XVII
La Commune
L'histoire du liers-état, liée intimement à celle du clergé et de la noblesse, serait déjà suflisamment connue s'il ne restait à parler des guerres du xw siècle et des efforts de l'administration communale pour améliorer la condition des habitants.
Etudions d'abord celle-ci.
A l'origine de la féodalité, la commune n'avait à se préoccuper ni des chemins, ni des écoles, ni du clergé, ni des impôts, toutes choses qui enflent aujourd'hui son budget. Les chemins étaient peu nombreux, étroits et difficiles ; mais, en l'absence de tout commerce, ils suffisaient tel quels; quant à la route, appelée cliemin ferrât, allant de Crest à Grignan, par Charols, Châteauneuf, etc. (1), elle n'était guère mieux entretenue. Les écoles étaient inconnues à peu près dans les localités peu importantes, et les livres trop chers pour être communs. Le clergé, séparé de l'Etat qui n'intervenait que pour le paiement des dîmes, avait tout à la fois des immeubles et des redevances en nature affectés à son entretien. Enfin, les impôts se réduisaient aux censés, au vingtain et aux autres droits féodaux, moyennant lesquels le seigneur assurait à ses vassaux justice et protection.
Aussi, pendant cette période, ne trouvons-nous pas
(1) Un titre de 1472 port» : lier publicum seu passagium vulgariter nwwupatum ttancti Pauleti quod tendit de Manatiio venue paneum Bridons Archives communales .
d'administration municipale régulière. La population s'assemble sur la place publique, devant le seigneur ou son châtelain et se choisit des syndics ou mandataires, toutes les fois qu'il s'agit d'affaires importantes, comme en 1279 pour la délimitation de Châteauneuf et de Souspierre; en 1292-1293, lors de la concession des franchises; en 1324, à l'époque de la revendication des pâturages du Bas-Eyzahut, que Guigues de Beauchastel prétendait aliéner, contrairement aux droits de Châteauneuf ; en 1407, lorsque les biens de Guillemette Solobrine furent déclarés exempts de tailles sa vie durant, mais imposables après sa mort ; en 1445, au moment de la donation faite par Giraud de Bologne, seigneur d'Alanson, d'un chasal ou hangar pour construire la fontaine du bourg ; en 1449, pour faire cesser les troubles à la jouissance des pâturages du Serre, sur Aleyrac, etc.
Ces procureurs ou syndics étaient-ils annuels ou déposaient-ils leurs pouvoirs à l'expiration de leur mandat? Je ne suis pas entièrement édifié sur ce point. Une élection de deux procureurs syndics ou économes, faite le 12 février 1441, par noble Guillaume Dalmace, Pierre Ollivier, Pierre de Cliou dit Borrel et cinquante-quatre autres habitants, pour gérer les affaires de la commune, plaider en son nom et défendre ses droits, n'est pas suffisamment explicite à cet égard.
Mais la création des armées permanentes et des cours de justice modifia, sous Louis XI, héritier des comtes de Valentinois et Diois, la condition de la communauté de Châteauneuf. Les charges publiques, devenant annuelles, exigeaient des officiers pour les répartir et les percevoir, et ces officiers, nommés consuls, étaient élus en assemblée générale des chefs de famille, pour un an , à la pluralité des voix et ils rendaient leurs comptes à leurs électeurs, réunis sous la présidence du châtelain.
Les minutes du notaire Monteil nous donnent, sur les élections consulaires, quelques détails utiles à recueillir ; ainsi le w2 janvier 1559, à l'issue de la messe paroissiale, sous l'orme de la place Saint-Pierre, Senouil et Payan, ayant fait convoquer à cri public tout chef de famille, à peine de cinq sols d'amende, « la mageure, graigneur et sanoière partie des habitants, * se trouva réunie et Senouil désigna pour son successeur Claude Ribiére et Payan, Sébastien Gombert. Ce choix agréé, les deux consuls nouveaux jurèrent entre les mains du capitaine châtelain • de bien, deuement et fidellement régir, » governer et administrer les affaires et négociations
• du lieu, obvier és incommodités et pertes, lui procurer
• et pourchasser le bien public, le proflit et utillité des » habitants, fere toutes et chascunes receptes des biens et » revenus publics, fere deub inventaire et en fin d'année
• en rendre bon compte. »
Le même jour, furent aussi élus deux prud'hommes jurés et dix conseillers : Senouil, Guyon, Bertrand, Monge, Bilhard, Crozat, Mangot, Fayn, Buffet et Manent, pour assister les consuls.
Pareilles élections se renouvelaient chaque année.
L'inventaire des archives de Châteauneuf, dressé en 1696, mentionne un arrêt du 11 janvier 1449 qui fixe à six feux la part taillable de la communauté, un rôle de taille de 1461, des comptes de 1473 et de 1496, « un vieux livre en latin, contenant diverses recettes «le tailles et autres impositions; » mais une coupable incurie a laissé perdre depuis lors tous les documents de ce genre, si utiles à l'historien.
L'assiette de l'impôt royal ou taille se faisait à l'origine par ménage oupar/èw, et, plus tard, on désigna sous ce nom une étendue de territoire équivalant, dit-on, à 2,400 livrer ce qui ferait, pour Châteauneuf. à raison
de six feux, 14,400 livres de revenu ; et de 1466 à 15-28, à raison de sept feux et sept feux et demi, de 16,800 à 18,000 livres.
Il va sans dire que Louis XIV modifia sensiblement le système d'administration communale ; cependant les deux consuls annuels restèrent chargés, à Châteauneuf, de la rentrée des tailles, avec l'assistance de péréquateurs (répartiteurs) et d'auditeurs de leurs comptes.
L'état des feux de 1706 accuse cinq feux tail labiés et une fraction, un feu trois-quarts pour les fonds affranchis, un feu et demi pour les fonds nobles.
En 1667, le lançon ou montant des rôles comprenait : 3,471 livres 19 sols de taille, taillon, crue, gages des officiers, etc. (à raison de 474 livres 12 sols par feu); — 89 livres 5 sols des réparations contre les rivières ; — 603 livres des quartiers d'hiver et entretien des milices ; — les 2 sols par livre dus au collecteur, etc. ; plus les charges communales du cierge pascal, de l'horloge, des mandeur, valet de ville, sonneur, frais de rôles, de comptes, etc.
Brachet, consul en 1786, porte le chiffre de ses recettes à 4,303 livres, et celui des dépenses, à 4,360 livres.
On trouve, en 1507, un droit de soquet ou d'octroi sur le vin, affermé 54 florins d'or par an.
Là se bornent les détails recueillis dans les archives très-incomplètes de la commune.
Ajoutons que l'administration communale n'avait pas uniquement le soin de percevoir les impôts, et qu'elle s'occupait de tous les intérêts publics. De 1399 à 1450, elle surveille les travaux de l'église ; elle afferme, depuis 1339, la dîme du territoire des Girauds et des Molières, abandonnée aux pauvre; par le prieur de St-Marcel et le commandeur de Poët-Laval, et leur en distribue les re-
venus. En outre, comme il n'y avait pas d'hôpital, elle accepte de Tanhet Roche une maison au bourg qui sera affectée à un établissement charitable et une terre à Portes, au commencement du xvi* siècle.
Les développements du commerce lui font, sous Louis XI, désirer un marché et des foires, et l'intervention d'Etienne de Vesc, sénéchal de Beaucaire, conseiller et chambellan du roi, lui permet d'obtenir cette faveur, « pour plus grandement reediflier et repopuler le lieu. » Les lettres-patentes d'octobre 1492 portent : « Avons » faict, créé, ordonné et estably par ces présentes deux • foieres, la première le lendemain de la feste St Simon » et St Jude, et l'aultre le lendemain de la feste St André » et un marché le jeudi de chascune sepmaine, pour » estre tenus, entretenus et continués doresenavant, à » tels et semblables privilèges, droicts, franchises et » libertés que les aultres foieres et marchés du pays, » pourveu que aus dicts jours il n'y aye aultres foieres et » marchés quatre lieues à la ronde près dudict Chas- » teauneuf. » (1)
Depuis longtemps le marché n'existe plus ; mais les foires du 28 octobre et du 1er décembre se sont maintenues jusqu'à ce jour, et il en a été créé d'autres le 4 janvier, le 3 mai, le 10 juillet et le 14 septembre.
Faut-il rappeler l'active intervention des consuls dans les procès de la commune contre les seigneurs (2), contre les particuliers et contre les communes voisines ? Elle prouve un véritable patriotisme, tout aussi bien que la sauvegarde et protection delphinale obtenue, en 1444,
(1) Archives de la commune et archives départementales.
(2) En 1351, les consuls en appellent au Parlement d'une sentence du juge du lieu rendue à la requête de Jean d Urre, seigneur de Mollans, fermier de la terre de Châleauneuf, qui les obligeait à payer * certain prétendu banaige et ehevallaige. » Inventaire déjà cité;.
de Raoul de Gaucourt, gouverneur de la province, et d'Antoine d'Hostun, seigneur de La Baume, bailli delphinal, et des règlements faits pour la police rurale, la conservation des récoltes et l'usage des pâturages communs.
Un ou plusieurs gardiens étaient chargés, moyennant une rétribution modique, de conduire les chèvres, les moutons, brebis, etc. ; et comme, en 1579, un habitant de Portes voulait s'affranchir de ces prescriptions, il fut condamné par la cour de Grenoble « à remettre ses chè- » vres à la garde commune pour estre conduites ès lieux » non cultivés, à faulte de ce, où elles seront trouvées » parmi les champs, seront confisquées au profit du » maître du fonds pour la moitié et l'aultre moitié au » sieur du lieu et, si c'est en lieu public, moitié au sei- » gneur et l'aultre moitié aux pauvres. «
Il serait facile de multiplier les exemples de la sollicitude municipale à l'endroit des délits ruraux, à une époque surtout de vie pastorale et essentiellement agricole, des empiétements de la féodalité, des officiers et des fermiers du seigneur, des meuniers, etc. Les quelques exemples donnés prouvent assez clairement que le système municipal en vigueur sous l'ancien régime était beaucoup plus populaire que le nôtre, puisque tout le monde prenait part aux affaires publiques par l'élection des consuls annuels et par l'approbation ou le rejet des mesures et des comptes proposés; ils prouvent aussi qu'à une époque injustement taxée d'ignorance et de servage, les mandataires de la commune avaient assez de patriotisme pour résister à toutes les oppressions.
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XVI" Siècle.
Les troubles de la période comprise entre 1560 et 16-29 ne donnèrent qu'un médiocre relief à la place de Châleauneuf, fort importante cependant par sa position ; mais ils firent pleinement ressortir l'énergique activité de ses consuls. Aussi, en l'absence de combats mémorables, avons-nous recueilli les faits intimes de nature à révéler leurs efforts pour assurer à leurs concitoyens la sécurité et la paix.
Sans étudier ici les origines de la Réforme, constatons avec le P. Justin (Boudin) que les circonstances en favorisèrent à merveille les développements. « La couronne, » délaissée par un roi mort à seize ans, avoit passé à » son frère qui n'en avoit pas encore onze. Les princi- » paux seigneurs de la cour étoient divisés : et, pour le » malheur de la France, ils se trouvoient chacun trop » puissants; aussi leur mésintelligence, appuyée de leur » pouvoir, eut la plus grande part aux troubles. D'autre » part, le clergé étoit ignorant et peu exemplaire ; le » peuple étoit devenu fanatique par principe de religion, » et il devint furieux par le même principe, quand on » lui eut persuadé que la religion n'admettoit point de » ménagement. Aussi ceux qui pouvoient gagner sa » confiance disposoient si bien de ses forces et de son » esprit, qu'il n'y avoit aucun excès où ils ne pussent » le pousser. » Pour comble d'infortune, Catherine de Médicis, mère du roi, qui, dans un siècle de mœurs rc-
lâchées, sut se conserver pure, se servit trop souvent de la corruption des autres comme d'un moyen de gouvernement, et Jean de Montluc, évêque de Valence et de Die. son confident, « délié, fin, trinquât, rompu et corrompu » autant pour son sçavoir que pour sa pratique, » n'était pas plus scrupuleux qu'elle. (1)
Peut-être l'éloignement des seigneurs de Châteauneuf de leur fief depuis François de Montauban dit d'Agoult jusqu'au moment de l'aliénation, faite aux Renard, en 160-2, contribua-t-il aussi au succès des idées nouvelles.
Quoiqu'il en soit, la Réforme eut, dès 1547, des prédicateurs à Bourdeaux et au Poët-Célard, et, en 1551, Henri II ordonna à Jacques de Tournon, évéque de Valence et Die, de visiter son diocèse, « afin de le purger » et nettoyer des erreurs, scandales, faulses et reprouvées » doctrines qui pourroient y estre semées, contaminant » et infestant le troupeau de J.-C. »
Une délibération, prise en conseil général de la communauté le 5 janvier 1559, mentionne des plaintes contre des malfaiteurs nocturnes, suivies d'un ordre de tenir les trois portes du bourg entièrement closes, depuis l'entrée de la nuit jusqu'à l'aube ; mais la violation des principes fondamentaux de toute société, en révélant un symptôme d'agitation politique, n'a rien de commun avec les croyances religieuses qui toutes la défendent.
Les années 1560 et 1561 furent marquées par des réunions secrètes et par des voyages à Dieulefit auprès du ministre Luzi. Il paraît même qu'il y eut des troubles à cette époque, car une délibération consulaire du 18 janvier 1562 ordonne d'employer les tuiles, bois et pierres de titille de la chapelle Notre-Dame de Martholet aux
(1) Histoire des guerres excitées dans le Comié-Venaissin ; — Long, La Réforme et les guerres de religion en Dauphiné.
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réparations des mûrs d'enceinte et au portail de l'église. Cette mesure semblerait contredire formellement l'assertion de M. l'abbé Robin, qui reporte au Ier mai 1562 la ruine de la môme chapelle et la dévastation de l'église Saint-Pierre par les soldats du capitaine Philip, parent du marquis du Poèt.
La môme délibération porte que, pour acquitter les 330 livres échues de la taille royale, « seront cottizés les » cent habitans audict lieu les plus aysés à poyer ung » chascun ung escu ou plus desdicts habitans si besoin » est. »
Il parait établi que les réformés se rendirent maîtres de Chàteauneuf en 1562, qu'ils envoyèrent chercher un ministre à Loriol, que Montbrun fit loger aux habitants de la cavalerie, leur imposa une contribution de 6 quintaux de pain pour son camp de Bollène et plusieurs levées de soldats. Pendant le mois d'août, de la môme année, deux compagnies conduites par les capitaines Sallette et Hoche y furent hébergées aux frais de la population, obligée d'ailleurs à fournir des vivres aux bandes d'enfants, de femmes et de soldats qui défilèrent, durant trois jours, sous les remparts, venant de Sisteron (1). Chorier dit qu'ils étaient quatre mille.
La plupart de ces détails se trouvent confirmés par une délibération consulaire du 31 mai 1563. « A ung » chascun du lieu est notoire, dit le consul Dupré, gran-
• des et insupportables folles (contributions) avoir esté
• souffertes par les habitans, l'année passée, par em- » prompte de deux tailhes realles montant 1050 florins, » passaiges de gendarmerie tant à cheval que à pied, » fornitures d'estappes à plusieurs lieux, souldarts ar- » més, norris, poyés, envoyés ez guerres, comme aul très
(1) L'abbé Robin, notice manuscrite sur les troubles religieux à Châteauneuf-de-Mazenc.
» grandes excessives charges, » de" telle façon que la communauté redevable de grosses sommes d'argent et de denrées, dut s'imposer, pour y faire face, une capitation (impôt par tête) de 4 sols tournois en même temps qu'une contribution foncière. (1)
Aucun fait saillant ne marqua l'année 1563 ; l'année suivante, Maugiron, que Catherine de Médicis trouvait trop se vire, fut remplacé par Bertrand de Simiane de Gordes. Grâce aux mesures prudentes de celui-ci, la paix régna quelques années dans la province. En 1567, aux premiers indices d'une agitation naissante, il jugea utile de démanteler la plupart des villages, bourgs ou petites villes qui avaient favorisé la révolte : Tulelte, Comps. Chàteauneuf-de-Mazenc, Chàtillon-en-Diois, et les députés des Etats approuvèrent la mesure. Toutefois, les ordres du gouverneur ne reçurent pas une exécution complète; car, le 18 octobre 1568, lorsque Vermond et le seigneur de Barbières, commissaires de Gordes, se présentèrent à Chàteauneuf, le juge du lieu et des experts examinaient les brèches à réparer et l'état des murailles. Les habitants, qui se proposaient de défendre eux-mêmes la place avec une faible garnison catholique, obtinrent un délai pendant lequel ils agirent auprès des gouverneurs de la province et de Monlélimar, et depuis on n'entendit plus parler du démantèlement de Chàteauneuf. Il est vrai que les catholiques restèrent maîtres de la place à partir de cette époque, et que le culte y fut rétabli après la paix de Longjumeau, malgré le peu d'empressement du commandeur du Poët- Laval à les seconder. Mais l'ordre de Malte n'était pas alors dans une situation brillante, ses biens ayant été dévastés et pillés.
Pendant les mouvements militaires de cas temps agités.
(1] Minutes de notaires aux archives départementales.
les villages étaient à la merci des chefs subalternes et des soldats. Ainsi, les consuls de Chàteauneuf apprennent que plusieurs compagnies venant d'Orange et de Saint- Paul doivent passer à Grignan ; ils partent pour gagner les fourriers et les éloigner de la communauté, parce qu'elle est pauvre, et que Montbrun doit s'y rendre avec 4,000 hommes. Comme dernier argument, ils donnent un écu à chacun et emportent leur promesse de ne pas marcher de ce côté. Ceci se passait le 8 septembre ; le 9, pendant la nuit, les fourriers se présentent à La Bégude et annoncent qu'ils vont préparer des logements au bourg. Les consuls arrivent en hâte, les menacent de l'arrivée de Montbrun pour le lendemain et paient leur dépense. C'était tout ce que voulaient les fourriers.
Montbrun arriva effectivement avec 3,000 hommes, de l'artillerie et des bagages, se rendant à Loriol ; il séjourna un jour seulement et requit force montures.
Dans le môme temps, les consuls de Montélimar réclament à ceux de Chàteauneuf 950 quintaux de fourrage, 800 ras d'avoine et 7 quintaux de viande de mouton, et il faut une ordonnance de Gordes pour éviter cette exaction, blâmée par le gouverneur de la province.
• Les chefs des catholiques et des protestants, dit » M. Long, imposaient arbitrairement des contributions • sur les malheureuses communes villageoises et ein- » piétaienl réciproquement sur leurs quartiers. Il y eut » jusqu'au commandement de Lesdiguièrcs beaucoup » de gaspillage et de concussions. » (1)
(t] Manuscrit de M. l'abbé Robin : La Informe cl les guerres de religion en Dauphiné, p. 71.
Troables civils.
Aux maux de la guerre, s'ajoutaient fréquemment d'autres préoccupations; ainsi, le 30 août 1564, une assemblée publique présidée par noble Christophe d'Esclauseau, châtelain, décida que le portail du Tour serait fermé jusqu'à nouvel ordre, « attendu les grands et » imminents dangiers de peste; » que Ton garderait le portail de l'Église, et que les bulletins de santé des personnes étrangères seraient reçus au Porlail-Neuf seulement. Pareilles mesures se renouvelèrent le 18 septembre môme année.
Quant aux levées et contributions, elles arrivaient de toutes parts, des amis et des ennemis. Le 20 juillet 1563, le vi-sénéchal de Montélimar avait demandé à un conseil public tenu à Chàteauneuf de contribuer à l'imposition de 100 sols par feu destinée à l'entretien d'un prévôt et des trois archers à cheval qu'il voulait établir pour « thuation (conservation) de la sénéchaussée ; » le 22 mars 1569, noble Antoine de Beaumont, seigneur de Barbiêres, « commandant généralement à tous ceux qui » sont capables et habilles à pourter armes du ressort » de Montélimar, estans de la religion catholique ro- > meyne, » enjoignit à Mathieu Douches, châtelain, et . aux consuls Fayn et Garde, d'armer « et mectre en équi- » paige les hommes mentionnés au rolle par cy devant • bailhé, à peine de tenir prison et d'être tenus pour » rebelles à la majesté du roy, et ce dans huict jours
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» prochains venants. » Le châtelain et les consuls répondirent « voloir oubeyr et satisfere audict comraan- » dément et à tout ce que dessus, requérant estre faicl » sur le gênerai et non en particulier amas de deniers » pour achepter les armes qu'il leur commanderait avoir » pour armer ceux que dessus. »
Le même jour, en termes identiques, les consuls de Saint-Gervais, Puygiron, La Touche et Portes recevaient un ordre semblable, constaté par actes publics devant notaire. (1)
Avant cette levée, le vi-sénéchal de Montélimar avait déjà, le 7 janvier 1569, prescrit la fermeture des portes pendant la nuit, et de Gordes, le 13 février, avait conseillé une surveillance rigoureuse.
Le 30 avril, Jean d'Orgeoise de la Thivolière, gouverneur de Montélimar, requiert trente hommes de Cliàteauneuf pour démolir le château d'Eyzahut et empêcher qu'il ne tombe aux mains des Réformés qui, de là, domineraient sur les vallées du Jabron et de la Rimandoule. Au commencement de mai, les consuls font réparer une brèche à leurs murailles; le 16, les protestants sont priés d'apporter leurs armes à la maison commune, et, le 8 juin, deux commissaires ordonnent aux gentilshommes de se rendre à l'armée du roi, et chargent le châtelain et les consuls de saisir les revenus de ceux qui serviraient contre Sa Majesté.
Heureusement, l'année 1569 s'écoula de la sorte sans combat. Il en fut de même en 1570. Mais que de précautions, que d'inquiétudes à divers momeats! Le 8 février, Hébrard et Portier, consuls, font murer le Portail-Neuf et celui du Tour, ainsi que les fenêtres donnant sur les remparts, refaire les guérites et distribuer des fusils et
(1; Archives départementales; — Notaires de Châleaunenf-de-Mazeiic.
de la poudre. Au commencement de mars, on tient les portes fermées avec soin, on monte la garde, et le gouverneur de Montélimar veut que les Réformés ne puissent sortir, dans la crainte qu'ils ne livrent la place à leurs coreligionnaires. Pendant le mois d'avril, des exprès sont envoyés fréquemment dans les villes et bourgs du voisinage pour connaître les mouvements de l'ennemi et réclamer des secours. La Thivolière, menacé lui-même dans Montélimar, ne pouvant leur en donner, M. de Clelles, qui commandait à Soyans, leur offre quelques soldats, et, le 15 mai, ceux de Manas et Rochebaudin, à leur retour de Montélimar, se mettent à leur disposition. 11 n'y eut pas d'attaque, fort heureusement, et au mois de juillet, les consuls convinrent avec le capitaine et les autres officiers protestants de n'inquiéter en aucune façon les moissonneurs.
De Gordes avait, le 12 du même mois, mandé les consuls à Valence; mais ils ne purent obéir, les Réformés occupant tous les chemins. Le 22, ils firent avertir le gouverneur de Montélimar de la présence de dissidents armés à Poct-Laval et Dieuleflt, et le 5 août, le seigneui de Barbières vint jusqu'à La Bégude, puis rebroussa chemin.
On conçoit les alarmes d'une situation pareille et les dépenses de cette expectative armée. Le 19 août, les consuls font demander des aides (villages qui prenaient part aux contributions de guerre), et Dieuleflt, Manas et Poët-Laval leur sont donnés. Restait à faire exécuter la mesure, et ce n'était pas chose facile. De Gordes les autorise à user des moyens de rigueur, et ils parviennent à faire mettre aux arrêts dans les prisons de Montélimar Pierre Dcloulle, consul de Dieuleflt.
La publication de la paix amène quelque répit jusqu'en 1573, à peine troublé un instant par les massacres d'Orange de février 1571,
Ce fut la Saint-Barthélemy qui fit naître la nouvelle guerre. Dès le 24 février 1573, les consuls Manent et Buffet mirent des gardes aux portes et commandèrent de la poudre ; puis ils recoururent à de Gordes pour obtenir décharge d'une grosse contribution mise sur eux et l'approbation des mesures prises en vue de défendre la place.
Le 8 avril, le gouverneur de la province (lieutenantgénéral) leur répondit de Crest :
« Consuls de Chàteauneuf, je viens de recevoir votre » lettre par ce porteur qui a été bien avisé de ne pas » m'aller chercher à Loriol... J'ai vu les avis que vous » me donnez ; vous me ferez plaisir de me les continuer ; • comme aussi je suis très-aise que vous ayez renforcé » votre garde pour veiller à la sûreté de votre lieu ; car » vous pouvez penser quel préjudice vous éprouveriez » s'il vous arrivait quelque surprise. » (1)
Le 9, il les félicita encore sur le môme point : « J'ai » appris que vous aviez renforcé vos gardes, de quoi je » suis bien aise, et vous avez bien réussi ; car les enne- » mis ne tâchent que de surprendre quelques lieux et » même mardi dernier, Montbrun faillit se saisir du Buis » à la course... On lui tua cinq ou six des siens.. . J'es- » père en Dieu que ces entreprises s'en iront en fumée, » moyennant que chacun fasse bonne garde, comme » ferez de votre côté... »
Le 7 avril, le conseil de Chàteauneuf décide que chaque jour un des principaux habitants se tiendra à la porte du bourg pour recevoir les lettres et avis, et que les mesures de défense seront réglées en assemblée publique.
(1) Manuscrit de M. l'abbé Robin. — Privé des pièces originales qui ne sont plus à la Mairie et que je serais heureux de retrouver, j'ai été contraint de donner la transcription faite par M. l'abbé Robin, avec l'orthographe actuelle.
De Gordes reçoit, le \% une nouvelle communication et répond en ces termes : « J'ai vu par votre lettre et » entendu de ce présent porteur ce qu'il avait à me dire » de bouche ; de quoi je suis bien aise d'avoir vu votre » bonne volonté. Regardez toujours d'être sur vos gardes » de peur de vous laisser surprendre et je vous grati- » lierai de tout ce qui sera possible. J'ai fait chercher » en cette ville pour trouver cinq canons ; mais je n'en » ai point trouvé. J'ai envoyé à Valence et à Montélimar » afin d'en recouvrer cinq, lesquels je ne manquerai pas » de vous envoyer. » Il leur renouvelle la même promesse, le 16, et leur recommande de placer toujours les catholiques dans les postes d'observation.
Le même mois, les consuls lui demandent des aides pour nourrir les trente soldats qui défendaient leur bourg, et il leur répond ainsi le 30 avril :
« N'y a lieu quant à présent d'avoir autres aides. » Continuez ladite garde par le nombre des soldats ac- » coutumés qui seront entretenus sur les biens meubles
• et bétail de ceux de la nouvelle religion, et en cas que » lesdits ne soient pas suffisants, s'aideront et auront » recours sur le bien des catholiques ; puis, en cas que ■ ce que dessus ne suffise pas, prendront le surplus sur
• la communauté. »
Pendant le mois de mai (1573), les mouvements de l'armée protestante obligent les consuls à redoubler de vigilance ; de son côté, de Gordes envoie à CMteauneuf une compagnie commandée par le capitaine Menon, t afin d'assurer les chemins et rendre le passage libre » , en empêchant les courses de ceux du Poët, et il écrit, le t3, aux consuls : « Vous ne faudrez de recevoir à loger > ladite compagnie, laquelle je veux et entends qu'elle » paye de gré à gré, d'autant qu'elle est payée. »
Le même jour, une autre lettre du lieu tenant- général
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invitait le capitaine Menon à conduire la compagnie vers Montélimar et recommandait aux châtelain et consuls de Châteauneuf de tenir caché ce départ en laissant les portes fermées à tout le monde. Menon partit seulement le 17.
Roslaing dTrre d'Ourches, le 20 juin, envoie sa compagnie de 180 hommes à Châteauneuf sous les ordres du capitaine Villeneuve et donne pour aides à la communauté Valaurie, Châteauneuf-du-Rhône, Rousset, Donzère, La Garde et Rac. Tous ces villages refusent de payer leur quote-part des dépenses faites en cette occasion ; et il faut un ordre formel du lieutenant-général pour les y contraindre. Cet ordre est daté de Manas, le 27 juillet 1573.
En octobre, une nouvelle compagnie de 170 hommes arrive à Châteauneuf et y séjourne quelque temps; mais bientôt sa présence devient onéreuse et les consuls s'adressent à Rostaing d'Urre, qui leur répond de Montélimar, le 14 décembre : • Vous parlez tant bien en » votre requête, que M. de Gordes vous a voulu en celle- • ci satisfaire, en promettant que vous vous acquitterez » si bien de la charge de la garde de votre ville que les » ennemis n'y pourront rien entreprendre... Vous savez » comme les ennemis veillent sur votre dit lieu et qu'il » leur fait grandement envie. »
Avec Tannée 1574, recommencent les perplexités de la guerre : une conspiration ayant pour but de livrer la place aux Réformés est signalée aux consuls par M. d'Ourches, par MM. de Pennes et de Rousset, et les précautions les plus minutieuses sont prises pour conserver la position. De Gordes confie le commandement du bourg à d'Escluseau et celui-ci réclame une garnison plus nombreuse. • Je suis très-content, lui écrit le 27 » février le lieutenant-général, que vous augmentiez la
» garde de votre lieu de vingt hommes, pourquoi faire » la présente vous servira de toute commission. »
Au moment des récoltes, M. d'Ourches envoie deux compagnies et le 1er octobre, le prince François de Bourbon, une, avec prière de la nourrir, parce que le trésorier de la province ne pouvait lui payer sa solde pendant ce mois.
En 1575, M. Dupuy de Rochefort y séjourne du 25 janvier au 15 février. Vers la lin de mars, Monlbrun arrive à Dieulcfit avec toules ses troupes ; et Jean Doriant, capitaine, en avertit les consuls de CMteauneuf ; de son côté, M. d'Ourches leur écrit en ces termes, le 25, deMontélimar : « D'autant que j'ai plusieurs avis que les » ennemis manient quelque entreprise sur voire lieu, » qui pourrait sortir à son plein effet, si promptemenl » n'était pourvu, je vous envoie la compagnie de M. de » Rochefort pour s'y opposer, Inquelle je vous prie et » ordonne recevoir et loger le mieux qu'il vous sera » possible. Vous savez comme il a toujours tenu que » ses soldats vivent modestement en payant ce qui leur • est nécessaire pour leur entretènemenl et leur nourri- » ture, de façon que vous devez vous estimer heureux » d'avoir celle compagnie qui vous garantira aussi » de tous les ravages que les ennemis vous veulent » faire. »
Montbrun ne tarda pas à quitter Dieulefit; mais il se contenta de traverser La Bégude, sans s'écarter de son chemin. Quelque temps après, vaincu et blessé. Montbrun se rendait à François Dupuy de Rochefort, son parent, et à François d'I'rre.
Vers la même époque, de Gordes ordonna la démolition du château et des remparts de Manas.
Pendant son séjour à Dieulefit, Montbrun avait cotisé ChAteauneuf à raison de 60 livres par mois pour l'cntre-
DE MONTÉLtMAR
tien de sa compagnie de cavalerie, commandée par Mary de Yesc, seigneur de Comps. Une lettre signée Monieren avertit les consuls et leur déclara que« moyen- » nant ladite contribution » ils seraient « exempts de » courses et rançonnements de soldats. » Vos laboureurs, « et votre bétail, ajoutait-il, seront en sûreté à » votre mandement, et vous pourrez faire en liberté et » assurément vos besognes aux cbaraps, hormis les » gens de commandement qui font la guerre et portent » les armes en guerres ; et, au contraire, si ne le faites, » serez traités comme ennemis et sujets aux malheurs » de guerre. »
Les consuls ne répondirent pas mieux à cette lettre qu'à une seconde, parce que Mary de Vesc était alors auprès de Montbrun en quelque expédition. Mais, après la capture de son chef, il revint à Dieulcfil, d'où, le 18 juillet, il somma Chàleauneuf d'avoir à payer sans délai la contribution imposée par Montbrun. avec menaces, si la communauté persistait dans son refus, de la regarder comme ennemie et de l'y contraindre par tous les moyens employés dans la guerre.
Les consuls députèrent à M. Monier, Pons Garde et un autre envoyé pour s'entendre au sujet de l'arriéré de la contribution. Il répondit qu'en l'absence de M. de Comps, il ne pouvait « pas prendre de décision
• formelle. « Toutefois, disait-il, de l'avis de Mlle de » Comps, je ferai suspendre l'exaction des arrérages » jusqu'à la venue dudit sieur pour en accorder avec » lui, et n'en serez aucunement fâchés ni recherchés. » En payant à présent les mois de juillet et d'août, à » raison de 61 livres 10 sols par feu pour une fois sou-
• lement pour l'extraordinaire des blessés, je vous gu- » nantirai que les laboureurs ni autres, fors les soldats
• ne seront point fâchés. Ceux du Poêt, de Saou, de
» Bourdeaux, d'Auriple ni autres ne vous demanderont » rien et leur en écrirai à tous, en vous laissant le » chemin libre pour aller et venir... » La réponse des consuls est du 15 août 1575; et comme ils s'engageaient à payer, ils reçurent le sauf-conduit suivant :
« A tous seigneurs, gentilshommes, capitaines et sol- » dats tant de pied que de cheval et tous autres à qui » il appartiendra, tenant le parti de la Religion Uéfor- » mée, Je, Pierre Monier, commis à la recette des de- » niers des contributions des quartiers de Dieulefit, » atteste et certifie que les habitants de Chàteauneuf » payent leur cote entra nos mains. A cette cause, je
• vous prie et requiers d'ici en avant ne leur courir sus, > ni en leurs personnes, ni à leur bétail, et leur laisser » paisiblement faire leurs négoces et affaires durant le » temps qu'ils continueront à faire leur devoir. En foi
• de ce, j'ai écrit et signé la présente, à Dieulefit, ce . 18 août 1575. »
Aucun fait saillant ne marqua l'année 1576; aussi le château n'était-il gardé que par un caporal. Au mois de mai, cependant, le passage de Bridon fut surveillé, et M. d'Ourches vint lui-môme avec sa compagnie à La Bégude et au Poët-Laval.
Le 29 mai, la paix est publiée à Chàteauneuf, et, sauf quelques appréhensions éphémères, elle dura jusqu'en
Cette année-là, les protestants devinrent maîtres de la place, et l'on ignore comment arriva le fait. Une fois entrés dans le bourg, ils remplissent le château de soldats et en placent même chez les habitants avec ordre de les nourrir ; ils font réparer les murailles, construisent une seconde forteresse à côté de l'ancienne, coupent à cet effet tous les arbres à fruits des environs et mettent
DE MONTELIMAP
les travaux à la charge des habitants. Ils s'élevèrent à -iOOO livres. Outre les dépenses, le marquis du Poët frappa encore la communauté d'une contribution de 80 livres par mois, qu'il fallut acquitter de gré ou de force.
Ecrasés sous le poids des impôts de guerre, les habilants recourent à Lesdiguières, successeur de Montbrun dans le commandement des troupes de la Réforme. Celui-ci se contente d'écrire au bas de leur requête : « Attendu la misère où l'on est à présent, les sup- » pliants sont renvoyés jusqu'à ce que les moyens soient » plus grands. »
La Ligue
L'année 1578 fut signalée par la mort, àMontélimar, de Bertrand Raimbauld, marquis de Cordes, lieutenantgénéral de la province, regretté des deux partis, « pour » les vertus, bontés et prévoyances qui estoient en » lui. » (1) 11 avait perdu son fils, près de Livron, et d'Ourches, son gendre, peu de temps auparavant : la douleur et les fatigues de la guerre abrégèrent la vie de cet homme de bien.
(I) Eust. Piedraont, Mémorial des choses advenues... en buiiphiuê. — Long : La Réforme et les guerres de religion.
A la même époque, les contributions publiques, devenues exorbitantes par les impôts militaires, excitaient dans le Valentinois une sédition que la prise de Chàleaudouble et de Ruissas apaisa, mais qui fut, aux yeux de la foule, le point de départ de la grande campagne entreprise pour la réforme de l'assiette des tailles, et de la ligue politique organisée par Colas, visénéchal de Montélimar, et par ses adhérents.
En vain Catherine de Médicis se rendit-elle en Dauphiné, dans le courant de juillet 1579 ; elle n'obtint de Lesdiguiôres que des refus polis, et des catholiques divisés qu'une réconciliation éphémère. Ses règlements pour calmer le tiers-état ne satisfirent personne. Après son départ, Bellegarde, Maugiron, Lesdiguières, etc.. » s'assemblèrent au Moncslier de Clermont, et là, dit » Chorier, on s'accommoda. On convint que tous actes » d'hostilité et toutes contributions cesseroient de part » et d'autre; que les huguenots vuideroient les places » qu'ils tenoient, à la réserve de Nyons, de Serres, de » Gap, de La Mure, de Livron, de Die, du Pont-de- » lloyans, de Pontaix et de Châteauneuf-de-Mazenc ; que » les catholiques rentreroient néanmoins dans ces villes » et dans leurs biens et les huguenots, dans celles des » catholiques.... Ce fut tout ce que l'on put faire alors ; ■ on endormit le mal et on ne le guérit pas. » (I)
En effet, les catholiques les plus zélés de Chateauneuf entrèrent avec empressement dans le parti de la Ligue, s'entendirent avec ceux du voisinage et assistèrent à l'assemblée de St-Gervais, chargée d'organiser leur union (1580).
Profitant de ces divisions, des malfaiteurs semaient l'effroi dans les campagnes par leurs rapines, et le bourg était lui-même menacé à ce point, que les consuls
fl] Histoire abrégée, u, 173.
furenl obligés de placer des sentinelles dans chaque quartier et d'acheter des cordes pour sonner la raide ou le tocsin au moindre signal d'alarme. Au surplus, l'arrivée de M. de Comps avec ses troupes démontre assez l'importance que prenaient ces bandes de pillards.
Vainqueur à La Mure, le duc du Maine ou de Mayenne descendit dans le Valentinois et dans les Baronnies, et y fit démolir les fortifications et les murailles de trentedeux places. Châteauneuf se trouvait du nombre, et le 30 mai 1581, quatre commissaires y vinrent surveiller la ruine du château et des remparts. Mais à la prière des habitants, M. de Comps arrêta les travailleurs, et les murailles furent conservées.
On trouve, au mois de juin suivant, des soldats en possession du château, et l'intervention des gentilshommes du voisinage est môme nécessaire pour les en sortir, l'ne sédition y attire MM. de Rochefort et de La Touche avec leurs compagnies, et il est décidé que vingt-cinq soldats garderont la place aux frais de la communauté. Maugiron, lieutenant-général, y envoie la garnison de La Bâtie-Rolland ; mais, comme la peste sévissait en ce dernier lieu, il révoque son ordre, à la prière des habitants de Châteauneuf.
Pour faire juger de l'état d'anarchie où se trouvait alors la province, M. l'abbé Robin cite le fait suivant : le capitaine La Rovère étant venu rôder avec sa compagnie sur le territoire de Châteauneuf, y rencontre des troupeaux de bétail sous la garde de leurs bergers et les emmène âUpie. Les consuls les réclament; pas de réponse. Des envoyés vont parlementer avec le ravisseur, qui s'oblige à rendre bergers et troupeaux, moyennant une rançon de 300 livres, que M. d'Espeluche prête à la communauté, (t)
[1J Mémoire manuscrit sur les guerres de la Ligue à Chàteauneuf-de-Mazenc.
Les seuls faits connus de l'année 158'2 se réduisent à la conservation de Châteauneuf par les catholiques, et à la levée d'une contribution destinée au ravitaillement des nouvelles citadelles de la province.
En 1583, même absence d'événements. « Il y a long- ■ temps, écrivait aux consuls le marquis du Poët, à la » date du 18 juin, que j'ai été averti que vous prétendez » vous être du des arrérages de tailles sur les biens de » feu le capitaine Philip, et même que vous avez con- > traint ma cousine, sa veuve, de vous en bailler quel- » que partie, comme elle m'a fait voir par la reddition » de son compte, chose que je ne veux souffrir, mais, » au contraire, suis résolu d'en recourir à la justice, vu » que je suis de qualité pour n'être cotisé en vos tailles. » Vous savez aussi les sentences que feu M. du Poët. • mon père, en a obtenues contre vous par feu M. » d'Exea, visenechal pour lors à Montélimar, lesquelles » j'ai rière moi avec le procès. » Il termine en demandant ce qu'il doit espérer d'eux, « vu que les biens du » capitaine Philip lui ont appartenu, » avant les accords faits avec M. de Villet.
J'ignore ce qui fut fait alors; mais en 1605, le 21 avril, Melchionne Philip, veuve de Nicolas de Villet. cédait à Jeanne d'Allian, dame du Poët-Célard, une somme de 600 livres due par les consuls et communauté de Châteauneuf. (1)
1584. — Depuis très longtemps il existait à La Bégude un pont sur le Jabron, pour faciliter le passage des voyageurs qui suivaient le chemin d' A leyrac, autrefois chemin royal. Un débordement de la rivière en emporte deux arches sur quatre, et le comte de Sault, maître des moulins, fait construire un pont de bois. Galland, chargé de la réparation des routes, déclare dangereux le passage 1) Archives départ. Notaire Senoul.
du Pas-tle-Croix et celui du Jabron ; mais les habitants répondent que les guerres précédentes ont ruiné le pays et que M. de Sault, possesseur du péage de La Bégude, affermé 300 livres, doit seul supporter les frais des travaux demandés.
1585. — Les troubles renaissent avec la guerre dite des Trois- Henris : « Henri III, Henri de Navarre et Henri » de Guise. Guerre religieuse plus funeste et plus lon- » gue que les précédentes, fait remarquer M. Long. » Elle dure onze ans. » « En toutes les aultres, ajoute » Gaspard Gay, ne s'estoit tant faict de mal au peuple - qu'en ceste-cy, en laquelle s'establit une telle tyrannie » par certains de la noblesse ayant commandement de » guerre, que, aprez avoir mis citadelles en toutes les » villes en Dauphiné, ilsprindrent d'une telle façon sur » le peuple qu'ils ruinèrent tout. »
Le capitaine Bompart, des coseigneurs de Portes, commandait alors à Châteauneuf ; il fit réparer le fort et les murailles, fermer les portes et nettoyer le puits de la citadelle. Le 14 mai, M. de Noveysan écrivit du camp de Loriol aux consuls de se tenir sur le qui-vive, et ils n'eurent garde de négliger cet avis. Toutefois, il n'y eut pas d'attaque à repousser en ce moment : ce fut au mois d'août seulement que 300 soldats du parti de la Réforme se présentèrent devant le bourg où Bompard les attendait parfaitement approvisionné. Aussi prirent-ils le chemin d'AIeyrac sans démonstration offensive.
Avec la guerre, les contributions militaires recommencent forcément : le 12 mai, le consul Hébrard reçoit l'ordre d'envoyer des vivres au camp de Loriol pour les régiments de Mon toison et de Noveysan ; son conseil décide qu'il faut attendre l'arrivée de l'autre consul pour lors à Grenoble. Mais les soldats de Loriol s'impatientent et envoient leurs fourrageurs pour presser la
fourniture demandée, et ceux-ci se saisissent de trois conseillers qu'ils conduisent avec eux. Il faut donc s'exécuter non gré mal gré, et payer en outre les frais de voyage de la compagnie expéditionnaire et les frais de geôle des conseillers. (1).
Au mois d'août 1585, Montélimar tombe au pouvoir de Lesdiguières. Maugiron, dans l'espoir de reprendre la place, amène l'armée catholique dans les environs, fortifie Crest, Loriol et Sauzet, où il établit son camp. Ce voisinage entraîne pour Châteauneuf l'obligation de fournir au lieutenant-général des vivres et des pionniers, à diverses reprises. Au mois d'octobre, les consuls reçoivent la proclamation suivante :
« De la part du roi et de Mgr de Maugiron, etc., il est » expressément défendu à tous châtelains, consuls ou » habitants des villes ou lieux proches de la ville de » Montélimar... de porter ou faire porter vivres ni au - » très choses en icelle, ni d'y aller, soit pour travailler » à la fortification que les adversaires de S. M. y font » faire, ou pour quelque autre occasion que ce soit, et » de favoriser directement ou indirectement sur peine » de confiscation de corps et de biens, commandant ex- » pressément à tous capitaines, lieutenants et soldats en » garnison ès environs de ladite ville et autres gens de » guerre de faire observer et garder le contenu en la » présente et lesdils châtelain et consuls de même, fai- » sant don, dès à présent, auxdites gens de guerre sui- » vant l'intention de S. M. du pillage des maisons de » ceux qui contreviendraient à cette présente. Fait au » conseil du roi à Homans, le 14 octobre. »
On ignore les résultats de cet ordre rigoureux et de cette espèce de blocus.
'1) Manuscrit de M. l'abbé Robin ; — La Réforme et les guerres de religion en Dauphiné, p. 184 et 308.
DE MONTÉLIMAH
1586. — Le 3 janvier, Bernard Nogaret II, seigneur de La Valette, tour-à-tour gouverneur de Saluées, de Dauphiné et de Provence, mort au siège de Roquebrune, en 1592, sans laisser d'enfants d'Anne de Bathernay, fille de René, comte du Bouchage, écrit aux consuls de Châteauneuf de recevoir pour huit jours seulement une compagnie de reitres français, commandée par Antoine Alleman de Champs, et de leur fournir des vivres au taux fixé par le commissaire des guerres. Comme la compagnie prolongeait son séjour au-delà du terme fixé, les consuls se plaignirent à La Valette, qui leur octroya Vaide de quelques villages voisins. Cependant, le lieutenant de M. de Champs, loin d'être touché de la misère profonde dans laquelle les contributions forcées des catholiques et des dissidents jettent les habitants de Châteauneuf, multiplie à ce point ses vexations que la plupart des notables se réfugient soit dans le château, où M. de Bompard commande, soit dans les localités les plus proches. Deux fois La Valette enjoint aux reitres d'évacuer le bourg et deux fois des circonstances inconnues les y retiennent. Leur départ n'a lieu que le 13 mars. Quand vient le moment pour les communautés données en aide de payer leur quote-part, les difficultés succèdent aux difficultés : Poët-Laval, Puy-St-Martin, Valaurie. St-Gervais, Pont-de-Barret et Soyans, veulent contribuer seulement jusqu'au 4 mars au lieu du 13, et il faut des ordres précis du gouverneur pour les mettre à la raison.
1587. — Dès les premiers jours delà nouvelle année, la peste sévit à Châteauneuf et prolonge ses ravages jusqu'au mois d'août avec des intermittences. Vn conseil de santé est établi ; Jean Fabre porte des vivres et des remèdes aux malades relégués dans des cabanes, et des parfumeurs sont appelés. Guillaume de Lérisse, méde-
cin de Chabeuil, écrivain contemporain, recommande, en effet, de se pourvoir au commencement de la contagion « de bons nettoyeurs etperfumeurs pour désinfecter • les maisons et meubles, » et il déclare excellents en ces cas le bois et les baies de genièvre, la sauge, la lavande, le romarin, etc. (1) Malgré ces précautions, le mal lit des victimes, et une requête adressée à La Valette porte le nombre des morts aux trois-quarts de la population ; le même document ajoute que les survivants sont obligés eux-mêmes de défendre les remparts, que les défenseurs du château ont consommé tous les vivres de la place et exigé de plus une obligation de 236 écus pour leur solde, et que, sur le refus de payer une imposition de 1,000 livres levée au nom des réformés, les soldats de ce parti sont venus prendre leurs bestiaux. La Valette écrit au bas de la requête : « Se retireront les suppliants » aux sieurs commis du pays pour leur pourvoir, ainsi » qu'ils verront à faire, et à l'avenir sera eu égard à leur » soulagement le plus que faire se pourra. Valence, le » 19 septembre. »
L'anarchie, la peste et la guerre ! Telle est l'histoire •le Chaleauneuf en cette année malheureuse.
Toutefois, au milieu des ruines et des nombreux désastres que de pareils fléaux amènent, on trouve encore d'héroïques dévouements et de mâles caractères. Jacques Delolle et Pons Brachet, consuls, se tiennent constamment à la hauteur de leur mission et veillent de leur mieux au salut des pestiférés. Le 19 mai, dans une réunion sur la place St-Pierre, on décide d'acheter 95 sétiers de méteil à Fayn, notaire et fermier du comte de Sault, et de nouveaux achats de grains s'effectuent dans le mois suivant. Outre les malades, il faut, en effet.
•1) Méthode excellente... pour guarir la peste, Grenoble. Veraier, 1808
nourrir des soldats; il faut aussi payer un chirurgien, payer des gardes de santé et des garde-malades. Et il n'y a plus d'autres ressources que l'emprunt !
1588. — La reprise de Montélimar par les catholiques n'améliore en rien la position de Chàteauneuf. Maugiron mande aux consuls, le 19 janvier, de nourrir la garnison de leur château et d'y tenir des vivres et de la poudre, leur promettant de faire rembourser les avances faites. De son côté, le marquis du Poet, au nom des protestants, envoie de temps à autre fourrager à Chaleauneuf et dans les environs.
Enfin, le capitaine Chapolier lui-même, commandant du château, pour Maugiron, s'oublie jusqu'à injurier et frapper un consul du lieu, qui est pris et dévalisé par les réformés, en allant se plaindre au lieutenant-général, pour lors à Mon toison.
1589. — M. de StFerréol, l'âme de la Ligue dans le voisinage de Montélimar, vient à Chàteauneuf et fait réparer les murailles ; de Montoison y commande aussi ; mais ni l'un ni l'autre ne peuvent arrêter les courses des gens du marquis du Poet, qui enlèvent les troupeaux et las bergers des fermes. Alphonse d'Ornano, colonel général des Corses, successeur de Maugiron, ordonne au marquis de se tenir tranquille; il n'en continue pas moins ses ravages. Les consuls envoient requêtes sur requêtes ; le 26 juillet, d'Ornano écrit au bas de l'une : « Soit mon- » trée au procureur du pays; » « En ce qui concerne » les poursuites du sieur du Poel, répond ce procureur.
• le fait est renvoyé pour en trailer avec les députés du
• sieur Desdiguieres, et cependant l'on supplira Mgr le » colonel vouloir écrire au sieur du Poet de n'inquiéter » ni molester les suppliants et de leur rendre et resti- » tuer leur bétail et les prisonniers détenus. » — Quelle autorité pouvait avoir un gouvernement réduit à ces extrémités I
Au mois d'octobre, la comtesse de Sault, dame de Châteauneuf, écrivit aux consuls de bien prendre garde à eux. « Il y va de la conservation de vos biens et de vos » vies, si vous tombez ès mains de ces gens-là (des ré- » formés). Je m'assure qu'ayant toujours fait paraître
• combien vous affectionnez le bien de l'Eglise, Dieu » vous assistera en toutes vos actions. Je connais aussi » que M. de St-Ferréol est un honnête et brave gen- » tilhomme, qu'il a beaucoup d'affection pour vous, et » que, vous gouvernant par son avis, vous ne pourrez » avoir que tout contentement... Ledit de St-Ferréol » ma fait demander quelque argent pour faire travailler » au château, ce que j'ai incontinent ordonné de lui » fournir. . . Je vous prie d'y faire travailler de votre » part. »
Celte année-là, Henri, roi de Navarre (Henri IV) montait sur le trône, malgré la Ligue. « Le Dauphiné, dit M.
• Long, était alors dévoré par les royalistes, commandés » par d'Ornano, par les ligueurs sous les ordres de » Nemours, par d'Albignt, fils puîné de Gordes, et par » les vieux huguenots de Lesdiguières, dont presque » tout le Dauphiné reconnaissait l'autorité. »
Les consuls de Chàteauneuf tenaient pour la Ligue, et les commis des Etats, le 5 décembre, leur recommandaient de se concerter avec M. de St-Ferréol pour la conservation de leur place, « les priant de l'assister en » tout ce que requerra pour le bien et avantage du pu-
• blic et des bons catholiques, au plus grand soulage- » ment du peuple que faire se pourra. »
Toutes ces recommandations furent vaines. Le 13 du même mois, les catholiques et les protestants du parti de Henri IV vinrent assiéger Chàteauneuf et s'en rendirent maîtres au bout de quinze jours. Eustache Piedmont raconte ainsi le fait :
DE MONTÉHMAR
« Mgr le colonel (d'Ornano) passant près de Chasteau- » neuf Damazan et du Sauzey que le sieur de St-Ferréol » nommé La Grande Barbe du party de M. le duc du » Maine tenoit, fil semblant avec ses forces de l'assiéger, » quoy voyant sans secours rendit lesdites villes moyen- » nant 1,500 écus qui lui furent rendus à Lyon. Après » M. Desdiguières, au lieu d'aller en Provence se retira » avec ses forces aux montagnes, mondit sieur le colonel » alla donner ordre à Tarascon. » (1)
xxn
Fin de la guerre.
1590. — La prise du bourg amena de nouvelles garnisons et de nouvelles contributions et exactions militaires. Deloulle, Fayn, notaire, et le capitaine Blanc supplièrent en vain le marquis du Poet de les déebarger des unes et des autres ; celui-ci ne se pressait pas de leur donner satisfaction, et le remède proposé aux consuls était loin d'obtenir leurs suffrages. Ce remède, en effet, n'était autre chose que la démolition de leur citadelle. Voici la lettre qu'ils reçurent le 29 janvier : « M. » du Poet ne pouvant satisfaire promptement à l'exécu- » (ion de la commission de M. le colonel d'Ornano à • démanteler votre lieu et raser le château, afin de vous
(1) Robin, Mémoire sur les guerres de la Ligue h Châteauneuf, manuscrit; — Eust. Piedmont, Mémorial des choses advenues, etc., manuscrit.
» relever de la dépense en laquelle vous êtes pour la gar- » nison, m'a commandé de procéder à ladite exécution » et avertir toutes les communautés de ce ressort pour » aviser aux moyens les plus actifs et les plus propres » pour cet effet... Je vous supplierai de vouloir venir » jusques ici prendre jour pour appeler les consuls des » autres lieux dans le vôtre pour y procéder et bailler à » prix fait la démolition, au plus de soulagement du » peuple que faire se pourra... »
Le capitaine Blanc se rendit à Montélimar, suivant l'invitation contenue dans la lettre ; mais une autre missive du 18 juin, signée par M. de Marsane, permet de conclure que les travaux de démolition, recommencés alors, ne marchèrent pas plus activement, et que château, murailles et tours disparurent seulement en 162*2, d'après un ordre de Lesdiguières, daté de Valence, le 2 février.
On ne trouve plus rien d'important sur la communauté, en 1590, que le sauf-conduit accordé à ses habitonts par le Parlement de Provence :
< Les gens tenant la Cour. ... à tous ceux qui ces pré- » sentes verront, salut : savoir faisons que nous, pour » certaines raisons à nous connues, mettons sous la • protection et sauvegarde du Roi très expressément les » syndics, particuliers, manants et habitants du lieu de » Chàteauneuf-de-Mazenc, en Dauphiné, appartenant » au sieur comte de Sault. et ensemble, leurs femmes, » enfants, familles, maisons, bastides, granges, vignes, » terres, prés, jardins et autres biens meubles, fruits et » bétail, faisant très expressément inhibition et défenses » à tous capi laines, soldats et gens de guerre en ce pays » de Provence et à tous autres qu'il appartient de faire » aucune course ni ravage audit lieu et son terroir, de » troubler, inquiéter ou molester lesdiU manants et ha-
» bitanls en leurs personnes et leurs biens, ni leur » prendre, ravir, gâter, ni transporter aucuns meubles, » fruits ou bétail; ains au contraire les avoir en toute
> recommandation et les gratifier en tout ce qu'ils » pourront..., attendu que lesdits manants et habitants » sont très bons catholiques et soutiennent le parti de
> la religion apostolique et romaine, et à cette occasion » ont été démantelés et punis par les hérétiques dudit » Dauphiné. Donné à Aix en ladite Cour, le 9e jour d'oc- » tobre. »
Cette protection lointaine aurait eu peu d'efficacité si la guerre eût continué dans la province ; mais le calme renaissait heureusement dans le Valentinois.
En 1593, la comtesse de Sault écrivait à d'Ornanoen ces termes :
« Mes sujets de Châteauneuf-dc-Mazenc se sont venus
• plaindre à moi que d'ordinaire M. le comte de Gri-
• gnan mande loger en leur lieu sa compagnie de cava- » lerie, la faisant séjourner deux ou trois jours chaque » fois qu'elle y fait son passage, encore qu'il ait ordre » de loger ailleurs et sur des lieux qui lui sont beaucoup
• plus commodes, dont ces pauvres gens en supportent » des foules (contributions) si grandes qu'ils seront
• enfin contraints d'abandonner leur misérable lieu, vu » mômement qu'ils ne peuvent espérer que cette dépense » leur soit admise, n'étant ces passages de votre cora- » mandement, ains de la seule autorité de mondit sieur » de Grignan, ce qui m'a émue de compassion, et me » ressouvenant de l'honneur qu'il vous a plu me faire » de me donner maintes assurances de votre amitié et » me l'ayant en effet témoignée en beaucoup d'occasions » qui s'en sont offertes, j'ai bien osé vous importuner de » la supplication très-humble que je vous fais de vouloir » en écrire à mondit sieur de Grignan de ne continuerà
» l'avenir de leur porter celle surcharge de dépense » qu'une infinité d'autres lieux peuvent supporter avec » plus de commodité qu'eux, pour l'extrême nécessité » en laquelle cette saison misérable les a réduits. Cette » faveur sera fort charitable et toutefois, en mon parti- • culier, elle ne pourra de rien augmenter les obliga- » tions que vous avez déjà acquises sur moi, car elles » sont en leur perfection.... deCaromb, le 30 mai. » (i) Voilà le dernier document recueilli par M. l'abbé Robin sur la période agitée que nous venons d'étudier d'après lui. Mais une chose doit nous rassurer, c'est que Henri IV entrait à Paris, le 22 mars 1594, et proclamait la liberté religieuse le 6 avril 1598. Avec ce règne, l'ordre et la paix renaissent ; peu à peu les plaies se cicatrisent, la confiance ranime le commerce, et l'agriculture est enfin débarrassée des contributions de tous les partis.
Sous Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, la tranquillité publique n'est pas troublée à Chàteauneuf ; l'orage de 1793, si violent sur d'autres points, épargne la commune. Mais, en l'an VI, des hommes armés voyageant la nuit avec mystère y sèment la terreur ; le 15 ventôse, sur le chemin d'AIeyrac, on trouve un homme assassiné, le cadavre criblé de balles; le 1"" prairial, le détachement de 3*2 soldats cantonné à Chàteauneuf,
(1) Il ne s'agit ici que des malheurs do la guerre: car au témoignage d'Eustache Piedmond, « l'anné> 1593 du com- » mencement des mois d'avril et may a été aucunement » pluvieux, le mois de juillet chaud et sec, septembre plu- » vieux qui empesrha de battre le reste des bleds et s'en » gasta beaucoup : la récolte fut abondante en bled, huisle » et autres fruits ; il y avoit plus de dix ans qu'il n'y avoit » tant eu de bled ny de noix ; la vendange fui abondante; » mais la pluve d'octobre et neige qui tomba le 7 de ce mois » gela les feuilles et creva les raisins mal meurs par gelée » blanche. » Mémorial des choses advenues,., en Dauphiné.
se joint à la garde nationale et se divise en trois groupes pour se rendre au Pertus de la Roche, au Grand-Pas d'Eyzahut et cerner ensuite les individus réfugiés dans une caverne du voisinage. Une lettre du 8 floréal se plaint de l'inutilité des battues, des marches et contremarches pour éloigner les malfaiteurs qui détroussent les passante. Le 13, des patrouilles sont dirigées vers le pas de La Croix et le vallon de Brive.
La nuit du 2 au 3 vendémiaire an VII, l'arbre de la liberté du bourg est arraché, enlevé et porté sur une vieille tour. Malgré toutes les recherches, on ne peut découvrir les auteurs de ce délit. Le commissaire promit de le faire remplacer, et, pour plus de solennité, de requérir l'assistance de trois compagnies de garde nationale qui feraient « retentir les airs chéris de la patrie. »
En l'an VIII, le maire et l'adjoint donnent leur démission : parce que, disent-ils, « le fanatisme est à son » comble dans la commune, l'assassinat et le pillage sont » organisés de la manière la plus atroce, les fonction- » naires publics sont désignés pour être les victimes des » brigands. »
Tirons un voile sur les événements de cette époque tristement illustrée par les exploits de Raymond, curé d'Aleyrac, et, en terminant cette notice déjà bien longue, émettons le vœu que jamais la différence d'opinions religieuses ou politiques ne vienne plus armer les populations les unes contre les autres.
L'histoire du passé, si elle était bien connue, devrait suffire à elle seule pour démontrer que jamais il ne sort rien d'utile de ces stériles et sanglantes divisions.
Mais, à défaut de l'histoire, le bon sens n'est-il pas là avec sa voix amie pour nous répéter sans cesse : La liberté polititique et religieuse est une précieuse conquête; mais ni l une ni l'autre n'aulorisonl les violences, le mé-
pris des lois, l'outrage aux personnes, l'attaque à la propriété.
Dernières notes.
Il n'est pas sans intérêt, après toutes les vicissitudes racontées dans celte notice, de conserver une description du bourg, en 16G2, c'est-à-dire à 200 ans de date. A cette époque, le village était, comme aujourd'hui, du reste, assis à mi-coteau et bâti en amphithéâtre du côté de l'ouest. « Depuis le milieu dudit coteau jusques » au sommet, il y avait autrefois un château qui a été » démoli. Le village est encore fermé de murs, sauf » qu'il y a diverses brèches où lesdits murs sont ruinés » et tombés en partie jusqu'à terre, en partie à demi, » plus haut ou plus lias. A ces murs existent encore les » trois portes qu'il y a eu de tout temps, dont les ouver- » tures bâties en bons matériaux sont encore entières, • sans néanmoins qu'il y ait aucune porte de bois. » L'une, du côté de bise, est appelée porte Neuve, hors ■ laquelle il y avait un petit faubourg, dont les maisons » ont été ruinées, n'y en ayant plus que deux en exis- » tence, et ce faubourg a sa pente assez droite depuis » l'issue de ladite porte jusques à une fontaine sur le » bas, distante de 200 pas environ.
» La 3e porte est du côté du midi, appelée porte de » l'Eglise, au dehors et proche laquelle étoit bâtie au-
» trefois une église et quelques maisons aboutissant au » dessous du chemin, et au dessus duquel il y avait » quantité d'autres maisons.
» La 3e porte, appelée porte du Tour, est au bas du » bourg ; il n'en reste qu'un bâtiment fait assez proche » et au-dessous du grand chemin qui fait le tour des » murs jusqu'à la porte Neuve, qui est le passage venant » de Provence à Lyon. » (1)
Indépendamment du château seigneurial, il y avait à Châteauneuf, dans les siècles passés, diverses maisons de gentilshommes sur lesquelles il est bon de donner quelques détails :
La maison des Jabelins, appartenant à Louis de Loulle, en 1662, avait alors des créneaux anciens et une guérite, avec meurtrière au-dessus de la porte, de construction récente. On connaît l'histoire de ses possesseurs. Mais il faut aussi dire un mot des d'Aslier de Monesargues, successeurs des de Loulle. Monesargues est un arrière-fief de la terre de Lurs, propriété des évéques de Sisteron ; les d'Astier en étaient originaires et M. de Piolenc, en 1764, contestait la noblesse de Victor Amédée, Pun d'eux, capitaine d'une compagnie d'invalides, allié à Marie de Loulle. Vers la fin du XVIIIe siècle, Jeanne-Marie d'Astier de Monesargues, demeurant à Beauplan sur Châteauneuf-de-Mazenc, testa en faveur de nobles Joseph-Mathieu Dacosta de Beauplan, de François-Joseph-Marie Dacosta de Ferret et de Joseph- Alexandre-Paul Dacosta de Guigneau, ses neveux, de Vaison.
L'acte de 1292 et celui de 1293 mentionnent, à la vérité, un Eynard et un Aimar deChabrillan, tous les deux nobles, auxquels succédèrent plus tard les Moreton, seigneurs de La Palud, en 1250; et l'on trouve, à des
II) Archives départementales, E, fomls Ravel.
époques moins reculées, divers membres de la famille d'Crre. Mais les notices de St-Gervais et de la Touche nous permettront de revenir sur ces maisons illustres de la province. Les Guigues (G uigonis), représentés en 1349 par Godefroy, fils de Pierre, possesseur de la baylie du lieu, paraissent s'être fondus dans les Moreton. Quant aux Dalmas, aux Roysses, aux Liautaud, aux de Port (de Porti), aux de Molinu, que l'on trouve dans la seigneurie avec la qualification de nobles, du XIVe au XVe siècles, les détails sur leurs faits et gestes ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Nous retrouverons les Bologne à la Roche Saint-Secret et les des Isnards à Manas. Occupons nous donc ici uniquement de la noblesse de Chàleauneuf.
Lovs Simon dit de Brion, écuyer, vivait en 1543 : son histoire se réduit à ce renseignement.
Les Cuapolier, dont les nobiliaires ne parlent pas, remontent, d'après nos renseignements, à Humberl, fermier de la seigneurie, en 15*21). Etienne parait avoir succédé à Humbert et Gonet à Etienne. Ce Gonet épousa Valenciane de Marsane et laissa Hugues, Mathieu, Nicolas, Jeanne, Amie et Catherine, de 15G9 à 1581. Jeanne de Moreton était veuve, en 1597, d'Imbert de Chapolier et tutrice de Jacques et Charles, ses enfants. Ces deux derniers transigeaient, en 1032, avec Jeanne, leur sœur, au sujet de la substitution écrite dans le testament de Jean de Clion.
Humbert, en 1540, avait à Clutteauneuf deux maisons dans le bourg et plusieurs immeubles dont il fournil le dénombrement au visénéchal de Montéliraar.
Les Clîoiî (de CiivoJ, Clion, Clieuou Cleu tiraient leur nom de Cléon-d'Andran ou de Cliousclat. Le plus ancien connu est Ponson, en 1494. Aimar rendit hommage au roi-dauphin, en 1541, et déclara posséder une maison
au bourg de Châleauneuf et plusieurs immeubles. Un acte de 1556 nous apprend que noble Michel de Clion fut père et légitime administrateur des biens de Gabriel, son fils, héritier universel de noble Jean de Clion, seigneur d'Orcinas, et qu'il passa procuration à Etienne Chapolier, écuyer, son beau-fils, de vendre ses biens et Ja seigneurie d'Orcinas à noble Bertrand de Lattier, dit Fayod.
En 1563, dans la maison de ce Michel de Clion, fut célébré le mariage de Charlotte, sa fille, avec Rostaing de Vesc, fils de Sébastien, seigneur de Comps et Dieulefit. Jean Dupré, seigneur du Mas, Claude de Chaflîn, etc., y assistaient comme parents de la future. Devenue veuve quelques années plus tard, elle épousa successivement le capitaine Verancy Blanc et un d'Esclausel ; car, dans son teslament de Tan 1631, elle fait des legs à Charlotte de Cluseau, sa fille, femme de Mathieu Fayn, et à Pierre de Cluseau, son fils, et institue héritier universel noble Jacques de Cluseau.
Il existe encore au Pouzin ou dans les environs une famille de Clieu.
Esclausel, Clausel, Closeau et Cluseau. — Christophe, en 1540, neveu de noble Louis Simon, en dénombrant ses biens au visénéchal de Moniélimar, déclarait posséder une maison en fief et arrière-fief du roi, « ainsi qu'il avoit esté recognu par ses prédécesseurs, » et plusieurs immeubles à Châteauncuf. Il avait épousé Jeanne de Vesc, et, le 7 juin 1565, son fils de même nom contractait mariage, à Portes, avec Blanche de Bude (Buda), en présence de François de Cluseau, de Rostaing et de Claude de Vesc. Christophe, châtelain de Chàteauneuf, fil héritier Achille, son fils, et Pierre et Charlotte, enfants de Jacques, son autre fils. En 1605, Pierre était, à son tour, capitaine châtelain delà seigneurie. Au milieu du
XVIIIe siècle, on trouve noble Charles d'Esclausel, sieur d'Eyroles, domicilié à Sallet tes.
Ollivier. — L'Armoriai du Dauphiné fait remonter cette famille à Tan 1318 et la divise en deux branches : relie des seigneurs de Gouvernet, finie vers 1540, et celle qui resta à Châteauueuf et y tomba en quenouille par trois filles : Méraude, Louise et Agnes, femmes de Cyprien Fléhard, de Claude de Deveis et de Jean Vallier.
Mes renseignements ne s'accordent guère avec les dates données par Y Armoriai. En effet, d'après cet ouvrage, Méraude, Louise et Agnès étaient filles d'Etienne Ollivier, conseiller au Parlement de Grenoble en 1508, et jelrouve, en 1020, Marguerite de Meilleuret, veuve de noble César d'Ollivier; en 1603, une transaction du même César d'Ollivier avec Benoit Fillion, son beaufrère. Le 15 août 1560, Aimar Ollivier, par son testament, nomma César, son fils, son héritier universel, Claude de Guyon, sa mère, usufruitière de ses biens, et Catherine, Marguerite et Jeanne, ses légataires, ainsi que Clémence de Monts, sa femme. Ce même Aimar, frère et procureur de Jean, avait dénombré leurs biens, en 1540, au sénéchal de Montélimar.
Philip. — On sait que le capitaine Jacques Philip épousa Anne de la Roche, et qu'il futpèrede Melchionne (1581), et c'est tout.
Puissant. — Noble Gabriel Puissant, de Montélimar, acquérait un pré à Chàteauneuf, en 1539. et transféra sa demeure dans cette terre. Catherine Lcydier, fille de noble Claude, seigneur du ChafTant, veuve duditGabriel. testa le 2 septembre 1574 en faveur de Catherine, sa fille, femme du capitaine Veraney Blanc et de Martine, femme de noble Jean Pertuis. En 1569, Catherine était veuve de Claude Miraillet, dit Montferrier.
Saint- Ferréol. — D'après X Armoriai, le plus ancien
connu serait Albert, qui vivait en 1474. J'ai trouvé un compte de châtellenie de 1485 rendu par noble Michel. Guillaume, héritier de Michel, son père, fut écuyer du duc d'Urbin, en 1540; Jean, son frère, protonotaire apostolique, et Mathieu, prieur de Gaudissard. Peu de temps après, la famille ou quelques membres de la famille embrassèrent la réforme, car en 1599, Guillaume, qualifié ministre de la parole de Dieu, est déchargé de plusieurs créances dues aux consuls de Châteauneuf. 11 avait épousé Louise Dupré , héritière de Catherine de Bologne, et possédait les domaines du Mas, de Bologne et de Kognon. Leurs descendants s'établirent à Mon télimar.
Alexandre de St-Ferréol, fixé en Hollande, annonçait à ses parents de Dauphiné, au XVIIe siècle, qu'il avait fait dresser une généalogie de la maison remontant au IIIe siècle, et qu'il allait la faire imprimer. Il serait curieux de retrouver ce spécimen d'ignorance naïve ou de mauvaise foi complète, puisque les noms de famille ne sont devenus héréditaires que huit cents ans plus tard. (1)
Vesc de Combemont. — Je n'ai trouvé qu'Honoré de Vesc, seigneur de Combemont, en 1597, et noble Charles, habitant Montélimar en 1640.
Villet. — Noble Nicolas Villet, de Montélimar, affermait, en 1590, une imposition appelée vingtain à Châteauneuf, et s'y fixait. Il a le titre de capitaine en 1600 et épouse Melchionne Philip : ils eurent Philippe, Charles et Melchion. En 1655— 1574, Hector de Villet,
(1) Albert de St-Ferréol figure sur plusieurs titres de la commune, de 1444 à 1472, avec la simple qualification de notaire de Manas. Ne serait-ce pas Louis XI qui l'aurait anobli?
En 1472, on trouve Jean'de St-Ferréol, prêtre chorier de la cathédrale de Viviers.
capitaine au régiment de Piémont, se qualifiait seigneur de St-Maurice. Il avait un frère, d'abord curé aux Granges-Gontardes et ensuite à Chàteauneuf.
Je pourrais encore prolonger cette étude en parlant de nobles Guillaume des Michaux, sieur du Mat, à Charols, inconnu aux nobiliaires, et de noble Jean de Beaumont, dit de Drôme, fils naturel de Jean de Beaumont, seigneur de La Bàtie-Rolland et de Laurence Durieu, et gratifié par celui-ci de tous ses biens d'Eurre au moyen d'une donation verbale ; mais je n'écris pas un nobiliaire, et je passe de Chateauneuf-de-Mazencà Châteauneuf-du- Rhône. (1)
(1) Protocoles de notaires de Chàteauneuf, déposés aux archives départementales; — série E, fonds Ravel; — archives communales de Chàteauneuf.