I. Annales de Notre-Dame de Lourdes, t. 2, p. 19S
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et s'écrie : « Pas de remède! C'est vous, ô Marie, qui guérirez mon enfant par l'eau de la grotte. » (P. 47.) Ce qui ne manque pas d'arriver, comme de Juste.
Une autre enfant est à la dernière extrémité...
Mais il faut citer cela textuellement. C'est trop beau !
« Ces derniers jours, une petite fille était à toute extrémité ; la maladie paraissait devoir se terminer fatalement, lorsque ia mère donna à son enfant, comme dernière ressource, de l'eau de la grotte, et l'enfant revint à la santé.
y) Cependant, dans la maison, on disait qu'elle avait guéri à la suite des remèdes administrés par le docteur. Aussitôt, l enfant retomba malade, et si grièvement que la mère, pour la seconde fois, eut recours à l'eau de la grotte, qui rendit la vie à. sa fille. » (P. 29.)
Voyez-vous cette Vierge égoïste et vindicative qui préfère mettre une enfant au lit pour la seconde fois plutôt que de laisser attribuer la guérison de son premier mal à un autre,
— Ah ! on dit que c'est le médecin qui t'a remis sur pieds. Attends, ma petite !
Et vlan ! elle lui recasse les jambes. O sottise impie des dévots !
Pour que ces bruits si mal pris par le véritable auteur de la cure aient pu courir, il est à supposer que l'on continuait à médicamenter la petite fille, tout en lui prodiguant l'eau de Lourdes. Ce moyen terme
paraît ne pas nuire, en général, au succès des guérisons. Les Annales n'ont pas scrupule d'en enregistrer de cette catégorie.
« Nous avons trop attendu des remèdes humains, dit une pieuse personne en offrant une fiole d'eau de Lourdes à une jeune malade ; Dieu les a rendus inutiles. Je n'y compte plus, et ils ne peuvent rien ; nous les continuerons cependant pour ne pas être taxés d'imprudence ; mais c''est Notre-Dame qui vous guérira .
» La malade pria et but quelques gouttes. L'eau miraculeuse fut mêlée depuis lors à tous ses remèdes. Dès ce jour, la décomposition, déjà très active, fut arrêtée. » (P. i68.)
Mais les vertus de Teau de Lourdes — jointe ou non aux médicaments — ne se bornent pas à la guérison des malades. Un des effets les plus curieux enregistrés par les Annales est certainement celui qu'elle produit dans les examens.
«( Un très-grand nombre de jeunes gens attribuent à la protection de Notre-Dame de Lourdes leurs succès, quelquefois inespérés, dans des examens. Les élèves d'un grand collège catholique étaient venus s'y recommander d'une manière toute spéciale ; ils avaient même trempé leur plume dans la fontaine miraculeuse. Les premiers vingt-deux qui se sont présentés on/ été tous reçus et plusieurs avec mention honorable. » (P. 85.)'
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D'autre part, une religieuse qui avait demandé de l'eau de Lourdes pour sa supérieure malade, constate :
« Notre bonne mère supérieure s'est trouvée mieux dès le moment que ma petite missive parvenait au vénérable curé de Lourdes. » (P. 164.;
Il semblerait, d'après cela, que pour i^aérir, il n'y a quelquefois pas même besoin d'user de Teau, m.ais seulement d'avoir envie d'en user.
Je ne m'étonne pas que les révérends Pères de Lourdes reçoivent tant de commandes.
« Presque tous nos correspondants, disent les Annales., demandent de l'eau de la grotte. Plusieurs personnes sont constamment occupées à en faire l'expédition, et il en part de la gare de Lourdes 70, 80 caisses chaque jour. Trois hommes suffisent à peine au seul travail des écritures en s'y livrant la journée entière. » (P. 194.)
Seulement, à la place des révérends Pères, ayant le choix entre tant de réclames variées, J'éviterais d'en enregistrer dans le goût de celle-ci :
« Je ne saurais trop vous remercier, écrit un prêtre, non-seulement d'avoir répondu à mon désir, mais encore d'avoir eu la délicate attention de me faire remettre l'eau miraculeuse le jour même de l'Immaculée Conception. Un de mes malades en a profité aussitôt et à son insu. Je lui en ai fait boire sans qu'il s'en doutât pendant neuf jours, et lui qui, pendant quatre ans, était resté entre la vie et la mort, lui qui, pendant
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quatre ans aussi, m'avait résisté avec une opiniâtreté désespérante et des blasphèmes qui font frémir, ex^fra doucement après sa neuvaine, dans les sentiments d'une piété d'autant plus consolante qu'elle était moins attendue. Ce petit événement, ajoute le correspondant;, a réveillé la ferveur de plusieurs âmes, ci je n'ai qu'à bieji me tenir, si Je veux ménager mon eau, dont elles se montrent avides. » (P.160.)
Que vous semble de ce bon prêtre, qui se vante d'avoir expédié en neuf jours, grâce à l'eau de i-ourdes, un malade qui depuis quatre ans se défendait vaillamment. Et les demandes, des demandes avides, tro'p avides peut-être, pleuvent sur lui depuis une aussi belle cure ! Cet empressement ne mériterait-il pas de paraître suspect ?
Les histoires, du reste, nemanquent pasdegens qui expirent ainsi — dans d'excellentes conditions de douceur, j'aime à le reconnaître — mais enfin qui expirent après avoir été mis subrepticement ou s'être mis d'euxmêmes au régime de l'eau de Lourdes. Dans le nombre il en est peut-être qui avaient plus idée de se guérir que de faire « une belle mort ». Ils n'en auraient pas moins tort. Nous avons nos vues, le Ciel a les siennes. Par exemple, nous buvons de l'eau de Lourdes pour être rappelés à la vie, le ciel nous fait passer ad patres : cela est fort bien et il ne reste, à la galerie, qu'à admirer, attendu que le Ciel « sait bien mieux que nous ce qui nous convient ».
Cette proposition, qui a cela de bon qu'elle peut
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servir à expliquer tous les miracles manques, est très ingénieusement soutenue par l'auteur de la Petite neiivaijie a. Notre-Dame de Lourdes, à Vusage des malades ^ .
« Elle nous ain^ mieux, dit-il en parlant de la Vierge, que nous ne savons le faire nous-mêmes et nous accorde quelquefois l'opposé de ce que nous lui demandons, parce que c'est là ce qu'il nous faut et qu'elle sait mieux que nous ce qui nous convient. »
A l'appui de son assertion, M. l'abbé d'Ezerville raconte ainsi l'origine de la source de Lourdes : ,
« M. le curé de Lourdes, en signe de la vérité de l'apparition, avait fait demander à la sainte Vierge, par l'entremise de Bernadette, qu'elle fit fleurir le rosier sauvage qui se trouvait à ses pieds. (On était alors en février.) Quand la jeune fille s'acquitta de ce message près de Marie, la mère de Dieu se contenta de sourire; mais le lendemain, au lieu de ce très petit signe que le bon prêtre demandait, la Très-Sainte-Vierge lui en donna un très grand en faisant arriver de profondeurs inconnues une source miraculeuse. Le rosier fleuri n'eût été qu'un simple miracle, un miracle d'agrément, bien frêle, bien passager : la source surnaturelle était, non-seulement un miracle et un grand miracle, mais un miracle permanent, une source intarissable
I. Par l'abbé d'Ezerville. Chez l'auteur, curé à Saint-Valérien (Yonne), et à Paris chez Palmé, 1873. In-i8. Approbation de l'évêque de Tarbes.
de miracles. Oh! que la bonne Vierge s'y entend mieux que nous! » (P. 29.)
Ce récit méritait bien de trouvar place ici \ Autrement chère que l'eau de Lourdes ou l'eau de la Salette est l'eau du Jourdain. Celle-là ne s'emploie cependant que pour baptêmes. Mais elle vient de loin, s'il faut en croire l'étiquette ornée d'une croix séparant les mots Aqua -|- Jordams. Cette étiquette, où le latin fait bien, est collée sur un petit flacon de verre grossier, haut comme le doigt, et s'enveloppe dans un prospectus que j'ai entre les mains, — comme tout ce que je cite d'ailleurs.
« Cette eau, dit le prospectus 2, qui peut être employée pour baptêmes, et par les familles pieuses, porte sur chacun de ses flacons le sceau authentique de la custodie de la Terre Sainte, seul cachet pouvant en attester la précieuse origine... »
1. Le même ouvrage donne, avec l'origine de l'eau de Lourdes, la « manière de s'en servir ».
« Quand vous aurez à votre disposition cette eau de Notre- Dame de Lourdes, faites-en usage avec foi et piété. En l'employant, vous pourrez réciter trois ^ve Maria en Thonneur de l'Immaculée Conception.
» Pour l'usage, tantôt on lotionne avec l'eau la partie malade, tantôt on en boit; quelques personnes l'emploient de l'une et de l'autre manière selon ces paroles de Marie à Bernadette : « Allez boire et vous laver à la source, » (P. 11.)
Pour être complet, l'auteur aurait pu ajouter avec toutes les versions authentiques : « Et mangez l'herbe qui pousse à côté. » Les fervents ne se sont pas encore rendus à cette seconde invitation de la Vierge; mais il ne faut désespérer de rien.