I" W 1» SIÈCLE
rainée de Compiegne .
rover,
Saint Michel, bois du commencement DU XVI» SIÈCLE
(collection de M. Morcau-.Nélaton)
musées d'Europe, Kensington ou Cluny, les musées allemands, Munich, Nuremberg, en possèdent des séries nombreuses. On n'avait dans les collections parisiennes que l'embarras du choix pour les xve et xvie siècles; on en a pu réunir de tout à faii charmants, comme cet Evanouissement de lu Vierge, de la collée [ion de M. Charles Gi Ilot, V Annonciation, de la collection de M. Cor-
le Jugement, du musée de Compiegne, les deux groupes de la collection de
M. Ch. André, [&Mise an Tombeau et La Vierge et sainte Marthe ; et cette Présentation mi temple, si curieuse, qui doil provenir de la région champenoise. Quelques personnages isolés, des ligures de saints el de saintes à. M. Moreau-Nélàton, ne smil pas
non plus sans présenter de l'intérêt. Il l'anl tirer hors de pair la Sainte Marthe,
Mil ULE I.YONN IIS l
dumusée de Chàteau-Gontier, el surtoul une petite figure de sainte femme, provenant assurément d'un retable el qui devait l'aire partie d'un ensemble d'un art achevé. Elle appartient à la collection de M. Chabrière-Arlès. Debout, 1rs mains croisées et abaissées, elle est en proie à une douleur concentrée, qu'indiquent le raidissement de tout son corps et la contraction de son visage. Longue, mince et élégante, elle est vêtue h la mode de la fin du xv" siècle, et tous les détails de son costume contribuent à nous captiver. De plus le bois a conservé complète sa riche polychromie.
Cette figure est un des petits monuments de bois les plus complets cl les plus curieux que nous ayons conservés du xv siècle.
Un petit buste de femme, lui aussi, d'une excellente polychromie, mérite d'être admiré: il appartient à M. Mohl. C'est un objet précieux et raffiné.
Quand on arrive auxvi' siècle, on voit les meubles se couvrir de bas-reliefs et même de figures de haut-relief empreintes de toute la pureté de dessin de la belle époque de la Renaissance. Quand des dispositions architecturales leur servent d'encadrement,
Taule, époque de i.a Renaissance musée de Dijon
elles dérivent de l'architecture d'alors. Mais souvent aussi, avec cette manie du luxe, et ce désir di- faire montre de leur habileté, les ouvriers du meuble tombèrent dans toutes sortes d'exagérations. Les ornements furent prodigués sans mesure, les mascarons, les gaines, les figures hybrides, les arabesques chargenl la pièce qu'il s'a^issail de décorer; il ne reste plus de place aux surfaces pleines pour le simple effet d'un beau profil ou d'une belle ligne.
M. Edmond Bonnaffé a tenté un classement géographique des meubles de la Renaissance, sans tenir, il nie semble, asse/, compte du caractère nomade des ouvriers d'art de cette époque, ni de l'influence a laquelle la sculpture monumentale les soumit, et qui est ma ni leste dans des meubles trouvés souvent à de grandes distances de leurs prototypes monumentaux. Il parait bien difficile d'opérer un classement rigoureux d'objets aussi mobiles, créés souvent bien loin des lieux où on les rencontre- M. Emile Mobilier, dans son livre sur le meuble, a établi d'une façon plus rationnelle, parait-l-il. pour les meubles français de la Renaissance deux grandes
périodes, la première comprenant les règnes de Louis XII el de François 1 , el offrant des formes du moyen âge à décor encore gothique : la secondeoù, sous l'influence des graveurs et des architectes, les huchiers tendenl à reproduire des monuments d'ar-
l'iXNE klX i "..I K [IE Fil im OIS 1
collection <l> sir J.-K.Ta\lor .
chilecture classique, mais en les interprétant librement et en en Liranl des conceptions el des formes personnelles.
De la première classe, la Rétrospective ne peut montrer que peu de types, les principaux étant les portes du palais de justice de Dijon, el relies de Bourgi - La seconde série comprendrait au contraire les deux remarquables meubles de la collection de M"" la marquis'e-Arconali Yiseimii. el dé la collection de SI. Chabrière- Arlès. qui peuvenl être considérés commedeux spécimens parfaits en leur genre.
Armoire, époqi-e Louis XVI (ooUeoLiou do M. Victor ki.ii/
L'EXP 0 SIT] 0 N li É T n 0 S l1 F. C T I V E
Maintes Cuis a été tracée la biographie de M" Hugues Sambin, menuisier de Dijon. 11 a laissé un recueil de gravures où se retrouvent tous les éléments mis en œuvre par lui dans de nombreux meubles qui lui sont authenliquemenl attribués. L'un d'eux est au Petit Palais, c'est la porte du serin du palais de justice de Dijon, œuvre d'une composition charmante et claire, seulement un peu surchargée dans la partie supérieure, et qui dut être exécute.' en 1883. En la rapprochant de la fameuse table du musée de Besançon, on peut considérer hardiment comme étant du style de Sambin, sans prétendre d'ailleurs qu'elle soit son œuvre, une belle table de la même époque prêtée par le musée de Dijon
Quant au meuble de la marquise Arconati Visconti, c'est une des œuvres les plus caractéristiques du style d'Hugues Sambin. Celle armoire à deux vantaux est décorée à sa partie antérieure de trois cariatides, deux hommes et une femme, vêtus de draperies, el reposant sur des gaines recouvertes de guirlandes, de feuillages et de fruits. Les vantaux sont décorés en haut relief de deux figures de Vénus el de Mars. à la partie supérieure; et à la partie inférieure de deux panneaux peints, représentant la création de l'homme et Caïn el Abel. Ce qui est toul à fait extraordinaire dans ce meuble, c'est sa décoration polychrome très bien conservée : non pas que le tout soit d'un goût sûr et parfait, mais il en est peu qui soient aussi complètement représentatifs d'une époque. ;
En pendant avec lui se trouve un dressoir de la collection de M. Chabrière- Arles , dont la richesse un peu excessive et la manière contournée sont bien significatives de cette école lyonnaise qui fut si féconde, et dont on connaît encore un grand nombre de meubles. Les grandes chimères qui servent de supports aux angles, sont des motifs italiens, qu'on retrouve fréquemment alors. Beaucoup plus simple et plus pur est un petit dressoir, de proportions et de lignes qui rappellenl Ducerceau, el qui appartient à M"1" la marquise Arconati Visconti.
Le lit, ayant appartenu à Antoine de Lorraine, que possède le musée de Nancy, est le type des lits à quatre pièces réunies à angle droit, avec quatre piliers supportant le ciel. On ne peut enfin rencontrer pour le xvi" siècle de plus belle chaire et de plus belle table que celles qu'a bien voulu prêter M. Chabrière-Arlès.
Pot a i. vit Louis XVI (collection de M"1' Grandjean]
11 n'y a pas lieu de s'arrêter longtemps aux meubles du commencement du xvir siècle, à ces cabinets de bois d'ébène dont les artistes français avaient étudié la fabrication dans les Pays-Bas, et dont la Rétrospective présente deux spécimens in téres-
>;i 1 1 1 -. A vrai dire, les règnes d'Henri IV et de Louis Mil (ce dernier surtout à son début) ne furent pour l'art Français que des époques de transition. L'artiste se préparai! qui pendant tout le règne de Louis XIV allait retenir l'attention. C'était Charles Boulle. Sans doute, il ne fut pas l'inventeur de ce système d'ornementation du meuble par la marqueterie de cuivre, d'élain et d'écaillé, qui est vraisemblablement d'origine italienne. Mais il en tira le plus puissant parti décoratif, en même temps qu'il fut un étonnant exécutant de bronzes, et sut donner à toutes ses œuvres ce caractère large et grandiose bien particulier aux meubles de celle époque. La salle Louis XIV au Pelil Palais a pu grouper quelques-uns des plus remarquables meubles de Boulle
L\ Peixti'RE et \,\ S..; i.i'i i i;::. bas-seliei " Ci.nniox, xvin su mus^c i\r Cherbourg .
ou de ses élèves, une des eo m modes de la bibliothèque Mazarine, décrites dans l'inventaire de M. de Pontanieu,qui décoraient la chambre à coucher de LouisXlV à Versailles, un 1res beau bureau incrusté de cuivre sur écaille du palais de Fontainebleau, un autre non moins beau, de la collection de M. Bernard Franck, et enfin la célèbre horloge monumentale à gaine, du palais de Fontainebleau, dont le cadran est porté par le char d'Apollon en bronze don'' surmontant la caisse. M. de Champeaux a émis l'idée que ce groupe en bronze pourrait bien provenir d'un des cabinets crées par Domenico Cucci pour la décoration île la galerie d'Apollon.
Le mobilier français sous Louis XIV avail été ce qu'il devait être, pompeux et riche de couleur. Les artistes de la Régence cherchèrent à le ramener à un peu plu- de discrétion et de mesure. Charles Cressent, ébéniste de M-1 le duc d'Orléans. Régent de France, lui un des premiers à réagir, et à apporter à l'art du mobilier plus île mesure et de goût. Il élail sculpteur, et telle pratique de l'art entre pour
L'EXPOSITION RETROSPECT] \ I 73
beaucoup dans le style par lequel il se recommande à nous. Sun œuvre ls esl connue par les trois cataloguesde vente qu'il lil de ses meubles en 1749, 1757, 1765, et par l'inventaire dressé à sa mort. Les deux armoires que M. Chappej a bien voulu prêter sont décrites tout au long dans l'un tïfux ; elles nous donnent, avec le médaillier de la Bibliothèque nationale, une juste idée de ce qu'esl son art. Les ornements de cuivre
MÉn.ULLIEU DE Lui ls XV. bronzes attribués aux Laflioi [cabinel des médailles à la Bibliolbeque nationale .
y tiennent une place importante, et l'ébénisterie est destinée avant lout à en faire ressortir la richesse et l'élégance, dressent attachait à ses bronzes une 1res grande importance; il ne manque jamais, dans ses catalogues, d'en parler de façon toute particulière. Le médaillier de la Bibliothèque nationale, en bois d'amarante et en forme d'armoire à deux corps, a chacun de ses panneaux décoré d'un cadre ciselé et doré. Au sommet une terrasse supportait le buste du lils du Régent, qui appartient à la bibliothèque Sainte-Geneviève ; l'Exposition a rendu possible leur réunion. On sait la vogue qu'eurent, dès le règne de Louis XIV, les laques de provenance orientale : le succès fut si vif qu'on tenta de les imiter : la fabrication de ce vernis
pseudo-chinois fut le secret de Robert .Mai-lin et de ses lils. Au début du règne de Louis XV. on aima beaucoup un genre de commodes bombées portées sur des pieds grêles et dont les plus grandes étaient décorées de paysages chinois laqués. Citons comme de bons spécimens une belle commode appartenant à la préfecture de Tours, et celle del'évèclié du Mans.
L'exemple de pondération et de logique que Cressenl avait apporté à un haut degré dans le meuble ne devait pas être suivi. Juste-Aurèle Meissonnier allait exercer sur lès orfèvres, puis sur les ébénistes une influence néfaste. Il oubliai! trop celte loi essentielle,
la desli nation de l'objet, et que la fonction du meuble demeure la loi de sa forme et même de son décor. Des dessinateurs comme Hotz el Pineau allaient contribuer aussi, touten portant leur art au\ dernières limites de la délicatesse, à le faire dévier des justes directions qu'il avait eues jusqu'alors. Le médaillier el les encoignures Louis XV (aujourd'hui à la Bibliothèque nationale qui proviennent, des petits appartements de Versailles donnent l'idée de ce style charmant, mais déjà déréglé. Deux consoles en bois sculpté el doré, du musée de Narbonne el du palais de Fontainebleau, permettent d'en juger.
Pour celle période correspondant à la jeunesse de Louis XV. quelques noms d'artistes sont à retenir. Jean-Pierre Lathuile a laissé signée de son nom une remarquable commode de marqueterie d'amarante, de violette et de rose, d'une grâce robuste, et Jacques Dautriche une autre enrichie de bronzes d'une belle ciselure. Le Garde-meuble national les a prêtées toutes deux à la Rétrospective.
Le grand traducteur des dessins de Meissonnier fui alors Jacques Caffieri, auquel
• E H Faloonet
Helio$ Braun Clément &C
l'ENDULK DITE "DES TROIS GRACES" Collection de M. le ' omte Isaac de Camondo
en et mod e
succéda son fils Philippe. On a discuté suc ce que pouvail être leur œuvre dans les médailliers de Louis XV dont nous avons parlé pins haut, el on serait assez tenté de croire les Callieri ailleurs des bronzes qui les décorent. Pendant toute cette période, ce qui caractérisa le meuble, c'esl la prédominance des courbes, la suppression presque absolue de la surface plane, cl le caprice d'une ornementation où la ciselure fui poussée aux limites les plus extrêmes de la finesse, c'esl avec M'"e de Pompadour qu'on semble être revenu à une recherche un peu plus sage des formes calmes et de la simplicité, el l'artiste qui contribua le plus à ménager cette transition fut OEben, que la favorite avait pris sous sa protection. Louis XV avait consenti à lui concéder un logement aux Gobelins, puis à l'Arsenal. Nous savons qu'il était élève de Boulle ou d'un de ses fils : et il apparaît dans les vieux textes comme un marqueteur habile, un maître experl à employer les bois de provenance exotique. On sait sa pari de collaboration dans le l'a meux bureau de Louis XV. aujourd'hui au musée du Louvre, qu'acheva Riesener. Il ne semblerait pas impossible qu'en dehors du secrétaire de sycomore du Garde -meuble, qui porte son estampille, deux autres ouvres pussent ici être attribuées à OEben ; ce sont deux meubles-armoires di' petite dimension, l'un à M. Scott, l'autre à M. Victor Klotz. Kt c'esl dans ces meubles, plutôt modestes, mais d'une technique si accomplie, d'un goûl si parfait, qu'il l'aul surtout l'admirer.
Quand Louis XV disparut, la coquetterie de l'ornement régnait dans tous les arts du luxe. OEben venait de mourir. Mais dès l'avènement de Marie-Antoinette nn de ses collaborateurs allai! passer au premier plan et se distinguer par des travaux qui ont rendu son nom éternellement célèbre dans les annales de l'ébénisterie. Il fut obligé d'avoir deux manières, puisqu'il avait commencé avec Louis XV, el qu'il did terminer beaucoup de travaux qu'OEben avail entrepris et laissés en cours d'exécution. Mais Riesener se rendit compte sans doute qu'OEben avait trop cherché la complication des formes, et qu'il fallait un idéal plus simple. Il devint vite l'un des promoteurs de ce mouvement de renaissance pseudoantique dont Vieil en peinture était l'apôtre, mouvement auquel le nom de Marie- Antoinette dans l'ameublement demeure attaché. Le bureau plal du Garde-meuble, le superbe bureau de Louis XVI, obligeamment prêté par MM. Lowengard, la com-
Petite pendule Louis XVI (collection de M. Vial).