‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 9 sur 101 · ORFÈVRERIE ET ÉMAILLERIE · texte numérisé non relu

ORFÈVRERIE ET ÉMAILLERIE

Orfèvrerie. — Emaux champlevés. — L'émaillerie est un art qui apparaît aux origines mêmes de la Gaule, et dont nous pourrons observer les transformations

techniques successives jusqu'au seuil des temps modernes. Il avait opéré alors son évolution totale. Les fouilles que MM. Bulliot et de Fontenay exécutèrent au Mont-Beuvray, près d'Aulun, révélèrent l'existence d'ateliers d'émailleurs sur l'emplacement de Bibracle, capitale des Educns. César cherchait alors à conquérir les Gaules. Ce sont des rondelles et îles pièces de harnachement en bronze décorées d'ornements incrustés d'émail rouge à chaud, et par des procédés assez, voisins de la taille d'épargne. Plus de trois siècles plus tard, des fouilles opérées un peu par tout en Europe, démontrent que l'émaillerie é'Iait un art presque généralement pratiqué, et réunissant le plus souvent les deux procédés de la taille d'épargne et de la mosaïque de verre, solidifiée ensuite par le feu. Du m' au ve siècle très nombreux sont les objets, agrafes, fibules ou plaques de harnais, quelquefois pièces de forme, qui permettent d'étudier cet art.

M. de Linas a consacré de longues discussions ;i eelte question des émaux barbares, et l'on ne saurait mieux faire que de s'y reporter. Le caractère de l'orfèvrerie mérovingienne est l'alliance des pierreries et des verroteries aux métaux précieux.

L'émaillerie cloisonnée, la pratique la plus ancienne de cet art. que l'antiquité avail transmise à l'Europe par l'intermédiaire de Byzance, fui assez rapidement abandonnée en France pour la (aille d'épargne, plus expédilive. Les procédés barbares de verroterie cloisonnée se retrouvent encore aux temps mérovingiens, même aux premiers temps carolingiens, mais souvenl ce sont de fausses cloisons, et la taille d'épargne apparaît.

Les monuments les plus curieux sont italiens, cependant le Reliquaire, dit de

Reliure d'êvangéli.ure, ix° siècle (église do Gannat, Allier .

Reliqu VOIE. XIII» SIÈCLE (église de Uhàtcau-Ponsac , H,e-Vicnne).

Annonciation, ivoire du xv° siècle (musée de Laugrcs).

Pieu de choix, xii° siècle musée de Saint- 0 mer).

Pépin Ier, roi d'Aquitaine, du Trésor de Conques, qui date du iv siècle, compte parmi les plus- anciennes pièces d'orfèvrerie française. C'esl une boîte rectangulaire surmontée d'un couvercle à quatre rampants, sorte de Loit, qui donne à la pièce, comme à toutes les châsses du moyen âge, l'aspecl d'un tombeau ou d'une maison. Sur la face principale, la crucifixion en bas-relief et deux espèces d'ouvertures carrées par où devaienl être vues les reliques; au revers, sur le loit,

deux aigles en repoussé. Les émaux, simples pièces de rapport, laissent supposer que le monument n'est pas homogène et se compose de morceaux de diverses époques.

De l'abbaye de Conques nous pouvons admirer aussi une figure bien célèbre, souvent publiée, la statue d'or de la patronne de l'abbaye, sainte Foy. C'est un monument extraordinaire qui a dû être fabriqué à Conques même, à la fin du xf siècle, icône d'aspect sauvage devant laquelle tant de générations de pèlerins se sont exlasiées. Assise sur un siège à haut dossier, découpée à jour, elle est posée de face, tête haute, lu-as étendus Vêtue d'une robe d'or semée de rosaces repoussées, le visage sommairemenl traité, elle poursuit de deux grands yeux émaillés de bleu el de blanc sou rêve d'hébéludei (Test bien la l'idole d'une époque de foi fanatique et sauvage. La couronne décorée de fleurons offre , alternant avec des pierres gravées antiques, des chatons ■ d'émail cloisonné vert, rouge et blanc, qui fuient certainement faits à Conques même, el qu'on retrouve sur un autre objet de l'abbaye, l'.t de Charlemagne.

La plupart des pièces d'orfèvrerie carolingienne offrent des bordures de filets d'or gaufré séparant les compartiments décorés d'émaux de tons très puissants, et les grandes surfaces des fonds. On peut le constater sur l'évangéliaire , le calice el la patène de saint Gauzlin, évêque de 'foui (x° siècle), du trésor delà cathédrale de Nancy. Les ligures, même celle de la Vierge, ont à peine forme humaine . mais les ornements sont délicats et les émaux merveilleux.

La plaque d'évangéliaire de l'église de Gannat, où l'émail champlevé fournil des moiil's de décoration el celui de l'abbaye de Morienval (cathédrale de Noyon) sont de remarquables monuments d'orfèvrerie de ces époques. D'ailleurs durant toute la période carolingienne. l'Eglise, des deux ciités des monts, en Italie aussi bien qu'en France, enrichissait ses monuments el ses monastères d'objets d'orfèvrerie

Fragment i

(collection de M. Uarlin Le Ko;)

IPPLIQCE EN lillitNZE DORÉ MIT SIÈCLE

du plus grand prix. Il suffi! de se reporter à l'inventaire qu'Eginhart nous a laissé des trésors de Charlemagne. Les grandes abbayes, celle de Saint-Gall en étail le type, pos-

Chasse de Sarrancolin, xiii* siècle sédaienl toutes des ateliers qui créaient les objets destinés à servir au culte. Les

Chasse d'âhbazac Haute-Vienne . xm« siècle

pays germaniques possèdent encore , eri leurs trésors d'église ou leurs musées, de très nombreux documents de ces époques.

Hais avec le xie siècle, nous allons voir une nouvelle fabrication prendre une importance sans cesse croissante, el jusqu'à la fin du xiuc, les ateliers du centre de la

France partageront avec

Crosse Limoges, xiii" siècle

^collection de M. Jlarlin Le Hoj;.

ceux des bords du Rhin une renommée presque universelle. Les Limousins étaient déjà célèbres comme émailleurs, bien avant que Suger eût appelé des artistes lorrains à Saint-Denis. Mais d'esprit essentiellement coaservateur, ils ne se dégagèrent que très lentement îles influences byzantines qui mit pesé pendant tant de siècles sur l'art occidental. Sans doute dès le i\' siècle, le procédé du ehamplevé était apparu, mais c'était une transformation purement technique, et l'aspect des objets demeurait toujours byzantin. Le cloisonné était encore pratiqué au xie siècle, mais hésitant: l'ouvrier, par l'emploi du cuivre, en cloisons épaisses, au lieu de l'or, s'acheminait déjà, sans s'en douter, vers la taille d'épargne (musée de Poitiers, musée de Guéret, châsse de Moissac-le-Bas . ou bien le cloisonné survivait a côté du procédé nouveau, ainsi que nous permet de le constater l'ange de Saint- Sulpice - les - Feuilles ; la chasse de Bellae est de la tin du xi" siècle: les disques émaillés qui la décorent, tout semblables à ceux de Conques (maintenant dans la collection Bardac), sont d'apparence absolument byzantine.

Le trésor de Conques Aveyron conserve encore quelques pièces d'orfèvrerie qui furent exécutées sous le gouvernemenl de l'abbé

Bégon i 1099- IH8). Des

deux autels portatifs, en forme de tablettes, l'un, sans émaux, offre des nielles admirables; l'autre, filigrane, montre, au milieu de cabochons, de petits émaux cloisonnés, les uns purement byzantins, les autres reconnus comme bien français, depuis les travaux de Darcel. Mais déjà le procédé du cloisonne est légèremenl modifié : le sujet ayant été dessiné sur la plaque de cuivre Vierge et Enpant Jésus, bronze dorb,

a été découpé à jour en suivant le contour du dessin. •xm° siècle

U. . , . 3 i [collection de M. Marlin I.e Ko\).

muette, puis sonde sur une seconde plaque; sur -'

le tond de cette petite eaisse métallique il n'y a eu qu'à disposer les cloisons indi-

Sun il-, Foy, x« siècle Statue en or (trésor de l'abbaye de Conques).

quant les traits du visage, et les plis de vêtements. Cette soudure de deux plaques n'est rien : et c'est déjà le commencement d'une petite révolution artistique. Un disque du musée de Rouen, le prophète Osée, est un élément confirmatif. M. Rupin a prouvé que l'autel de Conques est antérieur à 1 107. L'abbé Boniface succédait, à cette date, à l'abbé Bégon, et le champlevé fut dès lors de pratique courante, l'n coffrel en cuir orné de disques d'émaux champlevés, du trésor de Conques, nous le démontre. Il porte le nom de Boniface. Une curieuse châsse de l'église de Bellac serait contemporaine.

Ainsi, dès le début du XIIe siècle, l'éniaillerie était un art savamment pratiqué en France. Durant tout ce siècle, elle sera une contrefaçon plus ou moins habile de l'émaillerie cloisonnée. Presque toujours les personnages sont entièrement émaillés à plat, sur un fond de cuivre ou un fond émaillé. A la lin du siècle, l'émail appliqué suides reliefs apparaîtra : mais ces reliefs continueront eux-mêmes d'être cloisonnés. Puis le relief en pure orfèvrerie sera employé, et on verra à Limoges appliquer sur des fonds émaillés des tètes fondues et ciselées en relief. Deux monuments célèbres et contemporains en sont de remarquables exemples : la plaque tombale de

assez généralement

Geoffroy

Plantagenet à

l'éelise Saint-

Julien du Mans, et celle de l'évêque Fu ger à la cathédrale d'Angers. De celle dernière subsistent seuls des fragments.

Le monument de Geoffroy Plantagenet.

très complet, est du plus admirable caractère. Le personnage y est représenté debout, en costume de cour, mais tenant de la main droite l'épée et de la gauche le long bouclier triangulaire décoré de lions héraldiques d'or.

Si desatelierslimousins sontsortiesau xue siècle des pièces d'orfèvrerie où l'art de l'émailleur était si remarquable, le livre d'administration de Suger nous fournil de nombreux renseignements sur l'activité qui régnait à la même époque dans ses ateliers d'orfèvres de Saint-Denis. Et celte activité dut s'étendre au delà des limites de l'Ile-de-France, car les abbayes d'alors eurent en grand nombre et nous ont transmis quelques monuments remarquables, qu'il n'est pas impossible de croire nés dans leur cercle d'influence. Les reliquaires affectent alors la forme de la relique

Colombe Eucharistique, émail champlevé, Limoges, XIIIe siècle (collection de M. Martin Le 11"; .

Mors i>e chape, Limoges. xiii' siècle collcclioD de M. Georges Chalandon .

qu'ils devaient contenir, liras, pied ou chef; parfois c'est une statue entière. Voyez la Vierge avec l'enfant Jésus, en plaques d'argent battu ei repoussé, si souvent

publiée, de l'église de Beaulieu; ou la statuette en cuivre don'' de saint Etienne de Muret à l'église de Billange, provenant du trésor île Grand mont ; le bras reliquaire de sainte Félicité de l'église de Beaulieu, les reliquaires de la vraie croix du musée de Lille, de l'église de Jaucourt, de la cathédrale de Reims; celui de la sainte Epine, un petit cylindre vertical sur pied, des Augustines d'Arras, aujourd'hui dans la collection Sigismond Bardac, la croix de la collection Schiff; puis les objets usuels du culte, les crosses de saint Lizier et de la communauté du Bon-Pasteur d'Angers, l'admirable flambeau de la collection Oppenheim, et le pied de chandelier de la collection Bardac, le célèbre calice de saint Rémy de la cathédrale de Reims, le ciboire du trésor de Sens, et la coupe de saint Bernard du nausée de Dijon. Dans ces pièces d'orfèvrerie de toute forme. tous les procédés se retrouvent, pratiqués par des mains rudes, dépourvues d'adresse ; mais la conviction y est arrêtée, et le caractère ornemental y est toujours juste et exactement adapté à l'objet. Les matières les plus diverses, or, argent, email, pierres tines. y sont utilisées avec un sens étonnant de la couleur, de l'harmonie et de la composition décorative.

Le souci, déjà manifeste à la fin du XIIe siècle, qu'avaient les orfèvres de suivre l'architecture dans ses développements, et d'en adopter les formes pour les objets qu'ils fabriquaient, s'accuse de plus en plus à partir du xnr siècle. Les pliasses en forme de maisons, les reliquaires à détails en ogives, iront se compliquant peu à peu de formes architectoniques, pinacles, niches, clochetons. L'exposition rétrospective présente, pour la période gothique, un ensemble de monuments absolument surprenant, où tous les trésors d'églises de la France, el de nombreuses collections publiques et privées, ont apporté leur généreux con-

Moks de 'ii vu:. Limoges, mii siè le collccli le M . ' leopgcs i Jialandon

L'ES POSITION RÉTROSPECTI \'E

cours. Je ne crois pas qu'on ail jamais vu encore une semblable réuni le monuments d'orfèvrerie religieuse,

el la Frai y peul prendre

conscience d'un des arts les plus glorieux qui aienl été pratiqués pendant plus de trois siècles en notre pays. Ce n'esl pas le lieu ici de développements archéologiques sur ces chefs-d'œuvre : nous ne pouvons que citer les plus caractéristiques, el arrêter un inslanl l'attention sur eux. Ce siiiil parmi les Châsses, celles de Saint-Sernin de Toulouse,

WmèwM

Plaqi'e de bhonze on »ir.

XIII" SIÉ i.i:

collection de M . Collcrcau .

Nicolas il' \rras. i l'esl aussi

Geuelliox, Lis es, xiir siècle

(collection de M. < ges Chalandon .

de la cathédrale de Vannes, de la cathédrale de Chartres, de Saint-Taurin d'Evreux, tics églises d'Ambazac et de Gimel, el de la collection Hubert Texier. Ce sont les Crosses des musées d'Amiens, de Dijon, de Rouen, des églises de Maubeuge, de Saint- Sernin de Toulouse, d'Angers, de la cathédrale de Cahors, et surtout celles des collections Bardac, Martin Le Roy., Oppenhi im, etc. Ce sont les Croix processionnelles des musées d'Amiens, de Bordeaux, d'Angers el de Bourges, des églises de Troyes, d'Ussy, d'Orval, de Rouvres, de la Bassée, de Douchy, de Bousbecque. Ce sont les Bras reliquaires de Saint-Nicolas de Valenciennes, de Varzy, de Saint-Fréjoux de Najac.

de Vigeois, de Beaulieu, de Saint-0 r, de Conques.

Ce sont les deux Vierges de l'église Saint-Paul de Nice,

el de la collection Opj heim de Cologne, les belles

Couvertures d'éoangéliaires des collections Salling et

Taylor, les Reliquaires phylactères de Saint-Gous-

saud, de Reims, de Saint-Martin de Brive, de Sain t-

iouvenl dans de petits objets ou dans des fragments de

L'AKT A L'EXPÔSIÏ) ON DE 1900

monuments que se retrouvenl les jilus liantes qualités d'art de l'orfèvrerie de cette époque , les pyxides et les boites à hosties (collections de la marquise Arconati el de sir Taylor), les mors de chapes collection G. Chalandon), les ligures provenant de châsses (collections du baron Arthur de Schickler, Martin Le Roy, Bardac, Gillot, etc.).

Un certain nombre de

=^5=-t in. fuT^i

Chef me saint Feiuiêol, m église de Ncxon, Hautc-Vi

Linn

Chasse limocsine, hartvue de saint Mabtiai [collection de M. Martin Le Roy).

bustes-reliquaires du \iv siècle doivenl

être signalés parmi les monuments du plus rude caractère que nous ait laissés cette époque; ils offrent une étrangeté barbare qui a longtemps égaré l'archéologie sur les dates u leur assigner. Tels le sauvage buste de sainl Nectaire, cette face de brute au menton rasé de près, le chef de saint Adrien, de la cathédrale de Tours, celui de saint Marcel de Bourges, celui de sainte Austreberthe à Saint- Sauve de Montreuil-sur-Mer , celui de saint Ferréol, de Nexon (Haute-Vienne), relui de sainte Essence à Saint-Martinde-Brive et l'exquise figure de sainte Fortunade donl l'altitude un peu penchée et la grâce malingre sont d'un charme rare. G'esl d'ailleurs un fait à noter, en particulier pour toutes les pièces d'émaillerie sorties des ateliers

ni XIVe siècle, que ce caractère arcliaïsanl qui s'est perpétué pendant

Figure de sainte Fortuna.de (xive siècle) Église de Saiute-Fortunade, Corrâze .

in

L'ART A L'EXPOSITION l)K lOmi

>lu> d'un siècle sans que les ouvriers aient l'ail effort pour le renouveler. L'émail champlevé se pratiqua en France, et parliculièremenl à Limoges, durant tout le xve siècle i'l au delà, mais à partir de ces époques nous n'avons plus rien à en attendre d'intéressant. Une nouvelle technique de l'émail appliqué à l'orfèvrerie était apparue, V émail translucide sur relief. Elle avait été employée déjà au xnr siècle pour recouvrir 1rs fonds sur lesquels se détachait le décor en réserve. Puis les vêtements ciselés se recouvrent d'émail, el a la lin du xivc siècle on émaillail de véritables bas-reliefs. <m a beaucoup discuté pour savoir si c'était la France ou l'Italie qui avait pour la première fois mis cet art en pratique ; quoi qu'il en suit, dès le premier tiers du \iv' siècle, nous voyons l'émail translucide pratiqué en Allemagne, aussi bien qu'en France el en Italie. Le musée «le Rouen expose un petit livre en argent doré, décoré de jolis émaux translucides : les églises de Saint- Dalmas el de Lanlosque près Nice deux beaux calices. Citons aussi la belle croix de l'église de Rigarda, el l'admirable paix de la cathédrale de Nice.

Le goût de l'orfèvrerie fut loin de se ralentir au xvr siècle, el l'influence italienne n'avait pas attendu la venue de Benvenuto Cellini pour s'y faire sentir. Les amateurs, très nombreux alors, des gemmes et pierres précieuses s'adressaient aux orfèvres pour les monter avec goût. Nous ne possédons guère d'orfèvrerie authentique du temps de François l". Mais si le xvr siècle marqua un goût 1res vif pour l'orfèvrerie, une nouvelle forme de l'émaillerie, l' émail peint, allait, pendant ce siècle el le suivant, avoir une vogue incroyable, et telle que bien peu d'arts industriels en oui connu.

Crosse, xve siècle église do Maubcugc]

Les émaux peints. — Ainsi que l'a fort bien noté Darcel, il est curieux île retrouver des verriers à l'origine de cette fabrication.

Les Pénicaud, à Limoges, qui figurent en tête de la liste, étaienf des verriers. Il est vrai que plus d'un demi-siècle avant, le procédé était déjà connu, ainsi qu'en témoignent deux petites pièces du musée des antiquaires de l'Ouesl à Poitiers, où figurent des personnages en costumes d médaillon du musée de Compiègne Une plaqu

RGENT GRAVE PREPAREE POUR I. i;\l MI.I.F.UIE

XIVe SIÈ LE colle lion <!<■ M. Paul Garnie)

ioO environ, cl un petit lu musée céramique de Limoges,

représentant I adoration des mages et portanl les armoiries de l'évêque de Montbas, esl très importante, puisqu'elle esl implicitement datée d'entre les années liNii à lolO.

Toute une série d'émaux peints, quelques-uns signés, ontappelé l'attention sur un mystérieux artiste qui se serai! nommé Monvaerni. On a ili( que c'était un nom tronqué. Celui qui le portait, s'il n'étail pas un dessinateur impeccable, était du moins

L\ MISE u YOMDEAC, l:\l\ll. PEIN1 IlE NlRIlON I ' IM i : \ I l . collection de M. Georges Chalamlou .

un remarquable coloriste. Il aimait, comme dans les tapisseries de cette époque, établir des premiers plans avec des piaules et des fleurs de pure fantaisie, très naïvement traitées. Un triptyque célèbre, jadis de la collection Odiot, esl exposé par M. Goltereau ; il est signé. Une grande plaque, la Misé au tombeau, de la collection Chalandon, un saint Martin de la collection Bardac, sonl des œuvres du même artiste. Les auteurs d'émaux peints n'avaienl aucune imagination ; il n'est pas une de leurs œuvres qui soit de création personnelle ; Imites sonl des traductions, presque toujours même des copies d'estampes flamandes ou françaises de l'époque. Ceux qui ont fait des portraits s'adressaient alors à des dessinateurs de métier qui exécutaient les figures, que les éma i 1 li 'ufs n'avaient qu'à reporter ensuite.

42 L'AHT A L'EXPOSITION DE 1900

Le plus ancien nom d'artiste émailleur qui nous soit connu est celui de Nardon Pénicaud, qui naquit vers 1470 ou 1480. et fut le chef d'une famille célèbre dans les annales limousines. Ses émaux se recommandent par une coloration particulière, une sorte de ton violacé donné aux chairs, et par l'emploi de l'or dont les vêtements sont souvent rehaussés. Dans les compositions où le paysage intervient, le ciel, d'un bleu intense, est semé d'étoiles d'or. Ces caractéristiques se retrouvent dans les triptyques

Émail peint de Jean I" Péihcacd collection de M. Paul Garnier).

du musée de Bourges, de la société des Antiquaires de Normandie, dans la curieuse châsse de saint Loup, à la cathédrale de Troyes, dans le beau triptyque représentant l' Annonciation, Isaïe et David au musée d'Orléans, dans les émaux des collections Boy et Cottereau.

JeanI" Pénicaud, frère ou neveu de Nardon, se différencie de lui par l'emploi peutêtre excessif du paillon, qui décore souvent des surfaces un peu larges, et leur donne un aspect parfois trop coloré. Les deux plaques de la collection Garnier, Descente de croix et Bésurrection, sont cependant très remarquables. La série des 16 plaques, Suite de l'Enéide, de la collection Jules Porgès, ne l'est pas moins.

Jean II Pénicaud est vraiment l'artiste le plus doué de la famille ; ses émaux

' i: X P 0 SITl ON I! K T R 0 SPEC T I V R

peints en grisaille smii des œuvres d'art exquises et raffinées, harmonieuses et douces. Les collections Paul Paix de Douai, Garnier, Bardac, Mannheim, les musées d'Aix et de Langres, en pi'ésentenl des exemplaires tout à l'ail beaux. A.vec Jean III Pénicaud, fils ou neveu de Jean II, apparaît le style de l'école de Fontainebleau, car nous sommes dans la seconde moitié du \vr siècle. C'est un dessinateur qui ne manque pas d'habileté, et ses émaux onl souvent la prétention de chercher à valoir

Kuui. PEINT DE NaHDON PÉNICA1T musée de Tro\cs).

par des qualités picturales pures. Les deux grandes plaques de Samson et Dalila, du musée de Dijon, sont très importantes.

Des noms d'émailleurs moins connus, tels que Martin Didier, figurent avec de belles œuvres, comme la plaque des Trois Grâces, de la collection Oppenheim et le grand triptyque de M. Mannheim; les deux Couly Nouailher et Pierre Nouailher avec la plaque de la Crucifixion de l'église Saint~Rémy de Reims, le coffret du musée de Saint-Omer.

l'es Reymond, qui à Limoges ont aussi constitué une dynastie, il ne sied de retenir qu'un seul. Pierre Reymond, artiste de goût, dessinateur précis, qui trouva des

colorations subtilement nuancées dans les bleus et les verts. On peut le juger excellemment par la plaque de l'église Saint-Rémy de Reims, la grande grisaille Hercule etAntée, du musée de Dijon. 11 a laissé' des séries considérables de vaisselle, aiguières, plais, salières, assiettes, décorées de scènes empruntées aux gravures de Marc Antoine, qui eurent, de son vivant, une vogue inouïe. Son goût personnel s'y affirme dans les revers qui portent une décoration de cartouches, de rinceaux et de médaillons très habilement conçue. Le service des douze Mois et assiettes de la collection Charles Mannheim, ne saurait être trop admiré', ainsi qu'une admirable coupe de la

Les ëvangéi.istes, êmacx peints de Léonard Kimosin

Église Siiini -IVir, à i li.ui res .

collection Alphonse de Rothschild. Son élève, Pierre Gourteys, se confond bien souvent avec lui, ce qui ne veut pas.dire qu'il n'ait laissé que des œuvres de reflet.

Enlin la famille Court ou de Court, avec un artiste comme Jean Court, clôt dignement cette série des artistes limousins de la Renaissance.

Il faut revenir un peu en arrière, pour parler d'une famille considérable et qui tint la plus grande place dans l'histoire de l'émaillerie limousine, la famille des Limosin. Léonard, le chef de la famille, el celui dont le nom est passé à la postérité, a joui de son vivant d'une popularité qui s'esl perpétuée : et si l'histoire de l'art français a été pendant bien longtemps à peu près inconnue, deux noms du moins ont toujours incarné l'art industriel du xvie siècle, Bernard Palissy et Léonard Limosin. Sans doute ce dernier le doit surtout à ses portraits, où il cherchait à fixer l'image de ses contemporains par des moyens strictement picturaux, el dans lesquels il lui fallait être maitre du feu de telle sorte qu'aucun accident du fùur qc vînt modifier

l'œuvre à snn premier état. Il y acquil une telle sûreté que ses portraits eurent autant de vogue que ceux des peintres de son époque. Les coller lions îles barons Alphonse, Gustave et Edmond de Rothschild ainsi que la collection de M. Kann ont permis de montrer quelques-uns de ces grands portraits-médaillons. Une autre de ses œuvres les plus considérables esl la série des grands émaux représentant les

Triptyque, émail peint de Jean II Pénicaud collection de M. Ch. Maunheim).

douze apôtres qui furent commandés pour la chapelle du château d'Anet et sont aujourd'hui à l'église Saint-Père de Chartres. Les apôtres y Bgurent sous les traits de personnages contemporains, François Ier en saint Thomas, l'amiral Chabot en saint Paul. La famille des Limosin poursuivit l'œuvre de Léonard très tard dans le xvn° siècle, mais sans qu'il importe d'en suivre le développement. Ce n'était plus alors qu'un art provincial, dont la décadence irrémédiable s'affirme dans les petits objets de piété devenus si nombreux à cette époque.

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