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I. Dévotion à Marie en exemples, t. I, p

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Heureusement, tous les saints, même pour obtenir des grâces extraordinaires ne se sont pas cru tenus à un pareil exercice.

« Par la seule récitation de VAve Maria, nous apprend le Recueil des Scapiilaires, saint Augustin se vantait d'obtenir de Dieu tous les biens. Cliaque fois, ajoute le célèbre Bernard de Clairvaux, chaque fois que nous récitons avec dévotion ÏAve Maria, le ciel rit, les anges se réjouissent, le diable s'enfuit, tout l'enfer tremble et frémit. » (P. 45.)

Si, pour un seul Ave, il se produit tant de merveilles, que sera-ce donc lorsqù'avec le chapelet on en récitera cinquante, et avec le rosaire cent cinquante à la file '. Pour le coup, la Vierge ne peut manquer d'être touchée. Or, le but du rosaire, comme l'auteur du Recueil des S capillaires l'explique fort bien, est précisément de se rendre Marie favorable. Chaque dizaine d'Ave que le fervent lui adresse n'a d'autre but que de la solliciter de présenter au bon Dieu la « pétition » dite Pater qui les accompagne. Sans doute, nous pourrions présenter à Dieu cette pétition nous-mêmes; mais elle aurait alors beaucoup moins de chance d'être favorablement accueillie ; car, observe excellemment l'auteur déjà nommé :

I. On sait que le chapelet est une réduction du rosaire. Il ne se compose que de cinq dizaines, tandis que le rosaire en a quinze. Les quinze dizaines d'Ave du rosaire entrecoupés de Pater ont pour but de célébrer les quinze mystères, dont cinq joyeux, cinq douloureux et cinq glorieux.

96 V Arsenal de la Dévotion

« Qu'on se figure un pauvre homme qui, se trouvant dans la nécessité d'obtenir une grâce du roi, expose dans une pétition ses besoins et ses prières. La pétition est rédigée dans les termes les plus humbles et les plus respectueux ; il y a pourtant une bien grande différence que ce soit ce malheureux qui aille présenter au roi sa requête, lui dépourvu de belles manières, de mérites personnels et méprisable dans ses haillons, ou bien que ce soit la reine mère qui aille elle-même la présenter; car la reine, qui exerce le plus grand pouvoir sur le cœur du roi, obtiendra à coup sûr toutes les faveurs qu'elle demande. » (P. 47.)

Impossible de démontrer par une figure plus ingénieuse l'effet précieux du rosaire ou du chapelet, son diminutif.

Ajoutez que , d'après la croyance que TÉglise se plaît à répandre, la combinaison du chapelet serait d'invention céleste, la sainte Vierge en ayant révélé l'usage à saint Dominique, non point indirectement, par intermédiaire, mais de vive voix et parlant à sa personne^. Ainsi lancé, le pieux instrument ne pouvait manquer de Jouir d'un grand succès parmi les fidèles. C'est ce qui explique cette multitude de chapelets qu'on voit pendre aux étalages religieux : chapelets de toute dimension et de toute nuance : rouges, bleus, blancs, jaunes, noirs et même panachés, qui sont écrasés tous, quant à la dimension, par l'énorme

I. « Ce grand serviteur de Dieu le reçut des mains de la "Vierge elle-même, n Le Rosaire, p. 7.

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chapelet de Lourdes, chapelet tapageur s'il en fut, aux grains volumineux comme des noix.

Ces chapelets, de disposition variée, rappellent, sans la reproduire, la combinaison primitive dé saint Dominique. Ainsi se dresse la concurrence autour de toute invention à succès. Elle avait ici d'autant plus de raisons de se manifester que les Dominicains s'étaient réservé la bénédiction du chapelet fait sur le patron de celui de saint Dominique.

De la concurrence sont nés^ entre autres : Le Chapelet de sainte Brigitte, qui, au lieu de cinq dizaines, en compte six. Trois Ave supplémentaires complètent le chiffre total de soixante-trois Ave en rhonneur des soixante-trois ans que la Vierge a passés sur la terre. Ce chapelet paraît être d'introduction relativement récente en France. Il s'est élevé de graves débats sur la manière de le réciter. La bénédiction en est réservée aux supérieurs de l'ordre du Saint-Sauveur, autrement dit de sainte Brigitte. Les petits livres qui le prônent font ressortir cet avantage que les papes lui ont accordé un chiffre d'indulgences bien supérieur à ccli:i du rosaire ; et cet autre avantage encore :

« Le chapelet de sainte Brigitte n'oblige qu'à des prières vocales sans- exiger de méditation, et il suftit, pour le bénir, d'un simple signe de croix ; tandis que le chapelet ou rosaire de saint Dominique exige la méditation des mystères et ne peut être béni qu'avec une formule et d'après un rite déterminés. ' n

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