‹ L'Art à l'ÉcoleChapitre 17 sur 26 · LAROUSSE · texte numérisé non relu

LAROUSSE

Le cahier scolaire. — Au premier congrès de T « Art à l’École » (Paris, mai 1904), M. Roger Marx a présenté d’intéressantes observations sur l’illustration du cahier de classe : « Je me demande, a-t-il dit, s’il est utile de mettre sur les couvertures de cahier des commentaires qui constituent pour l’enfant un nouveau sujet de travail et d’étude. Il me semble qu’enseigner est une chose, décorer une autre chose. Il faut que la couverture soit purement ornementale et décorative, qu’elle soit belle parce qu’on ne multipliera jamais assez sous les yeux de l’enfant des exemples de beauté ; il faut surtout qu’elle n’impose aucun travail nouveau pour l’esprit. » Le congrès n’a pas cru néanmoins devoir proscrire d’une façon absolue la couverture instructive et a voté sur ce point la résolution suivante : « La couverture des cahiers peut être indistinctement ornementale et instructive; lorsqu’elle comporte un sujet d’enseignement, elle doit toujours conserver un caractère artistique. » Nous ajouterons à ces desiderata quelques réflexions.

Les couvertures de cahier offrent le moyen pratique par excellence de mettre constamment sous les yeux de l’enfant de belles œuvres, de beaux modèles. Il serait très utile de constituer

des séries de cahiers scolaires décorés avec goût et présentant un choix judicieux des œuvres d’art les plus accessibles! à la jeunesse. Chacun formerait ainsi, à la longue, un petit, musée des plus suggestifs dont l'action serait durable. i

La beauté de la couverture inciterait l’enfant au respect de l’image et serait la sauvegarde du cahier. Le désir de conserver intactes des œuvres dont ses maîtres lui auraient signalé la valeur esthétique ferait éclore ou développerait certaines qualités essentielles que l’on obtient difficilement des écoliers : le soin, l’ordre, la propreté.

Pour les jeunes filles, cette collection de cahiers pourrait devenir une anthologie de modèles propres à orner leur mémoire et à former leur goût. Il suffirait pour cela d’y réunir les plus remarquables spécimens de l’art féminin de tous les temps et de tous les pays : objets de toilette et d’ameublement, broderies, dentelles, parures et joyaux, etc.

Après l’école, lorsque l’enfant devenu homme devra faire preuve d’initiative, les leçons de goût données parles beaux livres et les belles images ne seront point perdues.

Qu'il soit employé ou patron, industriel ou commerçant, il aura maintes fois l’occasion de s’occuper de petits travaux d’impression : en-têtes de lettres, factures, étiquettes, marques de fabrique, prospectus, catalogues illustrés, etc.

Ces différents moyens de publicité seront d’autant plus efficaces qu’ils auront plus d’attrait : on ne jette pas au panier un catalogue présenté avec art, et c’est celui qui pare le mieux sa marchandise qui a le plus de chance de l’écouler.

Ainsi, l’art à l’école, préparation naturelle à l’art dans la vie, secondera puissamment l’homme d’action; et, en développant l’une des facultés maîtresses de notre race, assurera dans le monde la suprématie du goût français.

Georges Moreau,

Fondateur de la Revue Encyclopédique , Directeur de la Bibliothèque Larousse.

Croquis au pinceau. — Agé de l’élève, 16 ans. ^ 9'A*1a*fÇ-

Le à féeoUe

et rédMe^tioe du goût

u risque d’affaiblir ce que d’autres ont éloquemment

exposé avant moi, je suis obligé cependant, avant

d’entrer dans le vif de mon sujet, sinon de développer, du moins d’esquisser très brièvement le point de vue auquel je me place pour envisager la question.

L’art à l’école est une idée toute moderne. Si Montaigne en a eu le pressentiment quand il voulait le chemin de l’école jonché de fleurs, et si, avec Montaigne, d’autres penseurs épris de la vie ont estimé que l’école devrait être un milieu aimable et attrayant, ceux-ci furent des précurseurs, des rêveurs peu écoutés jusqu’ici.

Au nom d’une morale prétendue supérieure, la grande majorité des pédagogues dédaigna cette conception et professa que tout travail doit être ardu et, par principe, avoir le caractère d’une peine ; à l’école il ne convient pas d’alléger l’effort pour qu’il s’accomplisse joyeusement, puisque l’école doit préparer l’enfant à la lutte pénible que la vie lui imposera demain.

L'ART A VÉCOLE

Cette idée d’un devoir imposé, rigide et austère ne pouvait laisser aucuneplace à l’art et à ses récréations supérieures. L’on n’y songeait même pas. D’ailleurs on peut encore entendre dire : « Il suffit qu’un homme du peuple sache lire, écrire et compter, il serait inutile ou dangereux de lui en apprendre davantage. »

Cette théorie faisait partie des principes autoritaires et dogmatiques sur lesquels était fondée la société d’hier et sans lesquels elle n’aurait pu maintenir intacte la hiérarchie de ses classes. Bien différents sont les aspirations, les besoins, les exigences de la société moderne.

Certes, nous ne voulons pas tromper l’enfant et lui offrir de la vie une image factice; il ne doit pas ignorer les obstacles, les difficultés, le labeur ardu et ses âpres satisfactions, mais si les épines sont réelles, les roses n’en existent pas moins. Et si l’enfant doit braver les épines, nous voulons qu’il ose voir les roses et qu’il sache les cueillir.

L'instruction, en rendant les hommes de plus en plus conscients de leurs devoirs, leur enseigne aussi leurs droits à la vie heureuse ; l’éducation des enfants s’élargit et s'augmente de connaissances nouvelles, ce qui était considéré comme inutile ou dangereux est aujour-

Aquarelle. — Age de l’élève, 13 ans.

LE DESSIN A L’ÉCOLE

Aquarelle. — Age de l’élève, 12 ans,

d’hui estimé nécessaire.

L’évolution sociale appelle impérieusement la transforma tion des systèmes d’enseignement.

En 1905, traitant cette même question,j’eus l’occasion de dire :

« Si, par une éducation bien conçue, tous étaient mis en état de ' / ; f* goûter les satisfactions d’ordre supérieur que procurent les beautés naturelles et les chefs-d’œuvre de l’art, si tant de joies ignorées de la plupart étaient révélées à tous, en aimant, en goûtant le beau, l’homme de-

Aquarelle. — Age de l’élève, 11 ans.

pour nous exprimer plus justement, des intentions se révèlent, des volontés s'affirment en des tentatives de plus en plus nombreuses, pour sa vulgarisation. »

La Société nationale de l’Art à l’École a fait une de ces tentatives généreuses en groupant toutes les bonnes volontés, et, dans une courte mais substantielle préface à son programme d’action, en conviant l’Art à accueillir l’enfance, elle déclare s’imposer la mission « de favoriser chez Vindividu une juste conscience de la nature et de lui-même , et contribuer ainsi à une éducation civique mieux entendue y plus conforme à V esprit d'une démocratie en marche vers des destinées meilleures ».

Ces quelques lignes contiennent tout un vaste programme dont nous nous sommes assigné une partie en essayant de définir la mission qui y serait dévolue à l’enseignement du dessin. Nous ne reviendrons pas ici sur la critique de cet

viendrait meilleur parce qu’il serait plus heureux.

Et alors se trouverait justifiée cette vérité proclamée par des philosophes, des artistes, des hommes d’État et des éducateurs : V Art est une nécessité sociale.

« C’est ainsi qu’après avoir été considéré comme le complément de l’éducation d’une minorité privilégiée, l’art en se modernisant tend pour ainsi dire à se démocratiser, ou,

Dessin à la plume.

Age de l’élève, 14 ans.

LE DESSIN A UÉCOLE

Dessin aux crayons de couleur. — Age de l’enfant, 6 ans.

enseignement tel qu’il est actuellement pratiqué : il se juge par ses résultats ; chacun peut scruter par lui-même ce que valent les connaissances qu’il a acquises en dessin et en art, à l’école primaire et au lycée. Nous voulons seulement sug-

Aquarelle. — Age de l’élève, il ans.

gérer ce qu’il devrait être pour s’harmoniser avec l’éducation idéale dont nous avons esquissé les tendances.

Indépendamment de son utilité pratique pour toutes les industries et de son rôle éducatif, nous pensons qu’il ne faut jamais oublier, même à l’école, que le dessin fait partie de l'art, et nous considérons son étude comme un des facteurs principaux de la formation du goût. Ceci admis, il faut éviter l’erreur dans laquelle on s’est complu jusqu’ici. Elle consiste à croire qu’il suffit de présenter à l’enfant des choses justes et logiques, ou des choses belles, pour que l’enseignement de ces choses soit assimilable et fructueux. Avant de chercher à inculquer à l’enfant ce que nous autres, hommes mûrs, trouvons juste et beau, nous devons scruter attentivement l’esprit de l’enfant, pour pénétrer ce que l’enfant peut comprendre, ce qu’il pense et aussi ce qu’il aime.

Que les principes qui semblent indispensables à notre raison d’adultes ne lui soient pas d’abord posés comme autant de barrières contre lesquelles sa bonne volonté s’épuisera et ses qualités de verve et d’abondance se briseront.

Aquarelle. — Age de Télève, 10 ans.

Dessin aquarellé.

de l’élève, 14 ans.

intuitif et naturel d’exprimer ce ’il imagine ou représenter ce qu’il voit, mais dans cette traduction sommaire et maladroite (figure page 93), le sentiment personnel se révèle déjà, et c’est ce sentiment que l’édu doit cultiver pour aider au développement normal de l’individu.

On compare volontiers l’étude du dessin à celle des langues, et l’on dit que dans l’une comme dans l’autre la grammaire est indispensable: La comparaison est juste,

Soyons avec lui aussi peu savants que possible; que notre expérience ne serve qu’à guider ses efforts ingénus vers le mieux, et de peur que notre enseignement reste stérile, réduisons-le, plions-le à la petite taille de l’esprit enfantin. C’est la psychologie qui inspirera notre action.

Le jeune enfant ne considère tout d’abord le dessin que comme un

Dessin-aquarelle. — Age de l’élève, 13 ans.

l’art a l’école

Dessin aux crayons de couleur. — Age de 1 clève, 8 ans.

à condition qu’on parle de la seule langue maternelle et non pas es langues étrangères. Le dessin est une langue naturelle, lus naturelle même que la parole : elle est innée , commune à tous les peuples. Il faut donc l’étudier comme on étudie la langue maternelle, c’est-à-dire le pratiquer d’abord, et ensuite seulement en faire l’analyse grammaticale.

Aussi, pendant la première période de l’enfance, à l’école maternelle, je crois que la meilleure méthode consiste à n’en point avoir et, non seulement à éviter de décourager les tout petits par des critiques et des exigences qu’ils ne sauraient satisfaire, mais au contraire à les encourager de parti pris par des compliments que ne méritent pas toujours leurs barbouillages. En présence d’un dessin d’enfant, ce sont les intentions de l’auteur qu’il faut parvenir à deviner pour les commenter avec lui sans en critiquer sévèrement la représentation graphique. Plus tard, de cinq à huit ans, si la tutelle du maître se fait sentir, elle doit être aussi discrète que possible. Il faut encourager, au lieu de la réprimer, la prédisposition si fréquente des enfants à enluminer de vignettes les marges de leurs cahiersde classe. En canalisant ce besoin de s’exprimer par des images, l’on

Aquarelle. — Age de l’élève, il

LE DESSIN A L’ÉCOLE

évite ce qu’il a parfois d’intempestif et l’on tient constamment l’imagination des enfants en éveil en leur demandant d’illustrer les histoires, récits et contes, sujets traités dans leurs devoirs scolaires (figures pages 95, 97, 101). De même pour les leçons de choses, où tout ce qui est relatif à la forme et à la couleur doit être exprimé par un dessin, rehaussé de tons s’il est nécessaire (figures pages 90, 103). Tant mieux si ce dessin présente une correction suffisante, cependant nous n’en faisons point la qualité première et essentielle ; l’important est qu’il soit intelligible et descriptif de la leçon qui

Croquis au crayon noir. — Age de l’élève, 15 ans.

l’a motivé. C’est le meilleur moyen pour le maître de s’assurer que l’élève a compris cette leçon.

Les exercices faits pendant la classe consacrée spécialement à l’étude du dessin doivent s’adresser à la pensée et à la

'V, fi-

^in-

sensibilité de l’élève plus qu’à son œil et à sa main.

Ce ne sont point des lignes sans signification et sans intérêt immédiat pour l’enfant qu’il faut lui proposer, mais des objets dont la représentation sa-

Minc de plomb. - Age de l’élève, i4 ans. tisfasse son instinct et soit

petit drapeau, une échelle, une cocarde, une roue, un cadran, un ballon, un tambour, etc..., sont des modèles qui l’intéressent et contiennent d’ailleurs toute la géométrie, par surcroît.

Ces exercices habituent progressivement l’œil à évaluer les rapports de grandeurs et de proportions, et la main au tracé suffisamment adroit des lignes. La coloration des dessins, obtenue au moyen de crayons de couleur ou d’aquarelle, permet à l’enfant de manifester son goût.

Ce goût se développe concurremment à l’imagination par de petites compositions qu’il serait sans doute prétentieux de qualifier de décoratives. Sur des schémas très simples qui lui sont fournis, l’élève brode à sa fantaisie par l’adjonction au thème initial de formes et de couleurs qui lui sont personnelles. Les formes, c’est la nature qui lui en suggère l’idée parle souvenir qu’il en a gardé; quant aux couleurs, le goût de chacun décide des harmonies.

Pour le choix des colorations, plus encore que dans l’expression des formes, le caractère de chaque enfant se révèle : telles harmonies qui se retrouvent dans les productions d’un

pour lui un plaisir : un

LE DESSIN A VECOLE

Aquarelle. — Age de l’élève, il ans.

même auteur indiquent chez celui-ci la hardiesse, montrent chez d’autres la timidité, la délicatesse (figures pages 94, 98), l’originalité, ou décèlent la banalité.

Déjà la personnalité s’ébauche dans ces premiers essais et les conseils du maître doivent seulement aider l’élève à

améliorer son œuvre sans en modifier le caractère. Je sais bien que Ton a l’habitude regrettable, au point de vue de l’éducation du goût, de n’accorder qu’une attention distraite et souvent même aucune attention aux productions du jeune âge, et l’on conclut que tout ce que font les enfants se ressemble et que la personnalité en art ne se manifeste qu’au moment où elle est plus ou moins médaillée à l’un ou à l’autre des Salons. Erreur déplorable; car, de cette insuffisance d’observation, un dédain injuste pour les œuvres enfantines, et dans l’enseignement aucun égard pour la personnalité de l’élève ; c’est ce que nous voulons éviter.

Quand, par les exercices précédemment indiqués, le goût instinctif des enfants pour le dessin s’est fortifié, tout en s’affinant, leurs moyens d’expression ne leur semblent plus suffisants pour traduire leurs pensées ou leurs impressions. Comment faire? demande alors l’élève. Cette question qu’il n’avait encore point posée devient de plus en plus fréquente. C’est que jusqu’ici il a surtout dessiné de souvenir, son imagination a été prépondérante et la nature n’a été pour lui que l’occasion d’exercer cette imagination.

Cette période où l’imagination domine se prolonge

Aquarelle. — Age de l’élève, 13 ans.

parfois au delà des limites de l’enfance; mais, l’on peut constater que vers l’âge de onze à douze ans et quelquefois plus tôt, elle n’est plus exclusive, l’enfant s’intéresse directement aux choses de la nature et de la vie, la traduction qu’il en fait est plus fidèle et reflète moins le prisme

LE DESSIN A L’ÉCOLE

de son imagination. Dans son idéalisme, exclusif jusqu’alors, il introduit du réalisme (figure page 105). C’est donc à rendre l’observation de l’élève aussi sincère que possible que désormais l’éducation doit s’appliquer.

Qu’il s’agisse d’histoire, de géographie, de physique ou de sciences naturelles, les devoirs continuent à être illustrés, mais

Aquarelle, de l’élève, 12 ans,

Aquarelle,

les élèves sont invités à s’inspirer directement de la nature, chaque fois que le sujet en offre l’occasion.

Dans la classe spéciale de dessin, les études sont aussi variées que la nature elle-même.

Les modèles, à vrai dire, ne sont point ce qu’en art on appelle des sujets nobles

Age de l’élève, 13 ans.

Aquarelle. — Age de l’élève, 17 ans.

et, au nom de l’esthétique, l’on protestera sans doute encore, car malgré de longs et constants insuccès, l’on n’a pas cessé de prétendre faire l’éducation du goût en proposant exclusivement à l’admiration des enfants, et dès l’âge de dix à onze ans, les chefs-d’œuvre de l’antiquité!

Partant d'un autre principe, nous n’essayerons point de faire gravir l’Acropole à de si jeunes enfants; nous leur en montrons cependant le chemin, car nous ne dérogeons point aux traditions qui firent la force des artistes de tous les temps, en cherchant d’abord la beauté dans la nature. D’ailleurs,

l’art ne devient pas inférieur parce qu’il s’exerce sur d’humbles objets

Mine de plomb. — Age de l’élève, 13 ans. ^ claS

LE DESSIN A L’ÉCOLE

sifications sont conventionnelles et fragiles.

Pour qui sait voir, tout a son intérêt et sa beauté. Nous osons donc placer devant les yeux de nos élèves un jouet, un coquillage, un insecte, un pot en faïence commune ou tout autre objet susceptible d’intéresser l’enfant, voire même une courge aux formes imprévues et aux couleurs éclatantes (figures pages90,91,92, 96, 100, 102,

Mine de plomb, — Age de l’élève, il ans.

106). Et nous sommes assuré que la traduction sincère qu’il en fait est plus fructueuse pour lui et élève son goût plus sûrement que la vue de chefs-d’œuvre d’une beauté inaccessible à sa compréhension. Les dessins produits à l’âge de seize à dix-sept ans prouvent que non seulement le goût de l’élève s’est développé, son sentiment personnel s’est affirmé, mais qu’il a acquis une sûreté de jugement et d’exécution permettant de faire un dessin correct, exact, précis, lorsqu’il est nécessaire (figures pages 99, 104, 108).

Dessin-aquarelle. — Age de l’élève, 12 ans.

Bien qu’il soit permis d’avancer que les résultats intrinsèques d’un semblable enseignement, en tant qu’exécution des dessins, sont évidemment supérieurs à ceux de toute autre méthode ne visant que le côté métier dudessin, ce ne sont pas ces résultats immédiats que nous apprécions

surtout, mais le sens critique que ces travaux ont contribué à faire acquérir aux élèves.

Le complément indispensable de chaque exercice, c’est la critique générale des dessins. Cette critique est faite en présence de tous et les dessins jugés les meilleurs sont ensuite

exposés dans des cadres mobiles disposés à cet effet.

La classe présente alors le spectacle d’un petit « vernissage » ; les élèves sont curieux d’examiner et de commenter l’exposition des œuvres de leurs camarades. Les critiques sont parfois très Aquarelle. — Age de l’élève, 13 ans. vi\es et Ce ne Sont

LE DESSIN A L’ECOLE

pas les moins habiles qui sont les plus indulgents. L’on fait souvent appel à l’arbitrage du maître pour trancher des conflits d’opinion et, s’il n’y réussit pas toujours, il explique toutefois les motifs de son choix ; il fait ressortir la valeur des dessins exposés, leurs caractères différents ; il les compare, s’il est possible, avec des œuvres de maîtres, pour en faire ressortir les analogies et les dissemblances. Et si ce temps passé en controverses abrège celui de la classe de dessin proprement dite, nul doute qu’il ne soit cependant très profitable à tous les élèves, par l’émulation suscitée et le sens critique que développent de telles comparaisons.

La joie de vivre, la gaieté et l’exubérance naturelle des enfants se manifestent dans leurs dessins et dans les couleurs dont ils sont rehaussés.

Les œuvres sont généralement d'un aspect clair produit par des harmonies chantantes; aussi les cadres mobiles, disposés à bon escient, constituent-ils un des éléments de décoration de la classe les plus goûtés des élèves.

Cette éducation du goût est complétée par des promenades à la campagne, pendant lesquelles le maître,

... , . , Croquis aquarelle.

choisissant les sites et les heures, Age de l’élève 15 ans

essayera de faire naître dans le cœur de ses élèves l’émotion bienfaisante, la faculté d’admirer un beau ciel d’orage, un soleil couchant, la forme délicate d’une humble plante, ou les colorations éclatantes d’un insecte. Quand l’enfant a découvert la beauté infinie de la nature et qu’il a tenté de l’interpréter; quand, ayant longtemps cherché à traduire son impression personnelle des choses, il a le pressentiment de « l'accord existant entre l’univers et sa propre nature »; quand, en un mot, sa personnalité est née à la vie artistique, la visite intelligente des monuments régionaux, des musées peut être faite avec profit. La vue des chefs-d’œuvre ou de bonnes reproductions d’œuvres de maîtres et fétude qui en est faite est alors fructueuse.

Voilà notre conception de l’étude du dessin et de la place que cette étude devrait avoir dans les humanités. Elle entrerait ainsi dans le cadre de l’éducation générale et contribuerait à la formation de l’esprit, au même titre et avec non moins d’importance que les sciences exactes ou les connaissances littéraires.

Le profit qu’on en retirerait serait des plus précieux; car cette éducation spéciale du goût contribuerait à rendre la vie plus belle, en rendant accessibles à tous les jouissances supérieures de l’art.

Gaston Quénioux,

Professeur de dessin à l’École nationale des Arts Décoratifs.

Dessin au crayon noir. — Age de l’élève, 16 ans.

puud’hon.

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