LES CORDONS
Le cordon de saint François et ses merveilleuses richesses. — < Trente-six absolutions générales par an. — Tant de faveurs à si bon compte. — Les confitures de saint François. — Grandeur et décadence. — Le cordon de saint Joseph. — • Saint Joseph accapareur. — Préservatif de la chasteté. — Coup de patte aux pères de 'famille. — La belle vertu est hélas ! la plus fragile. — Envoi de cordons bénits et franco. — \'crtus miraculeuses. — Celles qu'on célèbre et celles qu'on oublie de chafiter. — Guérisons instantanées. — Mourants mieux portants qu'auparavant. — La conviction n'est pas toujours nécessaire. — Conversion produite par un cordon servant à fixer un cataplasme. — Le cordon autour du cou, autour des bras, autour des jambes. — Son rôle précieux dans les chutes, dans les incendies. — Emploi procuré par un cordon. — Saint Joseph patron des femmes en coucne. — Le cordon du Précieux Sang. — Le cordon de saint Thomas d'Aquin. — Encore une victime de saint Joseph.
En mémoire de la corde dont les anciens ascètes se ceignaient les reins, la dévotion a inventé les cordons. Ce sont de mignonnes cordelettes que les reins sentent à peine et dont les nœuds produiraient tout au
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plus sur le derme l'effet d'une caresse^ si l'on s'avisait de vouloir se mortifier la chair avec elles. L'Eglise n'exige, du reste, des porteurs de cordon aucune macération; tout ce qu'elle leur demande, c'est de porter cet attribut avec conviction, et de ne jamais s'en séparer; moyennant quoi, avec l'adjonction de quelques prières faites à propos, le Ciel leur dispensera généreusement ses faveurs.
Le cordon qui peut produire les plus beaux états de service est le cordon de saint François.
« Le cordon de saint François était, dès le quatorzième siècle, quatre-vingts ou cent ans à peine après la • mort du patriarche d'Assise, une des dévotions populaires delà France. Les princes et les rois s'honoraient de le porter. Les ducs de Bretagne en ceignirent leurs armes. François P'' le substitua au cordon de saint Michel, et sa mère, la reine Louise de Savoie, l'introduisit dans le blason de sa maison. »
C'est ainsi qu'un prélat très grand noircisseur de papier, Mgr de Ségur, exalte l'antique célébrité de ce produit franciscain dans la brochure de propagande qu'il a cohsacrée au cordon séraphique et à ses merveilleuses richesses'.
Merveilleuses n'est pas trop dire, les confrères du cordon, les Cordigères, comme les appelle Mgr de Ségur, participant à toutes les faveurs spirituelles dont
I. Le cordon séraphique, ses merveilleuses richesses, par Mgr de Ségur. Paris librairie de propagande. Haton, 1874, in-i8.
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jouissent les irères-mineurs. Or, parmi ces faveurs il suttira, pour stupéfier le lecteur, d'en citer trois que sont encore venus confirmer les récents décrets pontificaux de i855 et de i856.
Toutes les fois qu'il récite six Pater ^ Ave et Gloria, le porteur du cordon gagne toutes les indulgences pléniiires et partielles de la terre sainte; toutes les indulgences plénières et partielles de toutes les basiliques et de tous les sanctuaires de Rome ; toutes les indulgences plénières et partielles des sanctuaires d'Assise, etc., « c'est-à-dire, selon Mgr de Ségur, des milliers d'indulgences plénières, et certainement plus de cent mille années d'indulgences partielles ».
a II y a là, remarque le prélat, un océan presque infini de miséricorde; il y a là de quoi délivrer chaque jour des milliers de pauvres âmes du Purgatoire. Et l'on peut gagner ces trésors autant de fois par jour que l'on veut... » N'est-ce pas admirable?
Et ce n'est pas le tout. Chaque fois que l'afiiilié communie, indulgence plénière; et de plus, lorsque après la communion il récite le psaume Exaudiat « avec quelques courtes prières », il gagne (grâce admirable!) — cette fois l'exclamation est de Mgr de Ségur lui-même — « toutes les indulgences plénières et partielles accordées par les souverains pontifes à tous les sanctuaires de la terre. »
Enfin : « Ce qui est plus précieux encore, dit Mgr de Ségur, les confrères du Cordon jouissent, par communication, d'une laveur unique, accordée dans l'Eglise à la seule famille de saint François, et qu'on
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appelle V absolution générale. Cette grande absolution franciscaine consiste dans la restitution de la grâce et de rinnocence du baptême. C'est là une grâce qui dépasse toutes les autres. »
Or, cette absolution générale, le confrère du Cordon .la reçoit non pas une fois pour toutes, non pas une fois dans l'année. Il la reçoit trente-six fois; je dis bien trente-six fois par an, dont quatre fois avec une bénédictio7i papale eji plus. (P. i3.)
Et si vous vous permettiez de douter un instant, je vous renverrais à cette affirmation catégorique du savant prélat :
« La participation des Cordigères à toutes les faveurs spirituelles accordées aux trois ordres de saint François est-elle certaine? — Oui. » (P. 29.)
Aucune règle n'astreint le cordon à une dimension non plus qu'à une matière spéciale. « Il doit seulement être de chanvre ou de laine, ou de fil ou de coton, de couleur blanche ou écrue; une petite ficelle ne suffirait pas; une grosse corde n'est pas nécesssaire. Il est d'usage qu'il soit terminé d'un côté par un nœud coulant, et de l'autre par trois nœuds. » (P. 2 5.) Ces trois nœuds sont le symbole des trois ordres fondés par saint François *, à moins qu'ils ne soient celui des trois vœux de la consécration religieuse. Quelques-uns en mettent cinq, en souvenir des cinq plaies de Jésus et
I. Ces trois ordres sont : les frères-mineurs ou franciscains; les sœurs de Sainte-Claire ou clarisses ; enfin, le tiers-ordre, simple agrégation ouverte aux laïques de l'un et l'autr»; sexe.
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des cinq stigmates du bienheureux. Quand le cordon est sali ou usé, on le brûle, et, de même que pour la plupart des scapulaires, celui par lequel on le remplace peut se passer d'une nouvelle bénédiction. Le cordon doit être gardé jour et nuit. (P. 4.) On le porte à son gré sur la chemise ou par dessous. (P. 2 5.) Les enfants mêmes peu vent lerecevoir. (P. 3.) Quant aux six Pater ^ Ave et Gloria auxquels tant de grâces sont attachées^ on peut les réciter «n'importeà queri moment du Jour^ soit en marchant, soit à genoux, comme on le préfère ». (P. 4.) Tout cela est d'un esprit très accommodant et Mgr de Ségur a grand'raison de constater que c'est à fort bon compte que les Cordigères jouissent de toutes les faveurs primitivement réservées au seul ordre de saint François.
« Nous autres, avec les magnifiques faveurs de notre cordon récoltées i\ si peu de frais, nous mangeons les confitures de saint François, mais nous n'avons pas le pain, le pain qui nourrit. Les tertiaires ont, avec les confitures, la mie du pain, ce que l'on donne aux enfants; les austères frères-mineurs et les généreuses pénitentes de Sainte-Claire reçoivent le pain tout entier avec les fortes et nourrissantes duretés d'une croûte bien cuite.» (P. 22.)
Mais qu'importe à la plupart d'obtenir la mie et même la croûte de saint François^ pourvu que, selon l'heureuse expression de Mgr de Ségur, ils se régalent de ses confitures.
L'auteur du Cordon séraphique nous a tout à
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l'heure appris qu'au seizième siècle le cordon de sain François avait supplanté à la cour de F'rance le cordon de saint Michel. Hélas! tout n'est que grandeur et décadence en ce monde. Le supplanteur du corJon de saint Michel se voit à son tour supplanté aujourd'hui par le cordon de saint Joseph.
N'est-ce pas un singulier accapareur que ce saint Joseph dont le nom, Jadis à peine prononcé \ se retrouve à présent inscrit en tête de toutes les pratiques de la religion nouvelle? Son titred'épouxde Marie lui a valu ce succès près des jésuites mariolâtres^ succès tel que la Vierge elle-même aurait le droit d'en être alarmée. Ne voyons-nous pas saint Joseph lui prendre son attribut ■consacré, le lys, et jusqu'à son titre le plus significatif? A Notre-Dame de Bon-Secours on oppose déjà saint
' 1. a De nos jours, dit le Père Huguet, une nouvelle e'toile, jxébuleuse jusque-là pour ainsi dire, saint Joseph, après avoir monté insensiblement à l'horizon de l'Église, vient de s'y lîxer comme une sorte d'étoile polaire. »
Et le Père Ambroise Potton, en annonçant que saint Joseph doit grandir encore « jusqu'à couvrir l'Eglise entière de sa dévotion et de son culte », remarque :
« Saint Joseph a été peu connu et peu honoré pendant les premiers siècles. Pendant cette longue obscurité, très coniorme aux desseins de Dieu, il n'était point nécessaire d'invoquer et de prier explicitement notre patriarche : on pouvait, sans professer pour lui aucune dévotion spéciale, avoir une large part à ses bienfaits. Il accordait sa protection, sans rien ex'ger en retour, à ceux qui n'étaient point tenus encore à le révérer et à l'aimer d'une manière particulière Aujourd'hui, les temps sont changes... » Pouvoir de saint Joseph. 21° édit. Paris, Régis Ruffet, 1873, in-i8, pp. lo et 33i
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Joseph de Bon-Secours ^ ; aux prières les plus célèbres qu'on a coutunie d'adresser à Marie, VAve et le Mémorare^ la parodie ne va-t-elle pas Jusqu'à opposer le « Souvenez-vous, ô très chaste époux! » et le « Je vous salue, Joseph -. » Ce n'est pas assez qu'un récent décret (décembre 1870) proclame saint Joseph « patron de l'Église universelle, » il faut encore y joindre, pour le satisfaire, le titre de « patron de la bonne mort », comme si cet insatiable ne se doutait pas que, pour obtenir la grâce d'une bonne mort, c'était la Vierge qu'on avait invoqué jusque-là.
De même pour implorer la chasteté, c'était à la Vierge qu'on recourait autrefois, ou encore à saint Louis de Gonzague et à saint Stanislas Kotska. Saint Stanislas, saint Louis, qui entend jamais parler dé vous maintenant? Passez, passez, bonnes gens, un autre a pris votre place. Le grand représentant masculin delà chasteté, c'est à présent saint Joseph; et saint François d'Assise lui-même n'était-il pas invoqué dans le même sens? Son cordon n'est-il pas encore aujourd'hui désigné par le franciscain qui le bénit : « Signiimtinioris^
1. Neuvaine à saint Joseph de Bon-Secours pour obtenir des grâces temporelles et spirituelles pendant la vie et à l'heure de la mort, et le triomphe de la sainte Église, par le R. P. Huguet. Paris, librairie saint Joseph, Tolra, 1873, in-i8.
2. Ne croit-on pas tomber sur l'œuvre d'un mauvais plaisant quand on lit :
« Je vous salue, Joseph, plein de grâce; Jésus et Marie sont avec vous; vous êtes béni entre tous les hommes, et Jésus le fruit de votre chaste épouse est béni r »
Vie et Grandeur de saint Joseph. Toulouse, Bibliothèque de l'hôpital militaire, in-32, p. 36.
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temperantiœ et castitatis} Eh bien, il faut en faire votre deuil, bon saint François, le cordon de cliasteté à ]a mode n'est plus le vôtre : place au cordon de saint Joseph !
Sur la qualité souverainement apaisante du nouveau cordon en honneur, la notice du père Huguet ' est très explicite : « Cette dévotion fut adoptée par les fidèles. . . surtout pour avoir un préservatif contre Tesprit d'impureté. » (P. ii.) '
C'est à Vérone, en iSSq, qu'on s'est avisé pour la première fois d'employer dans ce but la cordelette à sept nœuds de saint Joseph. Une partie du clergé véronais, l'évêque en tête, se mit en branle pour obtenir du Vatican l'approbation de la nouvelle amulette. Vous pensez que le saint Père ne se fit pas beaucoup prier, et les plus séduisants horizons purent bientôt être ouverts à tous ceux qui consentiraient à se ceindre les reins du précieux cordon -.
Le... comment dirai-je?le prospectus lancé en r86o sous la signature Benedetto, évéque de Vérone, fait
1. Notice sur Varchiconfrérie du cordon de samt Joseph, contenant les guérisons miraculeuses obtenues par cette sainte pratique, par le R. P. Huguet. ■]•= édit., Paris, Régis RulTet, in-i8.
2. « Quand le Seigneur, pour alimenter la pieté envers Marie et les saints, veut qu'une nouvelle pratique de dévotion soit adoptée par les fidèles, il inspire à son Église de l'approuver solennellement et de l'enrichir d'indulgences. » Vertu miraculeuse du cordon de saint Joseph démontrée par des guérisons et des conversions merveilleuses, par le R. P. Huguet. Nouv, édit. Régis Ruffet, Paris et Bruxelles, 1869, in-i8, p. j.
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apprécier en ces termes les mérites de l'engin nouveau dressé contre les pernicieuses insinuations de Satan :
« Ce cordon est le symbole de la pureté, comme l'indiquent les prières de la bénédiction...
» Cette vertu, pratiquée dans toute sa perfection, est le plus beau des fleurons des épouses de Jésus-Christ,, et la gloire du sacerdoce catholique. Elle suffît, à elle seule, aux peuples les plus saunages pour distinguer le véritable ministre du Sauveur du monde, du père de famille, plus ou moins honnête homme, qui vient^ accompagné de sa femme et de ses enfants, pour leur parler vaguement de Dieu, sans négliger les intérêts de son commerce. »
On remarquera l'injure « père de famille » que le père Huguet, célibataire, a lui-même soulignée. L'occasion était bonne pour en écraser les pasteurs protestants, ces concurrents... plus ou moins honnêtes.
Mais poursuivons :
« Cette vertu, que nous aimons à nommer, dans !<; langage de l;i piété, la belle, l'aimable, la sainte verfj, rend les hommes qui la pratiquent parfaitement semblables aux anges : Eriint siciit angeli : elle place dans leurs mains la palme des martyrs, etc.
r Mais hélas! autant la purrtc est belle, autant elle est fragile; c'est une glace bien polie que le plus léger souttle ternit. C'est un lis éclatant de blancheur que le moindre attouchement flétrit ; '■'est une lampe allumée que le plus petit vent peut éteindre; cniin, c'^ist
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un précieux trésor que nous portons dans un vase d'argile qu'une imprudence et que le plus léger choc peuvent briser à Jamais. »
Hâtons-nous d'arriver au but. Cette pureté si fragile comment la protéger? En la mettant sous la sauvegarde de saint Joseph « l'angélique époux ».
« Après l'auguste Marie aucun saint ne peut nous offrir un plus parfait modèle et un plus puissant secours que Joseph, dans ce combat incessant avec le monde et la chair... C'est lui qui, de concert avec son auguste Epouse, a levé l'étendard de la virginité perpétuelle, sous- lequel sont venues se ranger des troupes innombrables d'âmes privilégiées qui, ayant le cœur plus grand que le monde, ont mené sur la terre une vieangélique. Aussi a-t-il une grâce particulière pour nous secourir contre les tentations de la chair...
» Voilà pourquoi la sainte Eglise nous engage à recourir à l'angélique époux de la Reine des vierges, afin que, sous sa puissante protection, nous ayons le bonheur de nous conserver chastes et purs au milieu de tous les dangers qui nous environnent ^ »
Et de quelle manière y recourir ? « En portant toujours et dévotement le cordon bénit comme signe distinctif du combat spirituel que l'on a entrepris pour la défense de la sainte chasteté et de la continence. »
I . Notice sur i'archiconfrérie du cordon de saint Joseph, p. 12 à 14.
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Quant à la matière employée dans la fabrication du cordon, la latitude n'est pas moins grande que pour celui de saint François. Fil, coton ou laine, peu importe. Le nombre des nœuds doit être de sept, comme symbole des sept douleurs et des sept allégresses de saint Joseph. La Vierge étant honorée dans ses sept douleurs et ses sept allégresses, saint Joseph n'en pouvait avoir moins. Le cordon qui en remplace un autre perdu ou usé paraît devoir être bénit à nouveau '. Rien déplus aisé d'ailleurs que de se procurer un cordon de saint Joseph bénit, attendu que « d'après la pratique et les récompenses de Rome — c'est un prospectus qui nous l'apprend — l'imposition du cordon n'est pas obligatoire. On peut en faire la bénédiction d'avance, le remettre de la main à la main ou l'envoyer bénit ».
Et comme conséquence naturelle du fait avancé ledit prospectus annonce :
Chez IIEARI ItRIQlET,
h Ï!t:àin(-Dizier (Uaute-^Marno).
CORDONS DE St JOSEPH BÉNITS
Parfaitement conformes
aux dernières décisions de Rome.
tr. c. t'r. c.
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En coton)'^^ ^oo -'l '" En ÛV\^^ ^0° 47 »»
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I. « On nous a demandé si, quand le premier cordon bénit que l'on a reçu est usé, on peut en prendre un autre sans le faire bénir. Nous ne le pensons pas. » Notice sur l'archiconfrérie du cordon de saint Joseph, p. 18.
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A si bon compte et tout bénits, ce n'est vraiment cpas la peine de s'en passer.
Il semblerait toutefois que le père Huguet ait cru devoir justifier le cordon de saint Joseph du tort que son rare bon marché, autant que son extrême simplicité, pourrait lui faire dans un certain public, quand il a écrit :
« Plusieurs chrétiens de nos jours, envahis par le naturalisme, accoutumés à n'apprécier les choses qu'au poids de l'or, ont une peine extrême à admettre certaines pratiques adoptées par les fidèles, approuvées par la sainte Eglise et enrichies d'indulgences.
» Ils ne peuvent pas comprendre, disent-ils, comment un simple cordon de fil ou de coton a la vertu qu'on lui attribue, pour guérir ceux qui le portent des infirmités de l'âme et du corps.
)) Ceux qui raisonnent ainsi manquent d'instruction religieuse; ils ignorent les premières notions de la foi chrétienne. Ils ne savent pas ce qu'une bénédiction de la sainte Eglise peut communiquer de vertu aux éléments les plus simples '. »
Comme toujours, le père Huguet ne s'en tient pas à de vaines paroles; il appuie son dire sur des faits. Là €st évidemment le secret de sa force.
Au milieu de ces innombrables témoignages, on a le regret de ne pas en trouver un seul qui vienne at-
I. Xotice sur l'archiconfrcrie du cordon de saint Jose^'h, p. 5.
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tester la vertu la plus originale du saint cordon, cette propriété spéciale si vantée de calmer les ardillons de la chair.
Ce n'est pas à dire sans doute que des exemples n'en sauraient être fournis, mais nous les avons cherchés vainement. Le pieux auteur a pu s'alarmer des détails scabreux que sa plume devrait effleurer.
Tout au plus aurait-on le droit de considérer comme s'appliquant aux vertus calmantes du précieux cordon cet aveu d'une correspondante :
« Vous apprendrez avec plaisir que je trouve de très-grands avantages à porter le cordon de notre biènaimé protecteur. Cela me rend, en quelque sorte, invulnérable, et va même jusqu'à changer la manière d'être de quelques personnes qui étaient auparavant fort peu convenables vis-à-vis de moi '\ »
Mais, si les guérisons morales sont relatées d'une plume avare, d'autre part les guérisons corporelles abondent.
Rien de plus sûr qu'un cordon de saint Joseph contre la maladie de poitrine.
« Un homme était atteint d'une maladie de poitrine, et le médecin lui avait dit qu'il n'en reviendrait pas, car la maladie était à sa dernière période. Je lui ai donné un cordon de saint Joseph, et, trois jours après, pendant lequel temps on avait fait chanter une messe,
I. Notice sur rarchiconjrérie du cordon de saint Joseph, p. 33.
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les symptômes alarmants avaient disparu, et actuellement le malade est en parfaite convalescence *. »
Le plus souvent la guérison est instantanée :
a Un jeune homme d'Ecrainville (Seine-Inférieure), malade de la poitrine depuis deux ans et condamné par les médecins, a été instantanément guéri après s'être revêtu du saint cordon^ et à la fin d'une deuxième neuvaine faite à saint Joseph 2. »
C'est généralement, ou peut le voir, lorsque le malade est à l'agonie et abandonné des médecins que le cordon se plaît à opérer. Les cas les moins curieux ne sont pas ceux où le malade se trouve mieux, après usage du cordon, qu'il n'était auparavant.
« Une jeune' femme était atteinte d'une fièvre, ou plutôt de trois fièvres, toutes très-dangereuses; le délire troublait sa raison ; les secours de la religion lui avaient déjà été administrés, lorsque sa mère, folle de douleur, vint me demander un cordon de saint Joseph ; elle le mit aussitôt sur la malade en l'engageant à se recommander à ce puissant protecteur; la pauvre moribonde fit un signe affirmatif, elle avait retrouvé un peu de lucidité, mais à peu près perdu la parole. On n'attendit pas longtemps l'effet de la livrée de saint Joseph : un mieux sensible se déclara, la maladie fut