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TABLEAU INTUITIF LA FORME (FRAGMENT

Histoire de TArft à fécoHe.

UNE DES PRÉOCCUPATIONS DE L’EN- SEIGNEMENT MODERNE. — LE « MIRA- CLE GREC ». — DU DÉCOR DE L’ÉCOLE.

a formation du goût est une des préoccupations de Il l’enseignement moderne. Il semble logique que bien lire, écrire, compter ne suffise plus à une race qui vit beaucoup d’intellectualité, dont Fart industriel maintient la suprématie dans le monde. Quand le sens esthétique s’universalise à tel point, ne vaut-il pas mieux l’incorporer à l’instruction générale qu’en faire l’apanage de classes ou corps de métier ? Ne vaut-il pas mieux inculquer à l’enfance ce sens critique qui s’amalgamera aux connaissances générales et ne l’abandonnera plus dans le cours des ans, sans qu’elle se croie tenue de grossir les rangs des faux artistes? Mieux instruite, elle sera meilleur juge, et des autres et d’elle-même.

« Tout le petit luxe criard, inharmonieux et bête dont s’encombre l’existence bourgeoise... ces architectures, ces ornementations mobilières, ces prétentieux articles de basse mode, qui gâtent la civilisation de nos capitales, dit M. Camille de Sainte-Croix, tout cela est issu d’une incom-

préhension initiale, d'une ignorance entretenue dans les castes modestes par une pédagogie sans esprit. » Oui, le futur artisan a besoin d'imprégner sa mémoire de belles choses, dès le jeune âge. Ses souvenirs guideront sa main, plus tard, à travers ses propres conceptions.

C'est à l’école que l’action peut s’exercer d’abord. Le but n’est pas de former des peintres ou des ornemanistes, mais de préparer de bons ouvriers et des hommes de goût. Pour cela on ne saurait compter sur la leçon du maître dont la culture artistique a été oubliée, mais sur la lente leçon des choses. 11 faut, en somme, que l’école crée l’atmosphère esthétique.

On ne peut provoquer le génie, mais il est possible d’inculquer à l'enfant l’« amour du beau», de l’amener à préférer ce qui est beau à ce qui ne l’est pas, à distinguer une chose belle d'une autre qui l’est moins. Que sera V civt à l’école ? Une éducation de l’œil et de la pensée, non pas technique, mais philosophique. Placez sous les yeux de l’enfant des formes et des couleurs simples, harmonieuses, l’art deviendra une action permanente mêlée à l’action pédagogique.

Lien des essais ont été tentés, des bons vouloirs se sont manifestés, plus ou moins adroits, mais isolés. Il faut qu’en enveloppant l’esprit de l'écolier, l’art le suggestionne; qu’il le sente désormais son guide et son chef dans la vie. « Ce n'est pas d’aujourd’hui qu’on remarque la puissance de suggestion qui se dégage des belles œuvres, dit Le Golf i c. Le miracle grec , ce phénomène, resté unique jusqu'ici, d’un peuple tout pénétré d'intelligence, brillant de vie et de jeunesse, ne se comprendrait pas sans les leçons immortelles que l’art grec répandait autour de lui... »

« La valeur éducative de l’art est incontestable, ajoute Sentupéry. Il ouvre l’intelligence, élève l’âme, cela n’est pas douteux. La vue des belles choses éveille des idées saines, pacifiques, pures, et non des idées de violence, de haine ou de grossièreté vulgaire. »

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Les maîtres modernes croient que cette formation peut s’opérer par l’image. Celle-ci aura pour but d’ennoblir les cages enfantines, d’égayer les panneaux qu’elle garnira, de réjouir les yeux. Elle devra être placée aux endroits les plus favorables, de manière à frapper l’imagination.

Voici dans quels termes M. Roger Marx désirait jadis l’aspect d’une classe : « Les murailles doivent perdre leur couleur de prison, s'illustrer , offrir au regard la caresse des couleurs, à l’esprit le repos d’une sympathique rêverie. Cette décoration, quelle sera-t-elle? De tapisserie il ne saurait être question, et tout projet se trouve de lui-même écarté dont l’exécution entraîne une dépense si peu que ce soit considérable... Ce qu’il faut pour orner l’école, c’est l’imagerie murale, c’est la vaste chromolithographie à couleurs harmonieuses et vives, à sujet d’emblée intelligible... Ces vastes placards auraient toute la signification ornementale, toute la saine influence suggestive des fresques, et mobiles ainsi que des cartes, ils pourraient être changés à certains intervalles, se varier à l’infini...»

M. Gaston Quénioux voit la décoration scolaire d’une façon identique, émet une fois de plus ce désir, qu’on retrouve partout, d’une tonalité claire et gaie, d’une frise peinte au pochoir en deux ou trois tons, de cadres harmonieux contenant des gravures.

Ce ne sont pas des tableaux d’enseignement qu’il faut. Cependant le personnel, après s’être pénétré du sentiment qui s’en dégage, pourra fournir quelques explications très sobres, aider à comprendre le sujet. Il devra d'abord s'initier lui-même , cultiver son goût , se débarrasser des préjugés... Delà à l’exacte compréhension de l’imagerie scolaire, il y a vraiment peu de chemin.

Ces exercices, des plus sommaires, devront avoir pour but non pas de meubler la mémoire de l’élève, mais seulement de l’amener à sentir. Pour le reste , il suffit de laisser 1 œuvre elle-même parler à ses oreilles , s'agiter à ses yeux...

PREMIÈRES TENTATIVES. — CONGRÈS DE 1 90 4. — NOUVELLES ESTAMPES MURALES.

L'idée n’est pas neuve ; Victor Duruy, alors ministre de l'Instruction publique du second Empire, écrivait en 1870: « Notre instruction populaire ne manque ni d’hommes habiles, ni de méthodes éprouvées. Mais pour l’enfant nous n'usons pas assez de l’agent le plus actif, l’enseignement par les yeux. J’aurais voulu que les murailles de nos soixante-dix mille écoles fussent couvertes, du haut en bas, d’images... De l’école elles seraient passées dans la chaumière... »

Hélas! il ne fut plus question d’images, à l’époque. Ce vœu, repris sous une forme analogue par une revue en novembre 1874, émut à peine l’opinion publique.

Cependant Jules Ferry s’en souvient. En 1877 il crée la Commission de la décoration des écoles, où l’on rencontre Albin Zévort, Pécaut, Gréard, Eugène Müntz, Charles Bigot, Eugène Guillaume. Elle s’assemble et discute. Trop de théories, pas assez d’actes. Une deuxième commission naît de la première : celle de l’imagerie scolaire, présidée par Ferdinand Buisson, alors directeur de l’enseignement primaire, et dont le rapporteur fut, pendant huit ans, M. Henry Bavard, aujourd’hui inspecteur général des beaux-arts. A cette époque les budgets, plus élastiques, permirent de notables subventions pour aider aux travaux. La sollicitude de ministres éclairés : Ferry, Paul Bert, Goblet, permit de curieuses expositions, la création de séries types, des concours bien dotés. Rien ne put malheureusement sauver ces commissions de l'indifférence radicale du corps enseignant.

En 4879, Viollet-le-Duc, dans un rapport à la Ville de Paris, arrive encore à la rescousse : « On se plaint que des images malsaines et barbares soient livrées à nos enfants: c’est à nous de leur montrer des œuvres de valeur... Qu’à

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la place de ces productions déplorables ils aient devant les yeux des œuvres de talent, traitées suivant les procédés primitifs. »

La voix du tout-puissant architecte eut-elle quelque effet ? En 1881, une exposition d’imagerie scolaire, sous les auspices du ministère de l’Instruction publique, réunit au palais du Trocadéro divers projets intéressants. Certains furent primés, aucun ne fut exécuté.

Il semble que, si nul n’ignorait l’effet durable des premières contemplations, les guides philosophiques d’alors maintenaient à dessein les horreurs qui souillaient les murailles. La pensée libre viendrait toujours assez tôt ! Que les fleurs étaient rares dans ces immondices ! Que sont devenus les jolis paysages de Ciceri, dont plusieurs moisissaient encore dans les classes il y a trente ans, les seuls qui eussent trouvé grâce !

Bientôt on s’apercevait que l’étranger nous distançait. Ses pancartes murales révélaient un souci d’art malgré la modicité des prix. Il importait de réagir. La critique entreprit une campagne vigoureuse, parvint en partie à galvaniser l’indifférence. Ce fut alors, dès qu’on voulut passer de la théorie à la pratique, l’hostilité des bureaux, la mainmise de gros éditeurs qui ne songeaient qu’à la réalisation de gains profitables, même au détriment de notre éducation nationale.

La tentative fut d’autant plus méritoire. En 1896, sous les auspices de M. Roger Marx, la maison Larousse produisit une série d’Étienne Moreau-TNélaton, le Vin , le Bois , le Blé, le Troupeau , complétée depuis. En 1898, Charles Yerneau publia les quatre estampes en couleurs d’Hélène Dufau, sur des préceptes de morale (1). Enfin l’imprimeur d’art Eugène

(1) Aidons-nous mutuellement. — Aimez vos parents. — Mieux fait courage que force , — Pas de moisson sans culture (Librairie Larousse et librairie Ollendorff).

Yerneau commença les lithographies, si belles de simplicité colorée, de Henri Rivière, les Aspects de la nature , où la composition rivalise avec F exécution. Le 16 novembre 1898, M. Gibier fondait à Paris une Société pour la décoration républicaine des mairies et des écoles, approuvée par arrêté du 18 avril 1901. C’était d’un art plutôt restreint. Le 24 septembre 1899, le ministre de l’Instruction publique, M. Georges Leygues, encourageait le mouvement par une circulaire à son personnel: «... Il ne faut pas seulement que les écoles soient bien installées et bien tenues, il convient qu'elles aient une physionomie gaie et souriante... Je désire que ces maisons d’amitié et de solidarité aient une décoration qui leur soit appropriée... Il importe, en outre, de développer de bonne heure chez les enfants le sentiment du beau... »

En 1900, l’Association générale de la presse de l’enseignement, réunie en congrès à Paris, s’intéresse à la réalisation de cette grande pensée, devenue enfin pensée d’Ëtat. Elle juge la question de la plus haute importance, assez pour être étudiée isolément en un congrès spécial, avec une exposition.

Ce congrès s’ouvrit le mercredi 22 juin 1904, au Cercle de la librairie, sous la présidence d’honneur du ministre, représenté par MM. Bayet et Gasquet, directeurs des enseignements supérieur et primaire, et la présidence effective de M. Paul Beurdeley, maire du VIIIe arrondissement. Après un échange de vues d’un vif intérêt, des controverses pédagogiques passionnantes, qui se prolongèrent deux jours, diverses questions furent proposées à l’examen de l’assemblée. Elles se résument dans ces brèves conclusions :

I. — La décoration et T imagerie scolaires doivent tenir compte de Tétât de développement intellectuel de T enfant et être appropriées à son âge et à ses facultés.

IL — L éducation par T image doit tendre dès le début au développement chez T enfant des facultés d' observation et du sentiment.

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