L.e Tien- Etat
Selon les uns, le Tiers-État se formait îles seuls bourgeois, et suivant les autres, il comprenait en outre les ouvriers et les paysans, mais non les serfs. Or, les bourgeois, se voyant appelés dans les États généraux, adoptèrent d'instinct ce programme : fortifier le Hoi qui représentait les droits de la France contre L'étranger et les droits de la liberté contre les seigneurs.
Quant aux ouvriers et aux paysans, voici leur histoire esquissée à grands traits.
Pendant les quatre premiers siècles de la monarchie, comme on Ta vu déjà, l'inégalité règne partout, et sous Charlemague même l'état des personnes présente un système confus.
Toutefois, au temps de l'abbé Irminon (de 800 à h\ 1 ), on trouve des hommes libres, des colons, des lides et des serfs.
Si l'on entend par hommes libres ceux qui n'étaient ni vassaux, ni colons, ni serfs, ils avaient disparu au xe siècle ; si au contraire on donne ce nom à ceux qui n'étaient pas serrs, leur nombre alla sans cesse en grandissant « sous la protection de la religion chrétienne » qui attaqua la servitude dans son principe, et qui, en • la combattant sans relâche, finit par en délivrer la » plus grande partie de l'Europe. »
Parmi ces hommes, d'aucuns, par leur naissance ou par leurs charges, constituaient une sorte de noblesse, non privilégiée, comme le prétend Montesquieu ; d'autres dépendaient du propriétaire de leurs fonds ou du seigneur de leur choix. Les premiers payaient simplement un tribut, les seconds jouissaient de la liberté à certaines conditions honnêtes et faciles. N'avaient-ils ni fortune ni crédit? ils étaient, dit M. Guérard, « vexés, » opprimés, dépouillés, aussi bien par les évéques, les » abbés et leurs avoués, que par les comtes et cente- » niers. Au contraire, les hommes libres qui se sen- » taient forts bravaient l'autorité des comtes et niépri- » saient leurs ordres. » (1)
Placé au plus bas échelon de l'échelle féodale, le colon avait pour tenure un fief infime, grevé de redevances, t Mais son droit sur la terre qu'il cultivait alla toujours » croissant, et flnit vers le déclin du x« siècle, au plus » tard, par devenir un véritable droit de propriété. » Il pouvait se marier, posséder des biens, remplir des offices subalternes, intenter une action contre son maître et échapper à certains châtiments corporels. Ses services ordinaires comprenaient la culture des champs, et les extraordinaires variaient au gré de son supérieur. « En résumé, sa condition, chez les Francs, n'était pas » mauvaise, et c'est du colonat combiné avec la qualité » de fiscalin ou d'homme ecclésiastique qu'est sortie la » masse de la nation française. »
Les lidcs, dont la condition formait un moyen terme entre les colons et las serfs, dépendaient d'un maître qui exigeait d'eux des services et des tributs, en compensation de certaines concessions de terres.
Jusqu'à l'arrivée des Barbares en Occident, l'esclave demeure sous la dépendance presque absolue de son
(1) Guéranl, Polyptique d'Irminon.
DE MONTELIMAR
maître ; à partir de Charles-le-Chauve, grâce aux lois de l'Eglise, aux lois civiles et aux mœurs sociales, l'esclave, devenu serf, voit la liberté et la propriété pénétrer dans sa cabane par quelque endroit. « Il ne » fallut pas 200 ans pour cbanger entièrement la servi- » tude en servage ou main-morte : la révolution com- » mencée sous Charles-le-Chauve était accomplie sous » Philippe Ier. »
Le servage cessa généralement avant la fin du xve siècle et ne se retrouve plus depuis qu'en quelques terres d'église ou de monastère.
Relativement aux tributs, les obligations du serf étaient fixes et déterminées; mais par rapport aux services elles étaient arbitraires, et la servitude domestique et personnelle en changeant de nom n'avait guère changé de nature.
Diverses voies conduisaient au servage : le droit du plus fort, la naissance, le mariage, le consentement, etc.; celles qui permettaient d'en sortir étaient : l'afiranchissement gratuit ou payé, l'entrée dans les ordres, la prescription, etc.
Quelques explications spéciales au Dauphiné sont encore nécessaires sur ce sujet.