, j'ai cru reconnaître un dolmen : c'est un bloc long de 2 mètres, large de 0m 80, haut de 0m 40 ; il repose sur deux autres pierres droites. A 30 mètres plus loin, se trouvaient disposées circulairement des roches que la main d'un laboureur a dispersées pour défricher son champ.

« Quant au dolmen, trois de ses côtés sont surmontés d'un rebord coupé par une petite rigole h environ 0m -25 du sommet de la pierre.

« A quelque distance du village se voit un chemin curieux tout taillé dans le roc ; il se termine à un précipice auquel succède une vallée assez profonde. Les ornières que la roue des chars y a creusées sont encore apparentes, cependant la vue seule de la vallée et du précipice permet de croire raisonnablement que les chars ne passent plus en cet endroit depuis déjà bien des siècles.

« L'endroit où est coupé le chemin mérite vraiment le nom de Champ-Garreau qu'il porte : Campus Garoliis, champ de la barrière, garrotium en basse latinité.

t Sous un rocher qui s'avance de plusieurs mètres, jaillit une source abondante. Une mousse cristallisée y laisse échapper des milliers de filets d'eau, et, au printemps, le chant des rossignols, la verdure des saules et des prairies en font un lieu que n'aurait pas dédaigné Horace.

« Disons maintenant un mot des Crevasses : deux lignes parallèles sur leur plus grande longueur (2 kilom. environ) forment ce charmant endroit de promenade solitaire, où l'on s'entretient avec un écho répercutant les sons deux ou trois fois.

« Les roches ne formaient primitivement qu'une même paroi ; mais les eaux ou une révolution géologique les ont séparées, et aujourd'hui des prairies rarement exposées au soleil décorent sur toute sa longueur et sur une largeur de quinze à vingt mètres l'espace laissé vide par le rocher qui s'est disjoint. (1)

(1) M. Devès décrit ainsi les Crevasses : c'est un banc de rochers d'un kilomètre environ de longueur, dont la hauteur moyenne varie entre 20 et 35 mètres. Les parois sont à pic, en "zig-zag; le versant nord de la montagne sest affaissé de plusieurs mètres, il y a deux ou trois siècles environ ;

a plissé droit sans se renverser, et forme des passages de 1 à 12 mètres de largeur. Ce quartier est très pittoresque.

mais le banc de rocher en se détachant

« La continuation de ce rocher forme dans le village une grotte profonde de 35 mètres et large de 15 à son ouverture sur 3™ 50 de haut, en moyenne. La jeunesse s'y réunit pour jouer ou pour y danser, à l'abri de la pluie, le jour de la féte patronale (22 septembre), lorsque le temps ne permet pas les danses en plein air. On n'y a jamais trouvé d'ossements ni d'ustensiles anciens.

« A l'est du village, les blocs ont été déchirés par la main de l'homme, et des milliers de meules de moulin en ont été jadis extraites; elles avaient l mètre de diamètre et 30 cent, d'épaisseur.

« Sur un petit coteau situé au nord, appelé Serrede-Berre, on a trouvé des restes de murailles qu'il a fallu faire sauter à la mine pour y planter la vigne ; il y avait aussi des tuiles anciennes et quelques mosaïques. Au Martinet, près de là, ruines pareilles, vases en terre cuite, pièces de monnaie, charbon calciné et canal se dirigeant vers la Berre.

« t'ne ancienne fabrique de poudre, qui fut aussi la grange de la famille Raymond, laisse voir une fontaine assez originale. Enfin, d'après une vieille croyance populaire, le plateau de Larsuquet, qui domine Sl-Paul, aurait servi de camp à une armée, et si la tradition est fondée, on ne pouvait choisir une position plus avantageusement établie ni mieux fortifiée par la nature. »

Je remercie beaucoup MM. Héraud et Gourjon de tons ces détails qu'une rapide visite à la mairie n'aurait pu me révéler, et je les crois dignes de l'attention des archéologues.

Voici la fin de la lettre de mes obligeants collaborateurs :

« L'église de St-Maurire, nommée encore église pa-

DE MONTBLIMAH

roissiale en 1416, est réputée très ancienne ; on croit que des Adrets la brûla. Autrefois chapelle du château, l'église actuelle est sous le vocable de St Maurice ; on y descendait par un escalier taillé dans le roc, dont il ne reste plus que de faibles traces. Bâtie à la porte du bourg, la chapelle Notre-Dame remonte seulement à 1710 ; toutefois, ce qui a pu la faire croire ancienne, c'est qu'elle a été bâtie sur les ruines de l'ancienne chapelle de St- Antoine, mentionnée au xvie siècle dans les archives d'Aiguebelle, comme limitant une maison que les PP. Trappistes posédaient à Chantemerle. »

Un acte de 1488 dont il sera parlé bientôt, permet de regarder le prieuré de ce lieu comme une dépendance de celui de St-Amand, à Montségur, de l'ordre de Clunv.

Dans le siècle suivant, le prieur se faisait remplacer par un vicaire perpétuel ou amovible, qui devint prieurcuré. En 1663, il y avait procès entre celui-ci et ses paroissiens au sujet de sa maison d'habitation et des réparations de l'église. Les habitants soutenaient que le presbystère avait été vendu aux enchères le 20 mai 1574. par Jes commissaires chargés de l'aliénation du temporel ecclésiastique, pour payer les décimes dues au roi, et ils ajoutaient que, attendu leur surcharge en dettes et subsides, la dime au 18e des quatre grains et au 20e des raisins leur prenait la meilleure part, et que le prieurcuré devait intervenir pour un tiers de ses revenus dans les réparations de l'église.

Quant à l'organisation féodale, elle ne dilîérait pas à Chantemerle de celle des autres bourgs fermés. Jusqu'aux Montdragon, ses premiers seigneurs ne sont pas connus, et il est tout naturel de penser que les Adhémar. à cause de Grignan. y avaient à l'origine des droits de suzeraineté. Cependant Pilhon-Curt affirme que Giraud

Adhémar VIII acquit la terre de Cliantemerle dont il rendit hommage au roi Robert, comte de Provence, en 1305 ; mais il ajoute : « Aux mûmes conditions que ses ancêtres ■ s'étoient soumis en 1257 et 1595, » ce qui implique une possession antérieure. Quoi qu'il en soit, le prince lui donna 400 livres couronnées pour cet acte de vasselage.

Pons de Montdragon était seigneur de Cliantemerle et de Solérieu, en 127*2, et fut témoin de Pacte d'hommage rendu à Bertrand de Clansayes, évéque de St-Paul, par Raymond de Baux dit le Jeune pour Suze et Solérieu.

Il laissa deux fds en minorité, Pons et Dragonet, et une succession obérée de dettes. Pierre Jourdain, leur tuteur, vendit Solérieu aux Plaisans.

La famille de Montdragon finit avec Amalric, qui testa en 1541, en faveur de Paul d'Albert, son neveu, à la charge de porter son nom et ses armes : celui-ci n'ayant pas eu d'enfants, donna ses biens à Paul de Mistral, son neveu.

On trouve également avec la qualification de seigneurs rleChantemerle et de Monlségur, à la fin du xiv« siècle, lesArmands, déjà rencontrés à Chamaret. Philippe, l'un d'eux, rendit hommage et fournit dénombrement le 36 juin 1382 à Giraud Adhémar X, et Antoine en fit de même en 1410.

Ces dates, empruntées à Pithon-Curt, m'ont été communiquées fort obligeamment par M. Anatole deGallier. président de la Société d'Archéologie de la Drôme. avec d'intéressantes notes sur les Romieu et les Raimond.

Gilberte-Marguerite Freteau, veuve de Mre Antoine de Romieu, était, en 1743, dame de Cliantemerle et nommait en cette qualité Joachim Piallat juge de sa terre.

Or, les Romieu venaient d'Arles, où ils avaient contracté de grandes alliances et donné à l'ordre de Malte plusieurs chevaliers et à la littérature provençale un célèbre poète.

Quant aux Raimond, Reimond et Réraond, originaires de Chantemerle, ils n'en furent jamais que châtelains. Pierre, l'un d'eux, se trouve compris comme noble, en 1474, dans la révision des feux, et les commissaires «lu roi, en 1668, reconnurent la noblesse de Jean-Baptiste, qui servit en Italie dans la compagnie de chevaulégers du comte de Grignan, et, en Provence, à la reprise des îles de S'^-Marguerite. Cette famille prétendait descendre de Hugues Raimond, un des cinq vassaux des Adhémar de Monteil qui suivirent ceux-ci en Terre-Sainte et reçurent diverses récomponses à leur retour. Pierre s'unit avec Huguette de Chàtel, en 1430; Louis, avec Françoise d'Uzès, en 1513; Claude, avec Antoinette de Colans ; Jacques, avec Françoise de Monts de Savasse, en 1594; Jean-Baptiste, avec Mabille Adhémar de Caslellane, en 1647.

11 résulte d'un acte du 4 juin 1396, que noble Dalmacc ou Dalmas était alors seigneur de Chantemerle : il céda à noble Pierre de Chàteauneuf et à Guillaume Ollivier, mandataires des habitants, un mauvais bâtiment, sis à Narbonne, sous le bourg où ils établirent le four banal. La redevance consentie était d'un denier, et, en 1790, le comte du Muy la reclamait encore.

Ce même comte avait aussi à Chantemerle d'autres difficultés, et Aimé le Jeune, avocat de Montélimar, fut chargé par les habitants de travailler à les résoudre.

Il résulte de sa consultation du 18 juillet 1789, qu'une sentence arbitrale de 1475, au sujet des droits féodaux de Giraud Adhémar à Chantemerle, avait astreint la population de ce lieu à lui porter dans son château la 30*

partie ou vingtain des blés, légumes et raisins, et l'arbitre devait jouir pendant six ans de cette redevance.

Aimé conclut de ces circonstances que l'acte de 1475 doit servir de règle entre les parties, comme le plus ancien et le plus rélléchi, l'arbitre ayant intérêt à ne pas sacrifier les droits du seigneur.

Ce vingtain était d'ailleurs le prix de certaines libertés et franchises accordées aux habitants de Chantemerle, en 1298, par un des prédécesseurs du seigneur de Grignan.

Or, il arriva qu'en 1488, sous le prétexte de diverses cotes exigées, la 20e pour certaines récoltes, la 9e pour d'autres ou la 12*. une transaction détermina une cote unique : de 12 salmées de blé une salmée, et ainsi des autres grains et du vin.

Enfin, par une reconnaissance générale de 1644, le treizain ou 13* partie des fruits et récoltes est seul stipulé.

Aimé, en présence de ces variations, demande le retour pur et simple à l'acte de 1475, et relativement au droit d'habitation, consistant en une poule ou G deniers au choix, il estime que l'option est encore permise, malgré les récriminations du seigneur ou de ses fermiers.

On a aussi raccensement du bois de Larsuquet et des Brugièresaux habitants par Gaucher Adhémar, comte de Grignan, en 1570, sous diverses clauses relatives à la conservation des arbres et moyennant 2 poules de censé, 50 florins de lods de dix en dix ans, etc.

Le 1er avril 1789, Vigne, mandataire de Jean-Baptiste- Louis Félix, comte de Muy, comte de Grignan, Montségur, Salles, Colonzelle, Chamaret, Clansayes, Bayone, Réauvillc et Chantemerle, maréchal des camps et armées du roi, rappelait les clauses de l'acte de 1570 et promettait aux habitans un moulin à Chantemerle, dans le

fonds d'Estran, aux frais du seigneur, sauf le canal qui serait creusé par eux.

Une étude attentive des quelques papiers existants permettrai t de constater, en 1579, l'avis du passage des troupes prolestantes allant de Chamaret à Valaurie ; en 1581, l'institution d'une garde vigilante; en 1604, l'envoi d'un présent en chapons, lapin, etc., au comte de Grignan recevant Lesdiguières ; en 1599, la consultation d'un homme de Marsane « qui sçavoit faire quelque contraire aux chenilles, » parce qu'elles ravageaient le territoire ; en 1672, le départ de la jeunesse du lieu pour aller détruire le château d'Orange et mille autres petits événements d'un intérêt secondaire.

Chantemerle, d'après un dénombrement de 1698, avait 311 habitants, répartis en sept classes : 4 pour la première (clergé) ; 2 pour la deuxième (noblesse) ; 18 pour la troisième (propriétaires aisés) ; 76 pour la quatrième (artisans, cardeurs de laine, tisserands) ; 60 pour la cinquième (fermiers et métayers); 134 pour la sixième (journaliers) ; 17 pour la septième (mendiants).

Il est facile maintenant de se rendre compte du progrès accompli dans une localité où les touristes et les archéologues ne manqueront pas de s'arrêter désormais en allant à Grignan.

L'adminiilration locale ne différait peut-être pas beaucoup des administrations voisine cependant j'y trouve les points suivants à noter :

L'élection avait lieu le 13 décembre de chaque année ; le premier consul et le deuxième consul sortants désignaient trois personnes pour les remplacer ; l'assemblée volait et le seigneur approuvait le choix des habitants, et les deux consuls anciens devenaient conseillers et experts de la communauté, et on leur adjoignait six autres conseillers. Cela se faisait ainsi du moins en 1778.

Il ne reste aucun aulre exploit marquant de celle adminislration qu'un procès contre Mondon Chaix, au xv siècle. Pour s'affranchir des tailles, il se prétendit noble, les consuls parfaitement instruits de son origine l'appelèrent devant le bailli deGrignan. Sa sentence nous est inconnue, mais elle eût été curieuse à connaître, non pas tant à cause de l'intimé qu'au point de vue du principe.

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