BRONZES ET BIJOUTERIE
Comme nous l'avons déjà remarqué pour la céramique, on ne saurait parler de l'art de travailler le métal en France, sans commencer par les objets romains et gallo-
TlMON HF. CHAR, ÊPOQVE GALLO-ROMAINE (muséc'dc Toiflbuso).
romains, que des fouilles faites un peu dans toutes les régions ont ramenés en si
liRONZES i. Al. I.o HUMAINS.
grand nombre à la lumière. Cette série n'est pas la moins intéressante de celles qu'on
aient été importés d'outre-monls, ou
a pu grouper dans la salir du métal ; el qu'il; qu'ils aient été fabriqués en Gaule même, il esl certain que ces petits objets ont été un des facteurs importants de l'influence antique sur notre art médiéval.
Quelques-uns de ceux qui sont exposés a la Rétrospective sont même d'absolus chefs-d'œuvre, où se retrouve le génie grec : le petit Hercule de la collection Bizot, de Vienne (Isère), pourrait être comparé aux plus beaux bronzes de la période hellénique. Citons encore un charmant groupe d'Hermès et Dionysos, du musée de Péronne, un admirable petit buste de Bacchus, du musée de Valenciennes, un Hercule delà collection Morel, el une Vénus
l'i.M.TE HE CEINTHIOX, ÊPOUl'E HÉUOV1NGIENXE
i '■ île Pcromic .
du musée de Chambéry. Une plaque décorée de deux personnages étendus, \in Dieu s'appuyanl sur une femme couchée auprès de lui. pourrait être une représentation du ' **iV* ; BÉ^ Rhône el de la Saône, si fréquente dans 1rs
monuments gallo-romains nés dans la vallée du Rhône : ce lui sans doute une plaque de coffret. Il faut mettre hors de pair un timon de char en bronze vert, formé d'une lionne qui attaque un cavalier : elle se jette au pi dira il du cheval qui se cabre., tandis que l'homme brandit une massue; l'œuvre est admirable par l'énergie de l'allure ri le mouvemenl ; elle âppartientau musée Saint-Raymond àïoulouse.
La collection des armes gauloises el gallo-romaines esl aussi très complète, depuis les épéesde bronze qui sont vraisemblablement antérieures à l'an SOO avant Jésus-Christ, el qui mil partout précédé les épées de fer : ces dernières, en effet, étaient plus difficiles à travailler, la rouille les attaquait et les ruinait, et elles ne remplacèrenl celles de bronze que quand la métallurgie fut en mesure d'en produire de lionnes. D'ailleurs les armes de bronze ne disparurent jamais complètement. Elles affectèrent longtemps les mêmes formes el ne dépassaient pas un mètre de longueur.
Fibule méiui\ ixgiexxe [musée de I: iras]
L'ART A L'EXPOSITION DE lOOti
Puis il y eu) une époque, dite du second à; particulières, plus courtes que celles de bronze. Au temps de César, gauloises el romaines se ressemblaient tellement qu'on ne peut les distinguer.
Tous ces types différents sonl représentés par les collections si complètes qu'a bien voulu prêter M. Morel, de Iieims. les épées celtibériennes de la Marne, celles de Salon el Marsan, les épées de bronze des fouilles de Sommebionne, puis les épées de fer de Jonquières-en-Vaueluse et de Clermont-en- Argonne.
Mais le début du vc siècle en Gaule vil la formidable invasion des peuples germaniques, dont la poussée vers l'ouest fit craquer le vieil empire romain. La Gaule fut partagée entre les envahisseurs.
Francs, Wisigoths et Burgondes. Sans être parvenus à une civilisation très raffinée, ce n'étaient plus des sauvages. Leurs goûts guerriers les avaient incli-
e du 1er. où les épées de 1er furent bien
Griffon, époque mérovingienne (musée d'Arras).
On a beaucoup discuté sur l'origine était originale, inventée spontanément
Fibule mki.ov ingienne collection <lc M. Boulanger, de Péronne
nés à pratiquer l'art de décorer leurs armes. Ils aimaient aussi les bijoux, el savaient s'en parer. Le> œuvres de l'industrie barbare présentent alors d'un bout à l'autre de l'Europe un caractère de grande unité, et une pratique courante de l'orfèvrerie cloisonnée, décorée de plaques de verroterie et de cabochons, de grenats el de pierres précieuses, de cette décoration, pour savoir si elle par les Barbares, ou bien transmise de
L'EXP 0 SITION RE T Rosi' E ( : T I V E
peuples à peuples. Il esl 1res vraisemblable qu'elle fut usitée, bien antérieurement aux époques mérovingiennes, par des peuples orientaux, les Perses entre autres, et que les migrations barbares furent tes véhicules qui les transmirent aux peuples occidentaux.
Les objets caractéristiques et capitaux de l'époque mérovingienne sont dans les collections publiques, el c'est là que celle histoire doit être étudiée, avec des monuments tels que les pièces de la sépulture de Childéric I'1'' (Bibliothèque nationale), celle- du trésor de Gourdon au Cabinet des Médailles, celles de Charnay au musée de
Saint-Germain, celles de Pouan au musée de Troyes.
Toutefois, quelques belles pièces sont exposées au Petit Palais, quelques armes, les couteaux longs et recourbés, dits scramasaxes ; les épées plus Longues et plus lourdes que les épées romaines, les haches à bords recourbés dites francisques ; les lances, framées ou angons.
Les objets de parure sontles fibules ou agrafes en métal, sortes d'épingles de sûreté, tantôt circulaires, tantôt en forme de tiges surmontées d'un demi-cercle ou d'un rectangle. Elles étaient d'or, d'argent ou de bronze, décorées de verroteries ou de grenats. Elles avaient souvent un caractère admirable de simplicité fruste et sauvage, telle la fibule de Macornay (Jura), en Ici- damasquiné d'argent, gravé d'ornements linéaires. Elles offrent enfin un aspect, riche et singulier,. comme les deux griffons du musée d'Arras, décorés de filigranes d'or rehaussés de cabochons grenats.
La fibule du musée de Péronne esl une merveille de composition, la boucle est faite d'un reptile à double tête de monstre ; de chaque côté deux petites plaques d'or son! gravées d'une bête.
M. Boulanger, de Péronne, a prèle toute une collection de bijoux du plus haut intérêt. Il faudrait s'y arrêter longuement, étudier toutes ces pièces de grand caractère, si riches en formules ornementales dont s'est si bien inspiré le décorateur Grasset.
Deux bagues du musée de Châteauroux el de la cathédrale d'Evreux sont superbes ;
Pied mr chandelier de saint-bêmv, xii° siècle (musi'R de Reims) .
L'ART A L'EXPOSITION IJE 1900
elles sont en or filigrane avec cabochons grenats el turquoises. Deux broches du musée de Péronne el de Cesses (Meuse offrent une décoration semblable.
MNANIIKIUK
La dinanderie esl une des séries qui attirent le plus l'attention. Il en esl peu qui, au moyen âge, présentent plus de caractère el auxquelles les amateurs aient
voué depuis quelques années un goût plus vif.
On désigne sous ce nom toute une classe d'objets de fonte, de bronze ou de cuivre qui, vraisemblablement, furent fabriqués à l'origine dans la vallée de la Meuse ; on y trouvait de grands gisements de zinc, qu'on préférait alors à l'étain dans les alliages du cuivre. Ce qui est certain, c'est que la réputation des fondeurs liégeois s'était répandue en Europe durant le xnc siècle, et que l'industrie eul en cette région un développement analogue à celui que nous avons pu constater à Limoges pendant les \n" et xme siècles pour la fabrication des émaux champlevés.
C'est à Dinant que ce travail du cuivre fut le plus actif. Nous avons une date précise d'exécution et un nom d'artiste pour un monument de celle époque. Jean il 'I lutre-Meuse nous a appris que le maître batteur de cuivre Lambert Patras exécuta en 1113 des fouis baptismaux pour l'église Saint -Barthélemj de Liège, où ils existenl encore.
Les aiguières el coquemards nous son! parvenus en assez grand nombre ; la plupart proviennent sans aucun doute de la région meusienne. Les plus anciens ne peuvent guère être antérieurs au xn' siècle. Ils affectent des formes humaines ou animales très stylisées, où se sent l'influence des textes littéraires, si impérieuse à l'époque carolingienne. Deux aiguières, l'une en forme d'oiseau, de la collection Ghabrière-Arlès, l'autre en forme d'oiseau à figure humaine soufflant dans i Unie