IMAGE MURALE LEURS, PAR M
III. — Lemaître cherchera moins à intervenir directement pour imposer son goût à V enfant que pour éveiller chez lui la faculté d'observer, de comparer, de sentir.
L’exposition renfermait des tableaux muraux, des imagesrécompenses, bons points, cartes illustrées; des vues sur verre pour projections ; une galerie rétrospective de l’image populaire (collection de M. Beurdelev) ; une galerie rétrospective du livre scolaire illustré, depuis le xvie siècle (collection Georges Moreau) jusqu’au xxe (collection Fournier). On avait groupé les différents agents d’influence et de propagande que les efforts de notre temps ont déjà beaucoup améliorés, développés et multipliés : le livre d’abord, l'instrument scolaire par excellence, qu’on a voulu illustré, parlant aux yeux en même temps qu’à l’intelligence; le cahier, dont la couverture devient un symbole familier; le bon point, la carte-témoignage, que sais-je encore ?
Les efforts individuels se multiplient. En 1903, M. Raoul Mortier, professeur à l’École professionnelle de Vierzon, tente d’organiser une Société des amis du beau, dont les buts principaux sont d’orner les écoles et les mairies, de récompenser les maîtres et les élèves qui auront fait preuve de goût. En 1905, M. Horace Thivet, protagoniste de l’École de la paix, présente à M. Durkheim, l’éminent professeur de pédagogie à la Faculté des lettres de Paris, un plan nouveau de l’art à l’école, où on peut puiser. Cette même année, le gouvernement me confie la mission d’aller en Belgique étudier l’imagerie scolaire, et M. A. de Monzie, commissaire de l’instruction publique à l’exposition de Liège, a la bonne fortune d’augmenter nos trop rudimentaires collections. Il commande à divers artistes une suite d’estampes en couleurs, dont les maquettes seront exposées à Liège.
Les sujets s’inspirent de la famille et du terroir, des labeurs humains, des saisons, de la nature. Dans une cam-
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pagne défeuillée de la banlieue parisienne, J. -F. Raffaëlli conduit un père et son enfant ; sur une grève sableuse, léchée par la mer, une femme ploie sous un ballot de varech : composition de M. Dabadie... M. André Dauchez, deux fois présent, à côté d’une marine bleue où cinglent de fins voiliers, a parcouru les mêmes solitudes, où de pauvres gens râtellent et brûlent les algues rejetées par le flot. Ici, plus de joie : c’est le dimanche pour M. Lucien Simon, et, tout proche le village, les gas bretons lancent la boule sur les quilles.
Joyeux aussi, M. Hanicotte met en fête la plage de Volendam, bordée de maisons multicolores. Avec une incontestable habileté scénique, il fait virer une ronde au milieu de femmes assises, d’enfants jouant aux châteaux de sable, de pêcheurs rentrant leurs filets. C’est un amusant coin de Hollande. M. René Ménard, dans une sanguine sobre, montre une mère allaitant, les hommes hissant des blocs pour une construction. M. Georges d’Espagnat, en des tons de tapisserie qu’il affectionne, mène deux fillettes à la cueillette des pommes, tandis que M. E. Wéry assoit ses « enfants sages» sous un oranger, au bord de la Méditerranée.
L’écolière lisant de M. Henri Martin est connue ; M. Jules Adler traite une scène familière, la Sortie de V école, avec les cartables et les petits paniers, sous les yeux des parents attentifs. Enfin, avec M. Ernest Laurent, nous voici au. bon logis, où la maman, près d’une table chargée de gâteaux, de fleurs et de jouets, soigne un nourrisson et conseille à la fillette pensive appuyée contre ses genoux : Aimez bien voire maman , car personne ne vous aimera mieux qu elle ...
C’est parfait, M. Gasquet sera content, car il préfère l’œuvre simple et coloriée. N’a-t-il pas dit, au congrès de 1904, que la reproduction photographique est une erreur? Mais quand les reproduira-t-on pour le public, ces maquettes dont la technique est telle que l’imprimeur y songe
i/art a l'école
en vain 1)? Si les auteurs ne s’en mêlent pour lui rendre possible sa tâche, nous sommes voués longtemps encore aux planches photographiques.
PROMENADE EN FRANCE. — EFFORTS PARTICULIERS. — DÉVELOPPONS LE DESSIN D’APRÈS NATURE. — LES « AMIS DES FLEURS». — GROUPEMENTS DIVERS.
M. Coste-Labaume, de Lyon, trouve que notre jeunesse française n’aura pas à se plaindre des sollicitudes que lui témoignent ses éducateurs, depuis plus d’un quart de siècle : <- Aux vieilles écoles sombres, humides, mal aménagées et d'une propreté douteuse, ont succédé de vastes locaux, ayant parfois une allure monumentale, où l'air et la lumière circulent à souhait.» Cela est vrai en partie dans certaines régions el le deviendra plus encore. Mais l’adolescent, dans la plus splendide école, songe aux fleurs, aux paysages dont il entrevoit le ciel bleu par les fenêtres, au nuage qui passe, (/est la prison quand même dont il faut égayer les murs. Les maîtres l'ont tenté en sollicitant les pouvoirs publics, en prenant des images où ils ont pu.
Ils en obtinrent, tant qu’il y eut des fonds, sous Ferry, sous Paul Bert. Depuis, les facilités financières ont baissé. Que voulez-vous que fasse M. Gasquet, malgré sa bonne volonté, avec les 3 000 francs de crédit qui lui sont alloués pour la décoration des écoles? Vous avez bien lu, 3000 fr. pour la France entière! C’est moins que la Société de l’Art à l'École a dépensé en six mois pour déclarer son existence.
Certes M. Gasquet suivit avec intérêt l’initiative prise par
1 Deux seulement sont éditées : les Petits Hollandais , de Hanicotte, et la Sortie de l’école , d’Adler. Il serait nécessaire, pour la facilité de remplacement dans les cadres, que ces images soient de môme format.
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la critique. Il fut frappé comme elle de la médiocrité, de rinsuffisance de l'imagerie dont il disposait, surtout de son impropriété à s’adapter aux sens de l’enfant, à éveiller en lui le goût des belles choses. Il se déclara convaincu de la nécessité de trouver la formule d’un art qui, à la simplicité des lignes et du contour, à la notation exacte des couleurs, joindrait la beauté. « Des essais non négligeables, écrit-il, ont été tentés dans cette voie, non sans succès. Nous les avons secondés de notre mieux. Nous continuerons à le faire dans V avenir...»
En conclusion à cette assurance, M. Langlois, directeur du Musée pédagogique, organise une salle d’art à l’école. On retrouvera dans cette exposition permanente les essais les plus divers, surtout, espérons-le, ceux propres à développer le sentiment de la beauté simple.
Quelles sont les pensées exprimées, çà et là, au hasard de la promenade? Des peintres travaillent à la frise florale pour murs scolaires : M. Barberis dans une classe du XVe arrondissement, M. Victor Lhuer pour une maison d’édition. M. Paul Berthon tente de l’estampe populaire et en donne quelques centaines à différentes œuvres, M. Louis Dumoulin rêve de cent sujets botaniques, ethnographiques, qu’il rapporte de ses voyages à travers le monde ; M. Paul Descelles groupe sur des cartes-récompenses certains sujets familiers, M. Harenger esquisse des lithographies de la rue.
Mlle Gahéry, créant l’Union familiale à Paris, met en pratique, dans un local exigu, toute la théorie du jardin d’enfants et l’application complète de la méthode Frœbel.
Mais ce fameux « jardin d’enfants », que j’ai visité avec tant de joie à l’étranger, existe chez nous! Paul Besques en revint enthousiasmé : « Il est, 53, rue Claude-Bernard, en plein quartier Latin, au fond d’un jardin, une maisonnette en bois, à deux pièces : on dirait une bergerie de Nuremberg; sur les murs aux tons clairs, des gravures de Rivière, des dessins d’enfants, incorrects, mais plaisants par leurs
vives couleurs ; puis des fleurs, beaucoup de fleurs, des jacinthes et des crocus, des arbrisseaux aux bourgeons d’un vert tendre ; enfin, dans un grand bocal, des poissons rouges, et dans une cage des tourterelles apprivoisées. L’établissement, dirigé par Mlles C. Monod et M. Babut, a pour programme : Observation de plantes et d’animaux, — jardinage. dessin, modelage, — chants, jeux, histoires, récits, — mouvements gymnastiques avec accompagnement musical.
Mn Salomon, au milieu de ses fillettes de la rue des Pyrénées, a décoré de façon simpliste mais excellente sa (•hisse ménagère. Avenue Rapp, c’est Mlle H. Augé qui égaye au jour le jour le mobilier de son cours et l’imagerie qui y circule. M. L. Huillier, instituteur à Paris, a eu, dès ses débuts, l’idée d’embellir la classe triste et noire. « Les bambins collaborèrent vite à l’œuvre du beau : en été la salle s’orna de guirlandes de feuillage, de fleurs; des gravures, renouvelées, jetaient leur note gaie. » Maintenant dans un quartier commerçant et aisé, il a la première classe <*l a réussi à constituer une collection de 400 tableaux environ qu’il emploie dans ses leçons. M. Charles Riel a dessiné au pastel ou peint à l’huile des scènes qui ornent sa classe, 40, rue Manin. 11 affectionne plus particulièrement les travaux agricoles, les semailles, la moisson, la vacherie, le charbonnage.
A Gros-Iiouvre-en-Yveline, près Paris, M. Pierre Lelong a fondé, en 1904, le Salon au village. Peintres, graveurs, architectes, sculpteurs, recrutés dans le pays, occupent, durant les vacances de septembre, la modeste école du lieu et expliquent les choses familières qu’ils exposent : sites locaux, métiers du cru. Des musiciens se font entendre, des conférenciers parlent. Quelques-unes des œuvres restent chaque année dans l’école. M. Charles Moreau-Vauthier, lui, offre aux écoles et aux mairies de la région de Fontainebleau des toiles qu’il arrache à ses amis les peintres. Son titre : l’Art au village.
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A Nancy, l’École lorraine d’art décoratif, présidée par M. Victor Prouvé, prépare un effort considérable. A Bordeaux, M. Ernest Achap, de la Ligue protectrice de la mutualité scolaire, a fait exécuter une affiche murale. A Toulouse, M. Marcel Braunschvig, professeur au lycée, résume dans un livre, VArt et V enfant, tout ce qui s’est fait jusqu’à ce jour, et c’est à lui que nous aurons sans cesse recours. A Blois, M. G. Maurice, professeur au lycée, termine une étude sur VArt, Vécole et le peuple. M. Henry Gillot, professeur agrégé au lycée d’Oran, établit la Société oranaise d’enseignement par l’aspect.
A Lyon, M. Fleury Gromollard, du lycée Ampère, un des plus ardents protagonistes de l'art à l’école, « convaincu de cette nécessité d’entourer l’enfant de belles choses », a depuis trois années orné sa classe de septième avec l’aide de ses élèves. Il a réuni des sujets simples, accessibles aux petits : chroniques de la vie nationale, rustiques, de l’existence enfantine. Il y a joint des monuments, des paysages, quelques portraits. Une moitié constitue la décoration fixe, placée dans des cadres et des sous-verres. La deuxième, destinée à « illustrer l’enseignement », est mobile, en passepartout. M. Gromollard a tout construit lui-même:
M. Ardaillon, dans son rectorat de Besançon, provoque un vif mouvement d’émulation. M. Béchet, directeur de l’école normale de Laon, a garni couloirs et- vestibules d’estampes en couleurs. M. Victor Champier, directeur de l’école nationale des arts industriels de Roubaix, n’a pas cessé de poursuivre le programme de l’art à l’école. Il a eu la chance, dit-il, de le réaliser pleinement. Il a littéralement rempli l’immense local, c’est-à-dire trois ou quatre grands bâtiments, de multiples objets d'art, photographies, gravures, sculptures même, cadres de médailles, de nature à créer une atmosphère particulièrement favorable à F imagination de ses élèves.
Ici, M. Paul Steck, inspecteur de l’enseignement du des-
sin, exprime pour la culture du goût, au comité des inspecteurs, une suite de vœux à suivre et à développer. On les retrouvera pour la plupart dans les desiderata de la Société de l’Art à l'École, mais M. Steck préconise surtout l’extension de l’étude du dessin. M. Gaston Quénioux continue sus cours pour un dessin « plus vivant », expose les résultats obtenus — cette exposition de dessins d’enfants était délicieuse — décore deux classes de l’École alsacienne. M1110 Lacombe de Presles s’écrie : « 11 n’est donc pas exagère de dire que l’enfant possède en lui toutes les facultés d'un dessinateur; qu’une direction intelligente, une sollicitude éclairée oriente ces facultés dès le plus jeune âge, et, sans effort, tout naturellement, l’enfant saura s’exprimer par l'image, comme il le fait par la parole et par l’écriture. » Mme Simonin, elle aussi, a réalisé une méthode de dessin d’après nature qui indique une profonde connaissance du cerveau de l'enfant. Depuis, la Section bordelaise de l’art à l’école, à la suite d’un rapport de M. Th. Chaussard, où celui-ci dit : « Un enfant cherche toujours à imiter ce qu’il voit, et s'intéresse davantage à un objet lorsqu’il le reproduit, » charge son président, M. Guilhot, et son secrétaire général, M. Franc Malzac, d’organiser des cours gratuits de dessin dans les écoles primaires et maternelles.
L’inspecteur primaire de Péronne, M. Bélille, a organisé dans sa circonscription une bibliothèque pédagogique, «en vue des moyens à employer pour éveiller et développer le sentiment du beau chez les enfants des classes primaires ». Il adressa une note de service circulaire où, commentant la théorie de l’éducation esthétique, il faisait appel aux municipalités pour un subside modique, dans le but d’acquérir les collections illustrées à l’usage des écoles. Presque toutes les communes répondirent favorablement, et M. Bélille réunit b 00 francs pour acheter des estampes.
Un autre inspecteur primaire, M. J. Roux, de Tournon, a créé en Ardèche et dans les monts du Vivarais des socié-
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