‹ L'Art à l'ÉcoleChapitre 6 sur 26 · CHROMOLITHOG RALE DE M. HEYWOOD SUMNER · texte numérisé non relu

CHROMOLITHOG RALE DE M. HEYWOOD SUMNER

lumineuses, l’image animée viennent s’y joindre en un bouquet complet. Dès le «jardin d’enfants », qui correspond en partie à notre école gardienne, de trois à six ans, le jeune être apprend les formes, les lignes et les couleurs par le des papiers, la cadence et la mesure, par les jeux musicaux . Peu à peu, aux côtés de l’esprit qui s’éveille, autour de lui, le pédagogue brabançon augmente l’ambiance intellectuelle, améliore les pancartes murales, confie aux minuscules mains des récompenses de choix, des témoignages plus parfaits de satisfaction. Il lui apprend à penser beau.

J’ai visité vingt-cinq villes et leurs écoles (mission de 1905). Partout l’effort m’a semblé manifeste. Envahie, écrasée par la production étrangère, surtout celle de Leipzig, Carlsruhe et Berlin, l’imagerie locale tentait de réagir, de s’échapper. Certains maîtres forgeaient l’œuvre de toutes pièces, avec l’aide des petits talents présents, utilisant les objets les plus modiques, combinant les affiches, les cartes postales, les chromos de boîtes à bonbons, même des cartes à jouer (Liège, Namur, Huy) ; d’autres, appuyés sur des municipalités fortunées, où l’argent n’est jamais refusé quand il s’agit de l’enfance, demandaient à des artistes du cru des séries nouvelles, indigènes, éditées par de notables imprimeurs d’art du pays (Bruxelles, Liège); d’autres enfin obtenaient des résultats qui peuvent passer pour plus considérables encore : la décoration murale par des fresques peintes, frises, encadrements, dessus de portes, à thèmes historiques ou ethnographiques (Anvers, Gand), des ornementations entières d’arts appliqués, boiseries, ferronneries, ciments géométraux dans les cours, carrelages mosaïqués, statuettes, préceptes dans les vestibules (Anvers).

C’est en 1897 que l’administration élue de cette grande cité prit la résolution de faire orner chaque année une classe par un élève de son Académie des beaux-arts. Il est alloué à celui-ci une somme de 3 000 francs prise sur le crédit des achats annuels. Il exécute son travail, sous la direction des

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Anvers. — Fête nationale de l’Enfance, le 21 juillet. Défilé des écoles de garçons.

et deux allégories, Science 7 Poésie; enfin une suite de dix toiles séduisantes de couleur locale : la Culture et V Industrie du lin dans les Flandres.

Les cinq autres commandes, qui seront placées dans le courant de 1908, figurent les Gloires nationales belges , la Civilisation , les Industries belges, les Artisans à travers les âges, les Sept Œuvres de charité (le monde des enfants et des animaux). Cette dernière pensée, d’associer l’enfance à ses frères inférieurs, est cultivée avec soin. Dans toutes les

professeurs, sur un sujet déterminé. Depuis lors, dix commandes ont été enregistrées. Cinq sont achevées et placées. On y trouve trois peintures d’histoire : les Premiers Belges, la Conquête des Gaules, et Epoque de Charlemagne ; une de documentation pittoresque, en six panneaux, les Ouvrages manuels de la femme aux différentes époques (école de filles],

cours, tous les préaux, les élèves entretiennent une colonie ailée, les nids s’étagent le long des murs, choyés, sauvegardés. Rue Bervoets, j’ai vu cinquante fillettes, hautes comme des bottes, émietter le pain des pigeons et des moineaux, et leur causant!

Les jeunes filles de l’école moyenne (douze à quinze ans) décorent elles-mêmes leur logis par application, entre double vitre, de fleurs et de graminées cueillies au cours des promenades dominicales. A côté des exercices de ménage qu’elles seront appelées à pratiquer dans l’existence journalière, elles apprennent à embellir leur intérieur, garnir les fenêtres, les portes, les cheminées, disposer les étoffes d’ameublement, composer des arrangements.

J’ajoute qu’à Anvers, une fête nationale, où défilent dix mille enfants, a lieu chaque année le 21 juillet. Un jeune poète est chargé d’écrire une cantate, un de ses camarades la met en musique, pour être chantée par cette multitude naïve. Tout cela est de l’art, de l’art simple et candide, comme il en faut pour reposer des cerveaux à peine ouverts aux compréhensions de l’existence. Plus tard, on pourra leur commenter les chefs-d’œuvre des maîtres : ils seront préparés.

Comme la littérature, l’art à l’école est une force agissante de la nation. Le gouvernement belge s’en est aperçu. Maintenant, il tente de suivre, dans les athénées plus spécialement à sa charge, les utiles tentatives réalisées par les communes dans leurs établissements primaires. Mais celles-ci marchent plus vite encore. Circulaires, brochures, ordres de service vont partout, propageant l’initiative, la stimulant, la dirigeant. Les distributions d’imageries sont multiples, les visites de musées, les promenades aux monuments se renouvellent souvent. Rien n’est plus profitable au développement du goût, à la fixation d’une pensée qui hésite encore et trébuche à la recherche du beau.

L’initiative particulière achève l’épanouissement de ce

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parterre. Des assemblées professorales se passionnent pour ces questions. Du congrès de Louvain, en 1905, naquit la Société de l’art à l’école et au foyer, â l’exemple de celle des instituteurs de Hambourg. Elle comptait le mois d’après cinq cents adhérents, à la fin de 1906 treize cents, appartenant aux positions et aux fonctions sociales les plus différentes.

Anvers. ~ Fête nationale de l’Enfance, le 21 juillet.

Défilé des écoles de filles.

Elle distribue des planches en couleurs et des lithographies, publie un bulletin mensuel, dont chaque numéro contient un commentaire esthétique, analyse les livres et les travaux sur la matière, renseigne, morigène, éduque les instituteurs.

M. L. Mallinger, qui travaille à un catalogue complet, analytique et descriptif de l’art à l’école, lequel sera édité par Tlnstitut international de bibliographie et d’iconographie de Bruxelles, a écrit cette phrase réconfortante : « Pour

deux à trois francs, il y a moyen de garnir artistement toute une salle d’école. » On pourrait d’ailleurs faire contribuer les enfants à cette décoration, en leur demandant un ou deux sous par an.

Hors Belgique, le directeur général de l’enseignement du grand-duché de Luxembourg va inaugurer à l’Athénée des leçons d’esthétique et d'histoire de l’art. En Hollande, voici déjà deux ans et demi que s’est établie, à La Haye, la Société néerlandaise pour le développement de l’élément esthétique dans renseignement. Elle a publié divers opuscules sur le but de l’association et sur l’enseignement du chant dans les écoles. Puis quelques numéros d’un bulletin provisoire auquel s’est substituée une revue mensuelle : Esthétique et enseignement. C’est une dame, Mme Adrienne G. Dyserinck, qui en est la secrétaire générale.

En Suisse, les écoles sont agréables, ornées de fleurs aux fenêtres, de parterres de verdure, de plantes grimpantes. Quelques-unes sont d’une architecture curieuse, suggestive, (ni demeurant simple. C’est bien la maison riante et accueillante de l'enfance que réclamait M. Édouard Petit au congrès de 1904. Lisez les Constructions scolaires en Suisse , par Henry Baudin (édit. W. Kündie et fils), plus d’un plan vous séduira. Allez jusqu’à Chêne-Bourg, banlieue de Genève, et regardez l’école qu’y a construite à peu de frais M. Marc Camoletti. Et concluez.

En Espagne, on s’inquiète, on commencé. M. Ventenac, directeur des écoles françaises de Madrid, y implante l’art, distribue avec sagacité les images que la Société de l’Art à l’École lui envoie.

En Italie, que se passe-t-il dans les écoles de certaines régions, villes ou bourgades de la patrie deVart? On n’en parle guère, mais peut-être serons-nous mieux renseignés cette année, au retour de la mission que va confier la Société de l’Art à l’École, au nom du gouvernement français, à un de ses membres, M. H. Cousturier, ancien professeur de l’Université.

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La Bulgarie fournit un contingent d’adhérents. M. Palacheff, professeur de dessin à Sofia, initiateur du mouvement en faveur de l’éducation artistique, a commencé la publication d’une série de cartes-vues ornées de peintures célèbres, commentées brièvement. Il est également l’auteur d’un livre : Tableaux du jeune âge.

Au Nord, la Suède nous montre des exemples. Il y a longtemps que l’art à l’école a tenté les initiatives particulières. Deux sociétés ont, grâce au concours d’artistes désintéressés et de mécènes généreux, pu se manifester utilement.

L’une à Stockholm , depuis 1897, a fait placer quatre peintures : une fresque de 8 mètres, par Cari Larsson (1901), représentant un chœur d’élèves dans une plaine voisine; un paysage crépusculaire à Tyreso, offert parle prince Eugène, qui en est l’auteur (1903). Ces deux toiles sont disposées dans la cour vitrée intérieure du Lycée latin. Dans une école primaire communale on peut voir les deux autres, décorant l’escalier, Chevaux en liberté et Vaches au pâturage, f&v Nils Krenger (offerts par Mlle Eva Bonnier). Cette donatrice a aussi fait cadeau de sculptures et de céramiques. Cette première société est inspirée par un écrivain d’art, Cari G. Laurin.

L’autre, à Goeteborg, a pu, grâce aux munificences d’un riche habitant, M. Pontus Furstenberg, faire peindre par Cari Larsson les trois étages d’un escalier. Une frise, dans cette école de filles, représente un cortège d’enfants portant des fleurs. Dehors souffle le vent d'été , ainsi est intitulée cette page poétique de Larsson (1903).

En Finlande, un professeur de Suomi, M. R. af Ursin, a ouvert un concours entre les architectes pour un plan d’école campagnarde. Après une enquête parmi nous, il a créé à son retour (février 1907), àTurku (Abo), une société qui distribue des images et des photographies, à l’exemple d’une sœur aînée qui existait depuis avril 1906 à Helsingfors.

Quant à la Russie, si cruellement déchirée, elle cherche, elle commence : M. Tscharnolussky, chargé de l’Annuaire de

l'Instruction publique, regarde, étudie On peut affirmer

que des sables algériens aux neiges Scandinaves cette émouvante théorie de l’art à l’école agite le monde de la pensée.

Léon Riotor,

Secrétaire général de L’Art à l'École.

L& Maison d’écofle

et te Wdbitteir scot^tre.

ontrairement à une théorie acceptée sans examen

et étayée par l’autorité inexplicable des formules

toutes faites, l’enfant adore s’instruire et entoure d’une respectueuse affection les maîtres chargés de lui apprendre ce qu’il ignore. Sa curiosité dévorante le pousse, d’instinct, à questionner, à écouter, à regarder, à déchiffrer les problèmes multiples de la vie, à toucher de la main ce monde inconnu dont le mystère l’attire et le fascine. Si l’élève prend en haine l’école et le professeur, c’est presque toujours parce que l’école et le professeur se trompent lourdement ; si l’étude devient un supplice, c’est parce que l’éducateur ignore le premier mot de son métier ; si la classe prend l’aspect d’une prison, c’est parce que le local où l’on cadenasse le petit étudiant est sinistre.

Jules Vallès et Robert Caze ont décrit, avec une sorte d’horreur tragique, ces antres crasseux, sombres, humides et lugubres appelés collèges il n’y a pas encore fort longtemps, et où s’étiolaient, comme des oiseaux en cage, des êtres assoiffés de tendresse, de soleil et de liberté. Certes, les choses se sont modifiées dans le régime universitaire ; les bastilles d’antan ont, en grand nombre, disparu, et on ne saurait trop rendre hommage à un artiste trop peu connu tel que Train qui, le premier, osa rompre avec la routine et attira sur sa tête les toudres académiques en construisant

le collège Chaptal, aux façades polychromes, aux baies largement ouvertes, aux cours ensoleillées, à l’accueil aimable et gai. Oui, une salutaire évolution se fait sentir dans l'architecture scolaire, mais nous sommes encore loin des installations anglaises, sortes de cottages noyés dans la verdure oii l’on s’occupe autant du corps que de Lesprit et où le football, la natation, la gymnastique et la marche réagissent contre la claustration imposée par le travail cérébral.

Mens sana in corpore sano est une formule excellente, cellelà. et éternellement vraie. Il est certain qu'un enfant bien portant à qui l’on accorde la dose rationnelle de sommeil, de repos, de mouvement et de jeu à laquelle son âge lui donne droit se trouvera dans des conditions infiniment meilleures pour suivre une leçon et s’y attacher qu’un pauvre diable anémié par le manque d’air et de lùmière, déprimé par une réclusion anormale, sevré d’exercice, réveillé trop tôt, terrorisé par des visages malveillants ou maussades, et broyé par une discipline uniforme pour tous les tempéraments, discipline qui le rend hypocrite, menteur et sournois.

Comme la plante qui se tourne toujours vers le soleil, la jeunesse cherche la joie. Laissant de côté la pédagogie, et ne m'occupant que de l’extériorité du cadre dans lequel se confine l’existence de l’écolier, je crois donc qu’il serait extrêmement simple de rendre tellement agréables et attirants les locaux scolaires que l’enfant prendrait en affection son studio , s’y plairait, y séjournerait sans ennui et ne s’apercevrait pas de la fuite des heures, ordinairement si lente pour ces turbulences toujours en activité.

Le hasard, qui lait parfois très bien les choses, a mis justement sous mes yeux une école qui résume toute ma théorie et prouve que mes désirs sont faciles à réaliser. Un jeune architecte, M. Sautereau, a élevé à Jussac, dans la H;i h te-Vienne, une petite bâtisse absolument délicieuse que j'ai tenu à faire reproduire ici. Ah! comme ce modeste constructeur, autrement plus artiste que la plupart de nos

LLEGE CHAPTAL

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